Édition du
21 July 2017

Métamorphose dans une politique favorisant la médiocrité

Dr Abdelmoubine Amar Henni

Métamorphosé en une entité qui n’est ni humaine ni animale. Juste une manifestation sous la forme d’énorme paquet de papiers empilés  servant à faire fonctionner une machine sans scrupule et d’une perversité incommensurable. Cette machine qui s’appelle “L’administration Algérienne” est telle une fournaise dévorant mon temps, mon énergie et ma jeunesse. Une machine qui produit la frustration et le désespoir des jeunes algériens. Cette machine qui en privant le citoyen de son temps et de son énergie, le prive aussi de ses libertés puisqu’il est tout le temps angoissé de se retrouver en situation irrégulière à cause des délais interminables et les efforts inimaginables que les procédures demandent. Cette liberté que certains ont prise en otage depuis longtemps en justifiant cet acte par des raisons aussi incompréhensibles que de la dépense de millions de dollars pour un rond-point à Oran.

Dans cette nouvelle entité que je suis devenu, je me suis confronté à la réalité amère de la disparition de mon père au sein d’une mairie a cause d’une crise cardiaque due à une crise de logement. Ce père qui était un cadre de l’Etat Algérien et qui a donné de son mieux pour ce pays n’as même pas mérité de mourir sous son propre toit. Je me suis confronté à une banque nationale qui a perdu un dossier que j’ai déposé et qui me demande de fournir toutes les pièces nécessaires à nouveau, et de porter la responsabilité du retard. Ajoutant à cela les déplacements entre différentes Wilayas pour des trucs insensés, et les conflits qui surgissent du fait que les formats et les procédures d’obtention de certains documents administratifs dépendent des Wilaya. Le problème est tellement aigu que parfois l’on se trouve dans des cercles vicieux tels que l’histoire de l’œuf et de la poule.  Cherchant à comprendre une logique sous-jacente expliquant le fonctionnement de ces rouages, je me suis rendu  compte que ce n’est pas logique vu les contradictions flagrantes au sein de ce système, concluant que les seuls degrés de liberté mesurables et détectables sont l’anarchie et la corruption.

Ensuite, dans un moment infinitésimale de détente, je voulais m’informer sur ce qu’il faudrait pour un docteur (ayant eu mon doctorat dans un pays occidental) afin de rejoindre  l’université algérienne. Cette université que tout le monde sait très malade, voire morte, et qui est déjà dans un état de décomposition très avancé. Je me suis dirigé vers le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (étant donné que j’étais à Alger à cause de certaines circonstances), en un  après-midi plus chaud que leur hospitalité prétendue.  Je voudrais tellement vous dire que je me suis adressé à un administrateur sensé m’expliquer quelque chose. Hélas je suis obligé de vous dire qu’en réalité je n’ai même pas dépassé le poste-police, où l’un des plantons m’informe que le service chargé ne peut me recevoir et me fournir le formulaire nécessaire. Pourtant c’était un jour de réception ! L’autre planton me demande même si je suis titulaire d’un quelque diplôme !!  Peut-être qu’il n’a pas accepté le fait qu’une personne jeune pouvait être docteur ? Mais on s’en fout de la réponse puisqu’une question plus intéressante surgit : quand est-ce que l’administration se libérera des griffes de ces plantons et courtiers magouillant sous la bénédiction des hauts administrateurs ?

En conclusion je sus que je devrais faire une équivalence de mon doctorat (on peut l’appeler aussi dans notre dialecte algérien «TATIAH E’NIVEAU»). Je me demande si ce genre de procédure ne nuit pas au redressement de cette université que Dieu ait son âme?

En tant que jeune chercheur, Je dois me déplacer afin de commencer un post-doctorat (c’est une bourse que la plupart des doctorants demandent à différents organismes scientifiques et académiques afin de faire de la recherche scientifique). Le temps ne s’arrête jamais  pour nous attendre, malheureusement les contraintes sont trop rigides. Après le parcours et les mésaventures rencontrées, je me confronte à un nouveau type de problème ; celui du passeport biométrique, des documents requis pour constituer le dossier de ce nouveau type de passeport et des timbres fiscaux qu’on ne trouve ni dans les postes ni dans les directions des impôts, et qu’on est obligé de chercher chez des « TRABENDISTES»  pendant des heures et des heures voir des jours ! Autre document  requis, le « S 12 ». Cet extrait de naissance est la pièce maitresse. J’ai fais une demande à la mairie d’Oran le 12 avril 2010, après une file d’attente qui a duré trois heures. Trois semaines après je reviens pour récupérer mon document (le plus étrange c’est que j’ai reçu un SMS me disant d’aller récupérer mon document alors que je n’ai donné aucun numéro de téléphone, et ca reste un mystère pour moi !!). J’attends durant deux longues heures, ce qui est « normal »(en Algérie), et en arrivant au guichet on me dit que mon extrait de naissance « S 12 » est introuvable, et qu’il faudrait refaire la demande à nouveau. L’agent responsable veut me conforter on me disant qu’il prend lui-même en charge ma demande cette fois-ci,  et que je ne devrais pas attendre longtemps. Le mercredi 12 Mai 2010, je reviens pour refaire la demande : j’attends l’agent en question qui, comme promit, se charge de ma requête. Il revient après 10 minutes, et m’informe que mon extrait de naissance a été déjà signé, du coup, je devrais me diriger vers le guichet des retraits pour le récupérer. Avec enthousiasme je fais ce qu’il me dit. Hélas, après être arrivé on m’informe encore une fois que mon document est introuvable. J’insiste quand même pour qu’on le cherche. L’agent responsable me montre le registre des sorties (sur lequel se trouvent trois colonnes :  la première indiquant le numéro de la demande, la deuxième porte le nom du demandeur et la troisième porte la signature et l’empreinte digitale lorsque le demandeur retire son document) et je suis choqué de voir que quelqu’un d’autre à signé à ma place et y a mis son empreinte digitale. L’agent en question m’accuse d’avoir déjà retiré le document. Je m’oppose à cette conclusion erronée en lui montrant ma carte d’identité nationale, sur laquelle on voit ma signature et mon empreinte digitale et surtout le reçu portant le numéro de ma demande. On me dit d’aller voir la police, et que ce n’est  plus le problème de la mairie. C’est ainsi que je me suis retrouver au tribunal d’Oran dans le but de faire une requête au procureur de la république pour « négligence et remise de documents personnels à des inconnus »  contre le service de l’état civil de la commune d’Oran chargé des documents biométriques (La police n’a rien fait à part de me demander de patienter et d’’attendre que le procureur de la république leur adresse une lettre pour ouvrir des investigations ).

En dernier lieu je me suis dirigé vers la rédaction du journal « le quotidien d’Oran » pour dénoncer cette situation (J’avais déjà écrit une analyse similaire au mois de Juin et je leur ai remis une copie). Un journaliste m’a bien reçu et m’a promis de faire son enquête, mais apparemment le problème ne les intéresse plus puisque durant la même période le gouvernement a été changé et le nombre de pages du formulaire de demande du passeport biométrique a été réduit, et du coup ils ne peuvent plus utiliser cette fâcheuse expérience pour les critiquer (Cette conclusion est de ma propre analyse).   En tout cas mon passeport avait moins de six mois de validité et dans la plus part des cas n’importe quel consulat refuserait de me délivrer un visa. Mais après mes explications, l’ambassade du pays concerné m’a délivré un visa pour deux ans. En ce moment je pourrais, peut être, proroger mon passeport, mais sans le « S12 » je suis condamné, surtout si je serais hors du territoire algérien.

En fait je me demande comment peut-on donner un passeport, en un délai de 48 heures, pour quelqu’un qui va à « OUM DORMANE »  alors qu’on fait subir un cauchemar à quelqu’un qui travaille, étudie ou est dans un cas d’urgence quelconque ? Bien sur, les événements footballistiques récents ne sont employés qu’en tant qu’opium et lorsque cela profite aux dirigeants. Mais lorsqu’elles représentent un indice sur une certaine configuration actuelle de ce qui se passe dans ce pays, alors on ferme l’œil.

Cette expérience personnelle est malheureusement la situation standard de beaucoup de jeunes, avec des variations plus au moins ridicules, graves ou bien tragiques. C’est pour cela que ce modeste témoignage est un indice d’une situation bureaucratique déplorable que le politicien doit analyser et redresser pour le bien de la société et le pays qu’il gouverne.

La volonté politique de regarder profondément les vrais problèmes est totalement absente en ce moment. Elle est prisonnière des décrets ministériels et présidentiels, et des décisions aberrantes prises et mises en œuvre  par des personnes astronomiquement distantes du terrain social et populaire et pendant longtemps déconnectées de la réalité que le simple citoyen vit tous les jours. L’une de ces personnes qui s’exhibe  sur l’ENTV, miroir moderne d’un narcissisme de mauvais gout, a eu un doctorat pour avoir concocté un nouveau formulaire administratif. En sachant bien que les informations qu’il contiendra, sur le citoyen, seront vendues à une société étrangère. L’administration est sensée  aider les citoyens à gérer leurs affaires publiques et privées. Ainsi elle devrait contribuer à l’organisation et au civisme de la société. Chez nous, le citoyen est traité, par son administration, comme coupable jusqu’à preuve du contraire ! En opposition aux principes de la justice même. Bien sûr, les narcisses de l’ENTV n’apprécient pas qu’on leur fasse des remarques car leurs décisions sont sensées être indiscutables et qu’ « il est inconcevable de douter dans les décisions du gouvernement » comme l’as déjà affirmé l’ex premier ministre Noureddine Zerhouni.

Lorsque une personne moyenne médite sur sa situation personnelle, celle de son quartier ou de sa ville, celle de son université et celle du pays  on n’a qu’une conclusion : la politique administrative actuelle ne mène qu’au malaise de la société et ne conduit qu’à l’injustice et  à la prolifération de la médiocrité à tous les niveaux !


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5 Commentaires sur cet article

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  • Nazim
    2 août 2010 at 18 h 18 min - Reply

    C’est le « surréalisme » tragique que vit quotidiennement l’Algérien moyen. Absolument pathétique! à l’image de nos dirigeants, de nos religieux, de nos laïques,de notre peuple,…à notre image. Saha ramdankoum!




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  • abon
    3 août 2010 at 13 h 23 min - Reply

    J’ai lu avec intérêt vos péripéties pour l’obtention de votre document et les écueils rencontrés sur un parcour dont seul le départ est connu; l’arrivée relève du miracle. Je vis cette situation depuis quelques années et elle n’est pas propre à une administration elle est GENERALISE toute démarche administrative vous fait tourner en rond sans aboutissement lorsque vous restez dans une démarche normale, citoyenne. Nous sommes souvent tenté de hurler RENDEZ NOUS NOTRE MEDIOCRITE MONSIEUR LE PRESIDENT. On nous abreuve avec des scandales sur la corruption OUI il faut punir les tricheurs mais pas seulement quelques uns TOUS LES TRICHEURS. S’il est un citoyen qui fait les frais, et paye le prix fort à ce BOURBIER qu’est devenue l’Algérie c’est bien le citoyen honnête instruit et respectueux des loies et règlementations, celui qui sent la savonnète et non la bouse ou la puanteur des bars.
    Merci docteur pour votre courrier; espérons qu’il retienne l’attention de quelque honnête dirigeant encore épris de justice et droiture. Espérons aussi que les citoyens victimes de ces agissements osent revendiquer leur droit au lieu de verser la tchipa à de vereux agents.




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  • bouyilès
    3 août 2010 at 17 h 42 min - Reply

    Cher Docteur vous venez de faire la meilleure recherche que vous ne réaliserez nulle part ailleurs.Votre écrit est une idée géniale de film que vous pourrez proposer à n’importe quel réalisateur sensé et il en ferait un film à succès.Si vous retournez dans votre pays d’accueil,faites donc cette proposition à un cinéaste qui en fera un film à succès. Votre séjour et vos pérégrinations en Algérie n’auront pas été vains.
    Si vous restez en Algérie,vous ne ferez jamais mieux en matière de recherche que cette histoire que vous venez de vivre à vos dépens.
    Alors,à bon entendeur….




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  • SAID
    4 août 2010 at 0 h 54 min - Reply

    Pas plus tard que cet apmidi j’ai piqué une crise de nerfs dans une APC ou on a refusé de me légaliser des photocopies en couleur de l’attestation de reussite au bac (sur pésentation de l’original !!). Le préposé m’a dit que la photocopie que nous légalisons doit etre en « noir et blanc » !!
    il a fallu faire intervenir le SG de l’apc.
    A votre place, Docteur, j’irais faire ma recherche ailleurs, là ou la connaissance est reconnue à sa juste valeur : ne perdez pas votre temps ici.
    mes salutations




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  • ubugnu
    17 août 2010 at 19 h 54 min - Reply

    @SAID: « A votre place, Docteur, j’irais faire ma recherche ailleurs, là ou la connaissance est reconnue à sa juste valeur : ne perdez pas votre temps ici. » : Fuir se responsabilité n’a jamais été une bonne solution, je dirais même que c’est à cause de ça que le pays sombre dans la médiocrité, ceux qui peuvent changer ça fuient, laissant ceux qui ne veulent pas que ça change.




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  • Congrès du Changement Démocratique