Édition du
24 March 2017

Le changement par la réappropriation de nos valeurs, toutes nos valeurs.

Par Liès Asfour

Ces informations et données sur la généalogie des berbères et les anciens habitants du Maghreb, sont tirées des travaux du sociologue arabe Ibn Khaldoun qui date évidemment de son époque et qu’on pourrait situer dans la seconde moitié du 15 eme siècle.

L’objectif de ma part étant d’ajouter cette étude comme contribution au débat sur la question relative à l’équation Arabe/Kabyle qui, ces derniers temps retient l’attention des intellectuels, des lecteurs et en un mot du citoyen algérien.

Dans le débat politique qui a actuellement cours un peu partout et notamment sur les espaces de LQA, et qui va dans le sens de la revendication par le peuple algérien du changement du système politique, et afin de rapprocher les positions des uns et des autres, suite à quelques débordements au demeurant légitime quoique jugés dangereux, sur la question identitaire, cette contribution de ma part a pour seul souci, humble par ailleurs (je ne suis ni historien, ni académicien, je veux que les choses s’arrangent dans mon pays pour le bien de tous ses enfants), est pour montrer aux uns et aux autres le degré de fusion irréversible et très profond qui s’est opéré entre arabes et Kabyles, et entre berbères nomades du sud et berbères sédentaire du nord dans cette contrée appelée maintenant le Maghreb.

Quand je dis berbère nomade et berbère sédentaire, c’est plus pour designer le mode de vie des uns et des autres par rapport à l’environnement physique qui les entoure et les habitudes et les reflexes qui en découlent, que par un quelconque droit de propriété sur le sol que l’on attribue à l’un plus qu’à l’autre ou a l’un et non à l’autre.

L’un (environnement) permet la sédentarisation et l’autre permet le nomadisme.

La personnalité qui se façonne et les gestes qui en découlent sont appropriés au contexte historique et géographique et donc ne doivent pas nous autoriser à porter des jugements de valeurs hâtifs ou irresponsables.

Car depuis la nuit des temps les humains émigrent pour une foule incalculable de raisons.

On continue à le faire encore aujourd’hui, pour des raisons économiques, sécuritaires, politiques, ou à cause des catastrophes naturelles, ou pour l’accès à une vie meilleure, ou pour chercher le savoir, ou pour prêcher ou juste par goût de l’aventure.

Abraham, pour ne citer que lui, habitait une ville fortifiée avant de répondre à l’appel de Dieu, il émigra dans d’autres contrées et passa toute sa vie à transhumer et à s’abriter sous une tente.

Voici ci-dessous ce que dit Ibn Khaldoun sur la généalogie des berbères.

Les berbères appelés aussi amazigh (hommes libres), se composent de deux branches essentielles :

Les Branès, berbères du nord, sédentaires.

Les Botr ou madaghis qui sont les berbères des hautes plaines et du sahara, nomades.

Le père éponyme des berbères sédentaires qui est Branes a eu les enfants qui sont les suivants :
Esdaj, Masmod, Awrab, Ketam, Ujjis, Sanhaj, Awrigh, Lamt, Haskor et Gzoul.

La descendance de certains fils de Branes, a été éteinte ou absorbée.

D’autres ont eu une descendance, l’ont entretenue à travers le cours de l’histoire, jusqu’à nos jours pour certaines d’entre elles comme :

Masmod (au Maroc) a eu Barghwata qui habite le Maroc atlantique entre l’oued Tensift et l’oued Regreg, et Ghomara qui habite le Rif occidental et Central, et qui ont donné à leur tour une nombreuse descendance.
Awrab a assuré sa descendance en Algérie, à travers (notamment) ses fils Bejaya et Rghiwa. Ses territoires s’étendaient du pré-Rif jusqu’en Numidie.

Ketam a perpétué la sienne à travers Ghorsene (Maloussa, Jamila, Massalta) et Yassouda (Zouwawa, Msala, Banou-Yastitine, Beni-Qansala). Leurs territoires s’étendaient du Rif central jusqu’en Numidie.

Sanhaj, sédentaire originaire du nord s’est répandu vers le sud, depuis les montagnes de l’Atlas jusqu’au fleuve Sénégal.

La dynastie des Almorabitines vient des Sanhadja.

On retrouve aussi en Algérie, mais pas en nombre suffisant, les descendants de Sanhaj, du côté de Tlemcen, Médéa, Bejaia, dans la vallée du Chélif et dans les Aurès.

Abdelhamid Benbadis est d’origine sanhaja.

Awrigh, (ne pas confondre avec Rghiwa qui est devenu avec le temps Rhiwa, l’actuel Oued Rhiou), est le père de Hawwara (l’actuel Hoggar) qui a eu comme descendance (Edessa, Safra, Taghala, Hadagha, Andara) et dont les territoires s’étendaient du Maroc jusqu’en Tripolitaine et la région sahélo-soudanaise.

Ce sont les actuels Touaregs qu’on retrouve en Algérie, Mali, Lybie, et Niger.

Haskor a eu comme descendance (Zamrawa, Ajrama, Antifite, Banou-Neffal), ils habitaient les montagnes de l’Atlas et le Rif oriental.

Ce sont ici, la descendance de Branès, et qui est le père éponyme des berbères, sédentaires à l’origine.

Ci-dessous on va parler et designer les berbères du sud, nomades à l’origine parce que effectuant la transhumance, à la recherche des points d’eau et des pâturages pour eux et pour leur bétail.

On les appelle les berbères Madaghis ou Botr (pâtres?
Madaghis a eu deux fils Zahhik et Lowa le grand.

La descendance du premier est plus impressionnante par son nombre.

Zahhik a eu une nombreuse descendance à travers Tamsite et Banou-Yahia.

On ne peut tous les citer, mais on va citer quelques unes qui sont très connus même de nos jours.
Beaucoup de villes et régions d’Algérie portent leurs noms.

Fatine a engendré Matmata, Goumya et Lmaya.
Goumya a engendré Nedroma, Banou Yelloul (yellel?), Banou-Seghara.

Lmaya vivait au Maghreb central à l’orée du Sahara et a engendré Mziza, Mednine, Medaghra, Merina, Maghila (qui vivait dans le Chélif et Mazouna au Maghreb central), Magzouza, Kechata, Mediouna.

De son côté, Banou-Yahia a engendré Warsaf, Samkane et Ajana.

Warsaf a engendré Maknassa qui vivait dans la région de Taza, Tsoul, Plaine de Guercif, Bassin de la Moulouya, aussi bien le Rif que le moyen et haut Atlas orientaux.

Samkane a engendré Zwagha et Zwawa (Zwawa vivait dans la région de Bejaia parmi les Ketama et les Sanhaja fils de Barnos).

Les descendants de Zwawa sont (Banou –Malaika, Banou- Kouffi, Mechdala, Khoja, Banou-Mrana) pour ne citer que ceux-là.

Les tribus qui descendent de Zwawa sont : Banou-Manklate, Yatroune, Mani, Boughadrane, Yatouragh, Youssef, Absi, Choa’y’b, Sadaqa, Ghobrine, Kachtola.

Ajana a donné la branche la plus importante et probablement la plus connu en Algérie : les Zenata.

Donc Ajana a engendré Zenata qui a son tour engendra à travers Wadlik, Farmi et Eddirte, les nombreuses tribus Massara (Mascara?) , Tajarte (Tiaret?), Rassine, Yazmartène, Mranjissa, Wargla (Ouargla), Namata (Matmata?), Sbarta (Sebra), Gharzoul, Wartatine, Yettou-fète, Saghmane, Berzal, Yassadrine, Banou-Maghrao (les maghraoua?), Banou -Yefrane, Banou-Wassine, Masra (Mesra?), Yafrène (Ifrene?), Massine (Massina), et Jrao(d’où la tribu Jrawa qui se subdivisa entre autres en Banou-Wardène et Banou-Warsik) et enfin la tribu des Banou Hanch.

De son côté Lowa le grand a eu deux fils : Nefzaou et Lowa le petit.

Nefzaou engendra Walhassa (Oulhaça?) qui donna les tribus suivantes : Bazghacha, Dihaya, Lakos, Mahra, Tarine, Wartrine, ainsi que les tribus : Ghassasa, Zahla, Sumata, Oursife, Wardine, Marnissa, Majar, Zatima, Maklata.

Lowa le petit engendra Agoza, Atroza, Zayer, Mzala, Banou-Gotof, Maghana, Jelana, Banou-Nitate, Sedrata.

En conclusion :

A mon avis, nous sommes tous algériens et tout ce que nous possédons comme diversité constitue une richesse qui nous appartient à tous. Une richesse commune, une richesse collective.

Nous devons restituer à notre peuple toute les composantes de sa personnalité et de son identité.
Nous ne devons rien épargner et rien appréhender. Car la négation engendre la légitime frustration, et nourrit la haine, les intolérances et les divisions.

Disons donc :

OUI au perfectionnement de la langue Amazigh, à son enseignement, à l’encouragement de son utilisation, à sa liberté de s’écrire de droite à gauche, de gauche à droite ou de haut en bas : c’est l’affaire des linguistes, des chercheurs et autres experts en communication.

OUI à la réhabilitation du costume traditionnel à chaque région et à l’émergence consensuelle d’un costume traditionnel national comme au Maroc, en Tunisie, en Hongrie, en Écosse et dans presque tous les pays du monde.

OUI à l’encouragement de notre art culinaire, notre artisanat, nos chants et danses, et à la valorisation de notre patrimoine culturel matériel et immatériel.

OUI à la liberté de conscience, d’expression, d’association, et d’entreprise.

OUI à l’État de droit, à la bonne gouvernance et à la démocratie.

OUI à la solidarité avec les plus démunis, les plus vulnérables.

OUI à la fraternité, à l’harmonie, à la paix entre tous les algériens.

OUI à la synergie positive et rentable entre notre identité séculaire et l’universalité.

OUI à la promotion sociale de la femme, à sa pleine et entière émancipation et à son élection pour occuper à l’instar de son compagnon et son complément l’homme les plus hautes charges dans les institutions de l’État, et OUI à la protection sacré de l’enfant.

OUI à une charte des droits et des libertés de la personne humaine.

OUI au travail productif, et à l’encouragement des compétences et de l’excellence.

OUI à la multiplication des activités de loisirs, de sports et de détente, pour l’équilibre et l’épanouissement de notre société.

OUI à une Algérie nouvelle et fraternelle ou il fera bon vivre.

OUI à une Algérie en paix avec le monde et qui œuvre pour la pérennité de la planète et la sécurité des humains.

OUI pour tout ce qui est beau, bon et utile.

Je pense que ce sont la des propositions concrètes et réalisables.

Je souhaite toujours inscrire mon intervention que voici, dans la démarche : Le changement pacifique par l’éveil des consciences.

Si je ne suis pas tendre envers les zaouïas (et pas toutes d’ailleurs, certaines se sont noblement comportées durant des moments forts de notre histoire, et redeviennent discrètes et dignes une fois que la mission que dicte le devoir national est terminée), c’est parce que je ne veux pas qu’on asservisse le peuple, je ne veux pas qu’on le mène à l’abattoir de l’ennemi, je ne veux pas qu’on le trompe alors qu’il a mis en nous toute sa confiance.

Je suis contre tout courant, entité, organisation, mouvement ou phénomène qui pratique ou qui concoure à l’asservissement et à l’obscurantisme des peuples.

Regardez ce qu’écrit un historien à l’honnêteté rare et qui fait autorité en la matière, sur la naissance et la montée en puissance de la zaouïa dans nos contrées.

‘’ Fakih d’Andalousie, émule d’Averroès (Ibn Rochd) ou de Ghazzal, Cherif de Saguia el Hamra, chacun déployant ses moyens, fascine les masses, s’assimile pour les besoins de la cause les croyances populaires, fonde le Ribat, le transforme en Zaouïa, devient marabout et comme tel, exerce sa puissance thaumaturgique, prodigue ses amulettes et ses talismans merveilleux, jouit de prérogatives incroyables, crée la tribut maraboutique et fait du berbère d’ibn Khaldoun la créature la plus superstitieuse et la plus crédule de l’univers.’’

Il n’est donc à mon avis et dans mes intentions, pas question de stigmatiser qui que ce soit, mais de dénoncer les dispositions maléfiques des gens.

Il y a l’esprit bâtisseur qu’il faut encourager et il y a l’esprit destructeur qu’il faut combattre.

Ni l’un, ni l’autre n’est déterminé par son origine ou sa nationalité ou sa culture.

Obama qui est Kenyan par son père est devenu président des États-Unis, Sarkozy qui est Hongrois est devenu président de la France.
Benjamin d’Disraeli qui est juif est devenu premier ministre de la Grande Bretagne au siècle dernier.

Les exemples pour toutes sortes de niveau et dans tous les domaines foisonnent.

C’est à la beauté du fruit et à sa bonne saveur qu’on reconnait si l’arbre est bon ou mauvais.

Notre mission à tous est de :

Faire échec à tous ceux qui tiennent les discours de la haine et de la division et qui nous dressent les uns contre les autres.

Notre destin est entre nos mains en tant qu’Algériens.

Personne ne fera le travail à notre place.

Le changement par l’éveil des consciences. Le changement par la réappropriation de nos valeurs, toutes nos valeurs.

La tolérance, la reconnaissance de l’autre, la complémentarité entre nous tous, fondé sur le socle de la liberté et le devoir de servir, de faire ce qui est mieux pour les autres, voila le nouveau citoyen algérien que nous devons être.

Le chemin est certes long et ardu, mais commencer à avancer tout de suite, avec sincérité et détermination est déjà une grande victoire et un véritable gage de salut.

Fraternellement.


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5 Commentaires sur cet article

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  • BRAHIM
    19 mai 2010 at 22 h 07 min - Reply

    Cher Liès Asfour (que je connais pas), je suis en droite ligne avec ta vision des choses. J’espère qu’on va TOUS d’entendre. Merci et à bientôt sur le net !




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  • Beznassi
    22 mai 2010 at 13 h 32 min - Reply

    Cher Asfour vous avez tout dit, Bravo !




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  • bouyilès
    22 mai 2010 at 16 h 44 min - Reply

    Liès merci,tu es l’exemple même de l’algérien de demain.Ton travail laborieux est un exemple d’abnégation et un signe révélateur de quelqu’un qui ne veut que du bien à son pays.Encore une fois,merci.




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  • Lies
    27 mai 2010 at 17 h 33 min - Reply

    @ Brahim, @ Beznassi, @ Bouyilès:

    Merci pour vos encouragements et la haute qualité de votre critique positive.

    Je crois que mon article a été desservi par le choix de l’image.

    J’éspere au moins qu’il ait été lu par nos amis forumistes.

    J’avais pourtant sous la main une serie d’eclaircissements a donner, pour l’enrichissement d’un débat qui n’a pas eu lieu, hélas.

    Mes amitiés a toutes et a tous.

    ==============
    Pourquoi desservi par le choix de l’image, mon cher Lies? Devons-nous avoir honte des tenues vestimentaires de nos parents, pauvres peut-être mais Dignes ?
    Amicalement.
    Salah-Eddine




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  • Lies
    29 mai 2010 at 0 h 07 min - Reply

    Cher @ Salah Eddine, je te respecte beaucoup et Dieu m’en est témoin.

    Ceci étant dit et par souci de clarté, Je vais ci-dessous préciser ma pensée concernant cette histoire d’image, qui du reste n’est pas fondamentale, et par conséquent ne peut être considérée comme une pierre d’achoppement.

    Lorsque j’ai parlé de la réappropriation de nos valeurs, j’ai insisté sur le mot TOUTES.

    J’ai souhaité que l’image soit fidèle à ce mot ‘’TOUTES’’ et qu’elle aille plus loin dans notre histoire millénaire et descende jusqu’à notre histoire contemporaine.

    Pour être précis, j’aurai souhaité une image montrant côte à côte l’effigie ou la photo, de Massinissa, de Saint Augustin, de Cheikh BouAamama et de Abane ramdane.

    Chacun représentant à mon sens, un pan de notre histoire et un aspect de la personnalité de l’algérien d’aujourd’hui.

    Peut-on évoquer notre passé punique, numide et sous l’empire romain, sans parler de Massinissa?

    Peut-on parler du passé chrétien de notre pays (+de cinq siècles selon D.B), sans faire mention de ce grand évêque algérien qu’est Saint Augustin?

    Peut-on parler de la résistance et des révoltes menées par les tribus Djouad et Chorfa contre le colonialisme français, sans parler de l’Émir Abdelkader, de El Mokrani, de Cheikh El Haddad, de Boumaza, de Lalla N’tsoumer et bien d’autres, et de Cheikh BouAamama auquel est allée ma préférence?

    Et peut-on parler de la guerre d’indépendance sans évoquer son révolutionnaire et architecte Abane Ramdane?

    Je n’aime pas la polémique et je fais tout pour l’éviter.
    Lorsque j’ai décidé de m’impliquer dans les débats du LQA, je me suis imposé comme règle de contribuer positivement ou de me taire.

    Il est vrai que les valeurs que je défends, pour le seul bien de mon pays, pas pour une quelconque gloire personnelle, ne font pas consensus.

    Et c’est tant mieux, pour la dynamique du site, pour la démocratie et pour l’avenir des échanges entre algériens de bords politiques et culturels différents.

    Le contraire (le Tout va bien, le Khalli elbir beghtah, les lignes rouges faites par les hommes que Dieu lui-même n’a pas faites) serait dangereux, improductif, lassant, voire fatale.

    Dans la vie rien n’est figé, tout évolue et nous avec.

    C’est pourquoi il faut entretenir la flamme du dialogue en essayant du mieux que nous pouvons de rester sereins et constructifs.

    Restons unis et solidaires à l’intérieur de notre riche diversité.
    Tout est gain, tout sera bénéfice.
    La sincérité et la bonne foi, avec la persévérance feront le reste.

    Salutations fraternelles à la rédaction et aux amis de LQA.

    Lies Asfour.

    ====================
    Je crois que nous sommes sur la même longueur d’ondes, mon cher Liès.
    Salah-Eddine.




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  • Congrès du Changement Démocratique