Édition du
26 March 2017

Ali Yahia Abdenour : Le remaniement ministériel est un non-événement

El Watan 31 mai 2010
Ali Yahia Abdenour. Avocat : « Le remaniement ministériel a accentué le verrouillage de la société »

- Beaucoup de choses ont été dites à propos du dernier remaniement ministériel. Certains analystes croient déceler, dans la nouvelle architecture du gouvernement, le signe d’un compromis au sommet de l’Etat. Des observateurs épiloguent sur l’affaiblissement du clan présidentiel contraint à lâcher du lest… et certains de ses puissants ministres, d’autres concluent carrément au début de la fin de l’ère Bouteflika. Pensez-vous que les lignes aient véritablement bougé ?

Le 3e mandat de Bouteflika n’est pas qu’un 3e quinquennat. C’est le mandat de la succession par excellence. Or, cette question, lancinante, n’a pas été réglée par le dernier remaniement. Pourquoi ? Il y a lieu de s’interroger sur la désignation de Zerhouni comme vice-Premier ministre. Bouteflika n’a qu’une obsession depuis l’entame de ce mandat : réunir tous les corps de sécurité dans un seul département, sous une autorité unique, Zerhouni en l’occurrence. Est-ce qu’on sera dans cette configuration après la publication du décret présidentiel précisant les attributions du vice-Premier ministre ? On le saura bientôt. Ce qu’il faut dire aussi, c’est que le remaniement s’est opéré sous un rapport de forces largement à l’avantage du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), en défaveur du président de la République. Bouteflika était en situation d’infériorité qui ne lui permettait pas de dicter sa politique. Pour revenir au remaniement, si celui-ci avait été effectué normalement, le Président aurait d’abord préparé le décret précisant les attributions du 1er vice-Premier ministre.

On ne nomme pas quelqu’un vice-Premier ministre pour lui préciser ensuite ses prérogatives et attributions. Prendre de cette façon, de travers sa propre politique, fixer Zerhouni vice-Premier ministre en attendant qu’il coiffe tous les services de sécurité, le DRS ne l’accepterait jamais. La disparition du DRS est une chose inconcevable. Historique, il a désigné, depuis l’indépendance, tous les présidents de la République, y compris Bouteflika. Dans ce face-à-face, c’est le Président qui trinque. Le général Toufik, tel qu’on le décrit, est un homme qui agit dans le cadre de la légalité. Tout porte à croire qu’il y aura une deuxième phase. Le changement n’aura pas lieu durant le Mondial, ni l’été, ni durant le Ramadhan. S’il doit avoir lieu, c’est à la rentrée sociale. Cependant, il ne faudrait pas enterré trop vite le Président. Bouteflika est un politique. Quand il ne peut pas affronter un adversaire, un obstacle, il le contourne. Bouteflika garde la main sur le gouvernement. Tayeb Belaïz, bien que souffrant, est maintenu à son poste de ministre de la Justice. Le ministre de la Solidarité reste également au gouvernement. Onze ministres, dont certains sont à la tête des ministères de souveraineté, lui demeurent acquis, issus pour la plupart de la même région que lui :Tlemcen.

- Croyez-vous que les Algériens s’intéressent encore à la « cuisine interne » au régime ? Ce remaniement n’est-il pas en soi un « non-événement » ?

Oui. C’est un « non-événement », dès lors qu’il n’opère aucune ouverture. C’est tout le contraire qui s’est produit. Un verrouillage. Un enfermement de la société dans un jeu sordide de lutte de pouvoir opposant la Présidence au DRS. Or, en Algérie, il n’y a pas que des clans qui s’affrontent. Il y a la société civile. Des partis politiques, des associations, des ONG, des Algériens qui aspirent au changement.

Par Mohand Aziri


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2 Commentaires sur cet article

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  • jila
    31 mai 2010 at 15 h 25 min - Reply
  • BRAHIM
    31 mai 2010 at 18 h 25 min - Reply

    Cher Ali Yahia Abdenour, ok c’est très bien vous venez d’exprimer mieux que certains d’entre nous qui fréquentons LQA que ce remaniement est une supercherie supplémentaire et que c’est un non évènement et après ??? Je vous jure que j’ai un immense respect pour vous, mais qu’attendez-vous pour réunir autour de vous des personnalités intègres et patriotes pour faire bouger les choses. Voyez-vous Monsieur Ali Yahia Abdenour, il y a quelques patriotes qui ont en eu marre du système imposé depuis 1962 et qui se sont regroupé en collectif pour lancer « un appel au peuple algérien un certain 19 mars 2009 » avec des propositions. Ces propositions ont le mérite d’exister et d’essayer de faire bouger les choses. C’est bien, ce n’est pas bien, ce n’est pas suffisant, vous pourrez dire ce que vous voulez mais …. au moins ce collectif a le mérite de proposer UNE sortie de crise parmi d’autres. Mais vous que proposer vous de concret pour faire avancer les choses ? Est-ce qu’il ne faut pas remettre tout à plat pour repartir sur de bonne base. Ne faut-il pas que les partis politiques qui veulent véritablement CHANGER le système gèle (provisoirement) leur activité pour se consacré au vrai combat : l’instauration d’une véritable république démocratique solidaire (la rente !!!) et respectueuse de tous ses enfants sans EXCEPTION. Je ne veux nullement vous dire cher Ali Yahia Abdenour que « l’appel au peuple algérien » est LA SEULE VRAIE SOLUTION FINALE, mais pensez- vous sincèrement que c’est en critiquant le régime sans apporter des propositions concrètes de mobilisation politique des citoyens que l’on va s’en sortir. Je vous respecte énormément, (pas moi seulement) mais il faut encore nous ouvrir la voie, car on est coincé dans l’étau du système. Si vous nous appelez à la lutte concrète pour une république authentiquement démocratique et libre , on investira les routes, les autoroutes , les hauts-plateaux et les chemins des montagnes d’Algérie. Vous, cher Ali Yahia Abdenour ( et j’espère d’autres patriotes avec vous) avec la personnalité, la crédibilité, l’expérience politique pour vous avez pouvez faire avancer les choses ….ne serait-ce que de quelques millimètres. Alors, les citoyens que vous aiment peuvent compter sur vous encore et encore Monsieur Ali Yahia Abdenour. Je sais que vous avez fait votre travail sans relâche pour les droits de l’homme et pour la démocratie et que vous avez besoin comme tout homme qui s’est éreinté sur le terrain de vous reposer et car vous le méritez, mais cher Ali Yahia Abdenour, un petit effort supplémentaire s’il vous plaît pour convaincre les autres . On a encore besoin d’homme comme vous avant qu’il ne soit trop tard. Nous avons besoin d’homme comme vous pour avancer. Excusez nous de vous demander trop de chose encore et encore. Merci infiniment et le peuple algérien vous aime, j’en suis sûr. Je sais j’abuse de votre militantisme. Je vous demande pardon.




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