Édition du
23 March 2017

"Non seulement je te malmène mais narhik (je te broie) !»

Les rassemblements des mercredis empêchés

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran, 21 août 2010

Les familles des disparus ont tenté, mercredi dernier, d’esquiver la répression policière en tenant leur rassemblement symbolique en début d’après-midi plutôt que durant l’habituelle matinée.

« SOS Disparu(e)s et Collectif des familles de disparu(e)s» ont donné mercredi rendez-vous à leurs adhérents pour tenir leur sit-in hebdomadaire à partir de 13 h au lieu du matin. L’objectif était de détourner les regards des services de police qui se sont braqués sur eux, et ce, depuis plusieurs mercredis de suite, pour les empêcher férocement de tenir leur rassemblement symbolique «Contre l’oubli et pour la Vérité». Mais, en ce matin pluvieux du mercredi, les animateurs du rassemblement devaient compter sans la main de fer des nombreux agents de sécurité qui avaient pris position tôt le matin à proximité du siège de la Commission consultative nationale de la protection et de la promotion des droits de l’Homme (CCNPPDH) et tout autour de la place Addis Abeba, contrôlant tous les allers et venues des ruelles débouchant sur la place en question.

Il pleuvait beaucoup quand la quarantaine de personnes représentant les familles des disparus voulaient s’approcher du siège de la CCNPPDH. Les agents de l’intervention policière foncent sur elles pour les en empêcher. «Je suis médecin, vous n’avez pas le droit de me malmener», dit un manifestant à la main de l’officier qui l’a pris par le cou et poussé. Surnommé «le rouquin», l’officier lui jette à la figure: «le médecin c’est à l’hôpital, non seulement je te malmène mais narhik (je te broie) !» Il s’acharnera aussi contre l’avocat de SOS Disparu(e)s, Maître Amine Sidhoum. «L’avocat, c’est au tribunal, pas ici !», lui dit-il.

Résultat de cette autre démonstration de force policière, le transfert de Slimane Hamitouche (encore lui) et Moussa Bourfis (le médecin bousculé) vers le commissariat du 9è arrondissement. Pour rappel, Hamitouche a été déjà interpellé mercredi dernier et pris au commissariat «pour attroupement illégal.» Leur collègue Hassan Ferhati estime qu’il l’a été «parce que c’est un jeune qui a une force de caractère remarquable». Tout autant que son collègue, Hamitouche sera relâché durant les heures qui suivront comme il l’a été la semaine dernière après la signature d’un PV attestant qu’il participait à un attroupement illégal. «Ça fait 12 ans qu’on tient notre rassemblement, personne ne nous a rien dit et aujourd’hui, vous découvrez qu’il est illégal», a dit Hamitouche au commissaire, selon Hassan Ferhat.

Les manifestants ont été poussés vers la porte du palais du peuple pour ensuite être mis dans un bus public et transportés loin des lieux de la discorde. «C’est le dernier avertissement !», leur a lancé l’officier. Ferhat relèvera cependant un fait marquant. «Le commissaire qui était présent sur les lieux, celui qui nous a violemment malmenés la semaine dernière, a été très indulgent cette fois avec nous, il a ordonné à ses agents de ne pas nous frapper», nous affirme-t-il. La présidente de SOS Disparu(e)s, Fatima Yous, promet de revenir mercredi prochain sur les lieux du rassemblement. «Nous continuerons de le tenir comme d’habitude», nous dit-elle. «J’ai dit au commissaire que nous serons toujours là», nous dit Ferhat. «Nous aussi, nous serons toujours là,» lui a répondu le commissaire.

L’on s’interroge sur le pourquoi de cette subite levée de boucliers contre des manifestations qui ont toujours été pacifiques et qui ne gardent comme moyens d’expression que les photos de leurs proches disparus qu’ils brandissent chaque mercredi des douze années écoulées depuis qu’ils ont juré de s’interdire l’oubli et de rechercher la Vérité. L’on s’interroge si en recevant les responsables des services de sécurité, le président a été informé sur la répression qui s’était abattue, mercredi dernier, sur des vieilles personnes, des mères en général, venues implorer calmement les institutions de l’Etat. Le président de la CCNPPDH, Maître Ksentini, affirme n’être aucunement responsable de la soudaine décision d’interdiction du rassemblement des familles des disparus. Il n’en a d’ailleurs pas la prérogative. Reste à savoir qui a décidé de mettre de l’huile sur le feu en tenant à étouffer la revendication légitime d’un droit, puisque constitutionnellement reconnu, qui est celui d’exiger que la lumière soit faite sur le manquement de l’Etat à sa responsabilité de protéger les personnes et les biens. Un droit que le chef de l’Etat a (re)confirmé lors de son audition, mardi, du ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales.


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8 Commentaires sur cet article

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  • SAID
    21 août 2010 at 12 h 23 min - Reply

    OU EST LA SOLIDARITE DU PEUPLE AVEC LES DISPARUS ?

    OU SONT CEUX QUI ONT VOTE POUR LES DISPARUS ??

    C’est dans de pareilles occasions qu’on mesure les forces de l’opposition.




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  • F. Messaoud
    21 août 2010 at 14 h 14 min - Reply

    Vous avez dit un officier « rouquin » qui malmène médecins et avocats?
    Cela me rappelle un certain « rouquin » bras droit de Kasdi Merbah qui m’avait torturé en 72 à la caserne de Bouzaréah. C’était un certain Benhamza.
    Aux courageuses familles de disparus, prenez en photo ce « courageux » officier rouquin et essayez d’avoir son nom et nous diffuserons le tout sur tous les sites du monde.
    Narhik : un langage de tortionnaire névrosé indigne d’un officier. Où est l’Etat?




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  • mohamed nassim
    21 août 2010 at 15 h 12 min - Reply

    Ce rouquin ou plutot requin a ete entraine par le system pour le servir et le proteger. Le system Algerien a inculque a ces policiers qu’ils sont l’etat et que le peuple est leur ennemi. j’ai eu affaire aux policier il ya plus de 20 ans lorsque j’etais etudienat et on m’a lance segam rouhek rak tahder ma3a edawla. C’est a ce moment la que je me suis rendu compte que le policier Algerien n’est pas la pour proteger l’algerie et son peuple mais il est la pour servir ses maitres qui le dresse contre ses propres freres.




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  • citoyen
    21 août 2010 at 16 h 38 min - Reply

    1972,il ya 20 ans, si la population ne bouge pas ds 50 ans se sera pareil dommage.




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  • hacene
    21 août 2010 at 22 h 33 min - Reply

    bonsoir
    cela me rappelle mes annees 90-91 ou au cycle clinique , le ministere de l’Enseignemnt superieur nous a prolonge’ le cursus universitaire de tout un semestere ,pour passer au systemme annuel , le comble dans tout ca c’est sans accune concertation que ca aete’ fait. on s’est retrouve’ avec un semestere en plus pour refaire les memes modules ,au lieu d’ajouter un autre sementre dans l’internat qui aurait pu etre plus benefique. bref. on a fait une greve nationale qui dure’ presque 04 mois . je me rappelle que j’ai ete menace’ par des polciers en civil, qui m’ont interdi de faire des declarations a un journaliste sous peine d’etre fiche’ au commissariat.
    je me demande quel sentiment a ce policier  » rouquin » en traitant un medecin de la sorte .le jour ou il se presentera aux urgence en tant que malade …..aura t-il de la honte… je ne pense pas .
    pardon de l’erreur ce policier ne va pas au urgences c’est plutoT LES GLYCINES ,L’AUTRE ALGERIE .




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  • slam
    22 août 2010 at 15 h 15 min - Reply

    Le pouvoir, en matraquant les familles des disparus, montre clairement sa volonté de ne pas régler la question des disparitions forcées.Il sait parfaitement que plusieurs exactions ont été délibérément commises par des agents de l’état et qu’il lui est difficile voire impossible de les juger et réprimander.
    Le pouvoir use de stratagèmes pourris pour lasser les manifestants et les amener à renoncer à leurs revendications légitimes pourtant consacrées par la Constitution algérienne.
    S’il est parfaitement vrai que certaines vérités sont difficiles à révéler, celle des disparitions forcées est doublement nécessaire à être dite car il y va d’un devoir de mémoire et d’observation de deuils!
    En tout cas, j’apporte mon soutien indéfectible à tous ceux qui recherchent la Vérité , luttent contre l’exclusion et l’oubli.

    Ammi Smail




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  • Dani
    24 août 2010 at 16 h 56 min - Reply

    C’est une honte de malmener les famille des disparus! Mais de grâce mettez, au moins, une photo de l’evènement car cette photo-là représente un jeune Kabyle entre les mains des forces de repression Algérienne. Elle date de 2001.

    Merci

    ===================
    Ces forces de répression malmènent un ALGERIEN avant tout !!
    Merci.
    La Rédaction LQA




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  • brahmi16
    27 août 2010 at 0 h 57 min - Reply

    Mais qui nous sauvera de ces predateurs. Nous pauvres citoyens sans defense qui avons les pieds et les poings liés devant la cruauté de ces assoiffés de sang .Nous sommes sans defense devant cette brutalité aveugle et gratuite qui s’ abat sur nous.Nous sommes constamment humilies ,battus, meprisés, insultés, volés, escroqués,empoisonnés,torturés,menacés,ignorés,etc, par la justice,la police,la mairie,les gendarmes, les militaires,les wali,les impots,les commerçants les industriels, les hopitaux, les medecins, les avocats,etc, etc.TOUS profitent de l’ anarchie pour s enrichir illegalement et d ‘abuser de leur pouvoir , meme si cela se fait au détriment de la morale et de nos vies .Qu’importe le flacon pourvu qu’ on ait l’ ivresse.Dans ce pays, il n’ y a que les criminels et les personnes capables de se defendre qui peuvent vivre decemment.Qui viendra à notre secours, nous les millions de faibles, qui vivons le calvaire au quotidien.




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  • Congrès du Changement Démocratique