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23 March 2017

Benyoucef MELLOUK : "C’était mon devoir de dénoncer. Si je ne l’avais pas fait, j’aurais trahi ma patrie."

Poursuivi pour diffamation par deux ex-ministres : Le sort de Mellouk sera connu le 15 mars
El Watan, 9 mars 2010
Le sort de Mellouk sera connu le 15 mars Pour la énième fois, Benyoucef Mellouk a comparu, hier, devant la cour d’Alger, pour diffamation, en absence des deux anciens ministres de l’Intérieur, Mostefa Mohammedi, et des Moudjahidine, Mohamed Djeraba, partie plaignante ainsi que leurs avocats.

Dans la salle, les mêmes personnes toujours solidaires du combat de Mellouk pour la vérité et ce, depuis… 18 ans. L’ancienne combattante de la Révolution, Fattouma Ouzegane, Abdelkader Souhabi, un ancien cadre des douanes par qui le scandale du transit de marchandises entre les pays frontaliers, plus connu sous l’affaire D15 a éclaté, et quelques anonymes. Très serein, Mellouk, entouré de ses enfants, veut à tout prix en finir avec ce procès « usant ». Selon la défense, la plainte non datée a été déposée en 1992, alors que le prévenu n’a été entendu que 8 ans après sur un procès-verbal non signé ni par le juge ni par le greffe.

La présidente l’appelle. Il se lève, prend son inséparable cartable et se dirige tout droit vers la barre suivi de ses deux avocats, maîtres Mokrane Aït Larbi et Omar Mazouzi. « Vous êtes poursuivi pour diffamation, qu’avez-vous à dire », lui lance la magistrate. Mellouk tire quelques dossiers de son cartable. « L’affaire n’a rien d’une diffamation. C’est la même que je traîne depuis 1992 et je veux parler en présence du peuple parce qu’elle est devenue politique (….) On m’a confié une mission alors que j’étais responsable d’un service au ministère de la Justice. On m’a demandé d’assainir les rangs de l’appareil judiciaire. J’ai confectionné des dossiers remis à mes responsables… », dit-il avant d’être interrompu par la magistrate.

« Vous avez été chargé de faire des enquêtes pour les remettre à qui de droit et non d’en faire part à la presse », souligne la présidente. Mellouk se ressaisit. Il revient au tout début du scandale. C’était en 1992, avec la venue du président feu Mohamed Boudiaf. « Il voulait un autre 1er novembre 54, dans les rangs de la justice. Il a convoqué le Conseil supérieur de la magistrature, puis j’ai été saisi en tant que directeur des affaires juridiques et du contentieux, par le ministre de l’époque, M. Kherroubi, pour l’ouverture d’une enquête sur les fausses attestations d’anciens moudjahidine que beaucoup de magistrats avaient déposées dans leurs dossiers », explique Mellouk.

La présidente : « Mais on ne vous a pas demandé d’en faire état publiquement. » Le prévenu : « C’était mon devoir de dénoncer. Si je ne l’avais pas fait, j’aurais trahi ma patrie. Il s’agit de dossier de magistrats, et à l’époque Kaddour Berradja, actuel président de la Cour suprême était cadre au ministère et avait participé à ce travail. J’ai découvert de nombreuses fausses attestations d’anciens moudjahidine », révèle Mellouk, et la présidente lui rétorque avec ironie : « Ouache adak (qu’est-ce qui vous a amené à faire cela) ? »

Mellouk répond : « Ils sont tous complices de cette situation. Les deux syndicats des magistrats de Tayeb Louh et de Berrim ont déposé une plainte contre moi au lieu de poursuivre ceux qui ont trahi. » La magistrate lui demande pourquoi n’a-t-il pas remis les procès-verbaux ou les dossiers aux autorités concernées. « Je l’ai fait et j’ai là toutes les preuves qui le démontrent », précise le prévenu. La présidente l’interroge sur la diffamation, et lui, crie : « Je n’ai diffamé personne. Il se trouve que Djeraba, Mohammedi et les syndicats ont voulu étouffer cette affaire qui a fait boule de neige parce qu’il est question de 800 dossiers de faussaires prouvés. » La présidente insiste notamment sur le fait que les propos publiés dans les journaux relèvent de la diffamation. « Les faits ont été relatés en 1992 devant le juge d’instruction et devant le tribunal. Les journalistes n’ont fait que rapporter ce qu’ils ont entendu… », dit-il. Le procureur général intervient : « Je demande acte des propos diffamatoires à l’encontre des magistrats… » Mellouk : « Je n’ai pas dit qu’ils sont des traîtres, mais juste qu’ils m’ont poursuivi en justice pour protéger ceux qui ont falsifié l’histoire de la Révolution. »
Cette vérité qui fait peur

Mais pour le représentant du ministère public, Mellouk a diffamé les deux anciens ministres absents, et réaffirmé ses propos, ajoute-t-il, au cours de l’audience. « Il y a des institutions chargées de ces enquêtes dont la direction des affaires sociales. Le prévenu aurait dû transmettre ses conclusions à celles-ci. Pour cela, je demande que la peine soit aggravée », conclut le procureur. Magistral et succinct, Me Aït Larbi n’y va pas avec le dos de la cuillère pour plaider la prescription de l’affaire et l’innocence de Mellouk. Pour lui, ce dernier occupait un poste de directeur des affaires juridiques et sociales au sein du ministère et qu’à ce titre, il a été chargé de l’étude des dossiers des magistrats, avec Kaddour Berradja.

« Il a d’abord découvert 50 fausses attestations, avant d’atteindre les 300. Il y a même un magistrat qui avait ramené une attestation de greffier au Maroc, et celle d’ancien moudjahid durant la même période. Toutes les institutions étaient au courant. Ses propos, objets de la plainte, ont été tenus en audience souveraine devant un tribunal en 1992. Où sont les plaignants pour nous expliquer comment ils ont été diffamés ? », déclare Me Aït Larbi. Il précise que la plainte non datée a été déposée en 1992, alors que le prévenu n’a été entendu que 8 ans après, sur un procès-verbal non signé ni par le juge, ni par le greffe, ni par Mellouk.

Le juge a, selon lui, fini par prononcer l’extinction de la poursuite et c’est le parquet qui fait appel, pour faire revenir l’affaire, et arrêter le prévenu, chez lui, au mois de Ramadan, en vertu d’un mandat d’amener non précédé par des convocations comme le stipule la loi. « Cela fait 18 ans que Mellouk subit la machine judiciaire. Pour avoir dit la vérité, cette vérité qui fait peur, il s’est retrouvé isolé, sans salaire, malade et lourdement affecté. Lui, qui, dans un autre pays, aurait été mis à la retraite avec tous les honneurs et toutes les médailles du mérite… », souligne Me Aït Larbi, avant de plaider la prescription et l’innocence de Mellouk. La présidente annonce que le verdict sera connu le 15 mars prochain. Très ému, mais aussi las des va-et-vient devant les tribunaux, depuis 18 ans, Mellouk finit par éclater en sanglots. Lui, l’ancien moudjahid, qui a toujours montré un courage exceptionnel dans son combat. Un combat qui lui a coûté une peine de 4 mois de prison ferme. Condamnation objet d’une cassation.

Par Salima Tlemçani


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14 Commentaires sur cet article

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  • citoyen
    9 mars 2010 at 11 h 22 min - Reply

    pourquoi j ai vécu jusqu’à présent pour voir ça,mr Mellouk qui vient se justifier devant une « magistrate »qui doit être corrompue jusqu’à l os,en essayant de s’expliquer dans une démarche les plus honnêtes qu’a connu le pays bled les assassins ou les escrocs vous le payerez tôt ou tard courage mr Mellouk. »ouach adak » bon Dieu .




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  • rezki
    9 mars 2010 at 12 h 51 min - Reply

    bonjour,
    « wech eddak? »,une honte pour la justice de mon pays,courage mr MELLOUK,vous ,vous savez ,le peuple aussi sait ,c’est l’essentiel.
    nous sommes de tout coeur avec vous,allah itaouel fi 3omrek,des braves monsieurs comme vous se font rare dans mon pays.
    salutations distinguées.




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  • karima
    9 mars 2010 at 18 h 10 min - Reply

    Mediocres nous sommes, Dieu pardonnez-nous.Mer Mellouk courage.




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  • djalil
    9 mars 2010 at 18 h 31 min - Reply

    une magistrate qui pourrait etre votre fille et qui prononce wech eddak langage de rue on aura tout vue dans ce bled




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  • Sliman…
    9 mars 2010 at 23 h 26 min - Reply

    Wach adak????? Ce magistrat n’avais tord peut être, parce qu’il sais que Mr mallouk s’est jeté dans la gueule des(?)de tous mon cœur tu sortiras vainqueur et tout l’honneur est pour toi Mr mallouk et si toi aussi qui sortira le plus grand(MOUDJAHAD)et que dieu sera avec toi et avec tous ceux qui défendent la vérité




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  • citoyen
    15 mars 2010 at 19 h 47 min - Reply

    et si la justice devait appeler les faussaires aya un peu de courage et de lucidité, et tous les assassins qui trainent dans le pays, les escrocs, un sursaut messieurs les juges qui envoyaient chaque jour en prison des centaines de jeunes et de citoyens faite honneur au moins une fois chiche…..




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  • nomade
    16 mars 2010 at 3 h 58 min - Reply

    cette magistrate doit tout faire pour faire plaisir a ses maitres.
    ouch addak …. un ou une vrai juge doit toujours chercher la vérité , mais chez nous tout est tordu, tout est paradoxal, tout est illogique.
    pour elle c’est l’occasion ou jamais pour bénéficier d’une promotion.elle va exploiter cette affaire pour renvoyer l’ascenseur a ceux qui l’ont installée.
    ouch addak …
    MR.MELLOUK se retrouve seul devant l’injustice ,
    haat takhti rassi bark, lâches que nous sommes.




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  • mahef
    19 mars 2010 at 17 h 00 min - Reply

    j ai honte devant vous MR MELLOUK qu il y est 1000 harkis au sein des institutions de l etat devant un peuple de 35 M
    et qui ne bouge pas devant ces harkis d hier et d aujourdhui nous sommes des laches mais les vrais moudjahidines qu est ce qui sont !!! pour vous laissez seul on sait que l algerie et pourrie depuis 1954 la preuve ils sont toujour aux commande du pays.




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  • Samy
    20 mars 2010 at 21 h 29 min - Reply

    Wesh eddak???? tu devrais te prosterner devant un tel grand homme.Et dire que ce genre de monstre sert de juge. Courage Mr Mellouk . Les Algeriens honnetes, et ils sont nombreux sont avec vous. L`heure de la revolte sonnera bientot,je le sens. Dieu vous protege vous et votre famille Mr Mellouk. Qd a cette « wesh eddak«  et ses semblables pourritures,son heure viendra inchallah bientot !!




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  • salim
    22 mars 2010 at 13 h 36 min - Reply

    Bravo Mr Mellouk vous etes vraiment un homme tres rare parmis tous ces harkis que vous avez dennonce.mais vous savez bien que c.est eux qui nous gerent depuis l.independance jusqua ce jours.il faut pas regreter votre geste qui vous à couter tres cher car avec ce peuple lache toute est possible mais il ya des hommes et femmes qui vous encourage dans votre combat quele bon dieu vous protege vous et votre famille et que ces salaudsmeurent comme des chiens bonne courage Mr mellouk.




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  • Darwin et Pavlov ne sont pas arabes
    6 avril 2010 at 18 h 34 min - Reply

    L’HARKA au pouvoir, voila l’Algerie detournée!
    Dans le prolongement de la meme pensée, ces memes magistrats au pouvoir OSENT poser la meme question aux chouhadas: « Wach eddakoum? »




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  • Targui
    8 mars 2012 at 14 h 26 min - Reply

    Merci Mr Mellouk. Vous etes un vrai patriote. Et pourtant, malheureusement, il y a dans notre pays de vrais moudjahids, de faux moudjahids, de vrais harkis, de faux harkis. Et cette justice du systeme n’est que le miroir de la hogra. La juge ne cherche pas a ecouter, ni entendre, ni a analyser, ni a juger. elle est la pour ecraser et faire passer le message de la hogra. C’est Tout: »Wach dak ». cela veut dire: »Assekoute ! »




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  • HAMMANA
    8 mars 2012 at 16 h 20 min - Reply

    C’est ce qui arrive toujours quand on est à la fois partie et juge.
    L’appareil judiciaire en Algérie n’est ni plus ni moins qu’un ensemble de services extérieurs de la DRS au regard du zèle de la magistrate(cela s’applique également à la plupart des magistrats) qui, au lieu de prononcer le non lieu pour vice de forme, a tout fait pour confondre le prévenu occultant toutes les irrégularités entachant la procédure.
    Qui nous dit que cette femme juge, délibérément choisie pour humilier le prévenu,s’agissant d’un ancien moudjahid;n’est pas la fille d’un harki?Autrement,elle n’aurait pas pu accéder au poste de magistrat.




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  • hoocine
    8 mars 2012 at 19 h 56 min - Reply

    Cette affaire a pris trop de temps.Le proces Mellouk n`a pas raison d`etre;parcontre le proces des faussaires doit commencer un jour. Peut etre que cela se produirait du vivant des antagonistes,ce que je souhaite pour M. Mellouk. Ainsi, il verra sont merite recompenser,non par de l`argent,mais juste par la condamnation des auteurs de faux et usage de faux.
    Que dieu fasse que M.Mellouk ait une longue vie pour voir et entendre l`enonce de l`arret de justice.




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