Édition du
29 March 2017

Rachid Tlemçani. Politologue : « Ce remaniement reflète la lutte autour de la rente et de l’après-Bouteflika »

– Quelle lecture politique faites-vous de ce remaniement ministériel ?

C’est un remaniement que tout le monde attendait. On l’attendait en réalité depuis avril 2009, depuis l’intronisation du président Abdelaziz Bouteflika pour un troisième mandat. Il a fallu donc plus d’une année d’immobilisme structurel, politique et économique pour assister à un remaniement. Comme par hasard, ce remaniement coïncide avec la visite, tant attendue, du président Abdelaziz Bouteflika en France, la participation au sommet France-Afrique perçue comme un signe d’apaisement dans les relations bilatérales alors que les relations algéro-US sont apaisées depuis que le siège de l’Africom a été installé à Stuttgart. Globalement, les changements n’ont touché que quelques postes.

Il n’y a pas un chamboulement profond dans la prise de décision au sein du gouvernement algérien. La première impression est qu’il y a deux ou trois nouvelles têtes, une permutation de certains postes, un ministère complètement relooké et géré par Abdelhamid Temmar ainsi qu’un poste de vice-Premier ministre endossé par Yazid Zerhouni. A y regarder de plus près, il apparaît que ce remaniement reflète, d’une certaine manière, la lutte existant au sein du pouvoir algérien entre les différents groupes d’intérêts autour de la distribution de la rente et des nouveaux enjeux de la nouvelle reconfiguration politique de l’après-Bouteflika.

Comme autre élément de la grille de lecture, cela renvoie à l’affrontement des clans qui existe au sein du gouvernement algérien, entre deux groupes fondamentaux : la présidence et le service sécuritaire, entre un pouvoir monarchique, de type tribal, et un pouvoir sécuritaire, de type moderniste.

– Quelle analyse faites-vous de l’éjection de Chakib Khelil, ministre de l’Energie, souvent cité dans le scandale de Sonatrach ainsi que du départ de Yazid Zerhouni du poste de ministre de l’Intérieur ?

Il faut savoir que dans les pays autoritaires, le ministère de l’Intérieur est un poste-clé alors que dans les pays rentiers, le secteur du pétrole est extrêmement important. Dans le cas algérien, on peut dire qu’il y a deux départements stratégiques, à savoir le ministère de l’Intérieur et celui de l’Energie. Et il se trouve que ces deux institutions ont changé de main : nous avons, d’un côté, un Daho Ould Kablia, enfant du sérail, qui s’invite souvent dans le débat public à titre de président de l’association du MALG. De l’autre côté, le département de l’Energie revient à Youcef Yousfi, qui a une connexion bien établie dans le sérail. Le ministre des Travaux publics, Amar Ghoul, qui a été atteint par de grosses affaires de corruption et de malversations, a été maintenu à son poste. Le ministre de la Pêche, qui a lui aussi subi des scandales financiers, a été placé à la tête d’un autre département. Cela amène à croire que la Présidence n’a pas été le grand vainqueur de cette lutte qui existe depuis plusieurs années. Nous avons l’impression que la Présidence a perdu la première manche dans ce jeu d’ombres.

– Peut-on considérer ce poste de vice-Premier ministre comme une promotion pour Zerhouni ?

Je ne le pense pas, pour la simple raison que le poste de vice-Premier ministre est strictement honorifique, qui n’aura aucune prise de décision sur les grands dossiers. Lorsqu’il était à la tête du département de l’Intérieur, Zerhouni gérait des dossiers hautement importants : les fonctionnaires, la police, les partis politiques, les ONG, le passeport biométrique et bientôt les autorisations de sortie du territoire national, tout l’appareil du système de sécurité… Dans un régime autoritaire, le département de l’Intérieur est une institution « pivotale ». C’est la plaque tournante de tout édifice sécuritaire. En devenant un associé du Premier ministre Ouyahia, Zerhouni n’a plus de poids comme par le passé. Nourredine Yazid Zerhouni prépare sa sortie, par quelle porte, petite ou grande ?

– Quelles sont les tâches du vice-Premier ministre ?

A ma connaissance, la Constitution ne fait que mentionner ce poste, sans en préciser les tâches. L’article 77 de la Constitution introduisant ce poste ne définit pas bien les attributions de cette fonction. C’est la première fois, dans l’histoire de l’Algérie, qu’un tel poste est attribué. Maintenant, tout dépend de la stratégie politique adoptée. Le fait est que son supérieur hiérarchique est Ahmed Ouyahia, un homme qui n’appartient pas au même camp, la lutte sera encore plus dure. Pour ma part, je pense que Zerhouni se prépare à sortir vu son âge et son état de santé. Va-t-on lui trouver une digne voie de sortie ?

– Comment expliquer le fait que Chakib Khelil soit sacrifié alors que Amar Ghoul, dont le département a également connu des affaires de corruption, soit maintenu dans le gouvernement ?

Il ne faut pas oublier que Sonatrach c’est l’Algérie. A l’extérieur, on ne connaît que l’entreprise algérienne d’hydrocarbures. Et il se trouve que Sonatrach a connu de gros dossiers de corruption qui ont porté atteinte, d’une certaine manière, à l’image de marque du pays. Voilà un pouvoir qui multiplie les efforts, depuis 1999, pour redorer l’image de l’Algérie, qui voit tout le travail de la lutte antiterroriste réduit à néant. Avec l’affaire Sonatrach, l’Algérie est très mal vue. Certains investisseurs ne sont plus aussi emballés de venir en Algérie à cause de ce dossier.

En opposition de ce qui a été dit dans les médias, je pense que Chakib Khelil est un des gagnants de ce remaniement. Il ne va pas rendre compte de son bilan, une gestion des revenus de tout un peuple durant toute une décennie. Quant à Ghoul, tout dépendra du clan dans lequel il se place. Pour ma part, je ne pense pas qu’il appartienne au clan présidentiel. Son département a été souillé par des dossiers de corruption et de malversations, mais il reste à son poste. Les éléments se réclamant de l’Islam du bazar sont toujours aux postes de commande dans ce gouvernement. Son département dispose d’un budget faramineux pouvant « arroser » de nombreux réseaux ici et à l’étranger, mais il reste que le pétrole soit encore plus stratégique.

– Que penser de la « rétrogradation » de Temmar, connu pour être un homme du Président ?

Abdelhamid Temmar, un ancien membre du MALG, est nommé à la tête d’une cellule de réflexion. Mais tant qu’il reste au ministère, qu’il tient un département à responsabilité, il continuera à jouer un rôle important. Dans le système algérien, il est essentiel d’être toujours dans les « parages ». Et Temmar est au centre même du processus décisionnel, puisqu’il est chef d’un nouveau département. En un mot, ce remaniement ministériel n’a pas réglé la lancinante question de succession. Tous les coups bas sont encore permis au détriment de l’intérêt national et cette situation perdurera tant que la politique n’est pas institutionnalisée et que le jeu politique n’est pas ouvert à tous les acteurs.

Par Amel Blidi


Nombre de lectures : 8615
3 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • BRAHIM
    30 mai 2010 at 17 h 38 min - Reply

    Interview intéressante de Rachid Tlemçani. Mais il y a une chose dont personne n’a parlé, c’est la venu d’un certain Moussa Benhamdi. Pour l’avoir connu sur le plan professionnel quand il était au Cerist dans les années 1990, il me donné une bonne impression. C’est peut-être subjectif, mais il me paraissait être un homme intègre, consciencieux, compétent et de bonne éducation. Rien à voir apparemment avec les dinosaures. Mais je me trompe peut-être. Moi je trouve en tout les cas qu’il a mal fait de rejoindre ce gouvernement et qu’il aurait du rester là où il était car désigner un bouc émissaire est une spécialité chez les prédateurs. Mais bon, c’est son problème. J’ai bien peur que dans la « piscine politique » dans lequel il s’est mis, les requins ne vont pas lui apprendre la prédation. Je ne l’espère pas pour lui, mais dans le magma algérien, on ne sait jamais où on met les pieds.




    0
  • Ait mini hanif
    31 mai 2010 at 8 h 30 min - Reply

    Bonne analyse, elle a cependant occulté une donnée , le régionalisme, dont l’importance s’accroit avec la dégénérescence de la cohésion nationale et qui a, de tout temps, marqué l’équilibre politique du pays durant son histoire ancienne et moderne . Cette rivalité Est « senhadja » et Ouest « zénéteé » et centre à dominance kabyle plus ou moins arabisé devient de plus en plus visible ,

    il n’y a qu’à positionner les origines des responsables et leurs collaborateurs de l’ensemble des institutions du pays sur une carte géographique pour s’en rendre. de son importance et étendue.

    Le système a de tout temps nié et a essayé à travers le fameux article 120de couler la société algérienne dans le moule de l’unicité « Une seule religion, un seul rite, une seule langue , une seule pensée un seul partie.et une seul sexe dominateur »

    Pourtant le Pays s’est toujours caractérise par sa diversité écologique, climatique, religieuse, sociale, linguistique etc En refusant d’admettre cette réalité évidente en raison de la mauvaise gouvernance exercée à ce jour , les responsables politiques on plongé le Pays depuis 1962 dans une crise multi dimensionnelle ; identitaire, linguistique, religieuse, politique, sociale, écologique, agricole

    Le dernier remaniement se caractérise par le maintien de la prédominance de l’Ouest au niveau des portes feuilles ministérielles avec cependant le passage de la mamelle nourricière du Pays de L’Ouest vers l’Est Batna, et la marginalisation des régions sahariennes qui voient le départ du seul ministre originaire de cette région, cette marginalisation est aussi visible, comme vous l’avez si bien mentionnée dans un de vos derniers articles ,à travers le dernier pan de développement économique et social approuvé par le dernier Conseil des Ministres.




    0
  • papousse
    2 juin 2010 at 8 h 35 min - Reply

    Une guerre Bouteflika-DRS ? Laissez-moi rire !

    Certains internautes sont naïfs, mais sincères, ils pensent vraiment qu’il existe une guerre entre le locataire d’El-Mouradia et le DRS. La presse tente d’entrainer les citoyens dans de fausses pistes, c’est un jeu machiavélique, les spécialistes de la politique algérienne le savent, il n’y a aucun problème entre le DRS et le Président, ils font semblant de se livrer à une confrontation par écrans invisible, il n’y a ni témoins oculaires, ni preuves tangibles de ce duel imaginaire.
    Si le DRS voulait déstabiliser le Président, cette institution redoutable, dispose de milliers de dossiers sur tous les barons du régime, elle possède à jour tout un fichier sur les fortunes, les comptes, les biens immobiliers en Algérie et à l’étranger, ce que font leurs femmes, leurs enfants, filles et garçons, ainsi que leurs complices dans les affaires, rien n’est laissé au hasard, le DRS est une machine broyeuse malheur a celui qui se fait son ennemi, il ne sortira jamais vivant, y compris le Président et ses frères corrompus (Abdelghani, l’avocat affairiste qui gèrent les affaires à Paris, (avec Hidoussi, l’ancien ministre des Finances)le DRS n’ignore rien de ce que faisait Bouteflika, depuis qu’il était Ministre de Benbella. Pour preuve, si le DRS voulait détruire ce voleur, il suffisait de lui sortir l’affaire de la liquidation de la banque  »U.M.B. » banque algéro-française, mise en banqueroute par la faute de Bouteflika. Cette banque fut à l’origine, créée sur proposition de Bouteflika et le Président Boumediene avait donné son accord. Cette banque devait servir de caisse pour le régime, afin d’aider certains pays amis, qui soutiennent l’Algérie dans son conflit avec le Maroc, l’idée était justifiée, et l’ancien ministre S. Mahrough, le voleur était nommé Président de cette banque dont le siège se trouvait à Paris. Son capital dépassait le milliard de dollars. Bouteflika avait à l’époque plusieurs comptes ouverts auprès des banques en Suisse et surtout en Yougoslavie à Belgrade. IL avait ordonné a Mahrough, de lui virer plus de 500 millions de dollars, dans les différents comptes, soi-disant que ces sommes seront virées aux comptes de certains chefs d’États. Mahrough exécute tous les ordres avec son complice Assam, et les français étaient furieux, ils ne voulaient pas cautionner cette banque au service du seul ministre des A.E. Algérien. Dans cette compétition déloyale, Mahrough et son collaborateur Assam, se sont mis alors à acheter des immeubles de luxes et des actions dans les Bourses et dans les sociétés.
    Les Français, eux aussi, ont profité de cette manne providentielle, et vers la fin 1974, le clan des durs, autour de Chérif Belkacem, Medeghri et Kaidi, ont dénoncé ces pratiques et les détournements des deniers par Bouteflika à son profit personnel. Ce conflit fut la conséquence, de l’assassinat, de Medeghri, par les tueurs, Hoffmann Slimane et Salah vespa, les assassins ont menacé le veuve, Madame Medeghri, née Triki Radia, et son frère Benali, de se taire et de ne jamais parler de ce qui vient de se passer, en échange du silence, Radia Triki, fut dotée d’un appartement de luxe à Paris et d’une colossale somme pour vivre toute sa vie à l’aise et ensuite, Bouteflika, s’est vengé contre Kaidi Slimane, qui fut assassiné au Maroc et le DRS, sait qui était derrière cet assassinat, suivie du scandale de Tiaret, lorsque l’épouse de Kaidi a fait ouvrir le cercueil, elle constata, que son mari fut assassiné par balles et immédiatement, le régime de l’époque a fait révoquer tous les responsables au niveau de la wilaya de Tiaret. Wali, commissaire du parti, président de l’A.P.W., Cdt du secteur, Procureur de la république, commissaire de police et avec des poursuites judiciaires. Bouteflika est coupable de vols, de détournements des deniers publics et d’assassinats de membres du Conseil de la Révolution. Le seul qui fut épargné, était le brave Chérif Belkacem, qui n’est pas homme des coups bas.
    Le DRS, sait que Bouteflika avait détourné plus de 500 millions et il a été la cause de la faillite de la banque de l’U.M.B. et les archives existe et je n’invente rien, et Bouteflika, en faisant du chantage, que cette affaire de virements, faisait partie du secret défense, du fait que certains chefs d’États ont reçu des sommes importantes. Pour le mettre en difficulté, l’un des nombreux dossiers, fut instruit par la Cour des Comptes et de la condamnation pour détournement des deniers publics. A l’époque, les sommes non utilisées par les ambassades, les reliquats devaient être reversés au compte du Trésor public, mais Bouteflika avait ordonné à ses lèches-bottes, de virer les reliquats vers ses nombreux comptes. C’est du vol, et il a été condamné à rembourser les sommes perçues, sans plus, cette Cour avait été présidée par Ahmed Taleb el Ibrahimi et par Zitouni, ce dernier était l’ami intime de Bouteflika, il s’est vengé pour trainer l’actuel Président dans la boue, mais à cette époque, Bouteflika, avait toute une bande de voyous et de malfaiteurs qui ne voulaient pas que le régime de Chadli, soit cruel et sévère à l’égard de leur ami coupable de vols et de détournements de deniers publics.
    Savez-vous pourquoi, l’actuel président Bouteflika, tient absolument aux bonnes relations avec le régime Serbe, coupable de crimes contre l’humanité et coupable de génocide sur les Musulmans de Bosnie et du Kosovo.? Toute la communauté internationale, s’est félicitée de la condamnation du régime criminel Serbe, sauf Bouteflika, qui multiplie les visites et fait consolider les relations avec la Serbie. Pourquoi.? La réponse est simple. Les comptes de Bouteflika, sont ouverts auprès des banques serbes à Belgrade, et il n’est pas le seul, tous les barons du F.L.N. et les généraux corrompus ont des comptes dans ce pays maudit. Comment, se fait-il qu’un pays coupable de génocide sur des Musulmans, mérite encore de l’Algérie, le privilège de maintenir des relations diplomatiques et commerciales, et que le régime algérien, s’est engagé, à ne plus reconnaitre, l’indépendance du Kosovo.? Mais il y a trop de mystère dans ses relations avec ce régime criminel de Serbie. N’est-il pas dit que le Général génocidaire recherché par le Tribunal International, se trouve en Algérie sous protection de la sécurité militaire? Pourquoi avoir de relations privilégiées avec un état criminel et de lui accorder toutes les facilités inimaginables et le DRS sait tout. Les Algériens, dignes de ce nom s’interrogent, sur les ramifications de cette mafia avec la Serbie et le DRS, n’est pas étranger à cette politique contre nature.
    Le DRS qui manipule les hommes politiques et fait la sélection, des plus dociles, les plus faibles des maillons, et notamment, les voleurs, sur lesquels, le DRS possède des dossiers solides, c’est le seul critère, que le DRS, exige pour un candidat à la Présidence de la République. Le choix se porte, sur un voleur, récidiviste, hypocrite, capable de tuer ses frères et ses parents pour le pouvoir, tricheur, versatile, mythomane, qui crache sur le passé pour servir au mieux ses maitres, un lâche sans personnalité, de corrompus qui ne refusent aucune mission dans le cadre d’aventures et de crimes. Capable de renier ses amitiés et d’effacer de sa mémoire tous les liens avec les hommes qui l’ont aidé. de nature perverse, jouisseur et peu croyant et nullement pratiquant. Le type même qui change de couleur et de visage, c’est l’homme que le DRS cherche pour ce poste suprême de magistrature et il serait extrêmement grave de croire, que le DRS n’a pas les moyens de mettre Bouteflika dehors. mais le problème qui se pose à la DRS, c’est qui pourrait être à sa place et qui accepterait de jouer le figurant et l’exécutant des ordres de généraux corrupteurs et corrompus.
    Algériens, réveillez-vous, vous êtes tous dans un bateau dirigé par l’armée, ne soyez pas dupes, l’armée cherche une personne mouillée dans les scandales et impliquée dans la corruption, pour l’utiliser dans l’intérêt des généraux. L’armée ne veut plus subir le choix d’un Boudiaf, qui a failli, la détruire. Le fossé ne cesse de se creuser entre Bouteflika et le peuple à cause de la corruption, et le peuple ne fait plus confiance aux généraux qui maintiennent Bouteflika au pouvoir, pour enrichir davantage les milliardaires et imposer aux Algériens, l’état de siège et une dictature cruelle et insupportable.




    0
  • Congrès du Changement Démocratique