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23 July 2017

Le plus grand bidonville d’Alger s’enflamme

El Watan, 19 mars 2010
« Pourquoi Diar Echems et pas nous ? » Après l’annonce de l’attribution de logements dans la cité d’El Madania, les revendications contaminent tous les ghettos d’Alger. Mercredi et hier matin, le plus grand bidonville de la capitale, où vivent 12 000 personnes, a été l’arène d’affrontements avec les gendarmes. Si les 27 jeunes interpellés ne sont pas relâchés aujourd’hui, les habitants menacent de fermer à nouveau la route de S’mar.

– Ammi Mesbah, 56 ans, fonctionnaire, Remli I : « Pour rejoindre l’école, mes enfants traversent un oued d’eaux usées »

« Les gendarmes nous ont attaqués comme des vulgaires délinquants. On se serait cru dans une guerre. Nos femmes et nos enfants sont sortis de la maison fuyant les bombes lacrymogènes et autres explosifs… Ils n’ont épargné personne et nous ont demandé d’évacuer les vieux, les femmes et les enfants. Les gendarmes voulaient sûrement interpeller tous les jeunes du quartier et les mettre en prison… Et tout cet assaut pourquoi ? Parce que nous sommes sortis réclamer des logements dans la sérénité. Nous voulions juste marcher vers l’APC. Je vis ici depuis 1982 avec ma famille au milieu d’une immense décharge, des eaux usées… avec les rats. Au départ, j’ai construit ce taudis pour pouvoir me marier, espérant obtenir un logement rapidement car à l’époque, l’administration n’octroyait des logements qu’aux mariés.

Les années ont passé et mon taudis s’est vu réaménagé à plusieurs reprises, car j’ai eu en tout quatre enfants. J’ai honte devant eux car ils me demandent des comptes et m’interpellent chaque jour sur la vie que nous menons. Mon épouse et mes quatre enfants sont asthmatiques. Un de mes fils a failli mourir il y a quelques années de la tuberculose. Pour rejoindre l’école, mes enfants traversent un oued d’eaux usées, marchant sur de vieux pneus, dans la boue. En hiver, c’est l’enfer, puisque l’eau nous submerge. L’année dernière, l’oued a débordé et a tout emporté. En été, c’est pire. Les odeurs nauséabondes rendent les lieux inhabitables et les moustiques nous rendent la vie impossible. Nos enfants sont complètement défigurés et souffrent de problèmes épidermiques. Les autorités ne nous rendent visite qu’en période électorale et la police voit en nous des délinquants et des voleurs. Mon fils, étudiant en droit, est souvent appréhendé par la police à l’entrée du bidonville. Son tort ? Vivre dans un endroit nommé… Remli. »

– Redouane, 38 ans, mécanicien, Remli II : « Je mets des bottes à ma fille de peur qu’elle ne soit pas mordue par les rats »

« Hier soir, nous avons compris que nous n’étions pas considérés comme des Algériens mais comme des étrangers. J’ai reçu sept explosifs dans la cour de mon gourbi, j’étais paniqué et je ne savais pas quoi faire, ma femme asthmatique a failli mourir et mes deux petites filles ont étouffé à cause des gaz lacrymogènes. Je vivais avec ma famille dans la baraque voisine avant que je ne me marie. A l’âge de 31 ans, je me suis marié avec une fille du bidonville car nous connaissions tous les deux la situation précaire dans laquelle nous vivons. J’ai construis alors cette baraque de trois pièces, tout en soumettant régulièrement des demandes de logement, dont aucune n’a été satisfaite. Je ne demande pas un logement social, juste un appartement que je pourrai payer à long terme.

Ma fille aînée a 6 ans, c’est sa première année à l’école, et cet hiver, elle a été obligée à porter des bottes à cause des flaques d’eau, de la boue et de peur qu’elle ne soit mordue par les rats. En plus, elle doit traverser la voie ferrée électrifiée récemment. Elle rentre chaque soir déprimée ! Je le vois dans ses yeux alors qu’elle n’a que 6 ans. Un jour, elle m’a demandé : « Papa, pourquoi je ne porte pas des baskets comme les autres filles ? Pourquoi les autres filles me regardent bizarrement ? » Des questions auxquelles je ne trouve pas de réponses. Je m’isole dans ma petite chambre et je pleure comme un enfant. Surtout, lorsque je vois ma fille jouer près de l’oued alors que normalement elle devrait le faire dans un jardin. Parfois, j’ai envie de me jeter dans cet oued. Mon message au gouvernement : Donnez-nous un fil du drapeau et prenez le reste. Pourtant, nous sommes tous sortis acclamer l’équipe nationale. Et aujourd’hui, on nous tire dessus… »

– Ahmed, 24 ans, étudiant en psychologie, Remli III : « Je vis avec mes parents et mes huit frères dans trois chambres »

« Nous ne sommes pas des voyous mais notre quartier est devenu avec le temps, synonyme de délinquance. Mais on a oublié de dire que nous vivons dans un bidonville, le plus grand d’Alger, où des gens sont réduits à vivre dans des baraquements exigus, au milieu des ordures, aux abords d’un oued pollué qui peut déborder à n’importe quel moment. Nous sommes dépourvus de tout pour vivre décemment. Je vis avec mes parents et mes huit frères dans trois chambres. Mercredi soir, les habitants du quartier sont sortis dans la rue afin de protester contre la politique injuste pratiquée par les pouvoirs publics dans l’octroi des logements.

Les habitants de Diar Echems ont obtenu des quotas de logement aux cotés d’autres cités de la capitale, alors que notre bidonville est considéré comme le plus vieux et le plus important d’Alger. Comment voulez-vous que ces jeunes, ces vieux, ces femmes ne sortent pas dans la rue ? C’est de la hogra tout simplement. Les jeunes de ce bidonville vivent ici depuis leur enfance… dans la pauvreté, et la mauvaise réputation acquise n’a fait qu’aggraver la situation. On nous traite par le mépris, sinon pourquoi autant de violence dans la réaction des gendarmes et des policiers. Que voulez-vous que ces habitants comprennent ? Ces mêmes gendarmes sont venus sensibiliser les jeunes pour passer leur service national. Aujourd’hui, ils devraient se tenir sur leurs gardes. Les affrontements vont reprendre tant que nous n’aurons pas reçu des excuses et une réponse claire et franche ».

– Abderrazek, 62 ans, retraité, Remli II : « Le regard des gens des autres quartiers nous fait mal »

« J’ai été blessé hier soir lors des affrontements avec les gendarmes. Je ne sais pas ce que j’ai reçu sur la tête, mais comme on courait de partout pour trouver un refuge pour nous abriter des tirs de grenades lacrymogènes, ma petite-fille a été piétinée et ma femme s’est évanouie pour avoir inhalé du gaz. Nous avons passé une nuit terrible, où les cris des femmes se mêlaient à ceux des enfants. Tout cela parce que les habitants de notre quartier sont sortis demander leur droit au logement. Je vis ici depuis 32 ans et j’ai cessé de rêver d’avoir une habitation décente. J’ai passé toute ma vie, dans une entreprise publique, au service de mon pays.

En contrepartie, je ne reçois rien, ou mieux, des bombes lacrymogènes. Mes fils m’en veulent car je n’ai pas été à la hauteur, ils me reprochent souvent de ne pas avoir occupé une villa à l’Indépendance, à Hydra comme les autres. Ils se sentent condamnés à vivre dans des gourbis avec leurs enfants, où leur dignité est bafouée tous les jours. Le regard des gens des autres quartiers nous fait mal. Pour toutes ces raisons, je ne mourrai pas tranquille. »

Par Zouheir Aït Mouhoub


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10 Commentaires sur cet article

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  • samir
    19 mars 2010 at 10 h 39 min - Reply

    le bidonville de smar est l’image réflechie de la politique menée par la clique de voyous au pouvoir depuis 62.toute l’algérie est un immense bidonville à ciel ouvert et les algeriens sont bien étrangers chez eux.le minimum de commodité ne leur est pas attribué.si pour avoir accés au minimum vital il faut sortir dans la rue alors pourquoi ne pas en finir une bonne fois pour toute avec ce régime? la vie que des millions d’algeriens vivent ne meritent pas d’être vecue:la mort est un salut face à cette situation.les enfants algeriens se font mordre par des rats alors que l’algerie est independante:c’est un tableau que l’on ne connaissait que sous le colonialisme et encore…plus que jamais une mobilisation de toutes les forces vives du pays à l’interieur et à l’exterieur est necessaire pour mettre fin au régime.laisser de côté les querelles partisanes politicienne et mobilisons nous pour en finir avec eux.l’urgent aujourd’hui n’est pas de choisir un modéle de societe pour l’algerie, mais l’urgent consiste à se réunir autour d’un objectif commun à savoir l’éradication definitive du régime et de ses acolytes.




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  • citoyen
    19 mars 2010 at 10 h 58 min - Reply

    quand en juin 2001 on disait pouvoir assassin et que la gendarmerie faisait un carnage en kabylie on entendait : les « sauvages » sont venus casser Alger la blanche et 9 ans plus tard c le réveil mais bon c pas grave on reste solidaire akrem thoura.




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  • thirga
    19 mars 2010 at 12 h 16 min - Reply

    A mon avis, on est dans la surenchère. Le problème des bidonvilles, de l’habitat précaire d’une manière générale de la crise du logement étale la gestion par le désordre et la matraque d’un pouvoir rentier et xénophobe envers son propre peuple. C’est tjrs les mêmes qui bénéficient des logements à voir les affaires florissantes des agences immobilières. Les ayants droits, les clans du pouvoirs, les comités de grues au soutien de … vendent et revendent avant la distribution pardon l’auto-attribution des logements. Il faut commencer par exiger, comme le fait le RCD, des Apc de rendre public toutes leurs activités, étendre ça aux gestionnaires du foncier en commençant par les dairate et les walis. Monsieur Adou, le pote d’Alger, s’est manifesté avec ses relogements d’urgence, ses projets de milliers de logements pour éloigner la plèbe du centre ville. Les quartiers proches du Palais d’El Mouradia doivent être protégés des contestataires de Diar Echems, Zaatcha…Et pourtant il y a peu de temps, le responsable de la communication de la gendarmerie nationale tirait la sonnette d’alarme sur la ceinture d’insécurité de la Capitale que représentent les bidonvilles jusque là encouragés par des luttes de clans, de leadership et de pouvoir. Une situation générée par la gestion par le désordre autrement les textes sont clairs en termes de droits, d’urbanisme, de sécurité, d’hygiène, de respect de la personne humaine.Des bras existent, des milliards de dollars enrichissent nos ennemis, des terres sont livrées au désordre urbanistique, les ministres et les commissions passent leur temps à annoner sur l’unique …. Le pouvoir est-il sénile à ce point?




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  • jila
    19 mars 2010 at 18 h 43 min - Reply

    une impression de lourdeur encore plus oppressante que la chape de plomb traditionnelle règne sur Alger Que Dieu nous évite le pire!presque insoutenable!!!!!!!!!!!




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  • samy
    19 mars 2010 at 20 h 27 min - Reply

    bonsoir,
    si chacun restait dans son douar ,il n’y aurait plus de bidon ville.je ne suis pas contre que les gens viennent s’installer dans les grandes villes mais il faut qu’ils arrivent avec de quoi acheter ou louer un appartement.
    meme les responsables dans les APC sont responsables ,ils ferment les yeux contre une tchippa.




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  • jnsplu
    19 mars 2010 at 22 h 58 min - Reply

    @ Samy.

    Tu penses que s’ils avaient des conditions de vie valables dans leurs campagnes, ils seraient venus dans les villes habiter des bidonvilles ?




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  • samir
    20 mars 2010 at 1 h 05 min - Reply

    cher samy,si les algeriens de l’interieur se ruent vers les villes c’est tout simplement
    que le monde rural est abandonné à son triste sort.tu devrais peut être parcourir
    l’algérie et tu constateras de visue que rien n’a été fait pour maintenir
    la population dans son cadre naturel.de quoi veux tu que vivent les millions
    d’algeriens hors des villes?la solution n’est pas de construire des logements
    cela ne reglera pas le probleme.aucune politique de developpement n’a été
    envisagée pour l’interieur du pays et ce depuis 62.malheureusement l’algerie
    se limite aux seules grandes villes du nord.quant aux responsables des apc
    mis à part quelques uns ce sont de petits barons feodaux qui abusent de leur
    pouvoir à des fins personnelles.la solution réside dans l’éradication définitive
    de ce systeme, de cette oligarchie, de la clique de voyous au pouvoir depuis 62.




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  • Nacer
    20 mars 2010 at 13 h 03 min - Reply

    Salam,
    @Samy…. apparemment tu n y étais pas dans les « Douars » quand on nous égorgeait et on clouait nos bébés sur les portes!!! on est pas venus dans les villes juste pour partager avec ses habitants les misérables rues et marchés dont les Gérants des APC se félicitent de leurs états modernes!!! mais au contraire nous y somme venus obligés, tu t’es jamais caché dans des ordures et regarder d’un seul œil des extra-terrestres égorger et massacrer tes voisins et proches à coups de « Sif » et haches!!!
    les bidonvilles est un phénomène qui se trouve partout dans le tiers-monde, mais la différence que dans le reste du tiers-monde le vol et le détournement des biens du pauvre peuple n’est pas aussi flagrant et vulgaire qu’ici bas!!!
    mais je pense que ces émeutes sont pas le fruit du hasard!!! je pense qu’on veut nous instrumentaliser dans la salle guerre des clans!!!
    les habitants des bidonville doivent s’unir pour créer une association qui veille à ce que les revendications seront pas utilisées par un clan ou un autre, et qu’ils aboutissent à leurs fins, et qu’ils ne soient pas attirer vers des terrains dangereux, et qu’ils ne soient pas étouffé après que les clans se soient mis d’accords sur un nouveau plan de destruction massive de notre pays, et de partage égal des richesse de ce peuple!!!
    ce peuple qui a appris par magie, une théorie stupide, la théorie de « Takhti Rassi » « que ca ne me concerne pas » tout en sachant que ca le concerne maintenant, ou que ca le concernerait après un temps!!!!!
    les gars on est dans le même navire, si brèche y en a, on coulera tous, même ceux de la Chkara et les begguaras, une fois le bateau commence à couler, le peuple va s’auto-bouffer dans une anarchie bien calculée depuis des décennies….
    devant dieu tout puissant, c’est l’élite algérienne qui va ce trouver dans le fond du gouffre, avec les criminels, les belkheirs, les beguaras, car ceux là ont détruit tout un peuple et son pays, l’élite à applaudie et s’est précipité à ramasser les miettes!!




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  • MOhamed123
    21 mars 2010 at 3 h 04 min - Reply

    @Samy
    Tu sais beaucoup de gens ne connaissent de douar que le vieux quartier algérois qui a vu naître leurs parents parfois leurs grands parents ? Il y a de vieux algérois qui sont nés dans ces bondonvilles, y avaient grandi et enterré fel kettar sans avoir eu la chance de connaître un logement décent ? Tu ne peux pas incomber à ces pauvres gens des échecs patents des politiques du régime pourri qui a confisqué aux Algériens leur indépendance pour mettre en place un système fondé sur le népotisme et le mépris. Même ceux qui ont quitté leurs douars, s’ils l’ont fait c’est que parce qu’ils y ont été incités. Le terrorisme, la misère et le déclin de l’agriculture pour des raisons que n’importe quel Algérien connaît ont encouragé ce phénomène. Au lieu de stigmatiser la victime il faudra pointer du doigt cet État spoliateur, voyou qui a réduit nos compatriotes à l’état actuel.




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  • amine
    5 avril 2010 at 14 h 40 min - Reply

    un londonien a ce moment , algerois 6 eme generation , kheznaji est mon nom de famille ,
    ce message est pour samy , le vrai villagois des douar
    samy votre message celui d’attaquee les gens du village ou des douars , est une preuve que vous etes un enfants des gens du douar , au lieu d’aataquer l’etat , vous attaquee des gens simple comme votre frand pere , si vraiment votre pere est d’alger ??? qui sont venu juste pour survivre .
    honte honte si c’est la montalite des algerois est si basse .
    amino londonien a cause des gens comme samy




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  • Congrès du Changement Démocratique