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24 March 2017

Vous avez dit Al-Qaïda au Maghreb ?

Terrorisme : La piste des services algériens évoquée

Vous avez dit Al-Qaïda au Maghreb ?

DÉCODAGE

Le Soir de Bruxelles, 12 août 2010

Le décès dramatique du Français Michel Germaneau, enlevé le 19 avril dans le nord du Niger par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), n’a certainement pas encore livré tous ses secrets. Les ravisseurs avaient annoncé l’exécution du militant humanitaire le 25 juillet, soit trois jours après un raid militaire franco-mauritanien sur le sol malien contre ce qui a été présenté comme une base de l’Aqmi, raid qui aurait coûté la vie à sept « djihadistes », selon Nouakchott. Le corps de Germaneau qui, selon certaines supputations, aurait pu décéder plusieurs semaines plus tôt – il avait 78 ans et un cœur malade –, n’a pas encore été retrouvé, mais sa mort est bel et bien considérée comme acquise par la France.

Au-delà des polémiques qui se sont développées depuis lors – notamment les accusations de l’Aqmi soutenant que ce raid a été lancé alors que des négociations sur un échange de l’otage contre des prisonniers islamistes étaient en cours, ce que Paris dément fermement – il n’est pas inutile de revenir sur ce mouvement, l’Aqmi, qui demeure enveloppé d’un halo de mystère malgré les assertions de plusieurs « spécialistes ».

Que sait-on sur l’Aqmi ? Selon la version relayée par les médias, l’Aqmi procède d’un groupe terroriste algérien créé en 1998, le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), lui-même une dissidence des tristement célèbres GIA (Groupes islamiques armés) qui firent régner la terreur durant la « sale guerre » dans l’Algérie des années 90.

En décembre 2006, ce qui restait du GSPC dans le maquis algérien fait allégeance de manière spontanée au réseau cher à Oussama Ben Laden, devenant dès janvier 2007 Al-Qaïda au Maghreb islamique (l’Aqmi), sorte de « groupe franchisé » autoproclamé de la « Base » (Al-Qaïda, donc) en Asie, sous la férule d’un certain Abdelmalek Drougbel. Ces informations proviennent surtout de sites internet réputés proches des groupes en cause.

Contrairement au très algérien GSPC, l’Aqmi va veiller à élargir son rayon d’action vers le Sud, dans l’immense zone désertique du Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, principalement), un terrain aux frontières poreuses dominé par les tribus nomades parmi lesquelles toutes sortes de trafiquants et contrebandiers agissent au grand jour. Des membres de l’Aqmi se livreraient eux-mêmes à divers trafics lucratifs, quitte à adopter un profil plus mafieux qu’islamiste…

Des dizaines d’attentats et de prises d’otages, revendiqués ou non, sont attribués à l’Aqmi ; des rançons (officieuses) et des libérations de détenus en échange ont réussi à faire libérer la plupart des otages. Mais quatre Français et un humanitaire américain sont assassinés en Mauritanie en 2007 puis un otage britannique en 2009 ; deux Espagnols enlevés le 29 novembre dernier restent détenus et ce mardi encore, l’enlèvement de deux Maliens était attribué à l’Aqmi.

La lutte contre l’Aqmi, dont les « katibat » (phalanges) en dehors de l’Algérie compteraient selon les diverses estimations au total entre 200 et 500 hommes, est rendue difficile par la nature hostile du terrain. Des forces spéciales américaines opèrent depuis les années Bush sur place en tant que conseillers des forces africaines des régimes alliés tel le Mali.

Voilà pour la version véhiculée par les États concernés, nombre d’« experts » et aussi la presse en général.

Il y a au moins une autre théorie. Selon des spécialistes, le GSPC n’était autre qu’une création des services secrets de l’armée algérienne (l’ex-Sécurité militaire rebaptisée DRS, Département du renseignement et de la sécurité), qui exerce la réalité du pouvoir à Alger.

« Le “terrorisme résiduel” du GSPC est un des instruments (des chefs de l’armée algérienne) pour consolider leur mainmise sur les richesses du pays et pour se légitimer auprès des puissances occidentales, en particulier auprès des États-Unis grâce à l’adhésion à la “Global War on Terror” de l’administration Bush » après les attentats du 11-Septembre, écrivent ainsi l’éditeur français François Gèze et la journaliste algérienne Salima Mellah sur le site algeria-watch dans un article bien documenté de 72 pages datant de 2007.

Et si le GSPC est manipulé – au moins au niveau de certains de ses chefs – par les « services » algériens, l’Aqmi doit répondre au même schéma. L’assertion n’offusquerait sûrement pas le Britannique Jeremy Keenan, un anthropologue à l’expertise non contestée qui arpente le Sahel depuis quatre décennies. Selon l’universitaire qui connaît un nombre important de sources sur place (et vient d’écrire deux livres sur le sujet), les services secrets américains, après le « 9/11 », ont même collaboré avec le DRS dans des coups tordus dans le Sahel.

S’exprimant sur le site d’Al-Jazeera en anglais (1) à propos de l’affaire Germaneau, il voit aussi l’ombre d’Alger : « Il existe des contacts étroits entre la cellule d’Abdelhamid Abou Zaïd d’Aqmi et le DRS, Zaïd étant lui-même considéré comme un agent du DRS. Pour cette raison, les habitants de la région, de plus en plus remontés contre les soi-disant activités d’Al-Qaïda, se réfèrent souvent à l’Aqmi comme “Aqmi/DRS”. Ainsi, les derniers mots attribués au colonel Lamana Ould Bou, du service malien de la sécurité d’Etat, peu avant son assassinat à Tombouctou le 10 juin 2009, furent : “Au cœur d’Aqmi, il y a le DRS”… »

Mais pourquoi cette duplicité algérienne ? Pour Keenan, Alger veut prouver aux pays de la région « leur incapacité à détruire Al-Qaïda et à assurer leur propre sécurité, tout en démontrant que la seule puissance régionale capable d’assurer ce rôle est l’Algérie. Toute la stratégie du DRS en créant l’Aqmi dans la région sahélienne en 2006, a été de convaincre les Occidentaux, et en particulier les Etats-Unis, du rôle indispensable de l’Algérie comme gendarme régional ».

En tout état de cause, la prudence s’impose. Cité sur un blog du Monde diplomatique, Antoine Glaser, directeur de la Lettre du continent, en atteste : « En tant que journaliste, j’ai toujours été très méfiant dans la couverture du terrorisme, que ce soit en Algérie même ou dans les pays du Sahel. Le journalisme atteint très vite ses limites puisque l’on ne peut pas recouper l’info avec ces terroristes eux-mêmes. (…) Pour le coup, en ce domaine, on se fait balader par tout le monde. »

BAUDOUIN LOOS

(1) Le site www.rue89.com a publié la traduction en français de l’article.


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2 Commentaires sur cet article

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  • still
    15 août 2010 at 21 h 57 min - Reply
  • VERITAS
    16 août 2010 at 11 h 03 min - Reply

    Lundi 29 décembre 2008 1 29 /12 /2008 12:27

    Robin Cook : « Al-Qaïda n’est qu’une campagne de propagande »

    Les militaires américains usent d’un terme générique- Al Qaida- pour désigner les résistants qui osent leur résister…

    Déclaration de Robin Cook, ancien Ministre des Affaires Etrangères de Grande Bretagne :

    « La vérité, c’est qu’il n’y a pas d’armée ni de groupe terroriste dénommé Al-Qaïda. Et tout officier des renseignements un tant soit peu informé le sait.
    Mais une campagne de propagande est orchestrée pour convaincre le public de l’existence d’une entité non identifiée qui représente le « diable », dans le seul but d’amener le téléspectateur à accepter un commandement international uni pour une guerre contre le terrorisme. Le pays qui se trouve derrière cette propagande est les USA. Al-Qaïda, littéralement « the data-base » (la banque de données) constituait à l’origine, le fichier informatique des milliers de Mujahideen recrutés et entrainés par la CIA pour combattre les Russes ».

    Cook confirme simplement les propos d’autres spécialistes tel Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la défense nationale, qui a déclaré devant le Sénat « la guerre contre le terrorisme est un conte mythique historique ».

    Lisez plutôt cet article du Los Angeles Time sur le documentaire de la BBC « The power of nightmares » (La puissance des cauchemars) qui montre combien la menace d’Al-Qaïda a été amplifiée et l’article sur les hommes des USA qui se trouvent à l’origine de cette manipulation.

    Non seulement le gouvernement US a organisé le battage médiatique autour d’Al-Qaïda, mais il est de plus à l’origine de nombreuses fausses alertes terroristes servant à effrayer les peuples.

    Il existe un mot pour désigner cette volonté délibérée de créer la peur dans le but de manipuler l’opinion à des fins politiques : le terrorisme.

    http://www.globalresearch.ca/index….
    26 décembre

    N’hésitons pas à leur envoyer nos vieux godillots pourris… ils le valent bien ! The White House 1600 Pennsylvania Ave NW Washington, DC 20500 USA
    http://bellaciao.org/fr/spip.php ?article76751

    Trouvé dans le panier de crabes
    http://changementclimatique.over-blog.com/article-26225171.html

    Par Ferlinpimpim – Publié dans : Politique – Co

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    « Nous avons besoin d’un ennemi commun  » Dixit Condolezaa Rice dite CRUELLA !




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