Édition du
30 March 2017

Poèmes de l'Emir Abdelkader traduits en français



Brise du sud

Ô brise du sud, porte mon salut
et sois bienveillante,
Porte mon salut à mes chers enfants et répands sur eux
Ton parfum d’œillet.
Arrête-toi sous les tentes de mes nobles fils
Et dis-leur
Que je passe mes nuits dans la douleur et le délire.
Ô mes chers guerriers séparés de moi, mes paupières seront
Habituées à l’insomnie, et le doux sommeil m’a quitté.
Que de nuits blanches passées en soupirs!
Comme un malade
Dont les yeux souffrants le plongent dans
L’agitation et l’affliction.
Triste et sans repos, ô que ma
nuit est longue!
Quand donc nos retrouvailles y
mettront-elles fin ?

L’éloge du Sahara

Ô toi qui prends la défense des habitants de la ville
Et qui condamne l’amour bédouin
Pour ses horizons sans limites,
Est-ce la légèreté que tu reproches à nos tentes ?
N’as-tu d’éloges que pour des maisons de pierre et de boue ?
Si tu avais les secrets du désert
Si tu t’étais éveillé au milieu du Sahara
Si tes pieds avaient foulé ce tapis de sable
Parsemé de fleurs semblables à des perles,
Tu aurais admiré nos plantes,
L’étrange variété de leurs teintes,
Leur grâce, leur parfum délicieux.
Tu aurais respiré ce souffle embaumé
Qui double la vie,
Car il n’a point passé sur
l’impureté des villes…


Mon épouse s’inquiète

Mon épouse s’inquiète, et pourtant c’est elle qui me connaît le mieux.

«Ne sais-tu pas, ô princesse du foyer, que par mes chevauchées

à travers le pays, j’assure la sécurité de la tribu ?

J’affronte sans peur le défilé de la mort,

et je défends les femmes au jour de terreur.

Les femmes ont confiance tant que je suis là,

alors que l’épouse au khalkhal ne se fie même pas à son mari.

(…) C’est moi qui prends soin des jeunes cavaliers

inexpérimentés comme des lionceaux.

Lorsque mes chevaux, blessés, faiblissent, je les exhorte

«Que votre endurance soit égale à la mienne, Soyez aussi dignes que moi ! »

En temps de guerre, j’expose généreusement ma vie,

et pourtant,en temps de paix, le salut de mon âme est ce qui m’importe le plus.

Demande donc aux Français, ils te diront les massacres

causés par mon sabre et ma lance vibrante.

Demande donc à la nuit, elle te dira comment

j’ai pourfendu sa peau noire en chevauchées nocturnes.

Demande donc au désert, aux collines et aux vastes espaces,

ils te diront comme j’ai traversé plaines et murs de montagnes en cavalcades effrénées.

Ma seule volonté est d’affronter l’ennemi,

et de battre ses redoutables soldats avec mes braves.

Ne t’inquiète donc pas pour moi !

sache que, cadavre rongé par les vers, je serai encore redoutable !


Poème au fils

Si la nostalgie, ô mon enfant
Etreint ton petit coeur chéri
Qui espère un jour de fête et attend,
Le mien brûle, aspire et prie.
J’enferme mon chagrin en silence.
Mon coeur déborde.
Ô patience !

Écrits spirituels:

Chant extatique:

Je suis Dieu, je suis créature

Je suis Dieu, je suis créature; je suis Seigneur, je suis serviteur
Je suis le Trône et la natte qu’on piétine; je suis l’enfer et je suis l’éternité bien heureuse
Je suis l’eau, je suis le feu; je suis l’air et la terre
Je suis le « combien » et le « comment »; je suis la présence et l’absence
Je suis l’essence et l’attribut; je suis la proximité et l’éloignement
Tout être est mon être; je suis le Seul, je suis l’Unique.

Source: http://www.oasisfle.com/culture_oasisfle/emir_abdelkader.htm


Nombre de lectures : 11854
UN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • Ammisaid
    15 mai 2010 at 10 h 13 min - Reply

    Il fait parti des hommes qui avaient fait les deux guerres:
    Celle contre l’ennemi extérieur
    Celle contre l’ennemi intérieur
    Sans avoir fléchi jusqu’à sa mort

    L’histoire de l’Algérie regorge d’hommes justes et sincères
    D’hommes qui avaient refusé de se soumettre à un autre que le seigneur
    Le seigneur des cieux, de la terre et de tout l’univers
    Les hommes qui avaient résisté aux appels d’offres de la vie pour la troquer avec leurs coeurs

    Nous dormons sur un trésor inestimable et nous crions misère, misère, oh ! Misère !
    Nous avons de quoi être fiers mais nous pleurons comme celui qui a soif au milieu du désert
    Nos ancêtres n’ont jamais plié car ils ont conservé toutes ces valeurs
    Ces valeurs qui aspirent à la dignité, à la liberté et à l’amour en temps de paix et en temps de guerre

    Abdelkader dis-moi que tu n’es pas mort, dis-moi que tu va revenir pour apaiser mon coeur
    Dis-moi que tu as entendu tous ces hypocrites et tous ces menteurs
    Qui disent que ton cheval n’avait pas parcouru tout notre territoire
    Pour libérer notre terre des mains de ceux qui voulaient la diviser, la dominer et la salir

    Racontes-moi comment tu as semé dans le coeur des générations futures
    La liberté qui commençait à disparaître pour laisser place à la servitude et à sa laideur
    Dis-moi que les enfants de novembre étaient tous tes enfants et de tes prédécesseurs
    Tous ceux et toutes celles qui refusaient que notre terre soit la propriété d’un envahisseur

    Dis-moi que toi et tous les saints de cette noble terre se réveilleront un jour
    Pour chasser ces taghouts qui nous rendent la vie misérable et dire
    Dis-moi que tout le sang avec lequel vous aviez arrosé nos montagnes et nos douars
    N’était qu’un sang pur, un sang de courage, un sang d’honneur et convictions sûres

    Dis-moi que vous aviez votre lumière ne s’éteindra jamais malgré ces oiseaux de mauvaise augure
    Qui ne cessent pas de nous diviser, de nous assassiner et de nous trahir
    Dis-moi que demain cette Algérie de sacrifices, de souffrances et de douleurs
    Reviendra une terre de fraternité, de solidarité, de justice et de liberté de chaque heure.
    Fraternellement




    0
  • Congrès du Changement Démocratique