Édition du
22 July 2017

Des alternatives crédibles, pour une renaissance véritable…

Par H. Adel

Toute caractéristique d’une population donnée aura une distribution normale (courbe de Gauss, en cloche), c’est-à-dire qu’il y aura une très faible proportion qui sera excellente, une autre très faible proportion qui sera très mauvaise et une grande majorité qui sera moyenne. La foi et le respect des prescriptions religieuses ne font pas exception. Quoiqu’on fasse, on ne pourra pas changer cette distribution.

La véritable renaissance de l’islam aura lieu lorsque les intellectuels musulmans se mettront à produire des oeuvres qui, tout en s’inscrivant dans l’univers mental et culturel islamique, rivaliseront avec les créations de l’Occident et proposeront des alternatives crédibles. Est-il possible de nier les apports de la pensée occidentale dans tous les domaines sans rien proposer en contre-partie que des oeuvres qui remontent au moins à six siècles?

Comment l’élite intellectuelle des pays musulmans peut-elle produire des oeuvres de valeur si elle ne prend pas connaissance de ce qu’ont produit les Occidentaux et si elle ne dispose pas de la liberté de penser et de produire en dehors des limites fixées au 13ème siècle (rappelons qu’Ibn Rushd a été condamné par les fouqahâ de son époque et Ibn Khaldûn a été complètement ignoré)?

Il n’y a pas si longtemps des ouléma du Moyen-Orient soutenaient que la représentation de l’être humain (photographie) était interdite en islam. N’est-il pas temps de se libérer définitivement de cette vision réductrice de l’islam qui fait qu’on n’accepte les découvertes et inventions des temps modernes qu’une fois qu’il devient impossible de les nier, nous condamnant par là à être toujours à la traîne? Est-il dans notre intérêt de confondre le domaine du sacré et celui du profane, étendant abusivement les limites du premier à tous les aspects de la vie? N’est-ce pas toute la vie sociale qui est ainsi menacée de sclérose, le sacré étant pas définition ce qui ne doit pas être modifié, alors que la vie est un perpétuel mouvement? Comprenons-nous bien : je ne dis pas que le sacré doit disparaître mais je dis que nous ne devons pas étendre le domaine du sacré à tous les domaines de la vie. Écouter le Coran en tout lieu, même dans le vacarme de la circulation, dans un taxi, interdire les chants et les danses (entre femmes) durant les fêtes pour les remplacer par des chants religieux, voilà deux exemples d’extension abisuve du domaine du sacré introduits récemment dans la société algérienne.


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8 Commentaires sur cet article

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  • karima
    13 avril 2010 at 17 h 39 min - Reply

    Il simplement facile d’etre dirigeants a la tete d’une societe ou le peuple est endormi par… La pensee dans les pays musulmans et arabes en particulier est scellee, enfermee, confinee et paralysee.Il etait facile a Rome de diriger l’Europe car Rome representait le sacre.




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  • D B
    13 avril 2010 at 17 h 43 min - Reply

    Un condensé de bon sens. DB




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  • jnsplu
    13 avril 2010 at 20 h 03 min - Reply

    Karl Marx disait que « l’etre détermine la conscience » ce qui implique que dans un univers musulman on produit des musulmans, avec des pensées musulmanes et des visées musulmanes, dans un univers laique, on n’en produit plus et la courbe de gauss dans ce cas la aura d’autres variables et donnera d’autres résultats.

    Ce qu’il faut changer dans notre etre ce sont deux paramètres seulement et tout changera. La liberté de penser et de dire, l’application juste et égale de la justice.




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  • Zineb Azouz
    13 avril 2010 at 21 h 23 min - Reply

    Monsieur H.Adel,
    Bravo pour cette analyse brève, concise et sans détour.

    Je voudrais juste revenir sur la normalité au sens de la courbe en cloche dont vous parlez et qui en effet modélise beaucoup de phénomènes dans la nature.

    Ce qui caractérise la normalité et sans vouloir rentrer dans les détails techniques qui font par exemple qu’une cloche aplatie, à cause entre autre d’une forte dispersion, ne coïncidera pas du tout avec l’interprétation que vous donnez, permettez moi humblement de vous dire que ce qui caractérise la normalité (statistique), c’est le consensus qui est fait autour de la valeur moyenne qui devient dans ce cas précis valeur médiane et valeur maximale (modale en proba.)
    C’est ce consensus autour de la moyenne qui reste à mon sens, une arme à double tranchant !

    La vigilance, la persévérance et la lutte restent les seules armes contre l’aléatoire et le dictat des moyennes.
    Les consensus sont souvent les mouroirs de la conscience et c’est cette recherche de la paix sociale à faible coût qui nous a été fatale.
    Nous avons troqué la pensée et la recherche de la vérité contre la platitude d’une religiosité de folklore et de façade pour ne pas dire de fanfaronnade, une sorte de « prêt à porter » qui ne laisse aucun choix et aucune place ni à la création ni à l’effort ni à l’émancipation encore moins à l’évolution.

    Cordialement,
    ZA




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  • Bladi
    13 avril 2010 at 23 h 36 min - Reply

    @ H. Adel
    « Comment l’élite intellectuelle des pays musulmans peut-elle produire des œuvres de valeur si elle ne prend pas connaissance de ce qu’ont produit les Occidentaux et si elle ne dispose pas de la liberté de penser et de produire en dehors des limites fixées au 13ème siècle » Alors pourquoi on continue a ignorer nos propres penseurs comme Malek Ben Nabi un Génie Algérien (parmi plusieurs d’autres) totalement ignorer par pas mal d’Algérien alors qu’en occident il est parmi les plus révérés. Il me semble qu’on a un certain complexe d’infériorité qui nous pousse a minimiser tout ce qui vient de parmi nous et glorifier tout autre effort fait par l’occident.




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  • Adel
    14 avril 2010 at 0 h 09 min - Reply

    @Zineb Azouz

    Bonjour,

    Je m’incline devant votre expertise. Cet article était à l’origine une réponse à notre ami js au sujet de la foi. Je me rends compte en lisant vos remarques tout à fait pertinentes que je n’ai pas réussi à faire passer mon message. Je voulais dire à js que tout le monde ne peut pas être un ascète dévoré par la foi et que dans une société donnée, il y aura toujours une faible proportion de personnes à la foi inébranlable, une autre dont la foi sera toujours vacillante, la majorité étant formée de croyants ordinaires qui essaient de se débrouiller dans la vie comme ils peuvent. Ce que vous dites au sujet de la valeur moyenne et de la dispersion est tout à fait juste.

    Que se passe-t-il lorsque dans une société donnée tout le monde veut ressembler à l’ascète mais sans le devenir réellement? Pour revenir au problème de la barbe qui était le sujet de discussion à l’origine, il me semble que dans l’Algérie de nos parents, le port de la barbe était réservé à une certaine catégorie d’hommes très pieux, et cela avait un contenu symbolique très fort. La généralisation du port de la barbe signifie-t-elle que tous les hommes sont devenus très pieux? Il en est de même pour les cassettes de Coran que l’on retrouve dans les taxis, chez les coiffeurs, etc. Il est triste de constater que la généralisation du port de la barbe et du qamîs, par exemple, n’a nullement été accompagnée d’un surcroit de piété sincère (celle qui fait renoncer aux biens de ce monde et rend humble et compatissant envers ses semblables).

    Cela est un peu confus, je l’avoue, mais l’idée de base est que les gens de ma génération (j’ai 56 ans) ont vu les Algériens changer radicalement de comportement dans le sens d’un retour à un islam authentique et assisté en même temps à une dégradation toujours plus grande du climat social et un développement effrayant de l’individualisme et de l’égoïsme. Bien évidemment, ce n’est pas l’islam qui est en cause mais un certain conformisme qui a modifié l’apparence extérieure des gens sans que les cœurs ni les consciences ne soient affectés.

    Cordialement




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  • Zineb Azouz
    14 avril 2010 at 10 h 10 min - Reply

    Monsieur Adel,

    Vous êtes loin d’être confus, vous décrivez sincèrement et simplement ce qui interpelle la conscience des justes.
    Merci encore.
    Cordialement,
    ZA




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  • Adel
    15 avril 2010 at 16 h 09 min - Reply

    @Bladi

    Bonjour,

    Je suis tout à fait d’accord avec vous au sujet de Malek Bennabi. S’il avait eu plus de disciples en Algérie, peut-être aurions-nous évité certaines dérives. Notez, toutefois, que ni les «modernistes», ni les «islamistes» ne l’ont suffisamment lu. Seyyid Qotb et Mawdoudi, par exemple, sont plus connus en Algérie que Bennabi.

    S’agissant de nos rapports avec les penseurs occidentaux, je ne pense pas qu’il s’agisse d’un complexe d’infériorité, mais de réalisme. C’est un fait indéniable que la science a fait des progrès gigantesques en Occident. Il est très difficile pour un penseur musulman qui ignore l’apport de l’Occident dans tous les domaines de la science d’avancer. Ceci est un fait. Il faut passer par les penseurs occidentaux pour s’armer des outils les plus récents et revenir vers le champ islamique afin combler le retard. Il s’agit pour nous de penser notre société musulmane avec les méthodes les plus récentes. Je ne pense pas qu’il y ait une autre solution. Le passage par la pensée occidentale me semble nécessaire. Il faut cependant revenir vers notre société pour l’étudier de manière scientifique. C’est là que se trouve la divergence avec les «traditionnalistes», ceux qui pensent que tout a été dit par les premiers musulmans et qu’il ne nous reste plus qu’à appliquer. Ceci me semble être un leurre.

    Cordialement




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