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23 July 2017

Scandale de l’autoroute est-ouest Les Chinois, Falcone, le colonel Khaled et l’intermédiaire Medjdoub

26 Avril 2010, Le Soir d’Algérie

Chani Medjdoub fait partie des principaux inculpés dans le scandale de l’autoroute Est-Ouest. Placé sous mandat de dépôt par le tribunal de Sidi- M’hamed, le businessman algéro-luxembourgeois a joué le rôle d’intermédiaire entre de hautes personnalités de l’État algérien et les responsables du groupement chinois CITIC-CRCC. Des services qui lui ont permis de décrocher des commissions de plus de 30 millions de dollars américains.

Inconnu de l’opinion publique algérienne, Chani Medjdoub est considéré comme un acteur-clé dans le scandale de l’autoroute Est-Ouest. Homme d’affaires prospère, il était à la tête de plusieurs entreprises au Luxembourg, pays où il s’est installé à la fin des années 1980. Mais sa success-story a pris subitement fin au mois de septembre 2009 à l’aéroport international d’Alger.

Présenté devant le juge d’instruction près le tribunal de Sidi-M’hamed, Chani Medjdoub est poursuivi pour les chefs d’accusation suivants : direction d’association de malfaiteurs, blanchiment d’argent, abus d’autorité, corruption et violation de la réglementation des changes et celle régissant les mouvements des capitaux. Pourtant, à première vue, Medjdoub apparaît comme un investisseur revenu dans son pays d’origine pour se lancer dans le business.

Au début des années 2000, il lance Oriflame, une franchise suédoise spécialisée dans la vente de cosmétiques, ainsi que Handynet, une entreprise de vente et d’installation d’équipements informatiques. «Ces sociétés ont permis à Chani Medjdoub de s’introduire dans le microcosme algérois. Il a réussi à s’allier à des personnalités très influentes, notamment des ministres», explique une source proche de ce dossier qui a requis l’anonymat.
Lobbying

Abdelatif Benachenhou, alors ministre des Finances, figure parmi ses connaissances. «Chani est financier de formation. Il connaît à la perfection les rouages des systèmes bancaires internationaux. Avec le temps, Chani a réussi à tisser des liens solides avec le ministre des Finances. Lors d’une entrevue, il lui a fait part de la volonté de l’État algérien de parachever le projet d’autoroute Est-Ouest.

Le président de la République Abdelaziz Bouteflika venait juste de se faire réélire à un second mandat. Ce projet était donc d’une importance capitale», a indiqué notre interlocuteur. Selon lui, Abdelatif Benachenhou aurait demandé à Chani Medjdoub de jouer le rôle d’intermédiaire auprès «d’institutions financières européennes afin de soutenir ce projet».

Medjdoub devait également aider à constituer un «fonds financier » pour permettre de soutenir «le programme présidentiel de Abdelaziz Bouteflika». Pour cela, l’homme d’affaires a reçu instruction de prendre attache avec un certain Nacereddine Boussaïd, connu sous le sobriquet de Sacha. C’est à Paris, où réside Sacha, que les deux hommes se sont rencontrés. «En fait, il y a eu comme un retournement de situation.

Le ministre des Finances, pour des raisons qui restent à définir, a finalement demandé à Chani de ne plus avoir de contacts avec Nacereddine Boussaïd. D’ailleurs, Benachenhou aurait refusé de prendre part au conseil interministériel consacré au projet d’autoroute Est- Ouest à cause de la présence de Sacha et de Pierre Falcone.

Ces derniers y ont assisté en qualité de représentants d’entreprises chinoises. Cette rencontre, unique dans les annales de la République algérienne et organisée par Mohamed Bédjaoui, s’était déroulée avant l’attribution du marché.»

Le lobbying aura finalement porté ses fruits puisque le groupement chinois parviendra à remporter, quelques mois plus tard, une partie du projet de réalisation de l’autoroute Est-Ouest. Mais les entreprises chinoises seront vite confrontées à des blocages d’ordre administratif, voire bureaucratique. Une aubaine pour le groupe de lobbyistes !
Réseau

Un véritable réseau se met en place. C’est Nacereddine Boussaïd qui charge Chani Medjdoub de le constituer. L’homme d’affaires prend alors attache avec Hamid Melzi, le très influent directeur des résidences d’État, qui le présente au secrétaire général du ministère des Travaux publics, Mohamed Bouchama. En fait, Chani Medjdoub a déjà quelques «entrées» en la personne d’un de ses amis, le colonel Khaled, officier en poste au ministère de la Justice.

Notons au passage que l’ensemble des officiels algériens ne semblaient pas gênés par le fait, qu’à la même époque, Chani Medjdoub était sous le coup d’une décision de justice pour son implication dans le scandale du Faki, le Fonds algéro-koweïtien pour l’investissement. «Sa relation directe avec le secrétaire général du ministère lui a permis de régler une série de problèmes auxquels étaient confrontés les Chinois.

C’est le cas de la problématique des visas et des permis de travail octroyés à la main-d’œuvre chargée de réaliser le projet, ou encore des problèmes d’ordre technique relatif aux matériaux. Mais c’est surtout dans le déblocage des situations financières, notamment celles concernant des avenants au projet de réalisation de l’autoroute qu’il se montrera efficace.

Chani Medjdoub deviendra l’interlocuteur privilégié des responsables de la CITICCRCC, de Pierre Falcone et de Nacereddine Boussaïd. Son contrat sera scellé à l’occasion d’un voyage effectué à Pékin. Ses services seront généreusement rétribués.

Pour ce faire, Medjdoub crée trois entreprises fictives domiciliées à Hong-Kong et ouvre des comptes dans deux banques, une en Autriche et l’autre à Singapour. En tout, Medjdoub a perçu la totalité de 30 millions de dollars américains en plus d’une somme conséquente en dinars algériens».
Corruption

Chani Medjdoub finira, lui aussi, par connaître des entraves dans sa mission de «représentation» du groupement chinois auprès du ministère des Travaux publics. Une situation due à un litige entre la CITICCRCC et la division des nouveaux projets de l’Agence nationale des autoroutes.

Division que dirigeait Mohamed Kheladi, lui aussi inculpé dans l’affaire de l’autoroute Est-Ouest. Le piège commence à se refermer sur Medjdoub. Lâché par ses complices, il sera finalement arrêté en septembre 2009.

Les investigations démontreront que l’homme d’affaires algéro-luxembourgeois était à la tête d’un réseau dont le principal levier était la corruption. «Le colonel Khaled a largement bénéficié de ses largesses. Il s’est, en outre, chargé d’acheter la villa de l’officier pour le compte du chanteur Cheb Khaled. Le coût de la transaction s’élève à 8, 2 milliards de centimes.

Il a également acquis un autre appartement du colonel Khaled situé à Staouéli pour la somme de 4,1 milliards de centimes. Sans compter des présents offerts aux membres de sa famille, notamment des voyages à l’étranger et une voiture pour l’épouse de l’officier.

Par contre, Chani Medjdoub a assuré n’avoir accordé aucune faveur au secrétaire général du ministère des Travaux publics. C’est ce dernier qui aurait refusé.» L’enquête, qui se poursuit actuellement, devrait déterminer avec exactitude la qualité et le statut des personnes qui ont bénéficié de cette manne.

T. H.
QUAND LA FRANÇAFRIQUE TRACE L’AUTOROUTE EST-OUEST: Falcone versus Ollivier

Les noms de deux Français très influents reviennent en permanence dans le scandale de l’autoroute Est-Ouest. Il y a bien sûr celui de Pierre Falcone, homme d’affaires né à Alger impliqué dans plusieurs grosses affaires politiques à travers le monde. Le 27 octobre 2009, il était condamné à 6 ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Paris pour son implication dans l’Angolagate.

En fait, ce sont les actions de lobbying de Pierre Falcone qui ont permis au groupement chinois CITIC-CRCC de décrocher le contrat de l’autoroute. Mais il n’est pas seul sur ce coup. Un autre Français, moins médiatisé, a offert ses services aux Chinois.

Il s’agit de Jean-Yves Ollivier. Il semble que ce dernier ait «court-circuité» le clan Falcone auprès des Chinois. Spécialiste en développement rural, certains départements ministériels algériens font appel à lui en qualité d’expert. Au-delà des luttes qui les opposent, Falcone et Ollivier sont les dignes représentants de ce qui est communément appelé la «françafrique».

Durant leur carrière, les deux hommes se sont attelés à protéger les intérêts de la France sur le continent africain. Mais leur implication, directe ou indirecte, dans l’affaire de l’autoroute Est-Ouest n’est pas fortuite.

Deux personnages auraient fait appel à eux : l’ex-ministre des Affaires étrangères et président du Conseil constitutionnel, Mohamed Bédjaoui, ainsi que le très mystérieux Nacer Boussaïd, alias Sacha.

T. H.


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  • Lavoiedufuture
    29 juin 2010 at 4 h 12 min - Reply

    Bonjour
    Suite à mes recherches dans les archives algériennes et luxembourgeoise, il me semble important de signaler que;
    1) c’est M. Chani qui a signalé les agissements illégaux de son partenaires dans le fond « FAKI ».
    2) Ensuite ce n’est que grâce à M. Chani que les mesures appropriées puissent être prises par les acteurs judiciaires des gouvernements respectifs luxembourgeois, algériens et koweïtien dans leur tâche de bloquer les comptes concernés ainsi que d’éviter toute autre litiges liés à cette affaire.
    3) Finalement dans l’affaire actuelle il me semble important de réaliser que M. Chani a bien agi en faveur de ses « recruteurs » par lesquels il a été rémunéré (excessivement?) pour ses missions, mais que finalement une autoroute a pu être réalisé.

    Personnellement je trouve çà injuste que des sommes astronomiques disparaissent dans des transactions superflues (l’obtention de VISAs nécessaires aux travailleurs chinois…) et je trouve ainsi l’intérêt de la justice algérienne dans cette affaire plus que admirable.
    Mais pourtant (à mon avis) la faute n’est pas à chercher chez l’investisseur Chani, qui n’a fait que répondre à sa formation et son instinct de businessman (quel autre investisseur, banquier… aurait fermé les yeux sur tel aubaine?).
    Ainsi ma remarque finale se résume a:
    Même si la justice algérienne évolue admirablement, il ne faut pas se limiter à sanctionner un pion qui ne fait qu’obéir dans un jeux bien plus complexe et pervers qui le dépasse largement. Mais bien débusquer le mal, au bout de la racine.
    Il est temps que l’Algérie se réveille, et pousse les trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) a agir indépendamment l’un de l’autre pour le bienfait de ses représentants et ainsi diriger un peuple promettant vers un futur uni, de paix et de prospérité.

    Merci de votre lecture,

    La voie du future.




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