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25 March 2017

ULTIMATUM DE BARKAT AUX 30.000 MÉDECINS GRÉVISTES «Soignez ou partez!»

L’Expression, 24 Mars 2010

Après avoir tenté de tendre la carotte, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière brandit le bâton. Il menace de sanctions tous les praticiens qui prolongeront la grève pour faire aboutir leurs revendications.

Retenue sur salaire pour l’ensemble des journées de grève, envoi de mises en demeure individuelles à l’ensemble des praticiens en abandon de poste et mesures de révocation à l’issue de ces procédures à l’encontre de tout praticien qui n’aura pas rejoint son poste de travail. Saïd Barkat a décidé de sévir contre les praticiens et les spécialistes de la santé publique en grève depuis plusieurs semaines. «Les mesures de révocation seront entamées contre tout praticien qui n’aura pas rejoint son poste de travail», a menacé le département de Saïd Barkat dans un communiqué.
Le ministère de la Santé met en avant «les malades et leurs parents qui sont pris en otage». Une nouvelle déclaration malencontreuse qui risque de mettre le feu aux poudres au sein de la corporation. Dans l’immédiat, la guerre semble déclarée. «Nous allons devoir passer à l’acte et prendre les mesures nécessaires à l’encontre de ces syndicats», avait averti le 14 mars, Saïd Barkat, en marge de l’inauguration du premier Salon international du médicament générique. La rencontre a eu lieu à la Safex, aux Pins maritimes à Alger.
Chose promise, chose due. Le ministre de la Santé mettra-t-il à exécution ses menaces? Tout porte à le croire si l’on prend au pied de la lettre le communiqué de son département, rendu public lundi. «Les deux syndicats persistant dans leur attitude et allant jusqu’à refuser de participer à l’élaboration du régime indemnitaire au sein de la commission où siège l’ensemble des autres syndicats de la santé, le ministère se voit dans l’obligation de mettre à exécution toutes les mesures prévues par la réglementation régissant les relations de travail pour que cesse la prise en otage des malades et de leurs parents», font constater les services de Saïd Barkat.
Le message est clair: l’échec des négociations est bel est bien consommé. Les hostilités sont ouvertes. Qui tirera le premier? Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, qui s’est longtemps confiné dans un silence qui en disait long sur la gravité du conflit qui l’oppose aux blouses blanches, a eu le choix des armes.
«La justice s’est déjà prononcée sur l’illégalité de la grève des praticiens à la fin du mois de janvier dernier», avait-il laissé entendre, il y a une dizaine de jours. «Nous allons appliquer la loi car la grève n’est pas constitutionnelle», a-t-il ajouté. Une mesure qui ne semble pas effrayer outre mesure les responsables des deux syndicats, le Snpsp et le Snpssp ainsi que leurs bases qui se tiennent prêts à en découdre. Dans un communiqué transmis à la rédaction, l’intersyndicale des praticiens de la santé publique dénonce avec vigueur la batterie de mesures répressives qui viennent d’être prises à l’encontre des praticiens grévistes, à travers lesquelles le droit de grève consacré par les lois de la République se trouve bafoué.
L’intersyndicale souligne que cette nouvelle atteinte aux libertés syndicales «nous édifie sur l’incapacité des pouvoirs publics à prendre en charge nos revendications socioprofessionnelles pourtant reconnues légitimes par toutes les instances aussi bien administratives que politiques approchées durant la grève». Et de dénoncer dans ces mesures une politique de mise à mort programmée de la santé publique. D’autant, ajoute le même communiqué, que l’allégation d’«abandon de poste» envers les grévistes qui sont toujours à leur poste pour obligation de service minimum est un mauvais alibi, et contredit la démarche même de la tutelle qui a reconnu la grève par la tenue de réunions de conciliation telles que prévues par la loi.
En effet, il faut reconnaître que les médecins, qui en sont à quatre mois de grève, n’ont eu d’interlocuteurs que tardivement. Saïd Barkat a-t-il joué sciemment le pourrissement de ce vaste mouvement qui ne montre aucun signe d’épuisement? Sa position est des plus ambiguë… Elle a dérouté ses acteurs et plus d’un observateur. Après avoir, pratiquement, reconnu la légitimité des revendications des médecins au cours d’une réunion qui s’est tenue le 24 février dernier, d’après les déclarations du Dr Yousfi (voir L’Expression du 16 mars): «Durant cette réunion, le ministre est passé nous voir. Il nous a déclaré que s’il n’était pas ministre il aurait mis sa blouse et aurait fait la grève avec nous», a révélé le conférencier. Pis encore, «il nous avait déclaré qu’il avait fait tout son possible auprès du Premier ministre pour que notre dossier soit pris en charge. Selon lui, ses démarches n’ont pas abouti», Saïd Barkat a fini par qualifier leur grève d’illégale. «D’un côté, il nous invite à des réunions de conciliation et de l’autre il qualifie notre grève d’illégale», s’est insurgé, pour sa part, Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé. Le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière pour, sans doute, témoigner de sa bonne foi, indique dans son communiqué du 22 mars que les portes du dialogue demeurent ouvertes.
Une approche loin de convaincre l’intersyndicale qui souligne que «compte tenu de cette évolution, les deux syndicats ont décidé d’appeler à des assemblées générales locales pour décider de l’attitude à adopter par rapport à cette nouvelle situation et ce, en prévision de la réunion extraordinaire de leurs conseils nationaux prévus le 25 mars 2010 pour le Snps et le 26 mars 2010 pour le Snpssp».
De ce fait, le conflit est en passe de s’éterniser d’autant que le recours systématique des pouvoirs publics à la justice pour mettre fin à un mouvement de grève n’est pas fait pour apaiser les esprits. Pour rappel, le secteur de la santé publique emploie quelque 30.000 médecins dont 8500 spécialistes, selon les présidents des deux syndicats.

Mohamed TOUATI


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7 Commentaires sur cet article

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  • Rédaction
    24 mars 2010 at 12 h 15 min - Reply

    Mouvement de grève dans le secteur de la santé publique
    Les syndicats dénoncent les mesures répressives prises par la tutelle
    El Watan, 24 mars 2010
    Nous sommes dans un Etat de non-droit. Les libertés syndicales sont menacées et le droit de grève consacré par les lois de la République se trouve aujourd’hui bafoué et remis, plus que jamais, en cause. »

    C’est par cette note décevante que l’intersyndicale des praticiens de santé publique a répliqué à la batterie de mesures « répressives » prises à leur encontre par les pouvoirs publics. Des mesures portant, entre autres, sur la révocation des grévistes. Hier, lors d’une conférence de presse animée à Alger, les Dr Lyes Merabet et Mohamed Yousfi, respectivement porte-parole du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP) et du Syndicat national des praticiens spécialistes de santé publique (SNPSSP) ont dénoncé, condamné et déploré le comportement du gouvernement dans son ensemble. Pour ces deux syndicalistes, les pouvoirs publics viennent de signer à travers ces nouvelles mesures, des plus négatives, le constat de décès de la santé publique.

    Un constat rédigé, selon eux, par le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, mis en œuvre par le ministère de tutelle, et ce, devant le silence du président de la République, garant de la Constitution et des droits des citoyens. « La santé publique était en péril et hier le pouvoir a signé son arrêt de mort, d’aucuns n’ignorent que sans les praticiens, aucun système de santé publique ne peut fonctionner. Les ministres viennent et partent, mais nous, nous sommes toujours là, nous sommes incontournables », a lâché Dr Yousfi, qui rappellera que les praticiens ont mené le plus long combat de l’histoire.

    Un combat et une grève pour la dignité. Revenant maintenant aux détails des mesures prises par le pouvoir : en effet, lundi après-midi, le ministère de la Santé a adressé une instruction aux praticiens grévistes les informant qu’il sera procédé, selon la réglementation du travail, « à la retenue sur salaires » pour l’ensemble des journées de grève et « l’envoi de mises en demeure » individuelles à tous les praticiens en abandon de poste. Le ministère, qui a enregistré avec regret la poursuite de la grève des praticiens de santé publique, a ajouté qu’à l’issue de ces procédures, les mesures de révocation seront entamées contre tout praticien qui n’aura pas rejoint son poste de travail.

    « Bien que la justice ait ordonné l’arrêt de la grève et la reprise du travail, les deux syndicats ont persisté dans leur attitude… Nous étions alors dans l’obligation de mettre à exécution toutes les mesures prévues par la réglementation régissant les relations de travail pour que cesse la prise en otages des malades et de leurs parents », s’est défendu le ministère de la Santé. Outrés, les syndicats estiment que cette nouvelle atteinte aux libertés syndicales les édifie sur l’incapacité des pouvoirs publics à prendre en charge leurs revendications socioprofessionnelles pourtant reconnues légitimes par toutes les instances aussi bien administratives que politiques approchées durant la grève. « Notre tutelle a justifié ces mesures par des décisions de justice qui n’ont jamais été notifiées aux deux syndicats en grève, et par souci de préserver la pérennité du service public de santé qui n’a jamais été mise en péril par la grève en raison d’un large service minimum », a tonné Dr Merabet, qui relève que l’allégation d’abandon de poste avancé par la tutelle envers les grévistes est un mauvais alibi et contredit la démarche même du ministère qui a reconnu la grève par la tenue de réunions de conciliation telle que prévue par la loi.

    « Dans un pays qui se respecte, lorsqu’un ministre est dans l’incapacité de trouver une solution à une grève qui dure depuis plus de trois mois, le minimum est qu’il démissionne de son poste », a fulminé Dr Merabet. Quant au Dr Yousfi, le recours aux menaces de révocation ne fera qu’entretenir les conflits et les crises. Les conférenciers regrettent que les pouvoirs utilisent tous les moyens pour arriver à la radiation des grévistes. « Si l’on dérange à ce point, le pouvoir doit dans ce cas de figure remettre en cause notre existence, nous retirer nos agréments et mettre ainsi fin à ce pluralisme syndical de façade et maintenir ainsi le syndicat du dialogue », ont pesté les animateurs de la conférence. Par ailleurs, s’agissant de la poursuite ou du gel de la grève, les praticiens seront fixés ce week-end après le retour à la base.

    En effet, les conseils nationaux des deux organisations syndicales prendront leur décision jeudi et vendredi après des assemblées générales de leurs adhérents convoqués localement. « La base a décidé de la grève et on revient à elle pour évaluer ce qui a été fait, le conseil national devra prendre jeudi une décision quant au mouvement de grève qui continue jusqu’à cette réunion », a déclaré Dr Merabet. Pour rappel, le SNPSP a entamé son débrayage le 24 décembre, joint le 4 janvier par le SNPSSP. Depuis, les deux organisations, qui assurent un service minimum, reconduisent chaque semaine leur mouvement pour obtenir la révision d’un statut particulier promulgué fin 2009, l’ouverture de discussions sur le régime indemnitaire ou l’octroi d’un quota de logements de fonction.

    Par Nabila Amir




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  • citoyen
    24 mars 2010 at 15 h 59 min - Reply

    la brutalité des propos est propre a ce « ministre » desastre au niveau de l agriculture, maintenant la santé et qui c demain l education,yakhi bladna .




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  • BRAHIM
    24 mars 2010 at 20 h 09 min - Reply

    Vous vous rendez compte chers citoyens algériens, un moins que rien qui dit à des médecins algériens : « soignez ou partez » ! Un bourourou qui parle à des algériens qui ont usé leur cul dans les bancs de l’université durant des années dont certains sont des professeurs de renommer mondiale qui ont accepté de rester dans leur pays par patriotisme alors que dans les pays étrangers ils peuvent vivre COMMES DES ROIS même en acceptant un poste en tant qu’infirmier. Inale bou limaheb nache !




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  • patriot
    24 mars 2010 at 21 h 31 min - Reply

    c est de l esclavagisme pur et simple est ce possible a l heure actuel puisse exister des diregants de cette espece au lieu notre cher ministre soit a l ecoute de ces braves gents qui porte secour ,aide et espoir ala population de leurs fournir de quoi ils ont besoin alors monsieur il prefere de se mettre derriere son bureau et de verrer 30000 personnes .je me demande que ce pauvre a qui peut faire a lui seul peut etre .avez vous un peuxde moral cher ministre




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  • Ammisaid
    24 mars 2010 at 21 h 33 min - Reply

    Un seul rêve pour le système: c’est se réveiller un matin est ne pas trouvé le peuple. Disparu ! Plus personne! Walou !
    Que c’est dur pour un ministre d’être dérangé dans son sommeil, pendant qu’il mange, pendant qu’il fait la sieste, pendant qu’il fait les comptes de ses richesses, pendant qu’il s’auto-glorifie (miroir qui est le beau ministre de la santé de l’univers. C’est toi Barkat, c’est toiiiiiiiiii)…
    « Laissez nous vivre ou partez » aurait été plus élégant.




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  • yassine
    24 mars 2010 at 21 h 55 min - Reply

    La decision appartient aux grevistes.Ils connaissent le regime, sa haine à l’égard de la population.Elle leur appartient comme les enseignants. Ce qui est decevant dans ces mouvements c’est l’abscence de solidarité entre eux.Mais ce n’est pas le retour au travail qui va concretiser leur revendication.Quand on a attendu 50 ans mon vieux….




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  • le kabyle
    24 mars 2010 at 21 h 57 min - Reply

    BARAKAT YA SI BARKAT !!! C’est VOUS qui devez partir et déguerpir au plus vite… pas nos médecins !!! Mais dites-nous un peu pour voir. Où doivent-ils partir NOS médecins ? En France, peut-être…? Déjà que l’Algérie en possède beaucoup (!?) C’est-y pas malheureux, tout de même… Vos propos sont irresponsables et indignes ! Mais ils démontrent, au grand jour, si besoin est votre incompétence notoire à gérer quoi que ce soit en Algérie. Dehors, comme tous vos pairs, et cédez au plus vite votre/vos places à la jeunesse algérienne beaucoup plus compétente que le meilleur d’entre vous !




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  • Congrès du Changement Démocratique