Édition du
27 July 2017

Les Algériens écrasés par la bureaucratie

Dossiers administratifs pour le passeport et la carte d’identité biométriques

El Watan, 13 avril 2010
Ils s’attendaient à un assouplissement des procédures, les Algériens sont surpris par une nouvelle dose de complication administrative. Avoir affaire à l’état civil devient aujourd’hui une hantise pour les citoyens. Le lancement du passeport et de la carte d’identité biométriques et l’exigence de lourds dossiers pour prétendre avoir ces deux documents ne facilitent pas pour autant la vie de l’Algérien. Il s’agit pourtant de documents importants qui sont nécessaires à chacun afin de prouver sa nationalité et de circuler « librement » dans le pays. La bureaucratie est confortée encore davantage. Alors que le ministre de l’Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, parle de facilités administratives et de modernisation de l’administration, les citoyens ne constatent que des écueils à chaque fois qu’ils ont affaire à cette dernière.

Pour les nouveaux documents (passeport et carte d’identité biométriques), la tâche est déjà trop compliquée : il faut constituer un dossier de 12 pièces plus difficiles à obtenir les unes que les autres. Il s’agit d’abord d’un extrait de naissance n°12 S, un document unique qui devrait être signé par le premier magistrat de la commune en personne. Quel est le secret de ce nouveau document ? Les Algériens sont toujours intrigués. « A mon avis, l’acte de naissance n°12 suffit largement pour identifier son titulaire. Il est établi selon les informations enregistrées sur le registre de l’état civil. Donc il est fiable », soutient une sexagénaire que nous avons rencontré, hier à l’APC de Sidi M’hamed, à Alger. Dans cette commune, un guichet spécial (au 1er étage) est consacré à l’établissement de l’extrait de naissance n°12 S. Pour notre interlocutrice, « la création de ce nouveau document ne vise en réalité qu’à compliquer la vie du citoyen ». Au 12 S, il faut ajouter les extraits de naissance n°12 du père et de la mère du prétendant au passeport qu’il faut retirer de la commune de naissance de chacun d’entre eux. Rien que pour ces trois documents, le demandeur de passeport biométrique devra prendre un congé d’une semaine au minimum.
Soupçons sur l’identité de 36 millions d’Algériens ?

« Si les parents sont issus de deux wilayas différentes, la tâche devient encore plus compliquée. C’est mon cas. Je dois me rendre au moins trois ou quatre fois à Médéa et à Blida pour obtenir les actes de naissance de mon père et de ma mère. Si j’ai de la chance, je ne tomberai pas dans une période où il y a pénurie d’imprimés. C’est ma hantise. J’en ai déjà fait l’expérience par le passé », nous raconte Nabil, qui s’apprête à établir son passeport pour la première fois. « Une fois, j’ai dû attendre 15 jours pour avoir deux exemplaires de l’extrait de naissance de mon père », ajoute-t-il. Ici à Alger, le problème des imprimés de l’acte de naissance n°12 ne se pose pas de la même manière. Du moins ces derniers jours. Pour les Algérois, c’est la durée nécessaire pour l’établissement d’un acte de naissance qui pose problème. « Tu dois formuler ta demande selon ta date de naissance et le document sera prêt dans une heure environ », explique un agent de l’APC d’Alger-Centre. La salle d’attente du service de l’état civil de cette dernière est pleine comme un œuf. Tout le monde, ou la majorité des personnes présentes veulent demander un extrait de naissance. Leur attente risque d’être longue. « J’était ici à 8h. Il est 9h, je n’ai pas encore eu ce que je voulais : un acte de naissance », affirme Ahmed, la trentaine. Il a pris ses précautions. « Je savais que ça prendrait beaucoup du temps, j’ai décidé alors de ne pas aller au boulot aujourd’hui. Je me suis libéré pour toute la journée », soutient-il. La situation est la même dans plusieurs communes du pays. Pour établir un petit dossier constitué d’un acte de naissance, d’un certificat de résidence, d’une fiche familiale ou d’une fiche individuelle, il faut une, voire deux ou trois journées. Beaucoup reste à faire pour réaliser la modernisation de l’état civil… De combien de jours a-t-on besoin pour constituer un dossier de 12 pièces pour le passeport biométrique ? En plus des commentaires sur la surcharge du dossier, les citoyens s’interrogent même sur la finalité de toutes ses nouvelles procédures. « Il paraît que Zerhouni doute de notre algérianité », ironise un quinquagénaire. Les responsables de l’administration communale, eux, prennent la question très au sérieux. « Exiger un nouvel extrait de naissance et un témoin pour établir un passeport est lourd de sens. Cela veut dire que le ministère remet en cause tout le travail accompli par l’administration, depuis l’indépendance à nos jours. Si les autorités doutaient du travail de l’administration, pourquoi ont-elles attendu jusqu’à aujourd’hui pour tenter de rectifier le tir ? », relève un agent qui a requis l’anonymat.
« Le ministère a mis en œuvre son propre projet »

Outre le côté bureaucratique du projet, les critiques concernent aussi l’atteinte à la vie privée des Algériens. En effet, les demandeurs de passeport et de carte d’identité biométriques doivent fournir des informations plus intimes, qui concernent notamment leurs fréquentations. « C’est un véritable fichage des Algériens », dénoncent des militants des droits de l’homme. Mais il paraît que le ministère de l’Intérieur n’a pas pris en considération les recommandations de la commission chargée de préparer le projet du nouveau passeport. « La commission a travaillé sur le projet pendant une année et demie. Toutefois, aucune de ses recommandations n’a été prise en considération. Le ministère a mis en œuvre son propre projet », déplore un chef de daïra à Alger.

Par Madjid Makedhi


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5 Commentaires sur cet article

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  • Mohamed Nassim
    13 avril 2010 at 20 h 51 min - Reply

    Biensure, Mr Zerhouni a place la charue devant les boeufs. Il falait d’abord moderniser l’etat civile en l’informatisant afin que les citoyen aient un acces facile et rapide a la paperasse que vous exigez pour l’obtention du fameux passeport biometrique. En plus moderniser l’administration est plus prioritaire que le PSPRT bio. Nos permits de conduire sont les plus larges au monde de meme que les cartes d’ID et les carte grises. Mais moi ce qui est sure, la modernisation ne se fait pas par un suytem archaique dirige par des fossiles humains.




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  • scaner
    14 avril 2010 at 3 h 09 min - Reply

    Deux intervenants (Réserviste et lahcène) ont déjà abordé cet aspect de la question, passé malheureusement inaperçu dans le flot des débats, pileux et hidjabiques, suscités autour du nouveau passeport biométrique. Avec votre aimable permission, j’aimerai y revenir brièvement vu le caractère très inquiétant du dit aspect, notamment en ce qui se rapporte à la sécurité du citoyen, du pays et des capacités de ce dernier en matière de défense nationale.
    Au-delà de la forme, les nouvelles procédures imposées par le ministère de l’intérieur aux citoyens algériens pour l’obtention d’une carte d’identité nationale ou d’un passeport biométrique se distinguent effectivement par leur caractère pour le moins étrange, singulier et alarmant, symptomatique d’une déchéance avérée et certaine de l’État algérien.
    Mettre le citoyen dans l’obligation de citer par exemple les noms de ses collègues de travail, de ses camarades de classe et de contingent pour l’établissement de sa carte d’identité nationale ou de son passeport signifie, au bout du compte, l’obliger et le contraindre le plus officiellement du monde à communiquer, à une «compagnie» étrangère qui n’en demandait pas tant, des renseignements sensibles qui, une fois recoupés, permettent aisément d’établir l’effectif exact de réservistes de l’ANP disponibles en Algérie. Cela permet aussi de déterminer au sein de quelles armes ces réservistes ont effectué leur service militaire (air, terre, mer, défense aérienne du territoire…) et de répartir ainsi ces effectifs par arme… A partir de leurs situations familiales et de leurs âges, on peut facilement se faire une idée précise sur leurs aptitudes opérationnelles en cas de conflit armé… Leurs lieux de résidence permettent de cartographier leur répartition à travers le territoire national et de là, de procéder par exemple à une estimation du temps nécessaire à leur mobilisation, de déduire vers quelles régions, localités et points de défense ils seraient susceptibles d’être déployés, d’évaluer la logistique et les équipements nécessaires à l’intégration de ces effectifs… Connaître leurs profils académiques, leurs formations, leurs occupations professionnelles et leurs niveaux d’instruction permettra non seulement d’extrapoler leurs éventuels positionnements dans la chaîne de commandement, mais aussi de juger de leurs capacités d’adaptation au nouvelles technologies caractérisant le matériel militaire disponible et donc de son utilisation… etc.
    La liste serait longue et fastidieuse à énumérer, mais beaucoup parmi nous seraient très surpris de la somme de renseignements, quantitatifs et qualitatifs, que l’on peut tirer après analyses et recoupements juste à partir des noms de camarades de contingent, de collègues de travail et de petits camarades de classe…
    Voilà entre autres méthodes comment, dans les conflits armés modernes, des armées entières peuvent être neutralisées, vaincues et écrasées sans qu’elles puissent combattre.
    Qui ignore aujourd’hui que l’information, quelque soit sa nature, est devenue à elle seule une arme décisive, mais surtout une précieuse marchandise qui se monnaie, s’échange et se transige ? Le ministre de l’intérieur ne peut l’ignorer non plus puisqu’il a passé la majeure partie de sa carrière dans des services de renseignements.
    Alors, sachant cela, on ne peut s’empêcher de se demander où sont les services en charge de la sécurité du pays ? Que font-ils au juste ? A quoi sont-ils occupés ?
    Comme on ne peut se permettre d’éluder la question suivante : A quoi joue donc Zerhouni ?
    Et puis, qui est Zerhouni ? Quelles sont ses origines ? Où est-il né ? Où a-t-il fait ses classes ? D’où vient-il ? Où se trouve sa principale résidence ? Qui peut vraiment répondre de lui ? Qui peut l’authentifier….




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  • Yacine
    14 avril 2010 at 12 h 32 min - Reply

    Se lancer dans des débats sans fin sur le voile et la barbe, serait tomber dans le piège de Zerhouni. Du haut de son poste, amusé, il doit suivre toute cette agitation avec beaucoup de satisfaction…
    La nature de l’interrogatoire auquel sont soumis désormais nolens volens les citoyens laisse perplexes. Pour avoir le droit naturel d’obtenir des documents d’identification et de voyage, l’accord du MDN est nécessaire puisque ce dernier doit confirmer ou démentir l’information sur l’identité du compagnon du service national. Les archives du MDN seront-ils mis à la disposition de Zerhouni et du DGSN ? Le MDN ou le DRS accepteront-ils cette incursion dans leur territoire sacré. Des fiches bleues seront-elles préparées par ces derniers? Sinon quelle valeur accorder à la réponse du demandeur du document ?
    Le camarade de l’école serait une autre histoire grotesque qui cache d’autres intentions aussi saugrenues que suspectes. Les archives des académies seront-elles aussi réquisitionnées pour les besoins de l’enquête qui précède la délivrance des documents biométriques ? Ou bien des coups de téléphone vont déranger les personnes citées par le demandeur des documents ? A quel jeu d’apprenti sorcier se livre l’amateur de Kabuki, du sport et de musique ?

    Si Abdel Hamid Benbadis et Messali Hadj étaient vivants, ils auraient l’air drôle au moment du renouvellement de leurs passeports grâce à la toilette obligatoire de Zerhouni… Mais que pourraient ces hommes historiques contester pour défendre la dignité des Algériens, le rasage de la barbe décidé par un barbouze ou l’interrogatoire humiliant? Un islamiste se soumettrait-il à tout interrogatoire de Zerhouni, quitte à devenir délateur, pour préserver sa barbe?

    Un observateur chevronné nous avertit en tout cas de cette diversion barbante sur… la barbe et le voile pour camoufler de véritables objectifs inavoués et qui auraient provoqué un tollé dans d’autres pays.

    Écoutant-le:

    Quotidien d’Oran – Abed Charef – April 12

     » Passeport biométrique : Derrière la barbe, le képi

    Un front du refus s’est organisé pour défendre le khimar. Une opération très commode pour occulter tout le reste, en premier lieu les menaces contre les libertés.

    Par Abed Charef
    M. Yazid Zerhouni accumule les bourdes. C’est, du moins, l’image qu’il donne auprès du grand public. Malgré une expérience d’un demi-siècle dans l’exercice de responsabilités au plus haut niveau, le ministre de l’intérieur accumule en effet les décisions tordues et les déclarations qui apparaissent déplacées.
    Provocation ou manque d’informations ? On ne le sait. Toujours est-il qu’à la suite de la mort de Massinissa Guermah, il avait eu des propos désobligeants sur le jeune homme, un lycéen qualifié de petit voyou. Les mots du ministre de l’intérieur n’avaient pas contribué à calmer la situation, c’est le moins qu’on puisse dire.
    Au lendemain de la mort de M. Ali Tounsi, M Zerhouni était de nouveau intervenu pour empiéter, cette fois-ci, sur le travail des enquêteurs et de la justice. La famille de M. Tounsi avait vivement réagi, critiquant violemment les propos de M. Zerhouni, et l’accusant de vouloir imposer une version des faits qui leur semblait contestable.
    Dès lors, quand M Zerhouni évoqué le passeport biométrique, en insistant sur un volet précis, la barbe et le khimar, la plupart des commentateurs avaient conclu à une nouvelle maladresse. Rien n’obligeait en effet le ministre de l’intérieur à s’étaler aussi longuement, à la télévision, sur ces deux éléments. Il suffisait d’édicter une règlementation précise en la matière, et d’affirmer le caractère neutre de la décision, pour que les nouvelles mesures soient acceptées, comme cela se pratiquait depuis toujours.
    M. Zerhouni a pris un chemin totalement différent. Il a agi comme s’il voulait provoquer les courants islamistes, qui ont à leur tour mobilisé leurs troupes et tenter d’embarquer cette large frange de l’Algérie traditionnelle et conservatrice dans une bataille absurde. Et M. Zerhouni a effectivement réussi à mobiliser contre lui des acteurs aussi divers que l’association des ouléma, les partis islamistes, des personnalités traditionnelles et des imams. Nombre de prêches de vendredi dernier ont été consacrés à cette question, et M. Zerhouni ne s’en est pas sorti indemne. Il est même menacé d’un « front populaire » qui voudrait se battre contre « l’interdiction du khimar et de la barbe » !
    Une telle succession d’erreurs devrait mettre en difficulté n’importe quel responsable politique. En outre, elle ne colle pas avec le rôle et le profil de M. Zerhouni. L’homme a en effet passé l’essentiel de sa carrière comme numéro deux des services spéciaux, avant de devenir l’homme-clé du système de pouvoir de M. Abdelaziz Bouteflika. Il a donc été un élément central du dispositif en vigueur sous Houari Boumédiène, avant de reprendre une place encore plus importante depuis l’accès de M. Bouteflika au pouvoir. Un tel itinéraire ne peut s’expliquer sans certains atouts, utilisés à merveille par M. Zerhouni, pour qui seule l’efficacité compte. Il ne tient aucun compte de sa propre image dans l’opinion. Bien au contraire, son rôle consiste à tout manipuler, y compris sa propre image. La manipulation de l’opinion est donc un exercice dans lequel il excelle.
    Vu sous cet angle, l’affaire du « khimar » prend une tournure totalement différente. Le khimar et la barbe auraient été délibérément mis en avant dans l’affaire du passeport et de la carte d’identité, pour occulter le reste, c’est-à-dire les atteintes graves à la liberté et à la vie privée induites par les informations requises pour l’établissement de ces documents.
    M. Zerhouni est un homme d’ordre et de sécurité, adepte des fiches et des dossiers. Il n’est ni le premier ni le dernier à répondre à ce profil. Sa formation et sa carrière indiquent que sa seule hantise, c’est de tout contrôler, de ficher le maximum de gens. C’est son métier, qu’il pratique selon des méthodes dépassées, mais il le pratique toujours. Il sait également que les islamistes sont facilement manipulables sur des sujets stupides, comme il connaît leur capacité de mobilisation et de propagande. Il ne reste qu’à allumer un contre-feu vers lequel se précipiteraient aveuglément les islamistes, et lancer une opération permettant d’élaborer un vaste fichier dans lequel on trouverait tout : formation, carrière, itinéraire politique et social, famille et amis de tous les Algériens.
    Jusque-là, le coup a parfaitement réussi. Les islamistes ont foncé dans le piège, lançant une bataille qu’ils croient de la même importance que celle de Badr. Ils se sont montrés, encore une fois, à la hauteur : ils ont occulté le débat sur les libertés comme ils ont réussi, naguère, à faire échouer un processus démocratique et à transformer la liberté en une menace contre la sécurité.
    Seules quelques rares protestations ont été émises, comme par exemple celle de la Ligue Algérienne de défenses des Droits de l’Homme (LADDH). Celle-ci a estimé que « la procédure de « fichage » des Algériens par le ministère de l’intérieur n’est pas acceptable car elle porte atteinte à la vie privée, droit fondamental de chacun ». Elle a aussi relevé la gravité de la méthode utilisée : « confier la confection d’un fichier national approfondi à une société étrangère, de surplus privée, est une décision qui porte gravement atteinte à la souveraineté nationale », affirme la Ligue.
    Ces protestations sont cependant à peines audibles, car le bruit de fond émane encore une fois d’organisations et partis islamistes. Ceux-ci ne sont pas particulièrement connus pour leur respect des libertés. Mais ils confirment, cette fois encore, que la barbe et le képi peuvent parfaitement faire bon ménage.
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  • Salah Bouzid
    14 avril 2010 at 15 h 03 min - Reply

    Il doit bien avoir certains profits à tirer de toute cette paperasse, d’abord l’importation du papier, puis l’impression de tous ces formulaires. Il faut donc voir si le ministère de l’intérieur possède sa propre imprimerie ou s’il sous-traite ce travail à une imprimerie privée et aussi comment on importe la matière première, le papier.




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  • ali
    16 avril 2010 at 19 h 53 min - Reply

    les marocains dans leurs éxcés de zéle veulent faire plus algeriens que les algeriens.
    a lire l’article en ligne on dirait que c’est tout le monde qui veux foutre le camp de notre pauvre pays.




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