Édition du
26 March 2017

19 mai 1956 : Appel de l'UGEMA à la grève des étudiants et lycéens et à rejoindre l'armée de libération nationale

“Étudiants algériens ! Après l’assassinat de notre frère Zeddour Belkacem par la police française, après le meurtre de notre frère aîné le docteur Benzerdjeb, après la tragique fin de notre jeune frère Brahimi du collège de Bougie, brûlé vif dans sa mechta incendiée par l’armée française pendant les vacances de Pâques, après l’exécution sommaire dans un groupe d’otages de notre éminent écrivain Réda Houhou, secrétaire de l’institut Benbadis de Constantine, après les odieuses tortures qu’on a fait subir aux docteurs Haddam de Constantine, Baba Ahmed et Tobbal de Tlemcen, après l’arrestation de nos camarades,
Amara, Lounis, Saber et Taouti aujourd’hui arrachés aux geôles de l’administration française, celle de nos camarades Ferrouki et Mahidi, après la déportation de notre camarade Mihi, après les campagnes d’intimidation contre l’Ugema, voici que la police nous arrache des mains, un matin à la première heure, notre frère Ferhat Hadjadj, étudiant en propédeutique et maître d’internat au lycée de Ben Aknoun, le torture, le séquestre pendant plus de dix jours (avec la complicité de la justice et de la Haute administration algérienne prévenues de son affaire), jusqu’au jour où nous apprenons, atterrés sous le coup de l’émotion, la nouvelle de son égorgement par la police de Djijelli, aidée de la milice locale.
L’avertissement donné par notre magnifique grève du 20 janvier 1956 n’aura-t-il servi à rien ? Effectivement, avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres ! À quoi donc serviraient ces diplômes qu’on continue à nous offrir pendant que notre peuple lutte héroïquement, pendant que nos mères, nos épouses, nos sœurs sont violées, pendant que nos enfants, nos vieillards tombent sous la mitraillette, les bombes, le napalm. Et nous « les cadavres de demain », on nous offre d’encadrer quoi ?
D’encadrer ? … les ruines et les morceaux de cadavres sans doute, ceux de Constantine, de Tébessa, de Philippeville, de Tlemcen et autres lieux appartenant déjà à l’épopée de notre pays. Notre passivité face à la guerre qu’on mène sous nos yeux nous rend complices des accusations ignobles dont notre vaillante Armée nationale est l’objet. La fausse quiétude dans laquelle nous sommes installés ne satisfait plus nos consciences.
Notre devoir nous appelle à d’autres tâches plus urgentes, plus coopératives, plus catégoriques, plus glorieuses.
Notre devoir nous appelle à la souffrance quotidienne aux côtés de ceux qui luttent et meurent libres face à l’ennemi.
Nous observons tous la grève immédiate des cours et examens et pour une durée illimitée. Il faut déserter les bancs de l’université pour le maquis. Il faut rejoindre en masse l’Armée de libération nationale et son organisme politique le FLN. Étudiants et intellectuels algériens, pour le monde qui nous observe, pour la nation qui nous appelle, pour le destin héroïque de notre pays, serions-nous des renégats ?”


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9 Commentaires sur cet article

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  • Rédaction
    19 mai 2010 at 20 h 05 min - Reply

    El Watan 19 mai 2010

    Lycée Amara Rachid : Ils se souviennent du 19 Mai…

    Une date anniversaire, une autre occasion pour mettre en exergue la personnalité de Mohamed Rachid Amara.

    L’association culturelle et historique du 11 Décembre 1960 et les anciens médersiens étaient au rendez-vous, hier, au lycée Amara Rachid, pour célébrer la journée du 19 mai 1956, marquée par la grève des lycéens et étudiants algériens, ce qui a donné une autre impulsion à la lutte de libération nationale.Devoir de mémoire oblige, plusieurs intervenants ont eu à témoigner et expliquer aux jeunes lycéens présents la portée de cette journée, tout en mettant en exergue la personnalité de Mohamed Rachid Amara, dont l’établissement de Ben Aknoun porte le nom. C’est Abderrahmane Benhamida, ancien ministre de l’Education, qui, le premier, fit le portrait de Mohamed Rachid fils de Meziane, ancien cadi, qui inculqua à sa progéniture les vertus de la connaissance et du savoir.

    De ce fait, Rachid eut une formation bilingue complète et était promu à une belle carrière grâce à sa solide culture. Il a été l’un des catalyseurs de la lutte, avant de tomber au champ d’honneur, laissant l’image d’un homme imprégné de culture authentique, jaloux de son identité et des valeurs algériennes. Ses anciens camarades ont pu aussi donner un large aperçu de l’homme, de l’étudiant et du militant. Ainsi, Tahar Gaïd soulignera, dans un témoignage poignant, le dévouement et l’attachement à son pays de Amara Rachid. Zahir Ihadaden lui emboîtera le pas en mettant en relief « les qualités humaines du moudjahid ». d’autres intervenants, comme Salih Benkobbi, Lamine Khène, Laïd Lachgar et Keramane Sadek, Abdelhamid Mehri et M. Benslama se relaieront pour fixer l’importance de cette journée fatidique du 19 mai 1956.

    Dans la salle toute ouïe, il y avait d’anciens cadres militants du mouvement national, comme Mostefaï Chawki, Sid Ali Abdelhamid Brahim Chergui, Abdelhamid Mehri, le colonel Youcef Khatib, la moudjahida Djoher Akrour, Mustapha Fettal, les anciens ministres Kamel Bouchama, Mohamed Salah Mentouri et Bachir Rouis. C’est dire que « le plateau était exceptionnel », comme l’a souligné un autre témoin de cette époque, Abdelkader Drif, qui a vécu, lui aussi, en étant étudiant, les péripéties de cette journée historique de Mai 1956. En préambule, le président de l’association des parents d’élèves du lycée Amara Rachid « s’est félicité d’une présence aussi prestigieuse d’anciens militants en face de la nouvelle génération qui doit s’imprégner des leçons du passé pour mieux appréhender l’avenir ». Pour l’histoire, ces interventions constitueront indéniablement un jalon supplémentaire que les organisateurs, et c’est tout à leur mérite, ont matérialisé sous forme d’un fascicule remis aux présents pour que nul n’oublie…

    Par H. T.




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  • Anonyme
    19 mai 2010 at 20 h 05 min - Reply

    […] […]




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  • BRAHIM
    19 mai 2010 at 21 h 35 min - Reply

    Extra, très bonne initiative ! Que la société civile se réveille, se démarque des « lourdeurs » du parti et e la pensée unique, afin d’aborder sans peur et sans complexes toutes les questions qui intéressent l’avenir de notre pays et …..son « devenir » démocratique. Si la société civile (celle qui est organisée d’une manière volontaire, autosuffisante et autonome de l’État et du système politique dominant) se réveille et s’organise intelligemment, elle boostera énormément la dynamique que l’on souhaite impulser pour changer « le » régime.




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  • Salah-Eddine SIDHOUM
    19 mai 2010 at 21 h 36 min - Reply

    L’Histoire est un éternel recommencement !
    Hier, une minorité de notre élite et de nos étudiants à l’image d’Amara Rachid, Lotfi, Benzerdjeb, Yahia Farès, Chawki Mostefaï, Lamine Khène, Zahir Ihadaddène, Youcef Khatib…. abandonnait son confort douillet et les bancs de l’université pour affronter, aux côtés de son peuple el mahgour, la France coloniale, 4e puissance de l’époque soutenue par le NATO.Quant à la majorité, elle campait au carrefour des vents Outre-méditerranée.
    Aujourd’hui, une minorité de notre « élite » combat ce régime illégitime. Quant à la majorité, elle s’est mise, toute honte bue au service d’un régime d’ignares corrompus et criminels.
    Triste sort de nos « élites » !
    « Science sans conscience……. »




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  • samir
    20 mai 2010 at 7 h 30 min - Reply

    l’histoire s’ecrit au présent.le moment venu les algeriens n’oublieront pas ceux qui ont trahis le peuple en s’alignant sur la politique du régime corrompu.nous saurons reconnaitre les hypocrites et malheur à ceux qui se ferons rattrapé par l’histoire




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  • khaled
    20 mai 2010 at 11 h 02 min - Reply

    Cher DB,

    Je n’ai pu continuer de lire votre article. Je suis arrêté a la fin du paragraphe listant ces jeunes ravis de leur vie en plein age pour que notre pays puisse vivre libre et ou la justice serait reine.

    Ou somme-nous maintenant?

    Amicalement
    Khaled

    DB: Oui, c’est émouvant en effet. Mais ce n’est pas mon article.




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  • Rédaction
    20 mai 2010 at 21 h 49 min - Reply

    Abdelhamid Mehri à Liberté
    “Les étudiants n’échappent pas à la léthargie politique”

    Par : DJAZIA SAFTA, Liberté, 19 mai 2010

    Né en avril 1926, Abdelhamid Mehri est un homme politique algérien et un des membres fondateurs de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (Ugema). Lors de cet entretien, notre interlocuteur a tenu à préciser que son propos est un témoignage indirect ; lors des faits, il se trouvait à l’extérieur du pays.

    Liberté : Comment a été décidé et organisé le mouvement de 1956 ?

    A. Mehri : La décision a été prise en concertation entre les dirigeants de l’Ugema et la direction de la Révolution qui était représentée par Abane Ramdane et Benyoucef Benkhada. En plus, les climats politiques et sociaux étaient très lourds. À ce moment-là, les étudiants faisaient face à une répression qui n’épargnait personne, chose qui a poussé à l’intensification de la lutte armée menée à la fois par l’Armée de libération nationale (ALN) dans les montagnes et dans les villes par des actions directes.
    Les éléments les plus conscients des étudiants étaient organisés dans les mouvements nationaux algériens et plus précisément dans le Parti du peuple algérien (PPA), donc préparés pour renouveler leur engagement dans le nouveau contexte créé par le passage à la lutte armée du 1er Novembre 1954.
    Les étudiants étaient également préparés à participer à la lutte de Libération par leurs idées en créant l’Union générale des étudiants nord-africains.

    Quel a été le statut de l’intellectuel dans la Révolution ?

    Quand nous parlons d’intellectuels à l’époque, ils étaient très peu nombreux dans le contexte colonial. De plus, leur engagement de manière générale semble avoir pris du retard par rapport aux classes populaires les plus larges.
    Le problème des intellectuels dans la Révolution n’a pas fait l’objet d’une réflexion particulière. Mais ils étaient interpellés en permanence et plus précisément depuis le 1er Novembre pour marquer leur engagement solennel à la lutte du peuple algérien.
    Leur position, et notamment depuis le 19 mai 1956, a eu une grande répercussion à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Cette date a marqué en fait une solennité beaucoup plus que le début de l’engagement. De plus, beaucoup d’étudiants n’ont pas attendu le 19 mai pour s’engager. Cela est surtout plus valable pour les étudiants de la Zitouna et certains éléments des universités arabes.
    Il est peut-être significatif à cet effet que la première victime fut un étudiant, le chahid Djamel Belgacem, arrêté dès les premiers jours du déclenchement du 1er Novembre. Ce jeune étudiant a été torturé à mort. Son corps avait été jeté en mer et retrouvé sur une plage.

    Vous avez dit que l’engagement des étudiants est venu en retard ; à quoi cela est-il dû ?

    Les mouvements nationalistes sont toujours nés dans les milieux ouvriers, essentiellement modestes.

    Quelle réflexion vous inspire l’état du mouvement étudiant actuel, si mouvement il y a ?

    Il est difficile de cerner cette question. Car la vie politique en Algérie semble, dans son ensemble, somnoler et être marquée par un manque terrible de débat sur les problèmes de la société et l’évolution générale du pays après l’Indépendance. Les étudiants n’ont pas échappé et n’échappent pas à cette léthargie politique regrettable.

    Quel est votre point de vue sur la polémique suscitée par le livre de Saïd Sadi sur le colonel Amirouche ?

    Je n’ai pas encore lu le livre de Saïd Sadi. Mais ce que je peux dire c’est que la “Bleuite” a fait des centaines de victimes innocentes et j’inscris à leur tête Amirouche lui-même et ceux qui l’ont aidé. S’il y a une réelle conscience, les Algériens devraient en vouloir aux auteurs et non aux victimes.




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    • rouchai
      23 mai 2014 at 20 h 27 min - Reply

      …MONSIEUR LE JUGE DES AFFAIRES CLASSÉES…ce titre honorifique,je l octroie au délateur du colonel Amirouche…d ou tenez vous ces informations cruciales ??? ÉTIEZ VOUS DANS LE STAFF DU CAPITAINE LÉGER ???ÉTIEZ VOUS DANS LE FEU DES COMBATS DE L EPOQUE ???OU VOUS ÉTIEZ INSTALLE DANS UNE CAFÉTÉRIA AU MAROC EN TUNISIE OU EN EGYPTE ???SINON ,VOUS NE SERIEZ PAS LA A DÉNIGRER DES HOMMES AUTREMENT PLUS COURAGEUX QUE VOUS…SAVEZ VOUS AU MOINS QU ON N A PAS LA MÊME CAPACITÉ D ANALYSE INSTANTANÉE LORSQUE ON SIROTE UN JUS DANS UNE CAFETTE QUE LORSQUE ON EST SUR LE QUI VIVE H 24 ??? LES INGÉNIEURS DES TRAVAUX FINIS,NOUS EN AVONS VU DÉFILER DES CENTAINES DEPUIS L INDÉPENDANCE..DOMMAGE QUE LES ACCORDS D EVIAN ONT PRESCRITS TOUTES POURSUITES A L ENCONTRE DES CRIMINELS COMME VOUS….ALLAH YERHAM ECHOUHADAS….




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  • alilou
    23 avril 2012 at 12 h 16 min - Reply

    bonjour,
    c’est bien de relaté l’histoire ! mais sans oublier les acteurs ,oui il y’avait Amara Rachid, mais IL y’avait aussi SABER et TAOUTI AHMED (mon oncle) fils de cadi d’aflou a cette époque (رحمهم الله)




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  • Congrès du Changement Démocratique