Édition du
22 July 2017

Ferhat fait du spectacle !

Par Madjid Laribi

In Le Maghrébin

Le 1er juin dernier, le chanteur Ferhat Mehenni avait annoncé depuis Paris la création du GPK. Cela avait engendré des réactions généralement à chaud, souvent sur la forme que sur le fond. Beaucoup a été dit sur la création du GPK et sur l’origine d’une telle ineptie. Une ineptie car elle est fondamentalement sans avenir, excepté son utilisation comme faire valoir par ses créateurs et les réseaux qui sont venus s’y greffer.

Cette nouvelle « escapade », loin des intrigues et des manipulations, mérite d’être scrupuleusement scrutée sur le plan affectif de son acteur, voir même au delà.

Ferhat est un chanteur et n’a jamais porté un quelconque projet y compris celui de l’autonome. Il suffit de regarder de près son parcours pour se rendre compte de cette réalité.

Il avait sauté d’une organisation à une autre, allant de la gauche vers la droite, rien que pour exister et satisfaire son ego. Sur le plan de la chanson, c’est « un chanteur qui n’arrête pas d’arrêter de chanter », dixit un grand chanteur à la cité universitaire de Oued-Aissi en 1990.

Les projets sur l’autonomie qui existent en Algérie sont connus de tout le monde. Il y a eu d’abord celui du FFS paru dans sa plate forme de mars 1979 intitulée : « L’alternative démocratique révolutionnaire à la catastrophe nationale ». Dans cet avant projet, le FFS parlait de « l’autonomie personnelle, de l’autonomie locale et de l’autonomie régionale ». Ce projet sera connu durant les années 90 sous le non de « régionalisme positif ».

Un autre projet d’autonomie a été prôné par Salem Chaker et celui-ci était linguistique, connu sous l’appellation de : « autonomie linguistique ».

Mouloud Lounaouci a travaillé sur le sujet et c’est sa mouture qui a été adopté par le RCD. Le dernier projet connu est celui sur lequel travaillaient et travaillent toujours d’anciens activistes de l’université de Tizi-ouzou comme Ait Bachir, Aziz Tari, Malika Baraka…

Sur le fond, le chanteur Ferhat n’est porteur d’aucun projet d’autonomie. Il a eu à surfer sur le travail fait par d’autres pour en faire un fond de commerce. Comme tous les chanteurs, l’autonomie pour lui n’est qu’un poème, une chanson qui rapporte. L’essentiel est de voir les caisses pleines, importe peu le contenu de la chanson. L’important c’est que l’album se vende bien.

Pour annoncer la création du GPK, le chanteur Ferhat n’avait pas organisé un événement politique ou une conférence de presse. Mais il avait loué la salle des spectacles de la Porte de Versailles où s’étaient produit un mois avant Ait Menguellet et Akli Yahiaten. Il n’avait pas besoin d’une action politique, mais d’un spectacle. Il avait besoin d’une scène pour se produire, d’un public admiratif pour l’applaudir ; il avait besoin d’être reconnu par ses fans, d’être consacré meilleur chanteur quelques en soient les paroles et la musique.

Dans le fond, cette « problématique» n’est pas étrangère à l’histoire de la lutte pour la reconnaissance du berbère en tant qu’identité, langue et culture. Les conditions difficiles de l’époque, la répression qui s’abattait sur les militants politiques et les autres aléas de la clandestinité, avait fait que le discours entendu et répondu était celui porté par les chanteurs et les poètes.

La situation avait fait que ce n’était pas le discours politique (la raison) qui était vulgarisé, mais c’était le sentiment politique (l’émotif) véhiculé par les chanteurs. Au point où des pans entiers de la société attendaient patiemment la sortie de l’album de tel ou tel autre chanteur pour se situer soit disant politiquement. Quand aux vrais discours des partis politiques, ils ne dépassaient pas les cercles militants et étaient presque inaudibles. Pourtant la région foisonnait de partis politiques essentiellement de gauche. Le sentiment politique était en partie l’une des causes de la perte d’un mouvement extraordinaire comme le MCB, en lui ôtant des revendications qui avaient constitué sa trame dès sa naissance : la démocratie, les langues populaires, l’arabe algérien…

Le sentiment politique, proie à toutes les manipulations, avait pris le dessus sur le politique et les chanteurs étaient devenus des leaders politiques.


Nombre de lectures : 1714
6 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • Abdelmalek
    25 juillet 2010 at 14 h 32 min - Reply

    Avec tous mes respects à l’auteur je trouve cette analyse assez médiocre et contient des contradictions comme :

    « Le sentiment politique était en partie l’une des causes de la perte d’un mouvement extraordinaire comme le MCB, en lui ôtant des revendications qui avaient constitué sa trame dès sa naissance : la démocratie, les langues populaires, l’arabe algérien… »

    Ferhat a été le créateur et le chef de file des dex tendances principales du MCB (coordination puis rassemblement national).




    0
  • Oumerri
    26 juillet 2010 at 0 h 21 min - Reply

    Non Mr Abdelmalek,
    Ferhat n’a effectivement rien fondé, avec tout le respect pour son militantisme passé pour la démocratie et l’amazighité avant 1989, surtout à travers ses célèbres chansons comme « TizI Wassa » , véritable hymne à la fraternité algérienne aux antipodes de ses positions présentes.

    Le MCB coordination nationale a été créé par le RCD, pour porter ombrage au MCB historique dirigé alors collégialement par des militants de gauche comme Djamel Zenati et Sadek Akrour notamment.
    Ferhat, « responsable » a la culture dans l’exécutif du RCD, fut naturellement désigné comme brizidan de cette « tendance » en 1994.
    Quant au Rassemblement national il est le résultat d’une scission au sein de la coordination et a été créé par des militants de la trempe de feu Djilali Ait Si El’Hadj et Mhand Amarouche, excédés par la tournure prise par le boycott scolaire et les marchandages de la coordination au détriment de l’unité d’action avec le MCB dit des commissions nationales. Encore une fois, Ferhat fut désigné comme brizidan , vu sa notoriété mais surtout pour lui éviter l’humiliation que lui réservait son ex ami Said Sadi qui venait de lui òter la présidence de la coordination et de le chasser du RCD.
    Quant à l’autonomie, ou plutôt le séparatisme, Ferhat a pris le train en marche d’un obscur MKL apparu, par des slogans muraux, d’abord à la mort de Matoub puis revenu sur scène à la faveur des douloureux événements de 2001.
    Vous voyez bien que le « Berzidan » n’en est pas à son premier mandat sans consultation.

    Cordialement




    0
  • Hamid
    26 juillet 2010 at 4 h 41 min - Reply

    Tu M,as vraiemnt fait marrer !! Effectivement il ya beaucoup de vrai dans ta description de Ferhat. Lollll




    0
  • Arabuz
    26 juillet 2010 at 17 h 14 min - Reply

    Azul.
    Il y a du vrai dans ce qui est dit dans cet article l’analyse est bonne. Sauf que le rapport entre le politique et l’artistique(chanté) dans le cas présent n’est pas bien explicité comme l’imperméabilité de la société kabyle a tout ce qui vient des leaders politiques mais l’assimilation rapide et efficace de tout ce qui vient de l’artiste, confirmé bien sur pas tous!
    La Kabylie qui a long temps cultivé cette culture du débat dans le cadre où elle se retrouve le mieux, c’est à dire, l’oralité. Et, l’appréciation émise par l’auteur compte au raisonnable et à l’émotif aurait besoin d’un peu moins de « politicianisation » si le français me le permet pour prétendre être un bon argument.




    0
  • Karim
    27 juillet 2010 at 0 h 33 min - Reply

    Bonsoir,

    Je voulais juste apporter une petite précision à l’auteur de ce papier : la création du GPK a été faite au sein du Palais des Congrès (Porte de Maillot) et non au Palais des Sports (Porte de Versailles)! ça peut paraitre anodin mais comme disait un philosophe « Je rêve d’un monde où l’on mourrait pour une virgule mal placée ».




    0
  • RABIAI
    27 juillet 2010 at 18 h 52 min - Reply

    Non, FERHAT ne fait pas du spectacle. Il propose l’idée d’autonomie pour la région de Kabylie pour un mieux être économique et culturel et surtout pour préserver et promouvoir l’identité amazigh. Je suis toujours étonné du rejet catégorique que l’on réserve aux revendications légitimes émises pour promouvoir cette culture amazigh millénaire. Cordialement




    0
  • Congrès du Changement Démocratique