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27 July 2017

Maître Ali Yahia Abdenour. Président d’honneur de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme : « Zerhouni prépare le fichage de tous les Algériens »

El Watan, 7 avril 2010

Le ministère de l’Intérieur vient de lancer son « opération-pilote » portant sur l’établissement de nouveaux documents d’identité. Des documents biométriques électroniques, comportant une masse de données personnelles. M. Zerhouni prévoit aussi la mise en place d’un registre national de l’état civil ainsi que l’institution d’un numéro identifiant national unique (CINU), un matricule attribué à chacun des Algériens. Ne craignez-vous pas un fichage généralisé de tous les Algériens ?

Absolument. Plus que le fichage – qui se fait déjà en dehors des lois – l’enjeu est le contrôle des Algériens. Je crois qu’il faut reprendre l’expression « vous êtes fichés » en ajoutant « de la naissance jusqu’à la mort ». L’objectif est clair. Il s’agit de contrôler l’Algérien de sa naissance jusqu’à sa mort. Les formulaires des documents d’identité biométriques (téléchargeables sur le site web du ministère de l’Intérieur) sont à ce titre plus qu’éloquents. Le demandeur de ce nouveau type de documents doit répondre à un large éventail de questions : qui avez-vous connu à l’école ? Avec qui vous avez passé le service militaire ?, etc. Des questions sans aucun rapport avec les données nécessaires à l’établissement d’un passeport ou d’une carte d’identité. Cela dépasse les limites. Il faut que le ministre de l’Intérieur comprenne que l’Algérie n’est pas celle des années 1980. Dans les quatre Constitutions algériennes, entre 28 et 32 articles traitent des libertés individuelles. C’est-à-dire que tout Algérien a des droits qu’il ne peut opposer à l’Etat. Je ne parle pas des pactes et conventions internationaux qui vont dans le sens de l’individualisme et de la défense de la personne humaine. Les attributs de l’identité relèvent des droits de la personne. Des droits inaliénables.

La démarche des pouvoirs publics n’a pas été accompagnée par la mise en place – comme cela s’est fait ailleurs – d’une autorité indépendante chargée de contrôler et de vérifier la légalité du traitement des données à caractère personnel et qui doit assurer le respect des libertés et droits fondamentaux des personnes…

Il me semble que c’est trop demander à ce régime. Un régime autoritaire, totalitaire. Le ministre de l’Intérieur n’acceptera pas qu’une structure indépendante puisse contrôler ce que fait l’administration. Personne ne peut contrôler le ministre de l’Intérieur qui s’attribue tous les droits, s’estime au-dessus des lois. Ni le Parlement ni la justice, habilités en la matière, ne peuvent le faire. Moi-même j’ai relevé, en passant, que M. Zerhouni a violé – par arrêtés – 57 fois la Constitution. Doit-on aller à la justice pour relever que la démarche du ministre est en contradiction avec la loi, la Constitution et les lois internationales – supérieures aux lois nationales ?… Je pense que c’est inutile : la justice est sous contrôle. Ce que nous, avocats, appelons « la justice debout », cela ne veut rien dire d’autre que les procureurs sont à genoux et que les juges sont à plat ventre. Mais il faut dire que le ministre de l’Intérieur procède depuis dix ans par vagues, rognant sur les libertés publiques et privées. De l’Algérien, M. Zerhouni veut faire un automate bon à appliquer les directives et la politique du Pouvoir. Si l’Algérien se situe en dehors de ce schéma, au tournant, il se fait écraser.

Par Mohand Aziri


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7 Commentaires sur cet article

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  • Said Salombi
    7 avril 2010 at 22 h 32 min - Reply

    Au Maroc Zerhouni a grandi dans l’ombre d’un pere gendarme qui faisait regner l’ordre colonial sur les indigenes. Zerhouni a 75 ans, et vous voulez qu’il change de mentalité? Parlez plutot a un bloc de granite, vous aurez peut-etre la chance d’etre entendus…

    Said




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  • still
    7 avril 2010 at 23 h 29 min - Reply

    La charrue avant les bœufs.

    Qu’attendez-vous d’un ministre issu du DRS sinon continuer et affiner sa mission de « Big Brother »? Il s’est retrouve au poste idéal-le ministère de l’intérieur- pour donner le coup fatal a l’intimité de l’Algérienne et de l’Algérien en accédant au contrôle total de leur vie privée par le biais de cette procédure qui n’effleura même pas l’esprit des communistes purs et durs.
    Le régime algérien est bel et bien en accointances avec les adeptes du Nouvel Ordre Mondial (Entendez par la : la nouvelle dictature mondiale) qui tente -pour des raisons occultes mais semble-t-il impérieuses de s’imposer avant la fin 2012.
    Sont notamment inclus au programme de cet Ordre, la puce RFI (système d’identification par fréquence radio) a implanter sous la peau et le système de transaction et de « shopping » sans argent cash. Avec ce dernier, le régime pourrait vous affamer en rendant votre puce inopérante.
    A cette question posée a un spécialiste (dont je n’ai pas le nom en mémoire en ce moment): » Est-ce qu’il y a un moyen d’échapper au contrôle d’un tel système totalitaire? »La réponse était : »Non, sauf le fait de garder une certaine autonomie en cultivant son propre lopin de terre et en vivre. »
    A ce propos, le régime algérien a presque démoli cette alternative:Aujourd’hui beaucoup de campagnards descendent en ville pour acheter des légumes et même de l’épinard que l’on trouve a l’état sauvage dans la nature.

    Le DRS s’intéresse à notre identification, notre Identité est un point de détail, pour lui.




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  • aissa
    8 avril 2010 at 0 h 51 min - Reply

    Ainsi, en Algérie, les hommes ne pourront plus porter de barbe, les femmes plus de voile, ou bien un voile a enlever au moindre contrôle policier…
    donc pourrissement jusqu’aux os…




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  • El Houari
    8 avril 2010 at 10 h 08 min - Reply

    Après avoir dépouillé l’Algérie de ses richesses, ils veulent dépouiller le peuple de ses racines et traditions millénaires «REMERCIANT» ces colons leur mission est terminée.




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  • el-amel
    8 avril 2010 at 10 h 40 min - Reply

    Pour la guerre économique de l’homme blanc, Zerhouni participe à la chasse Au Musulman. article de 20 minutes: « Bombe ou cigarette? Confusion après l’arrestation d’un diplomate à bord d’un avion américain
    ETATS-UNIS – L’homme, originaire du Qatar, aurait simplement fumé dans les toilettes de l’avion… »
    Excès de zèle ou terroriste mis hors d’état de nuire? Des policiers spécialisés dans la sécurité aérienne ont maîtrisé mercredi soir, à bord d’un avion américain, un diplomate qatari qu’ils soupçonnaient de vouloir allumer un explosif placé dans sa chaussure. Mais il se pourrait que l’homme ait simplement fumé aux toilettes. Les circonstances de l’incident, survenu sur un vol de United Airlines reliant Washington à Denver, restent peu claires. Aucune explosion n’a eu lieu à bord et il n’était pas sûr que le passager ait effectivement tenté d’allumer quoique ce soit. De plus, selon NBC News, aucun explosif n’a été découvert sur le suspect et les chiens spécialisés n’en ont trouvé aucune trace à bord. Le suspect aurait dit avoir éteint sur sa semelle une cigarette fumée aux toilettes Mais la police fédérale américaine (FBI) enquête pour savoir si le passager interpellé, identifié selon ABC News comme étant Mohammed al-Modadi, 27 ans, troisième secrétaire et vice-consul à l’ambassade du Qatar à Washington, a effectivement tenté de mettre le feu à quelque chose à bord. Des responsables fédéraux ont raconté à NBC que 30 minutes avant l’atterrissage prévu à Denver du vol United Airlines 663, un steward avait averti un «air marshal» qu’il avait senti une odeur de fumée alors qu’un passager sortait des toilettes. Le policier a alors empoigné l’homme avant de le plaquer au sol. De précédentes informations indiquaient que le passager avait dit avoir tenté de mettre le feu à ses chaussures, mais NBC News a rapporté qu’il aurait simplement dit avoir éteint sur sa semelle une cigarette fumée aux toilettes. Fumer est strictement interdit sur tous les vols aux Etats-Unis. «Un énorme malentendu»? Des chasseurs F-16 «ont escorté l’avion jusqu’à ce qu’il atterrisse sans incident, vers 18h50 (02h50 à Paris)», a indiqué le Commandement de la Défense aérospatiale nord-américaine (Norad). Mohammed al-Modadi, qui bénéficie de l’immunité diplomatique, a été placé en garde à vue, a indiqué l’Agence américaine de sécurité dans les transports (TSA). Un responsable d’un service de sécurité américain a cependant reconnu auprès d’ABC «qu’il y avait eu un énorme malentendu», expliquant que Mohammed al-Modadi pourrait avoir été «sarcastique» quand il a été empoigné par deux policiers. L’incident intervient alors que les Etats-Unis ont annoncé le 2 avril un important bouleversement des protocoles de sécurité dans les transports aériens. L’objectif est de renforcer la sécurité à la suite d’un attentat manqué, attribué à Al-Qaïda, contre un vol entre Amsterdam et Detroit le jour de Noël. »




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  • IDIR
    10 avril 2010 at 9 h 56 min - Reply

    Monsieur le ministre de l’Intérieur,

    Lors de l’affaire de la liste noire publiée par les USA, j’ai suggéré, immédiatement, au sein du journal, le LQA, l’application de « La règle d’or » de la réciprocité. N’encouragez pas notre pays à ressembler à l’Égypte corrompue, un État raté avec une police politique qui n’a son équivalent que dans des dictatures.

    J’ai rappelé, ceci, à Monsieur Mourad Medelci, Ministre des Affaires étrangères : Les Américains décident par, un acte politique, d’inscrire l’Algérie sur une liste parmi « les nations dangereuses », il faut arrêter de protester et de « faire pleurer dans les chaumières », il faut agir contre cet état hypocrite et « ses petites mesurettes ! » Il faut appliquer la « règle d’or » de réciprocité, car chercher à se justifier quand on n’est pas coupable, c’est s’accuser. Pour nous, le vrai souverain, c’est le peuple ! L’honneur de notre pays doit constamment briller et avec autant d’intensité que le 1er novembre 1954.

    Le changement pour une « gouvernance transparente » est un besoin urgent. Les contestations citoyennes, au quotidien, ne doivent pas êtres emmaillotées, dans un voile, pour les femmes, ou, dans une barbe, pour les hommes. Dans cette affaire, principalement, nous déclarons que nous n’avons pas besoin d’une mesure « byzantine » imposée par des – Néo-cons Tueurs d’enfants en Irak et ailleurs – pour le fichage de toute une population.

    Monsieur le ministre, la priorité est la levée de l’état d’urgence – un premier pas – vers un état de droit, la lutte contre la corruption et le crime au sein des ministères, entre autres, le crime
    du directeur général de la sûreté nationale.

    « Crime démentiel -folie-, bavure policière ou crime de gouvernance au sommet de l’Etat ? » A qui profite le crime ? Dans tous les cas les citoyens sont innocents.

    Comprenez d’abord, la règle du jeu social, au sein de notre nation, la réciprocité signifie une conception de la société où les différences sont des richesses parce qu’il y a tension vers la parité entre les citoyens : tous sont actifs par la mise en circulation de leurs savoirs. La notion de « tous au commencement et tous au commandement » est un des fondements de la démocratie.

    Après, seulement, lancez-vous, dans votre préoccupation, la course au passeport passe-partout. La sécurité se trouve dans le passeport à lecture optique (dit Delphine).

    Laissez le libre choix aux Algériens entre documents biométriques ou non.

    Monsieur le ministre, Alger n’est ni un État européen ni un État américain. Concernant le crime organisé, vous le savez et je vous le rappelle, le Maroc fournit plus de 70 % de la résine du cannabis consommée en France mais le royaume n’est pas sur la liste noire. Alger doit refuser les « dictats de Washington et de Bruxelles » sur la table, en rejetant le passeport biométrique obligatoire.

    De surcroît, la liberté de voyager n’est pas menacée, pour les USA et l’Europe, un visa suffit. Nul ne sait, encore, le coût réel de l’introduction de ces documents (passeport biométrique). La nouvelle procédure, entraînerait, des dépenses de plusieurs millions de dollars alors qu’une catégorie de citoyens ne pourra, peut-être, plus payer du sucre pour leur café ou un médicament. Ceci est absurde, contraignant, coûteux et bureaucratiquement inutile.

    Au préalable, grâce à un travail de vérité, grâce à la prise de conscience du crime qu’est la corruption, les gouvernants en condamnant solennellement les actes incriminés, donneraient un exemple salutaire. Cela ne pourrait, par ailleurs, que favoriser la réconciliation nationale.

    Il est urgent que la condamnation de la responsabilité des gouvernants, d’alors et d’aujourd’hui, intervienne sous forme d’une déclaration officielle des plus hautes autorités. Sans cela, demeure une équivoque sur la raison d’État dont se recommandent toujours les corrompus.

    L’Appel à la vérité est notre devoir de citoyens.

    Vous en souhaitant bonne réception,

    IDIR




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  • afarhoune
    11 avril 2010 at 11 h 40 min - Reply

    Vivre pauvre sans passeport chez moi comme un roi , que d’etre poursuivi par des chiens partout dans le monde!!




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  • Congrès du Changement Démocratique