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29 March 2017

Autoroute Est-Ouest et Sonatrach : Tout n’a pas encore été révélé

Autoroute Est-Ouest et Sonatrach : Tout n’a pas encore été révélé

El Watan, 24 mars 2010
Les deux gros dossiers (Sonatrach et l’autoroute Est-Ouest) de corruption et de malversations, actuellement en instruction au tribunal d’Alger, continuent de susciter les interrogations des uns et des autres. Les deux juges du pôle judiciaire spécialisé, en charge de l’instruction, poursuivent leur instruction, que certains qualifient de « très lente » et d’autres de « trop rapide ». Des sources judiciaires récusent, néanmoins, les deux avis en affirmant que « que les auditions ne se sont jamais arrêtées. Elles se poursuivent pour les deux affaires. Elles ne sont ni lentes ni rapides, mais tiennent compte de la complexité et de l’apparition de nouveaux éléments sur d’autres griefs ».

Ainsi, selon nos interlocuteurs, le dossier Sonatrach a connu quelques avancées ces derniers jours avec l’audition, toujours en cours, des membres de la commission d’évaluation technique, notamment sur la procédure interne (la R15), qui régule les passations de marchés au sein du groupe. Visiblement, l’enquête ne se limitera pas uniquement aux contrats avec Saipem, et le groupe algéro-allemand Contel, puisque l’ensemble des membres de cette commission sont appelés à être entendus en tant que témoins, devant le juge, sur toutes les procédures de passations de marchés sur plusieurs années. A signaler que le magistrat a déjà entendu, une première fois, la directrice du service audit au niveau de la compagnie et engagé, depuis quelques jours, la procédure de confiscation des biens des prévenus.

Pour ce qui est du dossier de l’autoroute Est-Ouest, nos sources estiment, par contre, qu’il risque de connaître une tournure assez importante les semaines à venir. Mis sous mandat de dépôt, il y a plus de deux semaines, l’ex-directeur des nouveaux projets à l’Ana, Mohamed Khelladi, aurait fait, lors de son audition récente, dans le fond, des révélations très graves sur les malversations dans les marchés de réalisation des tronçons d’autoroute, notamment à l’est du pays, donnés au groupe japonais Kojal, mais aussi sur la sous-traitance dont ont bénéficié de nombreuses sociétés, choisies dans le giron du MSP, mais également à des enfants de certains hauts responsables (militaires et civils) du pays.

En attendant les confrontations, il est important de souligner que l’audition de Khelladi, dans le fond, a permis de lever une partie du voile qui couvre le gros dossier des travaux supplémentaires ayant coûté à l’Etat 7 milliards de dollars. Une facture excessivement salée que Khelladi a expliquée par l’absence de contrôle lié au respect des délais de réalisation et donc aux surcoûts, mais également à la surfacturation. Les révélations de Khelladi ont au moins le mérite de donner un éclairage sur le japonais Kojal, présenté comme une coquille vide, ne possédant ni moyens humains ni matériel et qui recourt dans la majorité des cas à des sous-traitants non qualifiés, avec tous les risques de malfaçon que ces actes ont induit.

A signaler que la plainte déposée contre Khelladi, par l’actuel directeur général de l’Ana, porte notamment sur des malversations, notamment avec la société chinoise, Citic, au centre de ce scandale. De nombreux chefs d’inculpation ont été retenus contre lui, entre autres, corruption, malversations, dilapidation des deniers publics. A signaler que le juge d’instruction a engagé la procédure de la confiscation de ses biens, une villa louée aux Chinois.
Lutte d’intérêts

Pour ceux qui suivent de près cette affaire, le sort de Khelladi a été scellé par son ministre Amar Ghoul, dès le moment où il a décidé d’enquêter pour le compte « des services » sur les marchés de réalisation de l’autoroute octroyés aux Chinois. N’ayant pas pris en compte les offres alléchantes de Ghoul (en contrepartie de son silence) transformées après des mises en garde, il a fini par être « embarqué » dans l’affaire, lui qui se sentait protégé par son statut de dénonciateur. L’ancien colonel de la Marine nationale a, en fait, fait les frais d’une lutte d’intérêts entre deux grands pôles d’intérêts qui se disputaient les lourdes commissions dans l’octroi des marchés de l’autoroute Est-Ouest, dont le kilomètre est le plus cher au monde.

Les révélations de Khelladi risquent de donner une nouvelle tournure au dossier à travers l’audition de nombreux autres responsables au sein du ministère des Travaux publics, mais aussi le ministre, que les avocats de Mohamed Bouchama, secrétaire général, ont déjà réclamé. Une demande légitime, lorsque l’on sait que Bouchama a été mis en détention préventive sur la base de propos accusateurs de Khelladi, qui lui-même est aujourd’hui poursuivi. En tout état de cause, il est important de préciser que si dans le dossier Sonatrach, la partie civile est déjà constituée pour défendre les intérêts du groupe, dans celui des travaux publics, à ce jour, rien n’a été fait. Ni l’Ana, dont le premier responsable a déposé plainte contre Khelladi, ni le ministère des Travaux publics n’ont jugé nécessaire de préserver les intérêts de l’Etat. En attendant le début des confrontations dans les deux affaires, des rebondissements sont à attendre…

Par Salima Tlemçani


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4 Commentaires sur cet article

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  • Sami Aghardi
    24 mars 2010 at 15 h 22 min - Reply

    C’est triste d’assister à ce nauséabonde déballage qui illustre l’état avancé de dégradation et dégénérescence de nos institutions étatiques. La justice en charge de ces dossiers n’échappe pas à ce phénomène, donc inutile d’espérer qu’elle pourra un jour enrayer ce phénomène qui constitue un handicap majeur pour le développement économique du pays.

    Il faut souligner, qu’il n’ y a pas si longtemps , le secteur des travaux publics disposait des compétences et d’expérience avérés dans le domaine d’études de conception, réalisation et contrôle technique des infrastructures de base ( routes, ouvrages génie civil, ports et aérodromes) Feu Abdelkader Zaibak ex Ministre des Travaux Publics à organisé et renforcé ce secteur, créée des bureaux d’études et sociétés de réalisations renforcé le Laboratoire National des travaux Publics et les écoles et instituts de formations des ingénieurs et techniciens. C’est lui qui a lancé les bases qui ont permis la réalisation du programme des autoroutes lancés durant la décennie 80.

    Des mains criminelles ont entamé le démantèlement de ce Secteur qui a commencé avec la politique de restructuration des entreprises de réalisations et d’études sous le premier Ministre Abdel Hamid Ibrahimi et puis celles des réformes de Mr Hamrouche qui ont transformés les Laboratoires des travaux Publics en EPE placés sou la tutelle des Holding . La rentabilité financière est devenu le seul critère d’évaluation de leur activité ce qui les a contraint à abandonner progressivement les études et contrôle routiers peu rénumératrices pour s’orienter vers d’autres activités mieux rétribuées (étude et contrôle des constructions industrielles, hydrauliques bâtiments etc)
    Il ya lieu de préciser , qu’en France et dans les pays européens, L’Administration des travaux Publics est dotée de laboratoires qui ont pour mission de fixer les normes de contrôle des travaux publics et méthodes d’analyse, de mener des recherche et de contrôler les laboratoires d’auto contrôle des entreprises de réalisation. Avec cette politique l’Etat s’assure la qualité de réalisation des infrastructures routières et par voie de conséquence leur longévité afin d’éviter leur dégradation précoce , comme c’est le cas chez nous

    l’Etat s’est dessaisi de cette fonction capitale, ce qui a ouvert la voie devant les Entreprises de réalisation à toute forme tricherie et de malversation dans la réalisation des travaux occasionnant des malfaçons des dégradations prématurées et des pertes financières importantes .

    Une autre forme grave de malversation, plus insidieuse, moins tape à l’œil touche actuellement l’ensemble des secteurs étatiques et dont les conséquences économiques sont plus graves que la corruption classique, elle se répand actuellement à grande échelle et concerne la gestion des ressources humaines.

    Le népotisme, le clanisme partisan et financier (affairisme) le régionalisme voir même le douarisme sont devenus les seuls critères de recrutement et de promotion, la compétence ne figure plus depuis fort longtemps parmi ces références.

    Chaque ministre, charrie avec lui, dés sa nomination un ramassis et tout venant de collaborateurs sans aucune qualification pour les tâches qu’ils doivent accomplir, il détourne frauduleusement des postes de travail bien rémunérés, qui donnent droit à des retraites confortables et exigent des profils et qualifications bien spécifiques et sévères pour les attribuer à ses intrus . Ces pratiques créent tout naturellement la frustration et la démobilisation au sein du personnel de notre Administration qui se trouve fragilisée, devant les sociétés multinationales qui opèrent pour le compte des secteurs étatiques.

    La nomination par le Ministre des Travaux Publics d’un colonel à la tête de la Directions des Travaux auto routiers, le recrutement de collaborateurs incompétents pour les tâches qu’ils ont à assumer de son parti et douar d’origine et la marginalisation des compétences du secteur ont facilité largement les malversations et escroquerie que connaît ce Secteur. Nous rencontrons la même situation dans l’ensemble des organismes et institutions étatiques qui souffrent de l’inefficacité de la bureaucratisation et se sont transformé en lourdes machines budgétivores.




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  • Si Tchad
    24 mars 2010 at 16 h 05 min - Reply

    Chere Salima Drsani: c’est vrai qu’on a le km le plus cher au monde, mais aussi la « journaliste » la mieux informée du monde. Seulement, elle ne dit que ce qu’on lui dit de dire…Dommage que l’instinct Columbo t’a manqué depuis 10 ans qu’on saigne l’Algérie..

    T’etais ou? Ah oui, dans les maquis fortement boisés, à « traquer » les GIA…

    Si Tchad




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  • js
    24 mars 2010 at 16 h 08 min - Reply

    Et rien ne sera révélé au dela d’un certain seul hiérarchique de responsabilité.




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  • Abdel Madjid AIT SAADI
    19 avril 2010 at 22 h 44 min - Reply

    Autoroute est-ouest Les Chinois arrêtent les travaux
    Le groupement chinois Citic-Crcc, en charge de la réalisation de la partie de l’autoroute est-ouest située entre Bordj Bou Arreridj et la frontière marocaine, a décidé d’arrêter les travaux. Selon nos
    informations, la décision a été prise à l’issue d’une réunion houleuse sur le projet, jeudi dernier, avec les responsables de l’Agence nationale des autoroutes (ANA). « Les Chinois ont décidé d’arrêter les travaux
    pour réclamer le paiement des surcoûts et protester contre la décision de l’ANA d’exiger la levée de toutes les réserves précédemment signalées par les
    bureaux d’études chargés du contrôle et du suivi du projet comme préalable au paiement des travaux », affirme à TSA une source proche du projet.
    La décision du groupement Citic-Crcc d’arrêter momentanément les travaux sur les tronçons Est et Centre de cette autoroute intervient après plusieurs mois de tensions avec l’ANA. Les Chinois ont gelé en
    février les travaux de réalisation des tunnels de Bouzegza à Lakhdaria à l’est d’Alger. Un gel qui a duré près d’un mois.
    La livraison de l’autoroute entre Relizane et Oran a également été affectée par la décision chinoise de geler les travaux pour réclamer le paiement d’une première tranche de 400 millions de dollars sur une
    facture de plus de deux milliards de dollars correspondant à des surcoûts qui avoisineraient les deux milliards de dollars, selon la même source.
    Mais les Algériens ne souhaitent pas payer les surcoûts. Ils ne veulent même entendre parler de cette formulation car aucun budget n’a été dégagé
    dans la loi de finances 2010 pour ces travaux supplémentaires. Le groupement Citic-Crcc avait décroché en 2006 les contrats de réalisation de deux
    tronçons d’une longueur totale de 600 km de l’autoroute est-ouest pour plus de six milliards
    de dollars. Le projet devait être livré en janvier 2010.
    L’éclatement du scandale de l’autoroute est-ouest en sepembre dernier, avec l’arrestation en novembre dernier par les services de sécurité du secrétaire général du ministère des Travaux publics, a forcé l’ANA à revoir ses relations avec le groupement Citic-Crcc. Avant l’éclatement du scandale de
    l’autoroute, l’ANA privilégiait le délai au détriment de la qualité des travaux. Les relations entre les deux parties étaient beaucoup plus politiques que
    techniques. « L’ANA sous la pression du ministre des Travaux publics voulait à tout prix livrer le projet dans les délais.
    Les réserves techniques formulées par les bureaux d’études chargés du contrôle et du suivi n’étaient pas prises en compte.
    L’ANA ne prenait même pas la peine de les transmettre aux Chinois pour les lever afin de ne pas retarder le chantier », explique notre source. En privilégiant la politique sur le coté technique, la Direction des travaux neufs de l’ANA, dominée par des membres du MSP le parti du ministre Amar Ghoul, a laissé faire
    les Chinois. Ces derniers ont profité de la situation pour alourdir la facture de la réalisation et présenté des factures de travaux supplémentaires qui
    n’étaient pas prévus dans les plans initiaux. « Des solutions techniques coûteuses et injustifiées ont été adoptées pour le traitement de certaines
    contraintes techniques. Un pont qui nécessite neuf pieux s’est retrouvé avec douze fondations spéciales. Des tirants d’ancrage ont été réalisés pour stabiliser
    des talus alors que ce n’était pas nécessaire. Des murs de soutènements ont été construits pour traiter des glissements de terrains mineurs », détaille notre source.
    Curieusement, Citic a utilisé une partie des sommes pour payer des intermédiaires comme Chani Medjoub et
    Pierre Falcone. Les Algériens oseront-ils demander à ce que ces sommes – plus de 530 millions de dollars, selon nos sources- soient déduites de la facture des « surcoûts » ?
    Sonia Lyes Et Ali Idir de TSA




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  • Congrès du Changement Démocratique