Édition du
25 March 2017

Benbitour parle de malédiction du pétrole

L’ancien chef du gouvernement livre sa vision de la crise politico-économique
Benbitour parle de malédiction du pétrole
Par : Meziane Rabhi, Liberté, 17 mai 2010

L’ancien chef du gouvernement a souligné l’urgence d’une meilleure gestion du secteur pour dépasser l’impasse dans laquelle s’est engouffrée l’économie nationale.

L’économie algérienne est l’archétype de la malédiction des ressources à savoir une économie qui dispose d’un secteur de ressources naturelles (hydrocarbures) tourné vers l’exportation (98% de recettes en devises en Algérie) qui génère de substantielles recettes publiques (75% des recettes en dinars pour le budget) mais qui, paradoxalement, engendre une stagnation économique et une instabilité politique. C’est un pays riche en ressources, mais qui s’appauvrit chaque année malgré cette abondance. C’est ce qu’a relevé le Dr Ahmed Benbitour, ancien chef du gouvernement, lors d’une conférence sur le secteur des hydrocarbures organisée à l’invitation de la fondation Slimane-Amirat. M. Benbitour a souligné l’urgence d’une meilleure gestion du secteur, pour dépasser l’impasse dans laquelle s’est engouffrée l’économie nationale. Très pédagogique, l’ancien chef du gouvernement a expliqué les caractéristiques de l’économie algérienne fragilisée par “la malédiction des ressources”. Selon lui, le chemin vers la stagnation économique, l’instabilité politique et l’appauvrissement se caractérise par au moins cinq éléments. M. Benbitour indique que l’abondance des ressources accroît les anticipations et l’appétit des dépenses. “Les autorités lancent des projets grandioses. Rappelez-vous, nous avons commencé avec un programme de relance de 7,5 milliards dollars. Tout de suite, on a dit qu’il faut un autre programme de soutien de 60 milliards de dollars. D’où les réactions des individus qui veulent des bénéfices sans tarder.” Dans ce contexte, les attentes de la population poussent les pouvoirs publics vers des réponses rapides. Il s’ensuit “des décisions hâtives, inappropriées et mal coordonnées”. L’accroissement des moyens financier fait diminuer la prudence et la vigilance. Par ailleurs, la pression sur l’augmentation à la fois des dépenses et des transferts va augmenter les attentes des gens.
M. Benbitour explique que le défi est de répondre en même temps à la nécessité d’interventions publiques face aux urgences sociales pour le maintien de l’ordre public et la stabilité politique, ainsi que la nécessité de construire des institutions fortes pour la pérennité de la stabilité politique. La première nécessité fait appel au pompier, la deuxième nécessité fait appel à l’architecte. “D’où l’exigence d’un autre niveau de gouvernance et les gouvernants doivent être à la fois pompiers et architectes. C’est loin d’être le cas lorsque vous considérez le profit de nos gouvernants aujourd’hui.” L’ex-chef du gouvernement indique qu’à la fin de la décennie noire, la population avait besoin de deux éléments importants : une politique d’insertion et de participation et la construction d’institutions fortes. “Qu’est-ce qui s’est passé ? Il y a eu un discours populiste”, a-t-il affirmé. “Concernant les institutions, on a fait le contraire. Le parlement, on l’a cassé par les ordonnances. Le Conseil constitutionnel est devenu une institution pour justifier l’injustifiable”, a précisé M. Benbitour, ajoutant que la centralisation et partant de la concentration des moyens budgétaires a induit “des investissements excessifs et imprudents et donc la porte ouverte à la corruption”. Benbitour, cite le cas, du projet de transfert d’eau vers Tamanrasset, sur plus de 740 km en pente, “inimaginable”. C’est aussi le cas de la ville de Hassi Messaoud. Et le dernier : l’organisation du GNL 16. “On a organisé une grande rencontre au moment où le produit connaît de très sérieux problèmes de marché”, regrette-t-il.
L’abondance de ressources encourage la concentration des pouvoirs au sommet
L’ancien chef du gouvernement indique que l’abondance de ressources encourage la concentration des pouvoirs au sommet. “L’accès au pouvoir signifie l’accès à la richesse et la garantie d’une richesse ultérieure. Le soutien politique se construit essentiellement sur le clientélisme autour de réseaux régionaux ou économiques ou d’intérêts particuliers”, a expliqué
M. Benbitour. “C’est alors l’installation des institutions favorables aux profiteurs. D’où l’existence de conflits causés par le sentiment d’injustice qui s’accompagne par la violence sociale des émeutiers, surtout chez les jeunes, et aussi, l’avidité que peuvent susciter les rentes massives et qui se manifeste par la violence terroriste, les rapts, les gangs et les vols”, argumente l’ancien chef du gouvernement. Par ailleurs, les recettes venant de la fiscalité sur l’exportation des ressources naturelles, vont rompre les liens importants entre les citoyens et l’État, du fait de l’absence de la fiscalité directe. “Les gens ne se sentent pas impliqués par ce que fait l’État. Parce que l’État n’a pas besoin d’eux”, estime M. Benbitour, relevant que la dimension politique de la rente se manifeste par une prédisposition, pas nécessairement, à l’autoritarisme. “Le gouvernement utilise les revenus des hydrocarbures pour alléger les pressions sociales qui autrement mèneraient vers des demandes plus importantes d’imputabilité”, explique M. Benbitour. Pour autant, pour M. Benbitour “la malédiction des ressources” n’est pas une fatalité. “Qui dit hydrocarbures, ne dit pas nécessairement malédiction de ressources”, a-t-il affirmé, prenant l’exemple de la Norvège, riche en pétrole, mais qui occupe la première place mondiale dans l’Indice de développement humain (IDH). “C’est parce qu’on a une mauvaise gouvernance des hydrocarbures qu’on va vers la malédiction”, souligne M. Benbitour qui indique que la fin du pétrole, au rythme actuel de production, pourrait intervenir entre 2026 (pour les réserves prouvées) et 2035 pour les réserves probables. “Si on monte 2 millions de barils par jour, la fin du pétrole interviendrait entre 2022 et 2027”, avertit l’ancien chef du gouvernement.


Nombre de lectures : 1793
10 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • AMOKRANE NOURDINE
    17 mai 2010 at 14 h 14 min - Reply

    j’aime beaucoup lire les commentaires du prof ZINEB AZZOUZ mais je ne les trouve pas toujours




    0
  • samir
    17 mai 2010 at 14 h 53 min - Reply

    on continue réellement à penser que c’est un probléme de gestion des richessses dont il est question.comment des hommes intelligents comme benbitour peuvent ils encore croire à ses histoires à dormir debout?.la fin du petrole serait programmée pour 2030 au plus tard.et aprés que va t il se passer?on va s’entre tuer.au lieu d’attendre paisiblement ce moment,ne serait il pas plus judicieux de nous debarasser de ces sangsues qui nous entrainent vers l’abime?n’est il pas plus réaliste d’appeler au sursaut national?l’heure n’est elle pas arrivée d’appeler le peuple à envahir la rue et en decoudre avec ce régime?ou peut être attendons nous tranquillement 2030 que les puits tarissent ensuite on pourra penser à regler nos comptes lorsque cette racaille aura quitter le navire.messieurs,soyez un peu plus serieux et arrêter de nous prendre pour des imbeciles.




    0
  • BRAHIM
    17 mai 2010 at 16 h 37 min - Reply

    Des évidences si je refère au résumé que nous fait le journaliste de Liberté Meziane Rabhi. Pas un mot sur le changement de système et l’instauration urgente de la démocratie. Sans changement de système impossible d’infléchir le cours tanquille du long fleuve Algérie, que se soit dans le damaine des hudrocarbures ou de celui…. des cacahuètes.




    0
  • salah
    17 mai 2010 at 20 h 06 min - Reply

    Sincérement je ne pense pas que le journal liberté se soucie de l’avenir de l’algérie,à part monsieur hammouche et le caricaturiste Dilem,je n’ai jamais lu un article qui puisse faire prendre conscience aux algériens du danger et des menaces qui pésent sur le pays comme le font les autres journaux tels que el watan,le soir d’algérie,el khabar,le matin,le quotidien d’agérie,le matin….Dommage pour un journal qui s’appelle lberté.Quand à l’interwiew de monsieur benbitour,le constat est exact,mais une fois ce diagnostic établi,quel est le traitement à prescrire,un traitement en douceur ou un traitement de choc,je crois que c’est à ça que nos intellectuels,que notre intélligence nationale doit sensibiliser les algériens et à ce moment là;quand le peuple décidera de prendre son destin en main,le destin de ses enfants,le destin des générations futures,ces fils indignes qui gérent l’algérie comme une propriété privée,répondront devant la justice des hommes avant celle de dieu de tout le mal qu’ils ont fait pour la société,de toute la souffrance des péres,des mères,des frères et des soeurs de tout un chacun.Quelle justice de l’homme ou divine peut pardonner la souffrance d’une mère d’un jeune harrague disparu en mer,d’une mère qui n’a rien à offrir à ses enfants,et de tous les drames que vivent les citoyens de ce pays.




    0
  • Si Salah
    17 mai 2010 at 20 h 24 min - Reply

    M. Benbitour: vous alignez des km de chiffres, ad nauseam, qui sont autant de symptomes, mais vous ne vous attaquez JAMAIS de front à la maladie qui nous ronge, c-a-d au probleme reel: la mainmine de la police politique sur tout ce qui bouge en Algérie. Dites que c’est cela le probleme central, et le reste, tout le reste, ce ne sont que les consequences du theoreme.

    Si Salah




    0
  • Zineb Azouz
    17 mai 2010 at 23 h 22 min - Reply

    J’allais justement laisser un commentaire quand j’ai vu le message de Monsieur AMOKRANE NOURDINE que je salue. Permettez moi cette petite parenthèse.
    (Monsieur Amokrane, je suis très bavarde en ce moment, je viens de laisser deux commentaires suite à l’article du Professeur Mahfoud Kaddache sur le fait berbère, j’en ai un aussi sur les intellectuels juifs, et j’ai également réagi, si cela vous intéresse, aux propos de Ali Kafi et par transitivité aux écrits de Saadi).

    pour ce qui est de ce l’article de Monsieur Benbitour, et au delà de l’aspect technique qui reste utile, je voudrais juste dire que notre seule malédiction c’est ce pouvoir et que la seule urgence c’est le changement.

    J’ai sans doute tords, mais je ne lis presque plus nos quotidiens et je suis rarement déçue, ce n’est pas demain la veille que Djamal Eddine Benchenouf ou le Dr Sidhoum seront les invités de Liberté ou d’El Watan.

    Monsieur Benbitour nous dit par exemple :
    “C’est parce qu’on a une mauvaise gouvernance des hydrocarbures qu’on va vers la malédiction”
    Pourquoi on n’y est pas déjà ????
    J’ai envie de lui répondre :
    « C’est parce que vous faites aussi ^partie de notre malédiction, avec vos discours récurrents technico-savants d’opposants du Sérail, que la mauvaise gouvernance n’est que le plus petit des corolaires de ce pouvoir »
    Avec tous mes respects, Monsieur Benbitour, qu’attendez vos pour dire toute la vérité sur ce régime, que vous faut il de plus pour demander clairement et simplement le départ de ces fossoyeurs ?

    ZA




    0
  • Mokrane
    18 mai 2010 at 16 h 35 min - Reply

    Mr. Benbitour a préfacé le torchon d’un général algerien, un des plus sanguinaires du pays et vous venez nous cassez la tête avec ses propos qui ne valent
    rien du tout sur le terrain. Bon, vous me direz que la
    liberté d’expression est pour tout le monde. Soit mais
    alors quelle censure pour quel commentaire ?
    N’est-ce pas une insulte de donner une plate-forme a
    des personnes qui ont une responsabilité directe dans le débacle et la misére dans notre pays, oui je dis bien « misére » car il suffit de voir votre vidéo de cette famille de Laghouat pour avoir un apercu de l’étendue de notre tragédie. Ulach Smah ! Ulach !!




    0
  • Salim Ahmed-Nacer
    18 mai 2010 at 23 h 12 min - Reply

    Benbitour parle de malediction du petrole.
    Le norvegien parle de benediction du petrole.
    Qui a raison?




    0
  • Souttour Rachid
    19 mai 2010 at 17 h 55 min - Reply

    Oui en effet Mr Benbitour le petrole et le gaz sont une malediction pour notre pays alors que nous avions de vrais dirigeants il serait la Suisse de l’Afrique.. Permettez moi d’attirer votre attention sur un autre danger : Nous exportons 100 millards de m3 de gaz par an alors que nos reverses ne sont que 4500 millard.. A ce train les foyers raccordes gaz en grands pompe en seriaent prives.. Voila ecore des lacunes de la mauvaise gouvernance..Pourquoi produre autant pour placer l’argent ailleurs.. Meme chose pour la reserve d’eau de l’Albien qui aurait profitee aux generation futures… Mais il faut tout faire pour montrer au peuple les bienfait du petit roi.. Auto route (auto trous) et chemin de fer (diesel alors que nos voisin auraont le TGV) N’est il pas judicieux de confier tous ces travaux de realiser tous ces travaux par de la croissance ou tout au moins confier ces travaux A des societes mixtes (prives et etrangers) La encore vous me diriez comment les decideurs vont’il pouvoir percevoir leur dime..?? Mr Temmar veut encore vider un peu plus le tresor en voulant creeer des poles industriels .. Comment croire encore que user du neuf pour faire du vieux.. N’a t-on encore compris que si on veut tuer une unite ou societe associer la a l’etat.. J’en arrete la car j’en peux plus A tous bonne journee..




    0
  • Zineb Azouz
    19 mai 2010 at 19 h 32 min - Reply

    Monsieur @Souttour Rachid,

    Je comprends et ressens votre amertume, mais là, vous en demandez trop à monsieur Benbitour !

    Il n’est pas question de manquer de respect ni au pouvoir ni à ceux qui le font et le servent comme ce brillant monsieur Temmar.

    Permettez moi de vous rappeler que certes, El Watan se distingue un tant soit peu qualitativement du reste des quotidiens, mais il n’est ne sera jamais question pour ce journal, ni pour sa ligne éditoriale ni pour ses invités, de rompre avec le pouvoir.

    On se « titille » de temps en temps, comme de vieux copains, parfois cela donne même des allures de querelles, mais ce n’est jamais plus que du chahut même avec des termes aussi savants et aussi techniques.
    On ne crache pas dans la soupe, de même que l’on ne mords jamais la main qui nous nourrit…
    ZA




    0
  • Congrès du Changement Démocratique