Édition du
22 July 2017

Hommage à Hocine Bouzaher

Par Abdelkrim Badjadja

Hocine Bouzaher (Salim)
Nom de guerre: Salim.
Né le 5 janvier 1935 à Liana près de Biskra, fils du Cheikh Zoheir Ezzahiri.
Décédé à Alger le 22 août 2010.
J’avais fait la connaissance de Si Salim à Alger lors de mon passage à la tête de la Bibliothèque Nationale d’Algérie (1991-1992). Si Salim et son épouse m’avaient alors soutenu dans deux épreuves difficiles : la maladie grave de mon épouse ayant entraîné sa mort, et les problèmes rencontrés avec le ministère de la culture qui avaient abouti à mon départ de la BN.
Si Salim était un personnage entier, doux et affable dans les relations de confiance, colérique et autoritaire face à la mauvaise foi. Sa probité légendaire m’avait incité à lui déléguer devant notaire tout pouvoir sur mon logement d’Alger et sur mes comptes CCP et bancaires, cela en août 2002, avant mon départ aux Emirats. Je ne l’ai pas revu depuis, n’étant plus retourné en Algérie. Mais les contacts fraternels se sont poursuivis par téléphone et par mail.
Je l’avais appelé au début de cet été ayant appris par mon fils qu’il était malade. J’ignorais alors qu’il s’agissait de notre dernier entretien !
Il faut dire que Si Salim ne vivait pas au rythme d’un retraité : levé tôt le matin, il partait écumer les centres d’archives et bibliothèques, fouinant archives et documentation en vue de livres toujours en préparation. Il s’oubliait à la tache, si bien qu’en rentrant chez lui le soir, il n’avait presque pas mangé de la journée. Ce rythme qu’il s’était imposé lui a été fatal !
En dépit de l’éloignement, il avait tenu à me dédicacer au fur et mesure ses livres. Malheureusement, je ne pus lui rendre la pareille : mes deux livres que je lui avais expédiés à Alger avaient été saisis par la Douane.
De sa biographie, je livre ci-dessous les extraits d’une lettre qu’il m’avait chargé de transmettre à notre grand ami Gilbert Meynier à l’occasion d’un échange sur le livre « Histoire intérieure du FLN (1954-1962) ».
« 1- Gilbert Meynier aurait du préciser, en page 484 de son livre « Histoire intérieure du FLN 1954-1962 », de quelle édition du bulletin FLN « Résistance algérienne » il s’agit. Est-ce l’édition A, B, ou C? En fait, c’était la B , bien sûr.
« 2- Bouzaher adhére à la juste remarque de Meynier, faite en page 485, relative aux « authentiques militants » et aux « fonctionnaires buraucrates khobzistes ».
« 3- Le Bulletin « Résistance Algérienne », édition A imprimée à Paris, avait cessé de paraître à cause de l’attitude négative des ouvriers de l’imprimerie qui avaient refusé de poursuivre son impression sur ordre de la cellule PCF du lieu (de l’imprimerie parisienne).
« 4-Le Bulletin « Résistance Agérienne », édition B imprimée à Tétouan, avait été lancé par BOUDIAF au cours de l’été 1956. Son premier responsable fut Ali HAROUN. Rédacteurs: BOUZAHER Hocine (dit Selim, l’auteur de la présente lettre), MOUSSAOUI Sadek (Mahieddine), et le bilingue BOUABDELLI Ahmed (Mamadou), puis Zahir IHADDADENE.
Il s’agissait du moyen de base d’EL-MOUDJAHID-Journal, auquel  s’adjoindront Réda MALEK et Frantz FANON, à Tétouan toujours.
« 5- Le Bulletin « Résistance Algérienne », édition C, elle aussi bilingue, n’avait pas le poids de la précédente (cad. la B ), ni son impact.
L’édition B de « Résistance Algérienne » était diffusée intelligemment (aux partis politiques, ambassades, gouvernements, bibliothèques nationales, presse internationale, etc). Exemple: La Library   of Congress (USA) était l’une des destinataires du Bulletin B.
« 6- Hocine Bouzaher est l’auteur de l’article cité (du numéro 10 de Résistance algérienne A) en haut de la page 485, et que Meynier juge « remarquablement rédigé ». Bouzaher a étudié le latin pendant six ans au lycée Saint Augustin de Annaba, où il a présenté le Bac série B.
Donc, Mandouze, que nous respectons,  n’est pour rien dans le choix du titre de l’article comparant les résistances françaises et algériennes. (Bouzaher, qui était responsable de la section UGEMA de Bordeaux, avait accueilli Mandouze au meeting organisé à l’AIGLON,le 21 février 1956).
« 7- Bouzaher, auteur de l’article, était le principal rédacteur de « Résistance Algérienne », édition B. Il avait continué à contribuer à ELMoudjahid tout  au long de la Guerre (en militant à la fédération de Tunisie en 1958 et 1959, avant de rejoindre la fédération de France, où il était le collaborateur  de Ali HAROUN, membre du comité fédéral chargé notamment de l’information et de la détention).
« 8- Bouzaher a publié chez MASPERO, en 1960, le premier ouvrage de la collection VOIX: DES VOIX DANS LA CASBAH (pièces de théâtre et poèmes libres), aussitôt saisi par le Gouvernement de de Gaulle.
« 9- Bouzaher est co-fondateur de l’UGEMA, membre du Conseil National de l’UGEMA. Dès l’ordre de grève lancé (en mai 1956), il avait quitté clandestinement la France , où il était étudiant, pour éviter d’être arrêté.
Bouzaher avait commencé à militer en 1950, à Guelma, au sein du PPA/MTLD. Il était l’ami personnel de Mohamed BOUDIAF.
« 10- Bouzaher a publié à Alger, aux Editions HOUMA:
a) un roman : « Le printemps vient en hiver »
b) « L’indépendance au jour le jour. Dates, dits et documents »; Préface de B.BENKHEDDA
c) « La justice répressive dans l’Algérie coloniale », Préface de Ali HAROUN.
« Ces livres sont les 8ème ,9ème et 10ème ouvrages de Bouzaher, qui prépare un autre ouvrage sur l’empire colonial français, et regroupe tous les articles dont il est l’auteur, et qui avaient été publiés dans « le Jeune Musulman » (1953-1954), « El MOUDJAHID », « Résistance Algérienne » édition B, « REVOLUTION AFRICAINE » (jusqu’en 1994).
ALLAH YARHAM SI SALIM
A DIEU NOUS APPARTENONS, A DIEU NOUS RETOURNONS.
Abu Dhabi le 23 août 2010
Abdelkrim BADJADJA

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8 Commentaires sur cet article

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  • Amar MOHAND AMER
    23 août 2010 at 16 h 34 min - Reply

    Un grand homme nous a quittés. L’ami des chercheurs.




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  • Linda Amiri
    23 août 2010 at 18 h 11 min - Reply

    J’ai eu l’occasion de rencontrer M. Bouzaher lors de mon premier séjour de recherches à Alger. Avec lui, j’ai arpenté les rues de la ville, rencontré des témoins clefs de la Révolution. Assidu des bibliothèques et des centres de recherches, il m’a été très précieux dans ma quête d’archives. Reposes en paix Si Salim




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  • Salah Bouzid
    24 août 2010 at 6 h 41 min - Reply

    Une plume chatoyante. Une culture profonde et authentique. Une dignité exemplaire.

    La discrétion qui dit long, le regard vif, l’amabilité du collègue Sonatrach.

    Quand la fiction est réelle, et le roman devient poésie. La bonté du père, du frère, du voisin, tel nous te connaissions. Ya rabi arham amna Si Salim ould Si Zoheir en cette nuit de Ramadan.




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  • Amar MOHAND AMER
    24 août 2010 at 15 h 47 min - Reply

    Hocine Bouzaher, un Algérien intègre.

    Il nous a quittés, le vieux militant en colère
    L’ami des chercheur(e)s
    L’honnête homme
    Combien de portes, solidement cadenassées, se sont, grandement ouvertes, grâce à sa détermination et à son engagement à servir la science.
    Celles et ceux qu’il a aidés, n’oublierons jamais, le vrai patriote, l’Algérien intransigeant, le semeur d’espoir…
    Reposes en paix, Si Salim

    Oran, le 23 août 2010
    Amar MOHAND-AMER




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  • Ali khodja Med
    26 août 2010 at 2 h 11 min - Reply

    un homme intégre,juste et bon ,qui restera toujours dans nos coeurs ,si salim repose en paix.




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  • DEHAMCHI
    26 août 2010 at 13 h 09 min - Reply

    A SONATRACH EN TOUT CAS IL M’ A LAISSE UN TRES BON SOUVENIR ET UNE TRES BONNE IMPRESSION
    PATRIOTE-HUMBLE-FRANCHISE(sonatrach l’ancienne sourtout pas l’actuelle…)




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  • Abdelaziz
    5 septembre 2010 at 0 h 06 min - Reply

    Je suis originaire du même village que lui, né pendant la guerre d’indépendance, la famille Bouzaher a donnée de nombreux chouhada à l’Algérie, Allah yarhmou.




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  • bouzaher abdelkrim
    31 mars 2015 at 21 h 41 min - Reply

    khouya laaziz sidi hocine: tu es parti comme mama et comme baba sans m’avertir sans me dire un mot. je me retrouve seul esseulé. allah yarhamkoum




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  • Congrès du Changement Démocratique