Édition du
28 March 2017

La détresse humaine à la lisière d’Alger

VIRÉE DANS LE PLUS GRAND BIDONVILLE DE LA CAPITALE

L’Expression, 22 Mars 2010

Une promiscuité étouffante

Près de 5% des résidants de cet immense ensemble de gourbis sont des fonctionnaires de l’Etat.

La multiplication des bidonvilles à travers toute la capitale est une bombe à retardement. La moindre étincelle risque d’embraser cette poudrière. La situation dans ces baraquements se complique chaque jour davantage. Elle est d’autant plus inextricable que leur implantation puis leur extension ont pris de l’ampleur et ce, depuis des années. Il était 10h quand nous arrivons près du commissariat du quartier dit «Beaulieu» sis à Oued Smar relevant de la circonscription d’El Harrach. Cependant, à quelques mètres de là, on se rend compte que l’aspect urbain fait totalement défaut en ces endroits: un gigantesque bidonville s’étirant à perte de vue sur un lit d’oued. La précarité des gourbis en parpaing, couverts de plaques de zinc, tranche avec l’aisance des villas mitoyennes. La promiscuité est visiblement étouffante. Avant-hier, une violente bagarre qui a éclaté entre jeunes habitants d’un même bidonville a failli tourner au drame, selon des témoignages recueillis sur les lieux. En outre, trois crimes ont eu pour théâtre ce bidonville, dont le dernier date de l’année dernière, confiera le représentant des habitants. «Le dernier recensement a fait ressortir que pas moins de 1162 familles végètent dans ce bidonville», dira notre interlocuteur. Ce dernier, un Algérois exerçant comme chef de service à la Sntf, a élu domicile dans ce bidonville. Comme lui, des médecins et avocats y habitent. précise notre guide. Mieux encore, 5% «des résidants de cet immense ensemble de gourbis sont des fonctionnaires de l’Etat», souligne-t-il en citant les statistiques de la dernière opération de recensement. Si quelques commodités comme l’alimentation en eau potable et le branchement au réseau électrique, existent, en revanche, un véritable danger plane sur ces habitations précaires. Erigées sur un sol mouvant, toutes les baraques menacent ruine à la moindre secousse tellurique. Les premières baraques, «environ une cinquantaine», apprend-on y ont été implantées en 2001. «En quelques années seulement, le trou est totalement saturé. Pas un moindre espace aussi petit soit-il pour poser une seule baraque supplémentaire», fera savoir notre guide. La suite est connue, ce bidonville, le plus grand au niveau de la capitale, en l’occurrence, celui appelé communément El houfra (le trou) comporte actuelement, à lui seul, plus de 1500 baraques et autant de familles. Cet ensemble de détresse humaine est coincé entre l’immense décharge publique de Oued Smar, à quelque 13 km à l’est d’Alger, et le lotissement Ali Khodja constitué d’innombrables villas. «Ici, la malvie se conjugue aux multiples problèmes vécus au quotidien», clament les habitants. Plus de 35% d’entre eux sont diagnostiqués asthmatiques, du fait de la proximité avec la décharge de Oued Smar, laissent-ils entendre. L’atmosphère est aussi «électrique» dans cet endroit. Faute d’espace les nouveaux embarqués ont installé leurs gourbis sous la ligne de haute tension (25.000 Volts) longeant la voie ferrée coupant le bidonville en deux. Pis encore, l’installation électrique «anarchique» ressemble plutôt à une toile d’araignée. Du point de vue administratif, les habitants n’ouvrent pas droit à l’établissement de pièces d’état civil, des pièces nécessaires à leur dossier de demande de logement décent, déplorent-ils.
Cela dit, plusieurs parmi eux se sont pourtant fait délivrer des autorisations des anciens présidents d’APC, expliquent-ils. Leur progéniture rencontre toutes les peines du monde à s’inscrire à l’école primaire de Beaulieu. Quand c’est le cas, ils subissent une sorte de ségrégation, regrettent les parents rencontrés hier.
Par ailleurs, aussi paradoxalement que cela puisse paraître, l’appel fait par la mairie de Oued Smar, durant la semaine écoulée, aux habitants du «trou», pour s’inscrire sur la liste du programme de relogement a aiguisé l’appétit des riverains aisés. 450 personnes parmi les propriétaires des villas d’en face n’ont pas hésité un instant à s’y inscrire, racontent dubitatifs les habitants du bidonville. Cet état des lieux a suscité le courroux de ces derniers et leur sortie dans la rue n’a été que reportée à une date ultérieure. «Le représentant du wali délégué d’El Harrach les a assurés d’assainir la liste et a promis que d’ici octobre prochain, il ne subsistera plus aucune baraque à cet endroit», rapporte le représentant du bidonville.
Deux autres bidonvilles de moindre importance qu’«Al hafra» sont implantés à Oued Smar. «Les habitants de ces gourbis implantés respectivement près de la mosquée et à proximité de la zone industrielle, guettent la moindre opération de relogement pour se manifester», diront Hamid et Karim mettant en exergue le fait que leurs bidonvilles existent depuis quinze ans.
Toutefois, il est clair que le relogement des habitants de Diar Echems a eu un effet boule de neige sur tous les bidonvilles du pays. Dans ce contexte, 130 habitants du bidonville dit «El Meklaâ» situé à Beni Messous, réclament des logements, autrement dit leur part du programme de relogement initié récemment par la wilaya d’Alger.

Mohamed BOUFATAH


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7 Commentaires sur cet article

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  • bouyilès
    22 mars 2010 at 18 h 42 min - Reply

    Toute l’Algérie (ou presque)est plus ou moins ‘bidonvillisée’ par l’inertie des élus et des responsables à tous les niveaux.Ici on creuse et on ne rebouche pas,là il n’y a pas de route et d’accès même si le pâté d’immeubles est terminé depuis quinze ou vingt ans,des villes entières sans trottoirs où des trottoirs occupés par des commerçants,des égouts en plein air dans la plupart des quartiers,des inondations dès les premières alertes pluviales,un stationnement anarchique et une circulation impossible,etc,etc.
    L’Algérie n’est pas qu’un bidonville,c’est l’enfer au quotidien.




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  • Debbou Makhlouf , dentiste (Sidi-ayad Sidi-Aich Béjaia)
    22 mars 2010 at 20 h 00 min - Reply

    Tu as raison vouyilès, toute le pays es un horrible bidonville. Partout, c’est l’anarchie, le désordre, la saleté, les urines, les sacs noirs, les crachats, les égouts à ciel ouvert, les routes eventrées, les trottoirs creusés, les batiments inachevés, les bouts de ferrailles sur les toits, les dunes de ditritus,etc.




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  • omar
    23 mars 2010 at 0 h 58 min - Reply

    ya nas , soyons serieux tt l algerie n est k un bidonville a part celui ki n a rien vu il pense ke l algerie est un etat




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  • Rabah Mansour
    23 mars 2010 at 15 h 46 min - Reply

    La politique du logement est une catastrophe nationale en Algérie.Tout le monde construit mais le dernier F3 dans un immeuble vétuste,sale et délabré vaut plus d’1 milliard de centimes.Le M2 de terrain est hors de prix alors ceux qui ont touvé l’astuce de construire une baraque à moindre frais espèrent être recencés et bénéficier d’un logement qu’ils revendront pour ensuite se repositionner en demandeurs de logement et ainsi de suite.Dans ce pays il n’y’a que les honnêtes gens qui sont lésés car ils ne peuvent pas s’adonner à ces trafics.Au lieu de distribuer des logements l’Etat ferait mieux de rendre le logement et le terrain accéssibles aux petites bourses pour enrayer tous ces trafics honteux et couper l’herbe sous les pieds de la mafia de l’immobilier.Car en ce moment soit le logement est gratuit soit il est à des prix astronomiques que seuls les nantis nullement dans le besoin peuvent se permettre.Je connais une famille propriètaire d’un immeuble d’une dizaine d’appartements libres au centre d’Alger dont tous les enfants filles et garçons ont bénéficié de logements AADL et LSP qu’ils vont certainement revendre car nullement dans le besoin.Et vogue la galère pour les véritables demandeurs de logements car les dirigeants ont d’autres chats à fouetter.




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  • thirga
    24 mars 2010 at 7 h 08 min - Reply

    Indécent de votre part d’oublier l’immense favélas de  » La détresse humaine à la lisière d’Alger  » que tous les passagers du monde à destination de la Mecque des Révolutionnaires dirigée par le grand Timonier ARFAA RASSEK YA BA admire du ciel! Ils sont des dizaines de milliers allant des rivages de la mer de Bordj El-Bahri à l’aéroport Houari Boumedienne, à cheval entre deux dairates et quatre communes le long de l’Oued El Hamiz. D’ailleurs, ce désastre écologique et humain est curieusement classé par un étranger pas de chez nous sur Internet à coté des Favelas de RIO. Au moins, cette capitale est celle d’un pays classé émergeant…POUR QUI ROULE LA PRESSE EN ALGÉRIE???




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  • nabil
    11 mai 2010 at 20 h 21 min - Reply

    سأروي لكم قصتي و هي أنني مريض بالقلب و انني عندما ذهبت الى مستشفى بو اسماعيل لم يستقبلوني لا في المشفى و لا في مركز الايواء التابع لها و انني قضيت ليلتي في العراء و كنت في حالة مزرية للغاية و طلبؤا مني مبلغ من المال و لما قمت بتوفيره طردوني و لم يستقبلوني كلا من المديرين لدى المشفى و مركز الايواء و واجهت الكثير من الارهاق و ليكن في علمكم انه يتم تهريب الأكل و الأدوية الى الخارج و انم ايؤاء الناس الأجانب و الفتيات و معالجة ابنائهم بالمجان و هم دون المرضى بالقلب و انا اوجه شكوى اليكم لانني لست الوحيد الذي يعاني
    و شكرا




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  • naci
    27 juin 2010 at 6 h 08 min - Reply

    انه الظلم الذي يتقطع له القلب كيف وصلت حالة بلادنا لهذه الد رجة المرضى يعانون الضعفاء محقورون.. والناس لاينهون عن المنكر ..الشعب اصبح غير واع يرتجف من الخوف..لايطالب بحقوقه..يظن ان الظلم قاعدة مسلم بها.. والعجيب انه في الكثير من المرات عندما ارفع صوتي في ادارة ما لاطالب بحقي يقوم الناس الحاضرون ضدي يشتمون.. ويقولون ان هذه المراة لاتستحي وترفع صوتها هكذا وسط الرجال..والعجيب انني اكون اطالب بحقي وحقهم بحقوقنا جميعا ..فعوض ان يشكروني فانهم يصبحون ضدي .. يبدو ان الشعب المغبون تعود الذل والظلم واصبح يظن ان ذلك امر عادي..ما الذي جرى لهذا الشعب .. في وقت الاستعمار كان شعبنا يرفض الذل ويفضل الاستشهاد عليه ..واليوم تغيرت الامور ..ماهذا.. ايها الجزائريون استيقظوا وارفضوا الاستعمار الجديد ادخلوا على المسؤولين وارفعوا اصواتكم وطالبوا بالحقوق طالما انتم تؤدون واجبات فالجزائر لن جميعا..لايملكها زيد او عمرو……مدام نصيرة بلعباس




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