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22 July 2017

Meziane Meriane :“Avec des sujets à peine plus difficiles, la moitié des lauréats seraient recalés”

Meziane Meriane. Coordinateur du Syndicat national autonome des professeurs d’enseignement secondaire et technique
“Avec des sujets à peine plus difficiles, la moitié des lauréats seraient recalés”

El Watan, 9 juillet 2010
Pour le coordinateur du Snapest, il n’y a pas de quoi se vanter d’un taux de réussite au bac de 61,23%. Car si aujourd’hui, l’Algérie peut se féliciter du nombre d’enfants scolarisés, les méthodes d’évaluation utilisées restent discutables et nuisent au niveau de l’examen. Précisions.

–  « Des résultats d’exception », « l’école algérienne s’est installée », « une dynamique de réussite » : le ministère de l’Education est content des résultats du bac…

Parler de résultats qualitatifs, c’est précipiter l’analyse et l’évaluation de la réforme du système éducatif. Aucun paramètre ne permet d’affirmer qu’on a atteint une qualité requise. Lorsqu’on se classe dernier à l’olympiade mondiale des mathématiques, lorsque des élèves ne maîtrisent pas correctement ni les mathématiques ni les langues, sincèrement on ne peut pas se vanter d’avoir atteint des résultats qualitatifs. Quantitatifs, peut-être.

Maintenant, si des exceptions existent, elles ne peuvent pas cacher la réalité. Un pas de géant a été réalisé quant au nombre d’élèves scolarisés depuis l’Indépendance, mais beaucoup reste à faire. Si la bougie de l’Algérie est restée allumée, c’est grâce à l’intelligentsia formée pendant les années 1960 et 1970. Les années où la formation concernait la qualité et la quantité, proportionnellement au nombre d’enfants scolarisés. Regardons du côté des parents d’élèves : la majorité n’est pas satisfaite du niveau de leurs enfants. La recherche des cours particuliers ou l’inscription dans des écoles privées démontrent qu’hélas, l’école publique ne répond pas aux aspirations et aux attentes des parents. L’euphorie du ministère me rappelle les slogans des années 1970, l’ère du parti unique. La réforme a besoin d’une halte pour une évaluation scientifique.

On doit bannir la précipitation, il y va de l’avenir de notre pays. On doit revoir aussi la semaine de quatre jours et demi, pédagogues et scientifiques, là où on l’a essayée, la déconseillent pour la simple raison qu’elle entraîne une fatigue et des difficultés d’apprentissage, un manque de vigilance et de performance lié à une désynchronisation due au week-end prolongé.

–  Donc, c’est une belle fausse récolte…

Une belle récolte du point de vue du nombre d’élèves admis, mais faussée par le niveau requis pour l’admission, car on a balisé le nombre de chapitres requis, limités au premier et au deuxième trimestres. Le baccalauréat est un test d’évaluation de l’apprentissage réalisé pendant le cursus de l’élève. L’élève est-il capable de suivre le cycle supérieur ? Non. Plus d’un étudiant sur trois abandonne ses études à l’université.

–  La majorité des syndicats de l’éducation qualifie les résultats de politiques…

Je ne crois pas. Mais le test d’évaluation a été très mal établi, soit dans la précipitation, soit par incompétence. L’apprentissage est un phénomène scientifique, dont l’évaluation nécessite des réflexions scientifiques. Le choix des sujets doit répondre à des critères et des normes internationales qui doivent être bien appliqués par les professeurs et les inspecteurs. Lorsque j’entends un responsable dire que le choix des sujets s’est fait par tirage au sort, je m’inquiète ! Avant, la commission statuait en conclave fermé.

–  Un taux de réussite de 61,23% est-il crédible quand on sait que l’année a été très perturbée par les grèves successives ?

C’est vrai, il y a eu des perturbations pendant l’année scolaire, mais les enseignants ont fait des efforts gigantesques pour venir à bout des programmes en sacrifiant même les vendredis et les samedis. Je persiste : c’est de limiter les révisions au cours du premier et du deuxième trimestres qui porte préjudice au bac. On aurait dû tranquilliser les élèves en leur disant que les sujets du bac traiteraient uniquement des cours étudiés, mais en les obligeant à réviser la totalité des cours.

–  Comment expliquez-vous que depuis des années, certaines wilayas n’arrivent toujours pas à améliorer leur classement ?

Le manque d’enseignants spécialisés dans leur matière, les conditions de travail un peu particulières sur les hauts plateaux, la mauvaise prise en charge des enseignants – en particulier en termes de logement – entraînent le départ des enseignants locaux et n’encouragent pas les autres à postuler. On doit se pencher sur certaines wilayas, quitte à demander un Conseil des ministres spécial. Mais il faut féliciter ces wilayas pour leur honnêteté. C’est en posant les véritables problèmes que l’on peut trouver des solutions.

–  On a l’impression que les filières lettres, et particulièrement les langues étrangères, étaient volontairement sabotées (avec un taux de réussite de 52%) alors que les années précédentes, elles se classaient en tête…

Ce qui arrive est une conséquence logique du terrain : nos enfants ne maîtrisent pas les langues en général. Et puis, il manque des professeurs spécialisés en espagnol, allemand et français. Cela vient du manque de planification dans la formation des enseignants. Il ne faut pas oublier qu’avec la décennie noire, les enseignants de langue française étaient une cible privilégiée. Notre ministère doit mettre en place une politique d’apprentissage des langues étrangères, sachant que l’apprentissage des langues améliore et renforce la maîtrise de sa propre langue maternelle. Le fait de maîtriser une langue étrangère nous permet de profiter de la technologie des pays avancés. Et pour améliorer les résultats du bac dans ces filières, on doit procéder à une sélection rigoureuse des élèves aptes à suivre ces filières et non pas faire du remplissage.

–  Les résultats montrent aussi que les lauréats avec la mention « excellent » sont en nette augmentation…

Le 61,23% de réussite ne reflète pas du tout le niveau actuel des élèves. Avec des sujets d’un niveau un peu plus élevé, même en se basant uniquement sur le premier et le deuxième trimestres, plus de la moitié des mentions seraient revues à la baisse, voire plus de la moitié des lauréats seraient recalés. Les parents d’élèves connaissant le niveau de leurs enfants sont eux-mêmes étonnés par ces résultats !

|Bio express 😐

|Meziane Meriane, né en 1955 à Beni Douala dans la wilaya de Tizi Ouzou, est professeur de mathématiques au lycée Amirouche. Ancien syndicaliste de l’UGTA, il est membre fondateur et coordinateur du Cnapest de 2003 jusqu à 2005. Il devient ensuite membre fondateur et coordinateur du Snapest agréé en 2007. |

Par Nassima Oulebsir  


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2 Commentaires sur cet article

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  • chitouh amar
    16 juillet 2010 at 14 h 54 min - Reply

    article symptomatique de la maladie de l’école algerienne ,un débat national est une urgence pour sauver les meubles.




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  • saluetous
    19 juillet 2010 at 12 h 55 min - Reply

    Résumé : J’accuse … le stylo et le papier.




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