Édition du
23 March 2017

Djurdjura- Lorsque l’Etat industrialise la terreur

Saïd Radjef

Malgré la présence impressionnante des forces de sécurité, les enlèvements se poursuivent au Djurdjura. Rien qu’au cours de ce dernier mois, plus d’une dizaine d’enlèvements ont été signalés, notamment dans les communes de Ouacifs, Maâtkas, Mechtras, Ain Zaouia et Boghni. Outre ces enlèvements crapuleux, il y a lieu de signaler le démantèlement total du tissu industriel de la Kabylie, versé au service de l’armée.

Deux cent à cinq cent enlèvements  d’industriels et d’hommes d’affaires en quelques mois seulement. Selon d’autres sources, le nombre de ces enlèvements au cours de trois dernières années, se situerait autour des 500 cas rien que dans la seule wilaya de Tizi-ouzou. La situation est identique dans les autres régions de la Kabylie à l’instar des wilaya de Bejaia, Boumerdes et Bouira.  Les enlèvements sont en passe de s’industrialiser. En tous les cas, lorsqu’il s’agit de parler de l’émiettement des valeurs civiques et citoyennes, de la criminalité, de la délinquance, des lieux de débauches gérés ouvertement par de hauts dignitaires de l’armée, de la clochardisation et de la fuite des cerveaux, le Djurdjura tient tristement le haut du pavé. Une criminalité planifiée selon les dires des populations locales. « L’Etat est en train de pousser la Kabylie à ses derniers retranchements. Apres avoir maté le FFS et mis au pas le RCD, le pouvoir est passé à une phase sophistiquée dans le démantèlement des structures sociales, culturelles, économiques et intellectuelles de la région », dira en substance un frère d’un industriel victime d’un enlèvement l’année passée dans la circonscription de Maâtkas qui il faut le rappeler détient le record des kidnappings. Et d’ajouter : « Par ces violences, le pouvoir suggere en filigrane à la Kabylie son autonomie ».

Même son de cloche dans la ville commerciale de Boghni ou la majorité de la population a récusé, après le kidnapping d’un entrepreneur survenu dimanche passé dans la localité  des Ait Kouffi, la thèse selon la quelle le GSPC serait ressuscité, réveillé de son sommeil. Ici, on a du mal a comprendre comment une région quadrillée par l’ANP et si hostile à l’islamisme armé, est devenue la plaque tournante des terroristes. « Ni GSPC ni sidi zikri ! Le pouvoir est en train de semer la terreur et la pauvreté pour empêcher la paix et la tranquillité de fleurir.  Il (le pouvoir) veut domestiquer la Kabylie », commente à son tour un proche de la victime enlevée par un groupe armé dans le village symbole de la révolution,  les Ait Kouffi dimanche passé. Stupeur et émoi, ne sont pas les seuls sentiments qui ont marqué la ville de Boghni au cour de la journée d’hier lorsque une grève générale en guise de solidarité avec la famille de la victime a été observée. Car, en dépit de l’atmosphère effroyable, il y a de la lucidité dans les analyses des uns et des autres. « Pour maintenir l’état d’urgence, le pouvoir est capable de placer dans chaque localité d’Alger des bombes », ironise notre interlocuteur.

Pour ainsi dire, ce n’est pas seulement la multiplication des enlèvements crapuleux qui inquiète les populations locales,  mais ce sont beaucoup plus l’insolence et la stupidité avec lesquelles le pouvoir tente de s’imposer et de rallier à ses thèses une région fondamentalement citoyenne et démocratique qui donnent froid dans le dos au Djurdjura. La réconciliation ne peut pas se construire avec l’intrigue et les complots ; la démocratie ne se résume pas à choisir entre l’ANP et les groupes islamiques de l’armée. C’est ainsi que la Kabylie a répondu hier au pouvoir lors de la grève entamée hier à Boghni pour dénoncer cet enieme kidnapping.


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7 Commentaires sur cet article

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  • bouyilès
    31 mars 2010 at 18 h 27 min - Reply

    Savez-vous ce qui change en Kabylie quand il y a une visite d’un officiel?Tous les trous et les nids de poules qui jonchent son parcours pour atteindre la Wilaya sont rebouchés à la va-vite.A la prochaine visite du prochain officiel ces mêmes trous seront rebouchés à la va-vite.C’est la seule chose qui est productive chez nous.A tel point qu’à un ami qui me demandait de le conseiller sur un éventuel créneau d’investissement ,je lui ai recommandé de créer une entreprise spécialisée dans le rebouchage de trous :c’est porteur chez-nous,à coup sûr, et les trous c’est à chaque coin de rue…comme les barrages en tout genre.




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  • samir
    1 avril 2010 at 0 h 35 min - Reply

    ce régime a toujours eu peur de la kabylie berceau de la résistance a tout oppresseur depuis la nuit des temps.aujourd’hui c’est en voulant isoler la kabylie du reste de l’algerie que le régime despotique essaie de réaliser.la kabylie a donné des hommes de valeurs incomparrables tout le long de son histoire à aujourd’hui et cela n’est pas pret de s’arrêter.c’est en semant la terreur que ce régime croit pouvoir mater l’esprit rebel de la kabylie alors que cet esprit à deja quitter le djurdjura pour se repandre dans toute l’algerie.




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  • Abdelkader DEHBI
    1 avril 2010 at 8 h 14 min - Reply

    @ — Saïd Radjef : Je suis effaré par votre article qui laisse clairement à penser que le pouvoir est en train de nous préparer une nouvelle ère de troubles et de tragédies pour se maintenir en place.




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  • radjef said
    1 avril 2010 at 18 h 18 min - Reply

    Bonsoir tout le monde.
    A Dehbi,un grand bonsoir du Djurdjura. Effectivement, il y a de quoi avoir peur.D’autant plus vrai que la complicité de certaines « élites locales » est manifeste. A quoi bon se triturer les neurones sur la Kabylie, lorsque le mensonge, l’anatheme, l’imposture, le mythe peuvent offrir une vie de nabbab: vehicule dernier cri, 4×4, nanas, logements et villas…et une reputation d’opposant aux généraux. Le pouvoir compte des complicités sures au Djurdjura.




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  • BRAHIM
    2 avril 2010 at 19 h 27 min - Reply

    Cher radjef said j’ai une grande estime pour vous car vous êtes un combattant de la démocratie ou toutes les sensibilités ont droit à la parole. Je partage ce point de vue évidemment. Mais je voudrais juste dire un mot concernant l’interlocuteur qui vous dit « Pour maintenir l’état d’urgence, le pouvoir est capable de placer dans chaque localité d’Alger des bombes ». Je me demande pourquoi, vous qui êtes pacifistes comme beaucoup d’entre nous, vous n’implorez pas de votre côté les islamistes qui sont au maquis pour qu’ils rejoignent le « civil » et la vie politique. C’est la seule façon de mettre à nue justement le machiavélisme du pouvoir ??!! Pourquoi il n’existe pas de voix pour exhorter les djihadistes à revenir à la raison. Tant que ce théâtre de sang, de crimes, de bruit des kalachnikovs et de couteaux, de faux vrais faux barrages et de Kidnapping brouillent nos écrans, on ne peut rien entreprendre sur le plan de la construction de la démocratie, car tout le monde devient suspect. Ce n’est d’après ce geste que les démocrates pourront mettre au pied du mur le pouvoir en lui montrant que la violence et les crimes ne sont plus que de son côté exclusivement et que la responsabilité de la sécurité des citoyens est de son entière responsabilité. Et si les islamistes ne font pas ce pas, certes douloureux et difficile, l’avènement de la démocratie ne sera que reculer de jour en jour au grand bonheur du pouvoir.




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  • radjef said
    2 avril 2010 at 20 h 22 min - Reply

    Bonsoir tout le monde.@Brahim, bonsoir tout le monde. On m’a tué à plusieurs reprises et les gens qui m’ont tué ne sont pas des islamistes. On a fait circuler des rumeurs sur mon appartenance – en qualité de haut officier du DRS- au DRS et les gens qui ont fait ça ne sont pas des islamistes. Comment voulez-vous aujourd’hui en tant que victime, je crois-et les preuves qui me font penser le contraire ne manquent pas- à la thèse selon laquelle ce sont les islamistes qui sont responsables de l’effondrement de la république? Partant de mon expérience personnelle, je ne peux accuser quelqu’un d’autre en dehors de l’ANP.




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  • BRAHIM
    2 avril 2010 at 21 h 58 min - Reply

    @radjef said, vous répondez à mon questionnement par une autre question. C’est votre choix. Pour ce qui concerne « la responsabilité de l’effondrement de la république, je n’ai pas besoin de redevellpere ce que je développe souvent dans mes interventions. Ce va être de la redite et je vais éviter donc d’y revenir.




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  • Congrès du Changement Démocratique