Édition du
28 March 2017

Mal-logés et habitants de bidonvilles se comptent par millions

Les autorités submergées par les demandes de logement

El Watan, 17 mars 2010

La tension sur le logement monte. Des scènes d’émeutes sont signalées régulièrement à différents endroits de la capitale comme un peu partout ailleurs dans les grandes villes du pays et leurs périphéries. Après les habitants de Diar Echems, un quartier d’Alger, qui se sont soulevés contre les autorités locales avant d’obtenir ce toit qu’ils ont attendu pendant de longues années, d’autres sans-logis des divers quartiers à investissent la rue afin de faire entendre leur ras-le-bol et exiger leur relogement. Ainsi les habitants de Zaâtcha, Saint-Georges à Birdkadem ou d’un autre bidonville, dont on vient de découvrir parfois le nom, se sont révoltés ces dernières semaines contre des responsables locaux.

Le mécontentement de ceux de Diar Echems à El Madania (Alger) en octobre dernier et l’écho reçu en « haut lieu » semblent avoir fait des « émules ». La décision prise par les autorités de reloger les protestataires a vraisemblablement incité des occupants des autres bidonvilles, comme ceux des chalets des centres de transit à travers le pays, à sortir dans la rue pour se « faire voir des autorités », mais surtout exiger un logement. La frustration est encore celle des nombreux demandeurs (LSP, sociaux locatifs, promotionnel) qui craignent que les « logements qui leur sont destinés soient détournés au profit des occupants des bidonvilles qui sont relogés parce qu’ils protestent en occupant la voie publique ». « A Diar Echems, une famille de six membres a bénéficié de six appartements. Moi qui a préféré ne pas construire de baraque, je ne bénéficie pas pour autant des faveurs de la République. L’opération de relogement entamée depuis trois jours ne concernera pas dans les semaines à venir les familles restées pour leur grand malheur dans des cagibis exigus », déplore un fonctionnaire de la wilaya qui assure que l’Etat ne peut subvenir aux besoins en logements, surtout dans la formule sociale.

Des autorités locales, jamais associées à ces opérations, craignent que la décision de « privilégier » les plus irrédentistes de la population ne crée l’irréparable. « La frustration est grande et ça gronde de partout. La décision de l’Etat, compréhensible d’un certain côté, peut créer des dérapages et une tension sociale, surtout que plusieurs programmes ne sont pas encore achevés. Des demandeurs de logements LSP (logement social participatif), par exemple, attendent que l’entrepreneur leur fasse appel pour payer leur tranche alors que d’autres désespèrent de voir les chantiers sortir de sous terre », se désole un élu d’une APC de la périphérie d’Alger, jamais favorisée lors de la distribution de quotas de logements aux « APC riches ». Le wali d’Alger, garant de la sécurité dans la capitale, s’est montré intransigeant lors d’un discours prononcé à l’occasion d’une session de l’APW.

Il a affirmé aux élus de l’Assemblée, surpris de voir l’ordre du jour consacré à la formation professionnelle et ses perspectives bousculé, que l’Etat restera « intransigeant » face aux velléités de révolte d’une partie de la population. « Celui qui sortira trouvera l’Etat en face », menace Mohamed Kebbir Addou qui a prononcé sa harangue au lendemain d’un mouvement de protestation au bidonville de Zaâtcha à Sidi M’hamed.

Le risque de contagion est important à Alger, la ville compte plus de 50 000 familles qui occupent des bidonvilles disséminés sur tout le territoire de la wilaya. Selon le wali, il n’est pas facile de reloger à la fois toutes les familles dans le besoin. « Les demandes de logement à Alger sont au nombre de 200 000 auxquelles s’ajoutent les résidants des chalets et des occupants des caves et des terrasses. Le programme de rénovation des vieux quartiers comme Diar Echems a commencé en 2004, c’est-à-dire bien avant les événements que l’on connaît », explique-t-il en faisant remarquer que d’ici octobre prochain, plus de 10 000 logements seront distribués dont une bonne partie est destinée à résorber l’habitat précaire. « 41% du programme de logements en chantier à Alger est consacré au RHP. L’autre moitié est consacrée aux autres programmes », assure-t-on à la wilaya.

Par Nadir Iddir



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