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28 March 2017

Le départ de Chakib Khelil délie les langues : Des informations stratégiques aux mains des étrangers

El Watan 14 juillet 2010

Visiblement les scandales qui ont éclaboussé le secteur de l’Energie et qui ont fait couler beaucoup d’encre ne sont, en réalité, que l’arbre qui cache la forêt.

Depuis le départ de l’ancien ministre Chakib Khelil, les langues commencent à se délier pour lever le voile sur une gestion des deniers publics plus que douteuse. Ainsi, des cadres de l’Agence nationale de la géologie et du contrôle minier (Angcm) ont dénoncé les conditions dans lesquelles a été donné le marché de réalisation de 16 cartes géologiques (reparties en trois lots de 1/200 000e et 1/500 000e), d’un montant de 500 millions de dinars, bloqué après le départ de Chakib Khelil et à cause duquel, quelques-uns de leurs collègues ont été relevés de leur poste pour « avoir dit la vérité ». Ces derniers ont subi les foudres de leur tutelle, juste parce qu’ils se sont posé des questions sur les motifs d’une dépense de 500 millions de dinars en prestation d’études externes « pour un résultat attendu très controversé et sans grande utilité immédiate » qui aurait pu être réalisée par des compétences nationales pour un coût, de loin, moins important. Ils se sont interrogés sur le fait d’avoir signé un contrat de gré à gré d’un montant de 26 millions de dinars avec un bureau sud-africain au moment où la commission d’évaluation des offres de l’agence siégeait pour étudier les dossiers des soumissionnaires. En fait, tout a commencé en décembre 2006, lorsque la décision de retenir l’élaboration des cartes et la définition des échelles des cartes (confirmée trois ans plus tard par arrêté ministériel) a été prise à l’issue d’une réunion consacrée au plan national de cartographie géographique et qui a regroupé tous les représentants des différentes agences concernées ainsi que les responsables du ministère de l’Energie. Dans une première phase, il a été retenu la réalisation de 16 cartes géologiques regroupées en 6 lots, puis réduits, en 2009, à 3 lots (2 pour le Nord et un pour le Sud. Une action inscrite dans le plan d’action de 2008, pour un montant initial de 290 millions de dinars. Pour avoir les plus larges propositions de réalisation, un avis d’appel d’offres national et international a été retenu.

Le 30 juin 2008, un projet de cahier des charges a été distribué aux membres du CA (conseil d’administration) de l’agence qui ont tenu plusieurs réunions entre juillet et septembre 2008, pour en débattre. En octobre 2008, lors d’une réunion des cadres dirigeants de l’ANgcm et alors que le plan de cartographie n’avait même pas été adopté par les membres du CA de l’agence, il est annoncé l’option de recourir à un bureau d’études étranger, et ce, avant même que l’avis d’appel d’offres ne soit lancé. Les compétences nationales sont de fait totalement exclues du marché, alors que la réalisation des cartes géologiques est une activité permanente d’intérêt public qui permet de mettre en valeur les efforts de recherche des universités algériennes dans le domaine des sciences de la terre, tel que défini d’ailleurs par l’article 1 de la loi minière et qui précise : « Le service géologique procède à la réalisation des cartes géologiques par ses propres moyens et doit privilégier les compétences nationale en la matière. » En réalité, depuis sa création en 2005, l’Angcm a donné la majorité des marchés des cartes à l’Office national de recherche géologique et minière (Orgm). « Tout a été fait pour que ces marchés n’aboutissent pas, pour justement privilégier des bureaux étrangers dans un domaine censé être stratégique et sensible qui relève de la souveraineté nationale », révèlent nos sources. Le 10 novembre 2008, la 4e version du cahier des charges est approuvée par le CA, qui apporte de nombreuses corrections. Le 15 avril 2009, les membres de cet organe reçoivent le secrétaire général de l’agence qui leur rend compte de la réunion tenue avec la Commission nationale des marchés publics. Celle-ci s’est réunie le 12 juillet 2008 et a approuvé le cahier des charges, dont la copie n’a pas été transmise à ses auteurs. Une version différente de l’original : « Regroupement des cartes en lots de très grande taille qui exclut de fait les organismes nationaux. »

Un marché qui passe de 29 millions de dinars à 500 millions de dinars

Initialement, l’Angcm a évalué le budget consacré à ce marché à 289 millions de dinars. Un montant, qu’avait approuvé le CA, qui a fait l’objet d’un écrit au ministre de l’Energie et qui a été porté sur la décision d’approbation de la Commission nationale des marchés. Mais après l’ouverture des plis des différents soumissionnaires et après les évaluations techniques et financières par la commission compétente, ce montant a été revu pour atteindre 500 millions de dinars. L’écart financier n’est même pas justifié ou expliqué aux organes dirigeants de l’agence. « Seul le lot 3 et à la demande du ministre de l’Energie a fait l’objet d’un échange de courriers entre les différents responsables, dont ceux de l’agence et de la Commission nationale des marchés. L’importance des écarts financiers, y compris pour les autres lots, doit vraiment requérir l’attention des plus hautes autorités, notamment pour les suites à donner au projet », déclare-t-on. Le 12 août 2009, un arrêté interministériel définit les échelles des cartes géologiques régulières, des cartes géophysiques et géochimiques régionales. Le 15 septembre, une lettre d’information, accompagnée d’une note, est adressée à Chakib Khelil par le président du CA et remise aux membres, avec une annotation du ministre. Le 27 septembre, l’avis d’appel d’offres est lancé par voie de presse, mais l’ouverture des plis prévue publiquement le 8 novembre a été reportée au 25 novembre 2009. Le 6 décembre, le président du CA signe un contrat de gré à gré avec CGS, une société sud-africaine, pour la réalisation de la deuxième phase de l’étude d’appui du service géologique national (SGN), pour un lot de cartes géologiques, objet de l’avis d’appel d’offres. Les cadres qui ont osé dénoncer ce marché, ont vite été taxés d’éléments qui bloquent le fonctionnement de l’agence. En fait, les révélations de ces cadres sont très graves et mettent la lumière sur de lourdes anomalies au niveau de toute la procédure qui a accompagné ce marché, mais également l’exclusion des organes de gestion et de contrôle interne de l’agence, de la prise de décision.

Nos interlocuteurs citent, document à l’appui, quelques cas de violation de la réglementation des marchés, à travers des dispositions d’un cahier des charges non approuvé par le CA. « Il est bien défini par la Commission nationale des marchés publics que les plis financiers et techniques doivent être ouverts simultanément, avec un deuxième examen des offres financières dans une seconde phase. Or, cela n’ a pas été le cas, puisque dès l’ouverture des plis, les montants financiers ont été publiés et de ce fait, la commission d’évaluation technique était déjà au courant des offres financières avant même celles techniques. Le cahier des charges tel que présenté au CA a été modifié sans l’aval de ce dernier. Réduction des lots, modification des critères de notation laissant l’initiative à la commission d’évaluation, l’introduction du caractère restreint, contradiction entre les articles, etc. sont les plus grandes anomalies qui entachent le cahier des charges adopté en violation des procédures de forme », révèlent nos interlocuteurs. Ils s’interrogent sur le fait que « au moment où la commission d’évaluation des offres techniques examinait les dossiers, les représentants de CGCS, société sud-africaine, soumissionnaire, signaient dans les bureaux de l’Angcm un contrat de gré à gré d’un montant de 26 millions de dinars, destiné à la deuxième phase d’étude d’appui à la mise en place SGN (système de géologie national), objet de l’avis d’appel d’offres ». Un cadre soulève d’autres interrogations. Il s’est demandé : « Pourquoi le président du CA avait, au début du mois de janvier 2010, saisi par écrit le président de la Commission nationale des marchés publics pour lui proposer le choix du soumissionnaire du lot ? »

Il précise que ce n’est que le 18 janvier 2010 et après insistance d’un membre du CA, que ce responsable a fini par diffuser la directive présidentielle n°3 relative au respect des procédures en matière de marchés publics. Son collègue abonde dans le même sens et affirme que le 22 février 2010, le directeur général des mines a informé le président du CA sur la démarche proposée pour le choix du soumissionnaire du lot 3, dont une copie a été adressée au ministre de l’Energie le 17 février. « Ce qui prouve que le choix était déjà fait et ce n’est qu’en début du mois de mars que le président du CA a soumis aux membres de son instance le choix relatif au soumissionnaire à retenir », note notre interlocuteur. Deux membres contestent et dénoncent cette situation. Ils font l’objet d’une lettre de dénonciation écrite au ministre de l’Energie. La contestation gagne le terrain et l’Inspection générale convoque les dénonciateurs qu’elle entend. L’un d’eux se voit notifier une mise de fin de fonction une semaine plus tard en sa qualité de membre du CA. La direction de ladite agence est restée imperméable à nos demandes d’entretien.

Par Salima Tlemçani


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10 Commentaires sur cet article

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  • EL HASSI
    14 juillet 2010 at 23 h 17 min - Reply

    Il y a pire que ça à sonatrach la vache laitiére ya Salima, allez voir les marchés de gré à gré avec des nationaux (les gens de la nomenclatura) et des etrangers qui continuent d’avoir lieu encore au sein des associations de sonatrach au sud comme au nord, le code des marchés publics est un inconnu chez eux, des milliards de dollars se volatisent chaque jour de plus en plus.

    Interrogez ya El Watan le nouveau vice president AMONT de sonatrach il en connait beaucoup de choses sur ce sujet…..puisque c’est lui l’auteur de dilapidantes procedures des marchés publics dans les associations.

    Ledit vice president sait bien qu’il est Placé sur un siége éjéctable par les puissants pour pouvoir le changer à tout moment en cas de pépins comme c’est arrivé avec le vorace MEZIANE…!

    C’est une vérité dont je parle ya El Watan et LQA.




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  • citoyen
    15 juillet 2010 at 1 h 50 min - Reply

    rien que sa. pour 1 milliards de choses bcp moins grave des concitoyens sont en train de croupir ds les geoles, horrible.




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  • Alilou
    15 juillet 2010 at 12 h 03 min - Reply

    Ce gars la est intouchable, qu’on parle ou ecrive ca ne sert a rien, il faut ramasser les peuves tangibles, les temoins et monter un dossier beton et le mettre sous clef jusqu’au jour J.

    On rendra tous des comptes ici bas ou bien en haut.




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  • Amine Fadhi
    15 juillet 2010 at 12 h 06 min - Reply

    Salima Tlemçani nous parle de bricoles à 290 milles € et 5 millions €…yakhi tmeskhir!

    Les « shoppings » de Lamari et Tewfik chez leurs amis russes c’est du 5000 millions € à chaque virée. Ceux-là ne sont bien sur entachés d’aucune irregularité…

    A. Fadhi




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  • samir
    15 juillet 2010 at 19 h 31 min - Reply

    c’est toujours la même chanson avec nous.le manque de courage.il fallait denoncer pendant son mandat et non maintenant qu’il n’est plus responsable de sonatrach.de toutes les façons c’est un secret de polichinelle pour le DRS.malheureusement ils sont tous compromis.




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  • adala
    16 juillet 2010 at 19 h 45 min - Reply

    Et où est donc passée notre justice borgne, si prompte à condamner les faibles pour brimer leurs droits ? Pourquoi ne se saisit-elle pas encore d’une affaire aussi gravissime ? Pourquoi est-ce que le sieur Chakib Khelil n’est pas le moindrement inquiété par cette justice alors que tout l’accuse, lui, sa hachiya et ses soutiens ?? Comment expliquer l’attitude passive du premier magistrat du Pays dans ce dossier ??? Devrait-on alors comprendre ce que nous devons comprendre lorsqu’on sait que c’est bien ce dernier qui a placé et nommé son ami Chakib Khelil à la tête de ce ministère ????




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  • madouche
    23 septembre 2010 at 0 h 58 min - Reply

    ministre ou outre, il doivent etre jugés et leurs biens saisis




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  • Adila
    16 décembre 2010 at 13 h 05 min - Reply

    Ne pas oublier les millions de dollars de la mine d’or de Amesmassa, dans la wilaya de Tamanrasset




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  • ADILA
    18 janvier 2011 at 0 h 19 min - Reply

    Gma resources vient de publier le bilan en ce qui concerne sa production d’or en Algérie. Cette société est actionnaire majoritaire à 52 % avec la Sonatrach à la hauteur de 48 % dans Enor, l’entreprise d’exploitation des mines d’or en Algérie. La publication de la production de l’année 2010, qui n’était que de 750 Kg d’or brut, Car il faut savoir que l’or brut contient entre 10 et 15 % d’impuretés. Donc, Enor, n’a pas produit plus de 700 kg pour l’année 2010, d’où une production de 55 kg par mois.

    Il faut savoir qu’en 2007, l’ex Pdg de Gma resources et Enor, Mr Douglas Perkins avait déclaré à la presse que Enor a découvert le plus grand gisement d’or d’Afrique après celui du Congo, et que ce gisement à ciel ouvert de la mine de Amesmassa, va produire plus de 3 tonnes d’or par mois. Cette information a fait le tour du monde via les media spécialisés et les réseaux Internet, et que même l’actuel directeur général de Enor Benzergua Mustapha, et l’ex Ministre de l’énergie et des mines ont confirmés cette information, même ils ont été plus loin pour dire que la mine de Amesmassa va produire plus de 4,5 tonnes d’or dans un délais de trois années.

    En ce moment plusieurs cadres algériens ont attirés l’attention des responsables à tous les niveaux que cette information n’a aucun fondement et qu’il n’y a pas plus d’or dans la région de Tamanrasset que l’or déjà découvert par les Russes en collaboration avec la société Sonarem. Mais, sans résultat. Et les pouvoirs publics via le trésor public, la Sonatrach et une banque algérienne ont débloquées les sommes colossales pour financer la plus grande arnaque qu’a subi l’Algérie. Plus de 100 millions de dollars ont été mis à la disposition de cette bande de voleurs, d’arnaqueurs, de dilapidateurs, et de pollueurs. Cet argent destinée au financement de la mise en valeur du gisement fantôme découvert par Mr Douglas Perkins, est parti directement dans les caisses de Gma resources et les poches de ces actionnaires, et d’une manière ou une autre dans les comptes des responsables algériens. Si non ! Comment expliquer le silence des responsables algériens au niveau de la Sonatrach et particulièrement Sonatrach Aval, et le ministère de l’énergie et des mines ?

    La banque, le Pdg de la Sonatrach, le ministère de l’énergie et des mines et d’autres instances publiques ont été informé par écris et directement que cette opération n’est qu’une arnaque. Mais, le mal est fait.

    Après, plus de quatre années, la production n’à pas dépasser le seuil des 60 kg, chose que nous avant crier haut et fort a ceux qui ne veulent pas nous entendre, et la production de l’année 2010 prouve, confirme et certifie que nous avions raison.

    Mais, ce silence me fait peur.

    Des enquêtes ont été faites par les services de sécurité civile, militaire et judiciaire, et cela sous les ordres de Mr le Président de la République et autres responsables au niveau de la justice algérienne et de l’armée algérienne, sans aucun résultat à ce jour. Chose qui nous oblige à mettre d’autres méthodes légales pour que ces dossiers soit mis sur la table de la justice algérienne.




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  • Adila Kaoues
    13 mars 2011 at 9 h 52 min - Reply

    Cher compatriote,
    Votre commentaire a été publié sous forme d’article sur LQA.
    Merci.
    La Rédaction LQA




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  • Congrès du Changement Démocratique