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20 July 2017

Insécurité et marasme économique : Kabylie, la pente dangereuse

El Watan 03 juin 2010

Trente ans après le printemps berbère, et neuf ans après les événements dramatiques du Printemps noir, les signaux d’alerte se multiplient en Kabylie.

Les repères politiques se brouillent devant l’irrépressible avancée des appareils gouvernementaux, mettant parfois sur la défensive les partis d’opposition. Les opérateurs économiques perdent confiance, pris en tenailles entre l’insécurité qui les vise prioritairement et une bureaucratie qui redouble de férocité. Certains faits d’actualité montrent que la région est réduite à un étrange surplace depuis de nombreuses années. L’horloge politique semble bloquée. La semaine dernière, une marche des délégués des archs, réclamant la « mise en œuvre de la plate-forme d’El Kseur », une revendication vieille de neuf ans, a été réprimée par les services de sécurité dans un climat de tension rappelant les longs mois d’émeutes de 2001. Au même moment, les élus locaux du RCD tenaient un rassemblement devant le siège de la wilaya pour dénoncer le « sectarisme politique qui frappe la subvention du PNUD destinée à la Kabylie ». La subvention onusienne, d’un montant d’un million de dollars, affectée au secteur de l’environnement, attend depuis des mois d’être avalisée par l’administration centrale.

La radicalisation du discours du RCD, à travers ses structures locales qui pointent un « antikabylisme primitif », à propos du blocage du programme du PNUD par le gouvernement algérien, montre l’ampleur de la rupture avec les autorités centrales. Le bouleversement des rapports politiques est de taille. En 1999, le RCD comptait deux ministres au sein du gouvernement, deux années après des élections législatives qui constituent sans doute les seules joutes électorales qui se soient déroulées dans un climat politique proche des normes démocratiques. Tous les espoirs étaient permis, s’agissant de la consolidation des efforts de développement dans un cadre harmonieux, en ayant une certaine emprise sur les centres de décision.

Aujourd’hui, se retrouvant dans une opposition radicale, le parti de Saïd Sadi, après toutes les sorties médiatiques et les actions de ses élus sur le terrain, n’arrive toujours pas à sortir de leur mutisme les autorités gouvernementales au sujet d’une subvention anodine pour le secteur de l’environnement. Dans ce bras de fer qui tient en haleine l’opinion locale, le FFS observe un silence absolu. Le parti d’Aït Ahmed n’arrive pas à surmonter une crise « organique », qui s’est illustrée notamment par le retentissant échec aux élections locales de novembre 2007. Le délitement politique, qui a gagné la région, favorise l’installation au grand jour des partis liés au pouvoir. La démission récente des élus du RCD à l’APC de Tizi Ouzou a eu surtout pour effet de rappeler à l’opinion publique que la commune du chef-lieu de wilaya est gérée par le FLN. L’ex-parti unique est revenu à l’Assemblée populaire communale à l’issue du scrutin de 2007, dans une ville qui a été le point de départ des événements du printemps berbère, lorsque les bases du parti-Etat avaient été ébranlées pour la première fois depuis l’indépendance.

La déstructuration de la scène politique s’est aggravée à l’élection présidentielle de l’année dernière, lorsque un tiers de l’électorat local s’était rendu aux urnes, contre l’appel au boycott lancé par toutes les organisations de l’opposition. Le débat politique avait été remplacé par une formidable machine électorale basée sur l’argent. Au plan sécuritaire, la situation est encore plus alarmante. Quinze années après avoir vaincu le terrorisme grâce à la résistance citoyenne, lorsque les villages s’étaient organisés contre les hordes islamistes, la Kabylie se retrouve aujourd’hui désignée en tant que « quartier général de l’ex- GSPC ». Les bombes continuent d’exploser dans les champs, à proximité des villages, et les entrepreneurs vivent sous la menace quotidienne des enlèvements. Des ingrédients suffisants pour faire barrage durablement à tout essor économique et à un retour à une vie politique apaisée.

Par Djaffar Tamani


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4 Commentaires sur cet article

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  • smail
    3 juin 2010 at 14 h 41 min - Reply

    j’avais posté une reaction a cet article dans el watan malheureusement elle n’a pas été publiée. dans cette réaction j’avais dit:
    pour relancé la région l’état doit décrété une zone fiscale de montagne plus attractive pour les investisseurs. c’est une région qui a des capacités et des compétences dans la petite industrie et les zones de montagnes conviennent très bien et permettent aussi de préservé les terres agricoles. la région n’a pas besoin de budget de l’état la mise en confiance des entrepreneurs locaux et des banques plus humaines suffiront.
    malheureusement ce n’est pas l’objectif de l’état, il encourage la déconstruction sociale, civile et économique de la région. il privilégie de discuté avec des petits délinquants au lieu de prendre langue avec les élites locales sur le devenir de la région. l’échec de la gestion de l’état en kabylie aura un impact négatif sur le reste du pays par effet d’inertie.




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  • radjef said
    3 juin 2010 at 18 h 36 min - Reply

    Bonsoir tout le monde. La presse doit poser les pieds sur terre et garder sa tête sur ses epaules. Elle doit renouer avec sa vraie mission et changer de comportement. Que nous apprend l’article d’El Watan? Rien, sinon brouiller les pistes. Le probleme de la Kabylie c’est l’ANP. La Kabylie est devenue une immense caserne ou l’on compte desormais de militaires que de paysans. La Kabylie a perdu son ame; elle n’a plus de ruralité et de paysannerie. Partout ou que vous alliez au Djurdjura, vous ne verrez que militaires , desolation, fuite des élites, prostitution industrialisée, trafic de drogue, delinquance, corruption, violence…Que font les militaires en Kabylie? De grace, ne nous sortez pas l’argument fourre- tout du GSPC. Messieurs d’El Watan, vous venez pas d’une autre planete; vos bureaux d’Alger sont à la peripherie du Djurdjura.




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  • Samy Hadad
    3 juin 2010 at 23 h 56 min - Reply

    La Kabylie avant 1994, je me souviens était, comme disait-on à l’époque la Suisse de l’Algérie, tellement il faisait bon vivre en paix. Juste aprés tout a basculé et pour pénaliser les Kabyles, le pouvoir d’Alger nous a exporté ce que vous appeler les « terroriste ». Je me suviens, toute la socilogie d




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  • tofa
    4 juin 2010 at 14 h 55 min - Reply

    La Kabilye fait partie de l’Algerie et comme toutes les regions de l’Algerie elle souffre et elle n’est pas la seule. Donc, essayer de presenter la kabilye comme la seule region qui souffre du chomage, le manque d’investissment c’est faux je crois meme que c’est le contraire parce que les gens la-bas n’arretent pas de se plaindre l’etat avait favorise un peu cette region au depend d’autre region; il suffit just d’aller faire un tour dans les regions reculees pour en voir une idee claire.
    Publiez s’il vous plait.




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