Édition du
20 July 2017

La violence est elle partie intégrante de notre patrimoine culturel ?

Par Mohamed Jabara

Cette violence se ressent dans tous nos rapports sociaux, dans tous nos modes d’expression. L’Algérien ne possède plus de patience. Il n’aime pas être remis en cause même lorsqu’il est dans l’erreur, il se confond avec son verbe acéré , il confond entre le verbe et la pensée entre le but et le moyen.

Ce pouvoir à réussi le tour de force de faire de nous des génies, nous critiquons tout, ou pour être plus juste, nous dénigrons tout car pour pouvoir critiquer il faut détenir un savoir spécifique qui nous permette d’analyser aussi bien la forme que le fond dans un domaine précis, par une analyse objective, basée sur des faits bien circonscrits et avec des moyens reconnus et admis comme instruments.

Malheureusement la violence s’est bien installée dans nos moeurs et il est impossible de la déloger de nos habitudes devenues biens ancrées. La violence du verbe et de l’action pour faire passer des assertions inadmissibles et devenue notre moyen favori d’expression et notre rationalité est reléguée au second plan. Le corollaire de la violence c’est l’insensibilité et nous sommes devenus insensibles aux malheurs des autres et même à nos propres malheurs.

Le savoir encyclopédique n’est plus permis à l’ère de la mondialisation et de l’accumulation actuelle du savoir à l’échelle de l’humanité, j’allais dire acculturation, pour sortir avec un projet de remplacement qui se situe à un niveau supérieur au projet critiqué et qui puisse avantageusement le remplacer, il faut un minimum de spécialisation, de compétence et d’entraide. Cela est rarement le cas et pourtant nous y allons allègrement chacun avec sa petite théorie. En tout cas, c’est l’impression qui se dégage des discussions tant dans les quartiers, qu’au travail, que partout ou on va. Les Algériens sont devenus spécialistes en tout. Alors en tant que faisant partie d’un peuple de génies, j’y vais de ma propre théorie.

En effet, ce que nous faisons c’est de discuter de choses et d’autres, très souvent à la limite extrême de nos compétences, quant celles-ci existent, en trouvant que l’Algérie est conduite vers le gouffre.

Chacun de nous, sans dire comment ni pourquoi, affirme que le pays se dirige directement vers l’abime et ne propose rien de concret pour l’éviter. Pourquoi poser les problèmes si on ne propose pas de solution ? C’est la mode ! Mais quand cette mode met en cause des vies humaines et risque de les détruire, un minimum de sens des responsabilités s’impose, comme il s’impose lorsqu’on abandonne l’argumentation pour verser dans l’insulte gratuite, l’invective et l’abaissement de l’autre et au lieu de s’attaquer aux faits après les avoir énumérés de manière impartiale on s’attaque à la personne dans ce qu’elle possède de plus sacré.

Il est vrai que l’université n’est pas ce qu’elle devrait être, ni quoi que ce soit d’autre d’ailleurs, nous sommes confrontés à l’incurie générale. Mais est ce uniquement la faute du ministre ou des ministres en charge de cette institution et de ses structures ? Les professeurs n’ont ils pas une part de responsabilité dans tout ça ? Ne peuvent ils pas s’organiser pour pouvoir faire pression sur l’administration afin d’améliorer le rendement de l’enseignement supérieur ? Cela ne les concerne t il donc pas ? En se taisant, ils confirment l’absence de culture au niveau de leur université. Car des gens cultivés arrivent toujours à s’entendre sur un projet minimal dans l’intérêt de tous. Pourtant pour faire des grèves à visée salariale ils peuvent se regrouper. On les a vu le faire, les aspects pédagogiques de la grève n’étaient là que pour renforcer les revendications salariales et pas l’inverse. A quand les grèves de portée uniquement pédagogique ? Apparemment elles ne les intéressent pas. Pourtant le changement s’opère toujours par la base. Lorsque la base démissionne ou est endormie ou ne réagit plus, aucun changement n’est plus possible.

Ce n’est que lorsqu’un commis de l’Etat est évincé de son poste, je parle de ceux qui sont à la base de la hiérarchie, mais qui en même temps ont un pouvoir sur les gens et les évènements, qu’il trouve matière à réflexion et à dénonciation et se croit investi d’un devoir d’opposition et de remise en cause et c’est seulement à ce moment qu’il découvre des tares à l’administration qui l’emploie et ce, dans tous les domaines, y compris pédagogiques, j’allais dire démagogiques, pour le cas de l’université. Je ne parle pas d’une personne précise, ou seulement de l’université, qu’on ne s’y méprenne pas, mais d’un problème général à toute l’Algérie et qui n’est pas propre à l’université ou à l’un de ses instituts ou à une administration en particulier.

Il ne faut donc pas alors qu’il s’attende à ce que ceux qui sont en poste et n’ont pas de problèmes avec l’administration viennent le soutenir, ils y trouvent leur compte pour le moment et ne réagiront que lorsqu’a leur tour ils seront malmenés, « tekhti rassi », chacun pour soi. Autrement dit, la vache du système leur distille son lait à travers ses mamelles hypnotiques et ils restent tout à fait tranquilles et sans réaction à l’égard de tout sauf à se pousser les uns les autres à qui têtera le plus, le mieux et le plus longtemps possible. Sommes nous toujours une société organisée ou en voie d’organisation ou ne sommes nous plus que des individus agglutinés et qui se serrent de plus en plus en poussant de toutes leurs forces ? C’est pour ça qu’on dit « dezz em3ahoum » , c’est à dire agglutine toi davantage ? El le système ainsi posé continue de se reproduire sans qu’il y ait un seul grain de sable pour l’empêcher de perdurer. Des délits se commettent sous nos yeux sans qu’on puisse intervenir de peur des conséquences, on n’ose plus s’impliquer dans la vie sociale qui requiert des comportements sociaux protecteurs des valeurs. Est ce les valeurs qui ont disparu ou le sens des responsabilités que chacun à de défendre ces valeurs ? Et si c’est le sens des responsabilités comment faire pour le restaurer ?

Il va sans dire que dans ces conditions, aucun corps n’a d’esprit de corps et chacun navigue dans une perspective non pas d’action intelligente s’inscrivant dans une œuvre au profit de la nation mais dans un ouvrage malicieux propre à l’enrichir au plus vite en tant qu’individu en tentant de se faire propulser rapidement dans les hautes strates sociales. Tout devient magouille et stratégie individuelle d’accès aux bénéfices de la rente. Comme si l’individu devient éternel et le pays une chose consommable. Le système c’est ça aussi. La société n’est plus une fin à maintenir et à améliorer, elle est seulement un moyen permettant aux individus d’acquérir des valeurs matérielles, même si ce moyen est utilisé de façon à être détruit. Qui va se sacrifier pour des gens qui n’ont pas conscience de leurs intérêts à long terme et les sacrifient pour le court terme ?

Dans ce contexte national, la question me semble : Avons nous réellement une université afin de pouvoir dire que nous avons des professeurs encadrés par une administration universitaire et qui encadrent des étudiants ? Nous avons certes des instituts et des gens qui se targuant d’être détenteurs de diplômes universitaires, prennent des airs suffisants, doctes et imposants, pour montrer au monde qu’ils sont bardés de bagages et qu’ils ne se hasardent pas à discuter avec tout le monde car cela les abaisserait, qui ne prennent la parole que pour débiter un cours qu’ils reprennent depuis de longues années et que parfois ils ont plagié ou sinon ils se gardent d’ouvrir la bouche de peur d’être remis en cause. Encore une fois, je ne vise personne en particulier. Il est vrai que l’autorité, au sens large, n’existe plus et que le diplôme ou le grade universitaire n’a plus aucune signification dans le contexte algérien ou tout peut être acquis avec facilité lorsqu’on possède les contacts adéquats. Le véritable savoir apprend l’humilité. Or l’humilité n’a plus cours à l’école. En outre même si quelqu’un détient réellement le savoir, il ne lui confère aucune autorité et n’importe qui le remet en cause, il n’est pas écouté et plus ses arguments sont valables moins il a d’audience et est décrié car il dérange la grande loi de la majorité. Ceux qui prêchent la vérité dans le désert n’ont pas de chance d’être entendus. La position de l’intellectuel dans la société comme tout le reste à décliné et il a perdu son aura, il ne peut agir sur les autres. Pourtant le véritable savoir est celui à travers lequel on conçoit bien les choses et ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement comme dit Descartes et arrive à trouver son chemin dans les consciences des masses. L’intellectuel existe t il encore en Algérie ? Et s’il existe peut il agir réellement sur les évènements ?

Une autre question me vient à l’esprit : Quelle est la finalité de l’université en Algérie ? Est t elle de former des gens conscients des enjeux nationaux et internationaux et agissant en conscience afin de se surpasser en vue de faire avancer leur pays et leur société vers un avenir meilleur, ou bien l’université n’est elle devenue que le prolongement de la télévision, de l’école, de l’administration et d’instituts et institutions de formatage destinés à faire que les gens restent dans une optique précise et n’y dérogent pas ? Comment en sortir si les principaux concernés n’arrivent pas à réagir ?

Les jeunes qui s’inscrivent à l’université ont ils suffisamment de culture, de formation de base, d’esprit critique, de logique, pour pouvoir suivre les cours et développer une vision critique déjà existante et qui va être affinée ? Les professeurs accepteront ils, étant à l’université ou tout savoir est sujet en principe à remise en cause car par définition relatif, de voir leurs étudiants, de quelque grade qu’ils soient commettre le sacrilège de trouver des lacunes dans leurs cours, s’il y en a et y faire allusion ? Ou crieront ils au scandale de voir des moins gradés remettre en cause l’autortité du maitre ? Socrate à dit qu’il n’y a pas de mauvais élèves mais seulement de mauvais maitres. L’étudiant n’est pas en cause, ne peut être en cause quel que soit son rang.

L’université est la locomotive de la société dans les temps modernes et c’est de son enceinte que sortent les germes de changement, rôle qui dans nos contrées était dévolu aux mosquées avant la colonisation. Dès que le clivage s’est installé entre la mosquée et l’université, le sous développement à pris racine dans les pays musulmans bien qu’il était en germe et ne cesse de ronger leurs assises. La mosquée n’a plus de poids et l’université n’a pas encore de poids et l’aura t elle jamais ?

Ce qu’il nous faut à mon avis, c’est que la mosquée professe ce que l’université prèche et non pas l’inverse ou que les deux institutions entrent en conflit. Nous avons besoin que la société existe en tant que telle et non pas en tant qu’individus agglutinés et qu’elle se ressente en tant que telle et que l’université possède le terreau fertile aux idées et à la prise de conscience. Possédons nous l’une et l’autre ? Et si nous ne possédons pas l’un et l’autre comment faire pour faire renaitre la société, comment ancrer dans les milliers de consciences individuelles que l’intérêt de la société prime sur l’intérêt de l’individu ? Comment amener les gens à perdre leur propension à devenir égoïstes en raison de l’insécurité qu’ils ont vécue et des mensonges avec lesquels ils ont été martelés pendant des décennies ?

Les temps ne sont plus les mêmes. La conjoncture Historique n’est plus, qui à fait l’Emir Abdelkader, Cheik El Haddad, Fatma Nsoumer, Cheikh El Mokrani ou Cheikh Bouamama, ou celle qui à fait les Ben Mehidi, Abane Ramdane, Si El Haoues , Ben Boulaid, Hassiba Ben Bouali, Djamila Bouhired et autres héroïnes et héros et il ne sert à rien de remonter dans l’Histoire si cela affecte les rapports actuels dans la société. Ce ne serait pas raisonnable de réveiller les vieux démons, déjà qu’on n’arrive pas à renvoyer les nouveaux de là d’où ils viennent. Mettre en avant des kahina, des Paul de Tarse et autres figures anté-islamiques à longueur de discussions en prônant l’unité du peuple Algérien et la réconciliation n’a aucun sens.

Il est un fait que ce sont les circonstances qui font les Hommes . L’autorité morale n’existe presque plus et le titre de flagorneur est vite décerné comme étiquette à tous ceux qui osent suivre un guide ou accepter ses orientations, la démocratie tant attendue risque de déboucher carrément sur l’anarchie totale et pas au sens politique de ce terme. La situation actuelle est telle qu’aucun individu n’est susceptible de pouvoir être accepté pour guider les masses et tout le monde trouve à redire sur tout le monde. Les lois de la dynamiques des groupes ne semblent plus s’appliquer aux algériens .

Le seul filet d’espoir qui nous reste est celui de la conscience que cela ne peut durer et que chacun doit changer et doit se sentir responsable de ce pays. Le sens des responsabilités est un sens des sacrifices et très peu sont enclins à ce faire .


Nombre de lectures : 3089
13 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • khaled
    29 juillet 2010 at 18 h 59 min - Reply

    J’ai survolé votre impertinence étalée dans votre article.

    Je dois dire que cette question est une, qui demande une étude anthropologique et ethnologique, peut-être qui n’est pas de ce monde.

    Je me suis posé depuis plusieurs années la question sur le fait que cette partie du monde (l’Algérie) a donné naissance a Frantz Fanon (Bien-sur, vous êtes familier avec les écrits de ce dernier) et qu’une autre partie de ce même monde a donné naissance a Gandhi.

    Chacun, a sa manière a influencé sa terre. Nous sommes devenus les égorgeurs d’enfants et les violeurs de pubères et l’Inde est devenue cette terre de tolérance que tout le monde veut visiter.

    Tout dépends de la musique qu’on veut écouter dans nos grand moments de désespoir!!!!

    Sans état d’âme.




    0
  • veritas
    29 juillet 2010 at 21 h 30 min - Reply

    MONSIEUR Mohamed Jabara tu es un génie!!
    on dirait que tu lisais mes pensées et tu écrivais
    tu as dis tout ce que je penses et vouloir écrire
    mais malheureusement je n’ai pas ta plume!!!!!
    UN GRAND MERCI

    PS/ TON article je l’ai archivé comme modele.




    0
  • fess
    30 juillet 2010 at 10 h 49 min - Reply

    La morale que l’on peut retenir est que:
    La youghayirou ALLAH ma be qaoumin hata youghayirou ma bianfoussihim.




    0
  • l.leila
    30 juillet 2010 at 15 h 05 min - Reply

    Bonjour,
    En lisant l’article, je pensai à un ancien Moudjahid, Agent d’accueil d’une Institution à Alger. Comme il n’était pas encore l’heure de réception des visiteurs, nous nous sommes permis une petite discussion. Il me dit après un soupir: » Ma fille, tant que nous sommes tous devenus des savants, des politiques…alors qu’au fond nous sommes vides, l’Algérie n’ira pas loin. Nous ne vivons pas la réalité de la vraie situation du pays, nous sommes ailleurs. Des paroles, ma fille, que des paroles, mais le bateau s’en va au gré d’un vent qu’on ne connait pas encore. Ces gens là qui font la pluie et le beau temps au niveau des administrations, ont peur; c’est pour avoir la paix, parce qu’ils sont incompétents. Au lieu de chercher à apprendre… C’est de l’inconscience ma fille, me répète t-il. Ils ne pensent même pas à leurs enfants et leurs descendants!…  »
    Et la question que je me pose est celle de savoir, ou de comprendre, pourquoi ne se sent-on pas concerné par l’avenir des générations de sa propre descendance? Pourquoi fait-on l’impossible pour envoyer ses enfants étudier à l’Etranger, et non essayer de s’unir pour leur bonheur, en se donnant la main, afin de sortir des sables mouvants dans lesquels nous nous enfonçons de plus en plus?




    0
  • S.M.C.
    30 juillet 2010 at 22 h 54 min - Reply

    Mr. Jabara: Merci de votre article qui bross un tableau objectif de notre societe d’aujourd’hui. Comme vous dites, l’humilite mais aussi le civisme ont ete enterres par chacun de nous.

    Certes,la violence existe chez tous les peuples du monde y compris les boudistes, mais chez l’Algerien celle-ci est dominante et couplee a l’arogance. Ce qui rend l’Algerien negatif dans son essence.




    0
  • samir
    31 juillet 2010 at 0 h 59 min - Reply

    cette violence doit être canalisée contre ce régime.une bonne révolution permettrait de liberer toute cette haine tant cumulée pendant un demi siecle de pouvoir corrompu.




    0
  • Jabara Mohamed.
    31 juillet 2010 at 18 h 37 min - Reply

    @ Khaled.

    Vous dites que vous avez juste survolé mon article et vous y avez décelé l’étalage de mon impertinence. Effectivement je n’ai pas lu les ouvrages des Frantz Fanon dont je n’ai qu’une idée vague, même sur la violence des colonisateurs qui se transmet au colonisé référence que vous avez retenue, selon ce que j’ai cru comprendre. Je n’ai qu’une vague idée des psychiatres et de la psychiatrie, quoique Frantz Fanon s’est démarqué de sa spécialité et puis cela remonte à si loin…

    Cet étalage de mon impertinence provient du fait que je suis Algérien, tout comme vous et que je me prends pour un génie comme je le dis dans mon commentaire, d’ailleurs un internaute me le confirme dans un commentaire en me disant que je suis un génie et fait encore gonfler mon égo. En fait, l’écrit ci dessus n’était à l’origine conçu que comme un commentaire que l’administrateur du site à décidé de publier ici. Comme quoi je ne suis jamais content ni quant on me critique, ni quand on me flatte. Difficile d’être Algérien, je dois le confesser.

    Je n’ai pas attaché de soin particulier dans la rédaction de cet écrit, ni que je possède les compétences nécessaires autres qu’une certaine dose de bon sens qu’il m’est donné de ressentir de temps en temps, peut être à tort. Dans ce qui m’est évident je me fie en effet plutôt à mon sentiment de bon sens ou simplemnt à mon intuition qu’aux livres et aux connaissances livresques.

    Quand les peuples sont au bord du désespoir, Dieu leur accorde sa miséricorde et les anime d’intentions salvatrices. Il faut y croire et ne pas désespérer.

    Ne voyez pas dans mon commentaire aucune volonté de vous attaquer de quelque manière que ce soit, c’est ma façon d’écrire habituelle et elle recèle souvent un aspect de violence que je ne contrôle pas, mais qui j’espère n’est que culturel, sinon ce serait grave pour moi. 🙂

    @ veritas

    Nous sommes tous des génies mon frère, c’est le titre que j’aurais donné à l’article, mais l’admin lui a choisi celui qui est.

    Quand à ma plume, c’est en forgeant que j’ai appris la forge au cas ou cela pourrait te servir, astreignez vous à lire des livres et à les résumer nous disait notre vieux maitre et il nous forçait à le faire. Je pensais, à cet âge, que c’était une corvée, alors que je n’avais à écrire que quelques phrases mais qui devaient restituer le tout. Maintenant je peux écrire pour ne rien dire et souvent avec détails (sic).

    @Fess.

    Je vois que tu as eu des maitres comme les miens qui aiment les résumés et tu as choisi un résumé dans la parole divine.

    Que ce soit sous un angle religieux ou matérialiste, il est certain que tant que la société n’est pas mûre pour un changement, le changement ne peut avoir lieu. C’est une lapallissade à force d’être évidente comme règle. Cette maturité me semble liée à des facteurs objectifs. Il y a une sorte d’inertie sociale qui fait que les gens ont une sainte horreur du changement et les déranger dans leur habitudes n’est pas pour leur plaire, même lorsqu’il s’en plaignent. Ce qui fait que les choses restent en attente même si un grand nombre aspire au changement. Il faut un déclic qui n’est pas mesurable. Est ce lié au degré de conscience politique, au degré du sentiment de nuisance qui est endurée, à l’absence de conscience de groupe, à l’absence de plan d’action, au degré de la crainte des effets d’une réaction … A piocher.

    En admettant que la société soit mure, encore faut il la faire bouger, lui donner l’impulsion de départ, qui peut le faire ? En l’étape actuelle ou le principe même du leadership est décrié et qu’aucune autorité ou proéminence n’existe dans la trame sociale totalement plane, cela n’est pas évident.

    Mais faut il baisser les bras ?

    @l.leila.

    Vous me confirmez d’une part que l’Algérien, sans faire d’études et en tant que simple agent d’accueil peut élaborer des théories et à du génie. Mais aussi qu’il ne faut pas sortir de Saint Cyr pour comprendre ce qui se passe dans le pays. Et aussi que les véritables moudjahidines, peut être parce que leur conscience est plus aiguisée en raison du fait qu’ils ont fait face à la mort durant longtemps, voient les choses avec détachement et profondeur, je crois que ce serait un bon critère pour la sélection et le tri des vrais des faux. Je me rappelle, moi même d’un autre moudjahid dans les années 1970 lors de la discussion de la charte nationale ( j’allais dire comme le canard enchainé « la tarte nationale ») qui disait que l’argent du pétrole doit exclusivement servir à l’investissement et que les algériens doivent apprendre à travailler.

    @ SMC

    Effectivement, « l’humilité mais aussi le civisme ont été enterrés par chacun de nous » et leur réappropriation ainsi que celle de toutes les règles de la morale est esssentielle pour rebatir une société viable. انما الامم الاخلاق ما بقيت فان هم ذهبت اخلاقهم ذهبوا.

    Paradoxalement chacun de nous croit et veut faire croire qu’il est le meilleur, le plus gentil, le plus doux, le plus cultivé, le plus sérieux, le plus religieux, le plus intelligent, le plus riche, le mieux loti physiquement, psychologiquement, socialement et chacun est assuré qu’il ira au paradis après sa mort. C’est je pense ce que tu qualifies d’arrogance.

    Mais je ne partage pas ta vision sur le fait que ce soit l’essence de l’Algérien, ce n’est que le résultat de la tromperie et non pas une corruption profonde, car sitot que la liberté reviendra à ce peuple, il redeviendra ce qu’il a toujours été, généreux et entreprenant. On peut tromper les peuples mais on ne peut pas les corrompre disait Jean Jacques Rousseau.

    @ Samir.

    Entièrement d’accord Samir que cette violence doit être canalisée mais sans que cela doive déboucher sur une violence contraire. Le peuple est rassasié de la violence même si celle ci est ambiante et que nous la vivons au quotidien et c’est justement pour ça que le peuple en a marre. La violence n’est pas productive, elle ne fait que détruire et bien que la mort produise la vie, une perte humaine est irremplaçable. C’est pourquoi la philosophie de LQA est de lutter pacifiquement pour un changement radical.

    Ce qu’il nous faut chercher c’est comment canaliser cette violence pour la faire coincider avec les buts que nous poursuivons. A piocher aussi.




    0
  • khaled
    1 août 2010 at 17 h 38 min - Reply

    @Jabara Mohamed

    Moi-même, je suis un peu acerbe des fois dans mes commentaires.

    J’écris d’abord avec rage, ensuite en fil des paragraphes, je me calme et décide de revoir ma copie.

    Des fois je disjoncte complètement a la lecture d’un article publié dans LQA. 🙂

    Je pense que vous avez soulevé un problème qu’est délicat a discuter dans la mesure et a priori on ne peut stigmatiser toute la société algérienne comme violente.

    Il est tout a fait clair que notre Algérie a vécu les affres de plusieurs invasions, une colonisation terrible et un mode de gouvernance qui n’a jamais privilégiée le dialogue.

    Mais comme bien de pays/sociétés n’ont pas eu le même parcours peut-être un qui est plus pire, sans pour autant que leur société d’aujourd’hui ne soit taxée de violente.

    En ce-ci, je veux juste dire que le peuple algérien est comme le reste de l’humanité dans ses aspirations qui au fond sont les aspirations de l’ensemble des hommes et femmes de bonne volonté.

    C’est a l’élite intellectuelle dont nous faisons partie de lui donné un projet de société qui s’inspire de ses valeurs et les moyens de le réaliser pacifiquement.

    Il n y a pas de fatalité, la société algérienne est non-violente ni dans sa genèse, ni dans son quotidien.

    Les problèmes que nous vivions ne sont pas intrinsèque au peuple mais au mode de gouvernance imposé au peuple.

    Ce principe est pour moi le socle de toute réflexion.

    Au plaisir de vous lire.




    0
  • bledperdu
    1 août 2010 at 19 h 08 min - Reply

    On est différent des autres,mes frères.On est différent de tous les peuples du monde par nos spécifités d’Algériens.
    Et elles sont remarquables,uniques et propres à nous seuls Algériens.
    J’en ai vécu l’experience,il y a longtempgs de celà,dans un pays étranger où j’ai, un court moment,eu à présider au destin de notre communauté estudiantine.
    Il y avait pluieurs autres communatés: hongrois,allemands,suisses,sud-américains,asitiques,arabes de Syrie,du Liban, de Jordanie et j’en passe.
    Ils avaient tous un comportement ,un savoir-vivre et une discipline des plus exemplaires.
    Mais nous on était différent,on était à l’image de ce qui se passe ,ici chez nous, depuis 1962.
    On était’spécifiques’ et tout le monde le constatait même les autres Arabes.




    0
  • Jabara Mohamed
    1 août 2010 at 22 h 37 min - Reply

    Une sincérité touchante se dégage de votre écrit.

    Effectivement on ne peut stigmatiser toute la population Algérienne comme violente. Mais si vous vivez en Algérie, cependant, vous devez vous poser ce genre de questions de temps en temps, comme je l’ai fait.

    La pression qui s’exerce sur le citoyen depuis les années 1980 pour ne pas dire depuis 1962 et peut être bien avant, est devenue telle qu’il y a un changement de comportement global et perceptible chez nos compatriotes, s’agit il d’un changement culturel  ? Ou seulement d’une réponse à une situation de déni de soi imposé ? On ne peut nier ce phénomène qui prend de l’ampleur, ni nier le fait que les valeurs de patience, d’hospitalité, de générosité, d’altruisme, de respect sont peu à peu remplacées par l’intolérance, la médiocrité, le dénigrement, le déni de l’autre, la tromperie, le gain facile, etc…

    L’élite intellectuelle, pour pouvoir réellement agir, doit recouvrer sa liberté d’expression publique, qu’elle puisse s’organiser pour pouvoir toucher le plus grand nombre et d’abord de s’organiser dans son fief, l’université et créer des espaces d’échanges en dehors, dans des lieux de rencontres comme LQA le fait de manière virtuelle, d’avoir un discours cohérent, simple et accessible à chacun.

    D’autre part, ce n’est évidemment pas avec le verbe qu’on fait face à la force brutale ni même avec la pensée quand elle ne peut être exprimée publiquement , bien qu’elle puisse constituer une arme redoutable lorsqu’elle peut trouver un terrain ouù elle peut prospérer.

    Effectivement les problèmes que nous vivons ne sont pas imputables au peuple, je ne crois pas avoir dit cela, mais lorsqu’un peuple est privé trop longtemps de son libre arbitre et vit dans l’insécurité permanente, il a tendance à perdre sa cohésion et l’individu est submergé par la peur et agit en fonction de celle ci. Un cercle vicieux s’instaure et s’accentue. L’insécurité est de plus en plus grande, l’individu à de plus en plus peur, les liens sociaux se désagrègent de plus en plus, le sentiment d’insécurité grandit davantage et la boucle est bouclée.

    Il faut casser cette boucle, mais il faut d’abord trouver comment le faire. Car plus le temps passe plus l’ancrage des habitudes s’intensifie, et les gens qui sont nés en 1980 ont maintenant trente ans et leurs enfants hériteront en partie de leurs manière de répondre au milieu.

    Pour finir, je ne pense pas pouvoir me considérer comme intellectuel, car ma définition du terme suppose que je puisse supprimer l’empreinte de mes émotions dans mes actes et mes pensées et je suis loin de le pouvoir, sans parler du fait que l’intellectuel est celui dont l’intellect embrasse la réalité à sa juste mesure et s’y adapte par la pensée en agissant en conscience. La aussi j’arrive difficilement à m’adapter à la réalité et de ce fait je conclus que je ne suis pas un intellectuel.

    Amicalement.




    0
  • fess
    3 août 2010 at 15 h 50 min - Reply

    @Jabara
    Votre raisonnement est adequat,mais le changement passe d’abord par le changement des mentalites,et pour qu’un changement se fasse il faut d’abord y croire,comme vous dites j’ai choisi de resumer vos dires par une seule phrase divine, cela resume aussi la situation dans laquelle notre societe se trouve aujourd’hui,rongee par la corruption ,le vol, les mensonges,la haggra,l’egoisme,et j’en passe.La seule bouee de sovetage qui nous reste et de retourner a notre source ,la source de nos vaillants parents et aileuls,c’est a dire en un mot a nos divines us et coutumes petries d’une modernite qui va avec et pas celle que l’on veut nous imposer.
    Merci




    0
  • Résigné
    3 août 2010 at 21 h 48 min - Reply

    Comme dirait Mohamed Fellag:  » Nous les algériens, nous avons un déficit d’amour mais un excédent d’affection  »
    L’Algérien cogne, mais après il console sa victime ou il regrette son geste, souvent irréfléchi.




    0
  • kouder
    4 août 2010 at 9 h 51 min - Reply

    Mr Jabara, à travers votre contribution, vous faites un constat, vous vous interrogez, en fait vous cherchez des réponses. Vous avez le mérite d’avoir pensé, réfléchi et fourni un effort dan ce sens.
    Il reste que le plus important est de répondre à la problématique que vous avez posé au départ qui est :  »la violence est elle partie intégrante de notre patrimoine culturel? »
    C’est une question difficile et complexe qui nécessite des avis, des réflexions et des analyses de chercheurs de différentes disciplines telles que l’anthropologie, la sociologie, l’histoire…

    Le fait que des citoyens s’interrogent de la sorte dénote, ne serait-ce qu’une prise de conscience et c’est déjà pas mal. Merci d’inciter au débat. Fraternellement.




    0
  • Congrès du Changement Démocratique