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25 July 2017

12 ans après l'assassinat de Lounès Matoub, Malik Medjnoune, entame une grève de la faim pour clamer son innocence

Alkarama, 24 Juin 2010

Le 25 juin 1998, Lounès Matoub, un des chanteurs algériens les plus engagés, est tué par balles par un groupe armé non identifié. Détenu depuis septembre 1999, Malik Medjnoune est accusé de complicité dans cet assassinat, ce qu’il a toujours nié. Malik qu’on surnommait le « petit Matoub » tant il appréciait ses chansons est emprisonné depuis sans jugement. Il a entamé aujourd’hui une nouvelle grève de la faim pour qu’enfin son appel à être jugé soit entendu.

Du fond de sa cellule, Malik Medjnoune tient aujourd’hui à saluer la mémoire de Lounès Matoub malgré le sort qui lui est réservé depuis plus de 10 ans ; il continue à clamer son innocence et déclare qu’en empêchant d’établir la vérité et la justice sur ce crime, Lounès Matoub est assassiné une seconde fois.

Enlevé près de son domicile à Tizi-Ouzou le 28 septembre 1999 par des agents du Département des renseignements et de la sécurité (DRS), Malik Medjnoune a été détenu au secret à la caserne « Antar » de Ben Aknoun (Alger) relevant du DRS. Durant ces huit mois de détention, il a été sauvagement torturé selon les techniques habituellement utilisées par ce service (méthode du chiffon, électricité. etc.). Présenté le 05 mai 2001 devant le tribunal criminel de Tizi-Ouzou, son affaire a été renvoyée sine die. Depuis, il attend toujours d’être présenté devant un tribunal pour établir son innocence.

Nous rappelons que la situation de M. Malik Medjnoune avait été soumise au Comité des droits de l’homme de l’ONU le 11 juin 2004 qui avait statué sur sa plainte le 14 juillet 2006. Aux termes de ses constatations, le Comité onusien avait fait droit à toutes ses demandes et enjoint aux autorités algériennes :

« D’amener Malik Medjnoune immédiatement devant un juge pour répondre des chefs d’accusation ou le remettre en liberté, de mener une enquête approfondie et diligente sur sa détention au secret et les traitements qu’il a subis depuis son enlèvement le 28 septembre 1999 et d’engager des poursuites pénales contre les personnes responsables de ces violations ».

Au cours de la procédure, le gouvernement algérien avait informé le Comité des droits de l’homme par lettre du 28 décembre 2004 « que l’affaire devait être soumise incessamment au tribunal criminel de Tizi-Ouzou pour y être jugée ».

En dépit de ces engagements du gouvernement algérien et des constatations du Comité, M. Medjnoune attend toujours d’être jugé. Il n’y a aucun précédent à ce jour en Algérie d’un cas de détention préventive de plus de 10 années. Il s’agit d’une violation particulièrement grave des engagements de l’Algérie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui interdit les détentions arbitraires et considère qu’une personne doit être jugée sans retard excessif.

Force est de constater que la décision de ne pas libérer Malik Medjnoune ou de ne pas le déférer devant une juridiction pour être jugé est une décision politique du gouvernement algérien qui manifestement donne à la justice des instructions non seulement en violation de la loi, mais également contraires aux engagements de l’Algérie résultant de sa ratification des traités internationaux.


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4 Commentaires sur cet article

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  • radjef said
    25 juin 2010 at 15 h 25 min - Reply

    Bonsoir tout le monde. Depuis 1992 les algeriens ont muri. 9 algeriens sur 10 considerent aujourd’hui les GIA comme etant la creation de l’armée qui detient le pouvoir depuis 1954 a ce jour. En depit de cette realité, le pouvoir et ses suppletifs continuent stupidement a entretenir la these selon laquelle ce sont les GIA qui sont les auteurs des assissinats des universitaires et des artistes algeriens.
    Qui est Matoub? Matoub avait-il les capacités intellectuelles de lire la crise algerienne dont les origines remontent à la naissance du mouvement nationaliste? Matoub avait-il dans ses chansons etabli une ligne de demarcation ideologique entre l’arabo-islamisme proné par la junte, l’Islam radical du FIS et le dialogue politique auquel ont appelé les partisans du contrat de Rome?
    L’assassinat de Matoub intervient au moment ou Bouteflika allait acceder aux plus hautes destinées du pays a la grande stupeur des généraux eradicateurs. Pourquoi les GIA ont-il choisi ce moment precis pour assassiner Matoub? Pourquoi la Kabylie n’est pas sortie dans la rue pour manifester, comme on le lui a insidieusement suggeré, avec violence sa colere?
    La famille Matoub recuse la these avancée par le pouvoir et ses suppletifs. Pourquoi? Et qui a donc assassiné dans ce cas Matoub?




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  • Mohamed Jabara
    25 juin 2010 at 16 h 47 min - Reply

    @ Said Radjef.

    Bonjour cher ami.

    Merci pour les questions, elles vont trotter un moment dans ma tete et mon inconscient y trouvera surement réponse car mon conscient est occupé à défaire les liens « culturels » qu’on lui a inventé. Merci de ta sagacité.




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  • Salay
    25 juin 2010 at 21 h 59 min - Reply

    Apparemment le temps fait bien les choses. La décantation est irréversible. Dire que le GIA ou la multitude de bras armé est une oeuvre des services revient à blanchir les parrains de cette guerre contre les civils dont la finalité est de perpétuer un système qui a volé à tout un peuple son indépendance, ses richesses, sa liberté depuis l’Eté 1962.




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  • radjef said
    26 juin 2010 at 11 h 58 min - Reply

    Bonjour tout le monde. Exercer la violence, c’est contraindre la societé a renoncer a ses desirs politiques et intellectuels, a ses reves democratiques et a ses aspirations citoyennes. Qui est capable d’une telle violence et a qui peut profiter cette même violence? La junte au pouvoir ou les militants utopiques et chimeriques du FIS? Il est vraiment triste de » constater que nos universitaires cherchent encore a couvrir une institution militaire qui ne s’embarrasse plus d’aucun scrupule pour agir comme une organisation de bandits. La crise algerienne ne date pas de 1962 et le 1er novembre n’en deplaise a mes amis d’ici et d’ailleurs,(même celles et ceux qui ne sont plus de ce monde) ne fut pas « une epopée glorieuse ». La verité fait grandir les nations. Nous,nous faisons que la fuir pour le plus grand bien de la dictature en place.




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