Édition du
25 March 2017

Souvenirs d'un enfant de la guerre : 50 ans après, une pensée pour TIRE-BOULETTES

Par Amokrane Nourdine

Il avait à peu prés 18 années. Je ne savais pas encore compter à l’école primaire coloniale. Mon oncle MAAMAR que ses copains appelaient TIRE-BOULETTES aimait jouer dans le quartier au ballon. ALLEGREMENT. Je les voyais souvent sauter, crier de joie. Je savais qu’il m’aimait beaucoup.

Un jour, en sortant de l’école, il était dos au mur de la gendarmerie et un capitaine le tenait en joue en lui criant « toi toi tu as des yeux de terroriste »

Mon oncle me fit signe de rentrer. Que s’était il passé après ? Je n’en savais rien.

Le jour de ma circoncision, j’étais assis sur ses jambes dans ma gandoura. Et lorsque le vieil homme me coupa, ma mère m’arracha de ses mains. Des soldats français, mitraillettes aux poings rentrèrent brutalement et nous dirigèrent tous vers le marché : une foule nombreuse était là, toute la population du village. On était resté là certainement des heures.

A chaque attaque des fellaghas, mon oncle pestait de ne pas être à leurs côtés ; on n’avait pas encore accepté son enrôlement. Et l’heure arriva enfin pour lui ; on le soumit à l’épreuve et il s’en alla les rejoindre. Il prit du galon dans L’ALN (armée de libération nationale) et aurait pu survivre à la guerre. Quand je m’inquiétais de son absence, ma mère me répétait que malgré l’injustice, il aurait fallu qu’il reste à nos côtés. Blessé  au ventre dans un accrochage à TAZROUT (amas de pierraille au dessus de boghni) un agent double aux cheveux gris lui donna de l’eau à boire ; ce qu’il ne fallait pas faire et les secours de l’ALN ne purent rien pour lui.

En ces temps des jeunes qui ne voulaient que vivre s’étaient sacrifiés car révoltés par l’ordre colonial et les exactions de l’armée française


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4 Commentaires sur cet article

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  • bouyilès
    5 juillet 2010 at 12 h 09 min - Reply

    L’enfer à 8 ou 10 ans est à jamais incrusté dans nos mémoires.
    L’enfer des temps macabres a grillé à jamais nos cerveaux de tendres gamins.
    Combien de corps de ces jeunes patriotes ,qui avec une cervelle éclatée par une bombe,qui avec un ventre vidé de ses boyaux par une rafale de mitailleuse,qui avec une jambe déchiquetée par une mine ,défilent encore comme des images d’un film dans nos cerveaux à jamais endurcis.Ils sont tous au paradis,maintenant.
    L’enfer ,nous l’avons vécu sur terre,à ciel ouvert,et nous le vivons toujours.
    L’Eden du club des pins de l’Algérie indépendante,c’est pour les autres,les combattants de la vingt-cinquième heure.




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  • khaled
    5 juillet 2010 at 12 h 18 min - Reply

    Je me rappelle comme si cela datait d’hier, ma mère que Dieu lui prete longue vie avait la habitude de pleurer seule de temps a autre sans qu’on sache pourquoi.

    Avec le temps, elle nous raconta l’histoire suivante:
    En 57, son père; mon grand-père; tenait une boutique a Teniet-Hadd.

    Suite a une action des moudjahidines, l’armée française lâche comme toujours décida des représailles contre la population.

    Les soldats français arrêtèrent au hasard, plus d’une centaine de personnes qu’ils exécutèrent et enterrèrent dans la foret du cèdre (El-Meddad), parmi lesquelles fut mon grand-père maternel.

    Quoique ma mère pleure moins aujourd’hui, elle souffre toujours de ne pas avoir une tombe pour lire quelques versets du Saint Coran et faire le deuil de son père.

    Allah Yerham E-Chouhada

    Amicalement
    Khaled




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  • Abdelkader
    8 juillet 2010 at 4 h 07 min - Reply

    @khaled,

    Comme vous le dites, ma mère nous a raconté, que souvent, c’était les paysans (habitants de la compagne) sur lesquels tombait la vengeance de l’armée française car c’étaient eux qui hébergeaient et nourrissaient les moudjahidines.




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  • Benhabra brahim
    9 juillet 2010 at 13 h 48 min - Reply

    Quand la bombe explosa au stade municipal(actuel 20aout 55)…un balayeur fut roue de coup a la tete par la « garde mobile » avec leur botte noire!!!!…Ils ne se sont arrete que lorsqu il fut mort………Quelques temps apres une dizaine d ouvriers de l abbatoirs furent colles au mur par les « berets rouges » et fusilles!!!…




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