Édition du
26 July 2017

ILS ONT OCCUPÉ LE DEVANT DE LA SCÈNE Que sont-ils devenus ?

Le Soir d’Algérie, 25 mars 2010

Si l’on admet pour vraie l’acception qui voudrait que le militantisme rime avec conviction et persévérance, l’attribut d’hommes politiques manquerait à nombre d’anciens animateurs de la scène politique nationale. Il manquerait à tous ceux qui, petit à petit ou brutalement, ont rompu avec leurs engagements militants, voire partisans antérieurs. Certains se sont éclipsés après une défaite et une déception électorale, comme incapables de se relever et de survivre à l’échec.

D’autres se sont retirés de la scène après avoir goûté aux délices d’une promotion qui leur a fait assumer une charge ministérielle. Il y a enfin ceux, anciens responsables et commis de l’Etat, qui ont fini par ronger leur frein après d’infructueuses tentatives de se refaire une santé politique, non pas en guettant le rappel en bas de l’escalier de service mais en empruntant les sentiers abrupts de la structuration partisane. La difficulté les a fait rechigner devant la tâche. S’ils doivent persister à tendre l’oreille aux grondements politico-sociaux qui sourdent continuellement, ils s’interdisent la parole, la prise de position. Ils se résument de coller aux mondanités et s’obligent, quand il le faut, à faire acte de présence aux recueillements, aux enterrements.

Ali Benflis, une seule épreuve puis le silence
Ancien chef de gouvernement et ancien secrétaire général du FLN, Ali Benflis, candidat malheureux à l’élection présidentielle d’avril 2004, est celui qui incarne le mieux ce paradoxe de l’homme politique algérien. Ali Benflis est rentré chez lui au soir d’une défaite électorale. Depuis bientôt six années maintenant. Il est rentré chez lui avec, dans l’attitude, un renoncement définitif, du moins prolongé à toute entreprise politique. Il reçoit, dit-on, chez lui, commente l’actualité politique mais se garde bien de déclarations publiques. Chez lui, le silence est une règle d’or. Même lorsqu’on le croise, qu’on l’interroge, il ne va pas au-delà de l’échange de politesses. Aussi, on ne sait quels desseins politiques nourrit-il, lui qui est encore trop jeune pour faire ses adieux au métier qui l’a fait par le passé chef de gouvernement et secrétaire général du Front de libération nationale. Il se dit qu’il se met en réserve de la République, comme il est de tradition chez ceux qui, comme lui, se retrouvent un jour éjecté du sérail. Faut-il croire à une telle assertion ? Difficile dans son cas, après les péripéties qu’il dut endurer pendant qu’il engageait et menait le bras de fer avec le président Bouteflika. Mais s’il doit quitter son hibernation et refaire surface un jour, à l’appel d’un sérail remodelé ou sous l’impulsion de conjonctures politiques favorables, il aura nécessairement à expliquer son silence.

Sid-Ahmed Ghozali ou l’apprentissage inaccompli de l’opposition
Son nœud de cravate papillon ne lui a pas épargné la disgrâce. Sid- Ahmed Ghozali, ancien chef de gouvernement est de ces hommes politiques qui ne sont pas allés au bout de leur safari politique en enfourchant le cheval partisan sur les chemins escarpés de l’opposition. Il a découvert, à ses dépens, qu’une telle traversée n’est pas une sinécure. Son projet de parti politique avorté par une administration qui semble avoir juré de ne pas inscrire de nouveau-né sur la scène politique nationale, Sid-Ahmed Ghozali a fait, en dépit de cet aléa, preuve d’abnégation militante. Sevré de structure partisane, l’ancien chef du gouvernement s’est illustré quelques années durant acteur politique mais surtout contradicteur patenté du pouvoir incarné par Bouteflika. Cependant, son endurance a eu des limites. L’usure semble avoir eu raison de son engagement. Comme lassé par les circonvolutions d’une vie politique régentée par la censure autoritaire et la restriction des espaces d’expression, Sid-Ahmed Ghozali s’est soustrait à l’ambiance politique du moment. On ne lui lit quasiment plus rien et ses apparitions publiques sont réduites de manière drastique. A-t-il mis un trait sur sa vie politique ? Il n’y a que lui pour le dire. Pour cela, il va falloir qu’il rompe le silence. Pour le moment, il se tait.

Mouloud Hamrouche, l’homme qui n’a pas fini d’attendre
Il a de la patience. Il sait conduire des réformes. Il sait aussi attendre. Lui, c’est Mouloud Hamrouche, ancien chef de gouvernement que le système politique qu’il a servi a mis sur la marge. Il faut dire que Mouloud Hamrouche a survécu aussi par la grâce que la reconnaissance lui a toujours voué, lui qui eut l’insigne honneur de signer l’acte de naissance des journaux privés. Il a toujours eu place dans les colonnes pour un commentaire ou l’expression d’une position. Cependant, Hamrouche n’a jamais été tenté de se doter d’un instrument partisan de lutte. Du moins, il n’a rien entrepris dans ce sens. Il avait une aura et bonne presse chez les médias et cela semble lui suffire dans sa tentative de reconquérir le pouvoir. Il jugea que 1999 était la course qu’il ne lui fallait pas rater. Engagé dans la compétition, il se retira, d’un accord commun avec cinq autres candidats à l’élection présidentielle. Depuis, il a été de quelques initiatives, celles notamment qu’il réfléchissait avec Aït Ahmed et Abdelhamid Mehri. Le trio devait, d’ailleurs, en proclamer une des plus importantes. Cela n’est pas encore arrivé. Mouloud Hamrouche aura attendu mais ni Aït Ahmed, encore moins Abdelhamid Mehri n’ont semblé tenir à cette perspective qu’ils annoncèrent, pourtant, avec une foi sacerdotale. Les années se sont égrenées. Mouloud Hamrouche, tout au long, rongeait graduellement son frein. Aujourd’hui, il n’alimente plus la chronique.

Noureddine Boukrouh, le chef de parti devenu ministre
En fondant le Parti du renouveau algérien (PRA), Noureddine Boukrouh faisait une entrée fracassante sur la scène politique nationale. Sa jeunesse et quelques idées novatrices lui valurent une place honorable sur l’échiquier national, même si le verdict de l’urne devait rappeler, à chaque occasion, le dur métier de militant. Mais Boukrouh avait-il réellement vocation à faire de la politique un métier ? Les diatribes qu’il eut à engager avec le conseiller du président Zeroual, le général Betchine, le présentaient comme un militant qui avait de la poigne. Mais vite, l’opinion découvrira en lui un homme tout juste ambitieux, quelqu’un qui changea de bord à la première sollicitation, en allant rejoindre le gouvernement. Devenu ministre sous Bouteflika , Boukrouh fera du mieux qu’il pouvait pour paraître bien intégré dans l’exécutif. Heureux de cette promotion, il oublia le PRA qui, entre-temps, connaîtra de pénibles remous. Le parti ne s’est toujours pas remis de ses nombreuses guerres intestines. Jusqu’à aujourd’hui. Quant à Boukrouh, il s’est mis hors des feux de la rampe sitôt débarqué de l’exécutif. Il n’a plus écrit depuis. Pourtant, il affectionnait bien trop le trait de plus. Il en connaît quelque chose au métier de rédaction.

Abdallah Djaballah, un islamiste en peine
Deux partis plus loin, Abdallah Djaballah, l’islamiste à la chéchia blanche et à la barbe noire bien fournie, est toujours sans amarres partisanes. L’homme a la faculté, ou la mélédiction, de fonder des partis politiques d’où il se retrouve à chaque fois éjecté. Il a créé Ennahda. Il a été débarqué. Sans s’avouer vaincu, il renouvela l’exercice et fonda El Islah. Bis repetita. M ê m e manœuvre et à nouveau débarquement sans sommation . Djaballah semble poursuivi par le sort. Il collectionne les échecs et cela ne semble pas le décourager. Il avait à l’idée, avant qu’il ne s’abandonne à la perspective de fusion avec ses amis devenus adversaires, de relancer une nouvelle structure partisane. Finalement, il se fera avoir comme un novice. De fusion point. Ce n’était pas ce chemin de traverse qui allait le remettre en selle. Mais par ailleurs, il sait qu’il ne doit s’attendre à nulle indulgence de la part de l’administration s’agissant de l’agrément d’un éventuel nouveau parti politique. Alors, il couve ses déceptions répétées, loin des brouhahas politiques ambiants. Durant ces moments de déprime, il trouve, néanmoins, la force et l’inspiration d’écrire. Un jour, il avouera même aux journalistes qui le questionnaient sur ce qu’il compterait faire s’il n’arrivait pas à reprendre selle, qu’il se mettrait à écrire des livres. Il en a, au demeurant, écrit. Mais s’il est de moins en moins visible, cela ne veut pas dire qu’il a pris congé définitif de la politique. Il a la récidive chevillée au corps. Même s’il faut bien le dire, il est récidiviste malheureux.
S. A. I.


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13 Commentaires sur cet article

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  • Résigné
    25 mars 2010 at 16 h 31 min - Reply

    À l’exception de Djabbalah, les autres ont pris congé de la  »Ripoublique » et du pouvoir.




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  • BRAHIM
    25 mars 2010 at 16 h 55 min - Reply

    A l’exception de Djabbalah, tous les autres ADORENT se mettre en réserve de la République. Vous savez pourquoi ? Kèche appel téléphonique, on ne sait jamais, pour un poste dans la hiérarchie du pouvoir actuel. Ils espèrent revenir par la grande ou la petite porte, qu’importe. Ils ne s’impliquent pas directement dans le débat politique, ils ne rentrent pas dans l’opposition et les interventions ou critiques publiques, s’il y en a , restent dans le flou ou le général. A part Mehri qui bouscule de temps en temps le FLN, les autres c’est des félins qui attendent une entrée en action le moment voulu. Ce n’est pas plus compliqué que çà … à mon avis. D’ailleurs, il n’y a pas que ces 4 qui sont cités dans l’article, il y en a plein dans la gibecière.




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  • Si Salah
    25 mars 2010 at 17 h 05 min - Reply

    Alors messieurs, ca se passe bien la retraite? Pas de soucis de prise en charge à Paris? Vous etes trés actifs dans les…enterrements des criminels. On enterre tous les jours l’Algérie, mais ca ne vous derange pas outre mesure…Dites au moins que vous etes en retraite comme ca on ne comptera pas sur vous…

    Si Salah




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  • Adel
    25 mars 2010 at 18 h 26 min - Reply

    La première génération d’hommes politiques algériens (Messali et les autres) a terminé sa mission et quitté la scène après novembre 54. Celle qui a mené la lutte armée a été balayée ou matée par Ben Bella et Boumédiène. Depuis 62, notre pays n’a plus de classe politique digne de ce nom. L’échec du projet de modernisation de la société par la dictature, que Boumédiène avait initié, a définitivement discrédité tous ceux qui y ont été associés.

    Je crois qu’il ne faut plus attendre grand-chose de tout ce beau monde. Une nouvelle génération de militants doit se lever et mener le combat pour la démocratie et la justice sociale. L’Appel du 19 mars a semé les premières graines. C’est de ce mouvement de refondation du discours politique que naitront de nouvelles voix/voies pour l’Algérie de demain.




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  • khaled
    25 mars 2010 at 20 h 46 min - Reply

    J’avais lu quelques part que tous les sois-disant opposants font de la permanence chez eux devant leur téléphone.

    Tous attendent une communication téléphonique importante…




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  • BRAHIM
    25 mars 2010 at 21 h 45 min - Reply

    Et oui cher @khaled, il ne faut pas se faire d’illusion. C’est la triste vérité !!!!




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  • fateh
    26 mars 2010 at 11 h 43 min - Reply

    salam Mr. Benchenouf….

    Il y a de cela 2 ou 3 mois, un communique des affaires etrangeres parlait de la nomination de Benflis comme ambassadeur au Pakistan??????




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  • Milianais
    26 mars 2010 at 12 h 56 min - Reply

    ceux sont les plus fidèles commis du système de l’état algérien ( à l’exception du respectueux Mehri) ,ils ne se sont pas retirés définitivement de la scène politique ils préfèrent ne pas faire du bruit ,laisser le système tranquille peut être un jour ou un autre on les appelle pour un poste supérieur et parce que cette catégorie de commis rêve toujours de retourner au grand mangeoire.




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  • nomade
    26 mars 2010 at 17 h 02 min - Reply

    a part djabbalah qui continue a se battre les autres ne sont que de simples lievres du aalf (la mangeoire).
    les discours fleuves de boukrouh m’impressionnaient mais au final l’orateur n’etait qu’un petard mouille.

    taleb el ibrahimi,l’oublie de cet article,
    non achetable ,non corruptible ,s’est fait casse par le clan de oujda-nedroma.




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  • Horizon2030
    26 mars 2010 at 20 h 28 min - Reply

    Nous sommes tous responsables de ce qui arrive pour le pays, sauf que les pondérations des responsabilités sont différentes!




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  • BRAHIM
    26 mars 2010 at 22 h 03 min - Reply

    Vraiment nous sommes tous , tous , tous reponsables ???? Eh bien cher Horizon2030, les citoyens algériens qui ne connaissent pas pourtant pas du tout les mathématiques et les statistiques peuvent te donner au 36 millionième près « les parts pondérées » qui sont imputables au régime qui sévit depuis le lendemain de l’indépendance. Le peuple a été peut être naif et crédule mais jamais responsable.




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  • Ammisaid
    27 mars 2010 at 8 h 37 min - Reply

    Assalam, azul, bonjour
    Cher frère Brahim,
    Je ne pense pas que le peuple était naïf, je crois savoir qu’il n’avait plus rien à donner au sens subjectif et objectif du terme. Il avait tout donné à la revolution: ses fils, ses biens et même ses bijoux (fameux essendouk atadhamoun). durant trois merveilleux jours, il avait dansé, chanté et crié de toutes ses forces son bonheur d’avoir obtenu l’indépendance et puis quand il était retourné dans ce qui restait de leurs foyers, il n’avait rien trouvé pour se nourrir et survire. Alors, certains de ses fils s’étaient exilés, d’autres étaient aller aux champs pour les supplier de leurs offrir un peu de nourriture et les autres ont été là où ils pouvaient un petit travail. Pendant ce temps, les voleurs que maintenant tout le monde connaît, se plaçaient pour être le plus prêt des richesses présentes et futures de notre pays. Au moment où le peuple commençait à comprendre la tricherie de nos gouvernants, ces derniers ont déclenché un autre guerre plus brutale, plus violente et plus sauvage que celle qui a été mené contre les Français. Sauf, que cette guerre a été mené par des Algériens contre des Algériens et pour ceux qui vampirisent nos richesses jusqu’à la minute où j’écris mon commentaire. Et, depuis 1999, le même scénario s’était reproduit pour les fils et les filles du peuple mais d’une façon encore plus dure: vagues d’immigrations, renforcement de la police, harragas, prostitutions, corruptions…
    Fraternellement à toi, à toutes et à tous




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  • le grand maghreb
    27 mars 2010 at 23 h 11 min - Reply

    sid ahmed GHOZALI un ingenieur en genie civil diplome’ de paris un gars tres intelligent.




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  • Congrès du Changement Démocratique