Édition du
25 July 2017

Durcissement sur fond de fin de règne

par Kharroubi Habib,

Le Quotidien d’Oran, 6 mars 2010

N’ayant pu venir à bout de la détermination des enseignants, les autorités ont renoncé à leur prêcher la sagesse et opté pour la coercition en vue de mettre un terme à leur débrayage qui paralyse les établissements scolaires du pays.

Pour donner un semblant de légalité à la démarche dure à laquelle il a décidé de recourir, le ministère de tutelle s’est arrangé pour que la justice ordonne l’arrêt immédiat de la grève. Après, il a aussitôt lancé un ultimatum aux grévistes leur enjoignant de reprendre leur poste au plus tard le 07 mars, faute de quoi leur seront appliquées les procédures légales en vigueur en matière de relation de travail.

Décision qui, selon le département de Benbouzid, a obtenu l’aval du gouvernement. Pour preuve que l’Etat s’est décidé à employer les grands moyens pour briser la contestation en milieu éducatif, Benbouzid a menacé de «radier des effectifs de la fonction publique tout enseignant qui n’obtempérera pas à l’injonction de reprise du travail au délai fixé. Parallèlement, il a instruit à cet effet les directeurs de wilaya de l’Education à «prospecter» parmi les demandes d’emplois en leur possession en vue de suppléer aux postes vacants, et ce de concert avec les services de la fonction publique, instruits pour leur part par le gouvernement.

Les enseignants grévistes sont ainsi soumis au choix : ou de ne pas céder face à la coercition dont ils sont menacés, ou de s’incliner pour ne pas perdre leurs emplois. Il n’appartient qu’à eux seuls et pas à d’autres de décider du quoi faire dans pareille situation. L’Etat n’en sortira pas grandi, quel que soit le choix qu’ils feront. Il a d’autres solutions pour en finir avec la revendication qui s’exprime dans la famille éducative que celle du mépris et de l’humiliation dont il a usé dans un premier temps à son égard, ou celle du chantage au licenciement pour laquelle il vient d’opter. A ce durcissement de sa position, les syndicats ont répondu par le refus de faire marche arrière dans ce que les enseignants considèrent «une bataille pour la dignité».

Quoi qu’il en soit, la tournure que prend la confrontation enseignants-pouvoirs publics risque de provoquer par réaction de solidarité d’autres mouvements de contestation dans la fonction publique. Le Syndicat autonome des personnels d’administrations publiques (SNAPAP) en a en tout cas averti les autorités en annonçant sa décision de lancer incessamment un mot d’ordre de grève pour, a-t-il clairement précisé, ne pas laisser les travailleurs de l’Education seuls face aux menaces de leur tutelle de les radier pour avoir demandé leurs droits».

Dans l’ambiance délétère de fin de règne qui prévaut depuis quelques mois dans le pays, c’est à se demander si le pourrissement auquel la gestion des grèves (celle des enseignants, mais celles aussi des praticiens de la santé et du secteur économique) par les autorités a conduit, n’entre pas dans une stratégie froidement élaborée par certains cercles pour précipiter la décantation et du changement au sommet de l’Etat. Ce n’est pas la première fois que la contestation sociale a été instrumentalisée pour servir de paravent aux luttes que se livrent pour le pouvoir les clans qui le composent.

Ils s’en livrent une actuellement en recourant à tous les stratagèmes et à toutes «les ruses de guerre». Pourquoi renonceraient-ils à celle de l’embrasement du front social ?


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3 Commentaires sur cet article

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  • Abdelkader DEHBI
    6 mars 2010 at 21 h 18 min - Reply

    C’est peut-être plus facile à dire qu’à faire, j’en conviens, mais les syndicats autonomes du Secteur de l’Education commettraient une faute grave de stratégie en reculant. Devant les menaces de radiation agitées par une Administration de l’Education Nationale ayant à sa tête un véritable gangster – Benbouzid – doublé d’un homme totalement pourri au plan moral, le SNAPAP doit répliquer en lançant un appel à solidarité en direction des associations de parents d’élèves. Une solidarité qui doit s’exprimer par un appui solennel à la grève des Enseignants et par un mot d’ordre de boycott général de l’Ecole de la part des élèves, en revendiquant la destitution pure et simple de cet aventurier qui est responsable de la terrible régression de l’Ecole Algérienne, depuis les 16 années qu’il en a pris le contrôle.




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  • boreal
    6 mars 2010 at 22 h 07 min - Reply

    C’est scandaleux de s’en prendre à des enseignants qui défendent leurs droits !
    M. Benbouzid n’est pas du tout inspiré car il risque de radicaliser le mouvement et d’entrainer d’autres secteurs du service public.
    M. Touati du Front National Algérien (quel nom évocateur !)est venu en aide au ministre en appelant les parents d’élèves à porter plainte contre les enseignants.

    Comment certains poussent au pourrissement de la situation sur le front social pour se mettre en position… Rien ne nous étonnera plus avec ce pouvoir aux abois !




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  • Koulou
    7 mars 2010 at 5 h 34 min - Reply
  • Congrès du Changement Démocratique