Édition du
29 March 2017

Il faut sauver l'Algérie!

Par Essedik

Cela fait quarante ans que j’entends les mêmes propos, les même conseils : « Il n’y a qu’à… », « Il faut que… » l’opposition fasse ceci ou cela, souvent le ceci contredisant le cela.
Tout et le contraire de tout est, en effet, avancé sans tenir compte des rapports de force, de la réalité du terrain, de l’environnement régional et international, des mentalités, de la psychologie des individus et des foules, de l’état de la société, de l’opportunisme des acteurs, des intérêts, de l’économie…mais aussi et surtout de l’histoire de cette opposition née en 1962 en même temps que le pouvoir qu’elle combat.
Depuis quarante-huit ans qu’elle existe, je ne dis pas qu’elle est, toutes les stratégies qu’elle a adoptées : l’entrisme, la lutte politique, par essence pacifique, la violence sous des formes diverses (attentats ou tentatives d’attentats contre les détenteurs du pouvoir ou insurrections armées, FFS en 1963, Bouyali en 1982, GIA, AIS, FIDA, GSPC dans les années 90) n’ont pas abouti à la chute du pouvoir et au démantèlement du système qui perdure malgré les symboliques concessions faites en octobre 1988 à la suite d’émeutes dont le bilan humain et moral est extrêmement lourd. Loin du champ de bataille, si j’ose dire, les partis de l’opposition qui n’arrivaient pas à se rassembler pour des raisons essentiellement hégémoniques et égotiques, n’ont pu ni déclencher le mouvement de contestation ni l’orienter ni encore moins le récupérer pour négocier la transition vers la démocratie que le pouvoir a su verrouiller devant le vide politique qu’il a exploité. Pourtant, moins de trois ans avant que n’éclatent les émeutes populaires d’octobre 1988, les deux leaders de l’opposition, MM. Ahmed Ben Bella et Hocine Aït Ahmed, que tant de choses séparaient, avaient signé à Londres dans la solennité une plateforme politique commune devant, en principe, conduire à une démarche unitaire leurs partis respectifs : le Mouvement pour la Démocratie en Algérie et le Front des Forces Socialistes. Mohamed Boudiaf, chef du Parti de la Révolution Socialiste, qui avait été sollicité dans son refuge de Kénitra, au Maroc, avait, par hostilité à son vieil adversaire Ahmed Ben Bella, catégoriquement refusé de se joindre à cette initiative tout comme Mohammed Harbi qui ne se voyait aucune proximité politique et idéologique ni avec le premier président de la République de l’Algérie indépendante dont il a, pourtant, été le conseiller le plus écouté au début des années 60 ni avec le rebelle de Kabylie qu’il avait désigné à la vindicte du peuple dans un inoubliable éditorial de Révolution africaine, organe officiel du Front de Libération Nationale.
Or, selon des responsables de premier plan du MDA et du FFS, le rapprochement de ces deux partis, médiatiquement retentissant, non seulement avait foiré pratiquement dès le lendemain de son annonce lors d’une conférence de presse dans les salons luxueux de l’hôtel Hilton du 22 Park Lane où logeaient les membres des deux délégations, à l’exception de Ahmed Ben Bella qui avait pris une suite avec sa famille à « The Montcalm » dans la bourgeoise Great Cumberland Place mais dégageait une forte odeur de dollars dont on soupçonnait l’origine libyenne. Un rappel historique concernant « Le Montcalm » : ce croiseur dépêché en Algérie a bombardé depuis la rade de Bougie les manifestants du 8 mai 1945 à Sétif et Kherrata faisant des centaines de morts. L’aide de camp de l’ancien chef de l’Etat ignorait, sans doute, jusqu’à l’existence de ce navire de guerre pour lui jouer ce mauvais tour sans conséquence politique par rapport aux querelles que soulèvera la Plateforme de Londres livrée clé en main par le FFS à un MDA qui subit une épuration idéologique de grande envergure touchant les « islamisants » ou les « cryptos islamisants » comme à l’époque de Staline concernant les trotskistes ou les cryptos trotskistes. Le FFS aussi n’avait pas échappé à la gronde de bon nombre de ses militants dont les tenants d’un berbérisme pur et dur qui voyaient dans cette alliance, même de conjoncture, une abdication devant l’arabo-islamisme de l’homme du mémorable « nous sommes Arabes, Arabes, Arabes… », ce cri lancé à l’aéroport de Tunis le 14 avril 1962, quelques jours avant la tenue à Tripoli du congrès du CNRA. Le « Rassemblement pour la Culture et la Démocratie » est, sans doute, l’enfant adultérin de cette défection au sein du FFS et de la Sécurité militaire qui l’a accouché, devant témoins, dans le bureau du général-major Larbi Belkheir avant même que le 1er article de la Constitution ne soit rédigé.
Si elle a libéré l’énergie populaire, la brèche du 5 octobre 1988 a joué un rôle de révélateur de l’état de fragmentation de la « société politique » : plus de 60 micro partis naissent, souvent à l’incitation du pouvoir, à la faveur de l’article 40 de la Constitution du 23 février 1989 qui a fonctionné comme un piège, selon les propos d’un très haut dignitaire du Régime, par lequel le pouvoir a, une fois encore, spolié le peuple de son droit à choisir librement son système social par l’élection d’une Assemblée constituante souveraine, une revendication que le FFS continue de porter sur ses fonts baptismaux bien qu’il ait flirté avec les institutions illégitimes en participant à des élections locales, législatives et présidentielles, en siégeant dans toutes les assemblées que le pouvoir a mises en place, donnant ainsi à l’étranger l’image d’une démocratie à l’œuvre, et en ayant en 1989-1991 un ministre dans le gouvernement de Mouloud Hamrouche en la personne de Abdessalam Ali-Rachedi et un autre ministre en 1991-1992 en la personne de Hocine Benissad dans le gouvernement de Sid Ahmed Ghozali, le Premier ministre des « élections propres et honnêtes » avant de se dédire sur l’ordre de Khaled Nezzar, ministre de la Défense nationale.
Le « contorsionnisme » politique auquel se sont livrés les partis, en particulier le FFS dont les changements stratégiques déconcertaient les électeurs (un coup, il choisit de participer aux élections, un autre coup, il les boycotte au gré de ce qu’il considère, à tort ou à raison, comme ses intérêts partisans qui ne concordaient pas forcément avec ceux des autres partis notamment le Front islamique du salut engagé dans une stratégie de la confrontation avec le pouvoir), a porté de graves préjudices à l’exigence de rassemblement pour faire échec à l’usurpation du pouvoir par le moyen de la force militaire. La passivité physique des partis qui ont remporté avec le FIS les législatives du 26 décembre 1991 arbitrairement annulées, pire la stigmatisation du vainqueur islamiste entre les deux tours par l’une des victimes du coup d’Etat, ont laissé penser au DRS et à l’état-major de l’ANP qu’ils pouvaient agir sans rencontrer de réelle résistance de cette société politique périphérique qui avait occupé avec une facilité et une rapidité déconcertantes les rues d’Alger. A posteriori, les militaires avaient raison de croire que seuls les éléments du FIS ou proche de lui allaient répondre à la violence de l’interruption du processus électoral et entreprendre des actions contre eux pour tenter de rétablir la légalité. Les autres protagonistes sont rentrés à la maison, abandonnant le droit à la force et laissant le FIS faire face à une armée qui avait, sans doute, étudié cette hypothèse si l’on croit les propos tenus en mars 1989 par le colonel Smaïn Lamari qui exhibait la nouvelle constitution à un opposant « islamiste » placé en résidence surveillée que je remercie de m’autoriser à me servir de son vécu : « – Par quel moyen comptez-vous prendre le pouvoir, questionne-il ? – Mais, des élections, mon colonel ! – Foutaise, répond-il. – Il me semble qu’il n’y a pas d’autres moyens que les élections dans une compétition démocratique… dit son vis-à-vis. – Non, il y a un autre moyen, suggère-t-il : les armes. Mais si vous prenez les armes, insiste-t-il, nous marcherons sur la tête de 100.000, 200.000 Algériens. – Mais, mon colonel, que faites vous de l’opinion publique internationale, ose son interlocuteur ? – Vous êtes naïf, monsieur… ! Aucun Etat ne viendra au secours des islamistes. Vous oubliez Hama, en Syrie… Hafedh El Assad a liquidé en 1982 plusieurs dizaines d’islamistes… Personne n’a bougé… Le régime syrien est encore plus fort et plus solide que jamais. » Ce dialogue qui m’a été confié dès 1989 est authentique, le lieutenant-colonel Mohamed Samraoui le confirme en partie en parlant lui-même de la volonté de son supérieur hiérarchique de liquider, s’il le fallait, 3 millions d’Algériens lorsque la violence a explosé en 1992.
Quand bien même le FIS est-il tombé dans un traquenard que les hommes du DRS lui avaient tendu, l’attitude de « l’opposition » qui se retrouvera au début du mois de janvier 1995 à Rome sous l’égide d’une association proche du Vatican jusque là inconnue pour conclure un « Contrat national », apparaît aux yeux de l’opinion publique algérienne comme une marque de pusillanimité. En effet, lorsque le FIS est sur le théâtre des opérations, les autres partis se réclamant de l’opposition sont sur le balcon.
La rencontre de Rome dont on parle encore aujourd’hui comme une « solution possible » à la situation politique du pays n’avait, en vérité, aucune projection stratégique ; chacun des participants dont certains ne représentaient qu’eux-mêmes comme Ahmed Ben Mohamed ou Abdennour Ali-Yahia, par exemple, nourrissait des visées tactiques. Quant à Abdelhamid Mehri, il sera, un an après, victime d’un « coup d’état scientifique ». Que pouvait alors valoir sa signature au nom du FLN au bas de ce « Contrat national » ? D’autre part, de quel poids pouvaient également se prévaloir Ahmed Ben Bella et Louisa Hanoune qui mangent aujourd’hui dans la gamelle du pouvoir ou même Abdellah Djaballah qui sera évincé à deux reprises des partis qu’il a fondés ? Le groupe de San’t Egidio a très vite implosé pour constituer une référence d’union de « forces politiques », même si le texte qu’il a produit reste dans la majorité de ses parties (de A à F) valable pour engager une politique de changement national que prône l’appel du 19 mars, le mal nommé, qui n’en fait d’ailleurs aucune mention, ce qui démontre de façon éloquente que, comme le pouvoir, l’opposition ne se revendique que de deux filiations idéologiques antithétiques : la proclamation de Novembre 1954 et la Plateforme de la Soummam du 20 août 1956 qui constituent, encore maintenant, la base matricielle de tout rassemblement politique. Le pouvoir a réussi pour des raisons d’intérêt commun à amalgamer les partisans de l’un et de l’autre courant, l’opposition qui n’est pas, en principe, fondée sur l’intérêt mais sur des idéaux doit pouvoir se regrouper selon l’adhésion à l’une ou à l’autre doctrine pour sortir de la culture FLN. La clarification des appartenances dogmatiques à partir de ces deux textes fondateurs qui n’ont pas les mêmes finalités comme chacun le sait ou devrait le savoir : l’un, la Déclaration de Novembre, veut « la restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques », l’autre, la Plateforme de la Soummam, optait, un peu moins de deux ans après, pour « la renaissance d’un Etat algérien sous la forme d’une République démocratique et sociale et non la restauration d’une monarchie ou d’une théocratie révolues », est plus que nécessaire pour faire prendre conscience à notre peuple des enjeux sociétaux qu’il doit affronter pour sa pérennité et des choix fondamentaux qui l’attendent. C’est, me semble-t-il, le rôle d’une opposition éclairée et éclairante que de s’y employer. Sinon, elle sera condamnée comme Sisyphe avec son rocher à un éternel recommencement.

Premier post-scriptum : En lisant certaines contributions, j’ai remarqué que l’on parle beaucoup de sincérité et de compétence dans ce quotidien en ligne. Il m’a semblé, (à tort?), que leurs auteurs se posaient comme des modèles de l’une et de l’autre qualité à l’exemple de Ahmed Rouadjia qui affiche son titre de docteur comme une preuve de son autorité scientifique. Je suis sûr que ceux qu’ils fustigent, peut-être à juste titre, dans sa diatribe « Le triomphe de la médiocrité et de l’incurie sur les compétences vraies » qu’il incarnerait, ont autant de références académiques que lui. L’homme en général, il ne s’agit donc pas de Rouadjia en particulier, est prisonnier de son ego comme l’insinue R.H Blyth dans ce texte chinois Hsin-Hsin-Ming (La Foi en l’Esprit) relatant une conversation entre Cheng-Tsan, le sage, et son disciple Tao-Hsin. Ce dernier vint s’incliner devant Cheng-Tsan et dit : « Je vous implore de m’accorder votre enseignement miséricordieux. Veuillez me montrer comment je puis me libérer. » Cheng-Tsan répondit : « Qui vous a enchaîné ? » « Personne, répondit-il. Cheng-Tsan dit alors : « Pourquoi, dans ce cas, me demander de vous libérer ? » A l’instant même Tao-Hsin réalisa la vérité.
Et dans « L’Archange empourpé », récit mystique de Sohrawardi, Henri Corbin qui l’a traduit et présenté reprend ce dialogue aussi significatif que le précédent : « – O Sage, cette Source de la Vie, où est-elle ? – Dans les Ténèbres. Si tu veux partir à la quête de cette Source, chausse les mêmes sandales que Khezr (Khadir) le Prophète, et progresse sur la route de l’abandon confiant, jusqu’à ce que tu arrives à la région des Ténèbres. – De quel côté est le chemin ? – De quelque côté que tu ailles, si tu es un vrai Pèlerin, tu accompliras le voyage. – Qu’est-ce qui signale la région des Ténèbres ? – L’obscurité dont on prend conscience. Car toi-même tu es dans les Ténèbres. Mais tu n’en as pas conscience. »
Dans son Apologie de Socrate I, 28, Platon écrit : « Il ne mène pas la vie d’un homme celui qui ne s’interroge pas sur lui-même. »

Deuxième post-scriptum : Le 19 juin dernier, date funeste pour le peuple algérien et l’Algérie de 1965, madame Zehira Houfani Berfas interpellait M. Hocine Aït Ahmed dont l’âge canonique oblige au respect pour lui demander de sortir de sa réserve et l’inciter à provoquer un choc salvateur, je reprends ses mots et je m’accroche au dernier qui a pour sens « ce qui sauve », autrement dit le « salut » que le Front islamique a proposé au peuple algérien qui l’a massivement accepté, les abstentionnistes ne comptent pas dans des élections démocratiques, le 26 décembre 1991. « Sauver l’Algérie » était aussi le mot d’ordre de Mohamed Boudiaf qui accepte de recevoir le bâton de maréchal des mains de ses fossoyeurs. La prise du pouvoir par le moyen de la force armée est un crime dont Mohamed Boudiaf s’est rendu complice. Quelques fois, il faut attendre des décennies pour découvrir la nature d’un homme. Sa position « anti-militariste » de 1962 exprimait finalement un mécontentement, une contrariété. « On peut, en effet, tout faire avec une baïonnette sauf s’asseoir dessus », avait dit l’illustre Talleyrand.
Cela dépend donc de qui ou de quoi, nous devons sauver cette Algérie qui, comme un enfant illégitime, aurait plusieurs pères. Je ne veux absolument pas déplaire à Madame Houfani Berfas mais je crois que seul le peuple est à même de choisir son sauveur. Peut-être n’aura-t-il même pas à le faire si Dieu lui en envoie un comme Il l’avait fait pour les Hébreux avec Moïse pour les sortir d’Egypte. Hélas pour lui et peut-être pour nous, M. Hocine Aït Ahmed ne porte pas les signes du libérateur.
Selon une de mes connaissances, il a été conseillé à M. Aït Ahmed de dissoudre le FFS peu après les émeutes d’octobre 1988 pour que la nouvelle génération n’ait pas à porter le poids de l’histoire marquée par le paradigme kabyle de ce parti et de fonder un vaste rassemblement démocratique, ce qu’il a refusé de faire. Peut-être que l’opposition aurait évolué différemment…
Il me revient à l’esprit cette réflexion de bon sens que Chadli Bendjedid avait confié à un de ses ministres après avoir reçu en 1990 le leader du FFS : « Cet homme, lui dit-il, ne rentrera jamais au pays et n’acceptera de gouverner l’Algérie que de Lausanne. »
Je ne fais, ici, que commenter des événements qui auraient pu produire des résultats tangibles sans cette psychologie de l’homme fort, de l’homme providentiel, qui a ruiné nos Etats et nos oppositions. Je témoigne, comme d’autres peuvent le faire en toute lucidité, que M. Hocine Aït Ahmed n’est pas en cause dans son opposition indéfectible à un pouvoir qu’il a combattu les armes à la main mais sa gestion exclusive et ses erreurs stratégiques. Mais le comportement de ses dirigeants ne fait pas de l’opposition cette fiction que ses adversaires du dedans et du dehors croient y voir.

Troisième post-scriptum : Avant d’envoyer ce mot, un peu long, je veux dire à des contributeurs qui récusent jusqu’à l’existence d’une quelconque opposition en Algérie qu’ils portent atteinte à la mémoire de milliers de victimes d’un système despotique que des hommes et des femmes continuent de combattre, avec les moyens dont ils disposent, de l’intérieur et de l’extérieur. S’ils ne demandent à personne de leur rendre hommage, il n’est pas nécessaire, non plus, de leur cracher dessus. Comme dit le proverbe africain : « Que ceux qui n’ont pas traversé le fleuve ne se moquent ni n’insultent les noyés. »


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9 Commentaires sur cet article

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  • Afif
    10 août 2010 at 0 h 37 min - Reply

    « Que ceux qui n’ont pas traversé le fleuve ne se moquent ni n’insultent les noyés. » C’est tout à fait juste, frère Es Seddik.

    La force du pouvoir, c’est la division de l’opposition qui a pris naissance dans la prison d’Aulnoy où étaient incarcérés les premiers dirigeants du FLN avant l’indépendance et qui dure jusqu’à ce jour.

    Cher Es Seddik, en ce qui concerne ton jugement suivant « En effet, lorsque le FIS est sur le théâtre des opérations, les autres partis se réclamant de l’opposition sont sur le balcon », je me dois de te faire remarquer que c’est le FIS qui refusait l’alliance avec les autres partis, par principe, parce que ces partis n’adhéraient pas à l’application de la Chariâ. A titre d’exemple, lorsqu’au mois d’avril 1991, le Groupe des 7 dont faisait partie le MDA et le RCD, a proposé au FIS le lancement d’une grève générale, le FIS a refusé, les a traités de sanafirs et leur a déclaré qu’il était en mesure de lancer une grève générale seul. Ce qu’il a fait en juin 1991, avec le résultat que l’on sait. Je me rappelle que pendant la grève générale de juin 91, les militants du FIS appelaient les militants des autres partis à la rescousse, mais ces derniers ne voulaient pas prendre le train en marche sans avoir participé au démarrage. Pendant l’affrontement armé entre le FIS et le Pouvoir, c’était le même topo. Voilà pour la remarque concernant le balcon.

    Cher Es Seddik, tu as fait une remarque très importante concernant l’antinomie fondamentale de la Proclamation du 1er Novembre et la Plate-forme de la Soummam, l’une proposant un projet de société dans le cadre de l’Islam et l’autre un projet de société n’ayant aucune référence à la religion. Or, qu’est-ce qu’on constate aujourd’hui ? L’absurdité assumée par beaucoup d’intellectuels et des chefs de partis qui se réclament de l’une et de l’autre et qui prétendent être en mesure de prendre le pouvoir avec de telles contradictions relatives au projet de société. Ces mêmes intellectuels et ces dirigeants de partis oubliant ou ne sachant pas que la Plate-forme de la Soummam dans sa partie idéologique et politique a été purement et simplement abrogée par le CNRA d’août 1957 et qu’on ne devrait même pas s’y référer : dans le cas contraire, qu’ils disent clairement que le FLN libérateur était dans l’erreur.

    Comme pour la Proclamation du 1er Novembre et la Plate-forme de la Soummam, la confusion concerne beaucoup d’autres sujets fondamentaux : par exemple, lorsqu’on évoque des personnalités nationales, on parle plus souvent de leur côté positif que de leur côté négatif, alors qu’il s’agit du destin d’une nation et que tout devrait être mis sur la table.




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  • khaled
    10 août 2010 at 10 h 39 min - Reply

    Excellent article. Je souhaiterai ajouter quelques remarques sur le sujet.

    A mon humble avis, la révolution algérienne a été dans son essence un initiative de baroudeurs qui laissa peu de place a la réflexion sur l’après-indépendance.

    Le but essentiel était la libération du pays du joug colonial.

    La construction de l’État Algérien devrait être en premier lieu la responsabilité des intellectuels Algériens quelque soit leur nombre réduit.

    A part les déclarations de bonne intention, aucune réflexion sérieuse n’a été faite d’une façon indépendante sur les contours du future État Algérien en incluant diffèrent aspects allant de l’Histoire a la sociologie durant et après la révolution.

    A mon humble avis, intelligentsia algérienne a failli a sa mission suprême pour des raisons qui restent a déterminer.




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  • Amar Ouerdane
    10 août 2010 at 18 h 11 min - Reply

    En contribuant à ce débat qui m’intéresse beaucoup, « Il faut sauver l’Algérie », je recommande aux intéressé(e)s, de lire l’article que j’ai publié dans le quotidien montréalais La Presse du 9 août 1997 intitulé : « Un cadre fédéral pour sauver l’Algérie ».

    Amar Ouerdane

    =========================
    Adressez votre article à la rédaction du QA. Merci.




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  • Amar Ouerdane
    10 août 2010 at 19 h 08 min - Reply

    Juste une rectification de la date du quotidien La Presse qui a publié l’article « Un cadre fédéral pour sauver l’Algérie »; Ce fut dans le journal La Presse mais daté du 24 septembre 1997.
    Désolé pour l’erreur!
    Amar Ouerdane




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  • Essedik
    11 août 2010 at 13 h 47 min - Reply

    Monsieur Afif, d’abord merci pour votre commentaire. Ce mot que j’ai envoyé était une réaction à ce que j’ai lu sur LQA à ce sujet. La rédaction a décidé de lui donner une visibilité, ce dont je la remercie également. Je ne vais pas entretenir le débat ou les controverses sur les événements de mai/juin 1991 (7+1). Chacun peut y apporter son vécu et son témoignage direct ou indirect. Il y a tellement d’éléments qu’il faudra un moment ou un autre clarifier à ce propos. Vous êtes sans doute assez bien informés pour savoir que les choses ne se sont pas déroulées dans la simplicité que vous décrivez. Elles sont autrement plus complexes, vous en conviendrez, comme l’a été la situation sujette à la manipulation que nous avons vu à l’œuvre.
    Je vais, si vous me le permettez, à l’essentiel de ma réaction. Vous avez parfaitement raison s’agissant de la remise en cause de certaines décisions de la Plateforme de la Soummam lors du Congrès du CNRA qui s’est tenu au Caire du 20 au 27 août 1957, notamment sa partie idéologique. Ce fait historique est totalement occulté. Les historiens de la guerre d’Algérie comme Mohammed Harbi, par exemple, ne lui accordent aucun intérêt. Le problème, pour moi, n’est pas de savoir si cette Plateforme est ou non frappée d’illégalité ou d’illégitimité, ce qui est le cas, alors qu’elle continue de servir de référence politique et doctrinale dans les institutions de l’Etat. Mon objectif est, modestement, de faire prendre conscience non pas aux intellectuels et aux acteurs politiques y compris les initiateurs de l’Appel du 19 mars qui s’en réclament mais à nos compatriotes des clivages entre les tenants de l’Algérie musulmane (Déclaration de Novembre) et ceux de l’Algérie algérienne (Plateforme de la Soummam) (Bien que le concept d’Algérie algérienne ne prend pas racine avec la Plateforme de la Soummam, il émerge en 1949 avec la crise berbériste). Je vous fais remarquer que cette Plateforme figure parmi les textes fondamentaux de l’Algérie indépendante sur le site officiel de la présidence de la République algérienne démocratique et populaire. Ce titre est à lui tout seul un programme qui donne l’orientation que l’Etat algérien a choisi de prendre. Quand je parle, personnellement, de la Plateforme de la Soummam c’est son esprit que j’évoque parce que celui-ci est encore bien vivant. J’estime qu’un vrai débat, sans concession, sur cette Plateforme devrait pouvoir être engagé pour mettre à nu ses réels objectifs d’instaurer une République laïque et démocratique avec les Européens d’Algérie. Vous serez surpris si je vous donnais les noms d’hommes d’envergure connus qui défendent les thèses de la Soummam alors qu’ils sont, généralement, considérés comme des « islamistes ».
    Le Kabyle Krim Belkacem que Dieu l’accueille en son vaste paradis a été l’un des plus acharnés adversaires des dispositions de la Plateforme de la Soummam notamment la révision du but numéro un de la révolution algérienne, à savoir restaurer la souveraineté de l’Etat dans le cadre des principes islamiques. Au cours de cette réunion du CNRA au Caire, Abane Ramdane est complètement isolé par les trois B qui prennent le pouvoir. Et quatre mois après, le 26 décembre 1957, Abane est assassiné. De ce point de vue, Krim Belkacem se rapprochait davantage de Ben Bella qui avait rejetait la Plateforme de la Soummam en gros et en détail que de Hocine Aït Ahmed qui, bien qu’il ne peut ignorer l’abrogation par le CNRA du 20 août 1957 de presque toute la Plateforme, continue à faire accroire à sa pertinence. Il eut été plus logique, pour moi, de retrouver au lendemain de l’indépendance côte à côte Ahmed Ben Bella et Krim Belkacem sur la base de la Déclaration de Novembre que de voir ce dernier et Hocine Aït Ahmed dans le même camp alors qu’ils n’avaient aucune affinité idéologique. Il me souvient que lorsque Krim Belkacem avait parlé en juillet 1963 au nom d’un Front des Forces Socialistes – le FFS naît officiellement le 29 septembre 1963 – dans une interview qu’il avait accordée au journal « Le Monde », Hocine Aït Ahmed avait réagi vertement par cette phrase assassine : « Cet homme ne représente que sa veste. » De son Ben côté, Ben Bella s’était aussi, curieusement, entouré de partisans de la Plateforme de la Soummam que la Gauche du FLN avait assimilée.

    (Je ne dispose pas d’Internet chez moi, je dois donc me rendre dans un cybercafé, selon mes disponibilités, pour pouvoir lire LQA).




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  • IKER
    11 août 2010 at 18 h 30 min - Reply

    mérci Monsieur EssediK pour votre bon article qui vient combler un peu notre trou (ou trop) de mémoire et nous donner quelques repères historiques.
    je vous serai bien reconnaissant si vous pouvez récidiver avec un article sur l’etat de résistance en kabylie, particulierement avec la saga des MCB et des comités citoyens (ARCHES).




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  • batni
    14 août 2010 at 4 h 46 min - Reply

    A Mr Affif,
    C’est la plateforme de la Soummam qui a explicitée tout en corrigeant l’appel du 1er Novembre, donc tout ce qui est en contradiction avec cette plateforme a été abrogée par celle-ci.
    Quel est cet homme censé qui peut être pour une théocratie????

    P.S :
    L’appel du 1 novembre a été abrogée par la plateforme de la Soummam qui elle-même a été abrogée par le CNRA au Caire qui lui-même a été abrogé par Ben-Bella dans une salle de Cinéma a Alger qui lui-meme a été abrogée par le redressement Révolutionnaire de Boumédiene eh 65 qui lui aussi a été abrogée par la charte Nationale de 76 qui a été abrogée par la Constitution de Chadli etc… qui elle-même a été abrogée par la derniere Constitution de Fakhamatouhou Bouteflika.
    Que nous reserve l’avenir???




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  • Afif
    14 août 2010 at 14 h 52 min - Reply

    A Batni : il ne peut pas y avoir de théocratie en Islam puisqu’on n’a pas de clergé hiérarchisé. Cependant, en terre d’Islam, les chefs d’état sont en même temps qu’hommes politiques des hommes de religion. Je cite à titre d’exemples connus les Premiers Califes, l’Emir Abdelkader. Il est recommandé dans un pays musulman que ses dirigeants et hauts fonctionnaires soient des exemples en matière d’érudition et de pratiques religieuses, surtout en matière d’honnêteté et de justice. Exemples concrets : l’Emir Abdelkader, le Colonel Amirouche, le Colonel Si Mhammed Bouguerra (W.4), personnalités qui ont fait l’objet de témoignages écrits.
    Mais aussi bien la Proclamation du 1er Novembre que le CNRA d’août 1957 n’exigent que le chef d’état soit un homme de religion : on en est loin, surtout en ce qui concerne la formulation du CNRA qui dit : « un état algérien démocratique et social, qui ne soit pas en contradiction avec les principes de l’Islam ». C’est le moins que n’importe quel algérien puisse exiger, et ce, même dans le cas d’une éventuelle cohabitation avec la communauté européenne si elle voulait rester.




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  • agraw
    12 février 2011 at 12 h 19 min - Reply

    Mr:Essedik,vous parler de sauver l’Algérie alors que vous récités le passé de nos révolutionnaire à l’exemple de Hocine ait Ahmed qui est le première qui est soulevé contre le première coup d’état de l’Algérie indépendante et celui qui défend l’assemblée constituante qui rassemblera tous les algériennes et algériens autour d’un projet social au modèle algérien;afin d’éclaircir la situation,comme disait NIXON au peuple américain que nous sommes riche en bien matériel, mais pauvres en lumière spirituelle,aujourd’hui nous sommes pris dans une guerre alors que recherchons la paix,nous sommes déchirés par les divisions alors que voulons l’unité,à une crise spirituelle, il faut que l’esprit trouve une solution. et pour la trouver,il nous suffit de regarder en nous- même.quand nous écoutons parler les meilleurs anges de notre être,nous les entendons célébrer les chose les plus simples,les plus fondamentales.-telles la bonté,l’honnêteté,l’amour et la charité.
    « La grandeur porte un vêtement modeste. »alors il suffit pas de raconter le passé,toute en nions le présent et voyons le future qu’est ce nous réserve,donc quelle est la solution ,perspective et avenir pour passer à la deuxième république,et c’est grave de rester inerte dans une situation grave ou l’Europe est à 27 nations,l’Asie;à l’heure des NTIC,de l’informatique,réveillons nos esprits avant que le train de l’évolution nous le raterons encore une fois,réveillons nos consciences et nos esprits afin de concilier les valeurs universelles et la spiritualité.AGRAW




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  • Congrès du Changement Démocratique