Édition du
26 March 2017

La démocratie, seul remède à la « maladie hollandaise » de l'Algérie

In Algeria-Watch.

Histoire secrète du pétrole algérien

Hocine Malti

Sortie du livre le 2 septembre 2010


Conclusion

La démocratie, seul remède à la « maladie hollandaise » de l’Algérie

Cette « histoire secrète » du pétrole algérien, commencée dans l’effervescence des premières découvertes françaises puis dans l’enthousiasme des jeunes ingénieurs de l’Algérie indépendante, se referme donc sur le constat amer d’un pays profondément gangrené par les dégâts de cette « maladie hollandaise », ce Dutch Disease que j’évoquais en introduction. Ce n’est cependant pas la fin de l’histoire, car le pétrole et le gaz algériens sont toujours présents et le seront encore durant quelques décennies. Et si le système de gouvernance que le pays a connu jusqu’à ce jour continue à prévaloir à l’avenir – pas avec les mêmes hommes bien entendu, mais avec leurs clones -, alors son état de santé se détériorera plus encore et le peuple sera toujours plus malheureux. Et pourtant, s’il y avait des degrés dans le malheur, on pourrait dire que l’Algérie a presque atteint le sommet de l’échelle. Mais quelles souffrances peut encore endurer ce peuple ? Qu’y a-t-il de plus horrible qu’une guerre civile qui a déjà coûté la vie à 200 000 de ses enfants ?

Les manifestations de désespoir que l’on enregistre depuis les années 2000 montrent hélas que l’on est encore loin du summum de l’horreur. Les jeunes Algériens ont bien compris que les richesses en hydrocarbures de leur pays ne leur appartiennent pas, ne servent pas à faire leur bonheur, que dis-je, ne permettent pas leur survie. Et ils ne rêvent que d’une chose : fuir vers l’étranger. Y compris en se jetant à la mer, sur une embarcation de fortune, avec une mort quasi-certaine au bout du voyage. Ces jeunes disent : « Je partirai n’importe où, mais je ne resterai pas ici. Mieux vaut être mangé par les poissons de la Méditerranée que par les vers de la terre d’Algérie. » Quelle pensée horrible ! Dans quel gouffre de désespoir doivent se trouver ces hommes qui, à l’âge de 20 ou 25 ans, envisagent avec une telle froideur de mettre ainsi fin à leurs jours ?

Et comment réagit le pouvoir face à ces tentatives de suicides collectifs ? Il jette en prison ces boat people d’un genre nouveau, qui se sont donné le nom très expressif de « harragas », ceux qui ont tout brûlé autour d’eux, passé, présent et avenir. Ceux qui ont perdu tout sentiment de tendresse ou d’amour, toute humanité vis-à-vis de leurs parents, leurs frères, leurs s?urs, leurs voisins ou leurs amis. Les quelques maigres biens qu’ils possèdent ne représentent plus rien pour eux, leur vie n’a plus de sens à leurs yeux. Après avoir poussé une grande partie de l’intelligentsia du pays vers l’exode, le pouvoir des Larbi Belkheir, Smaïn Lamari, Tewfik Médiène, Khaled Nezzar, Abdelaziz Bouteflika et consorts en est arrivé à faire de la majorité des jeunes Algériens des zombies, alors que, si rien ne change, les deux ou trois prochaines générations de leurs propres enfants se pavaneront dans la richesse et le luxe.
Tous ceux qui gardent encore quelque espoir sont bien convaincus que ce niveau d’injustice et d’horreur ne peut perdurer, qu’il faudra bien que les choses changent un jour. Ah ! Le changement. Voilà le mot qu’il ne faut surtout pas prononcer dans l’Algérie de 2010. Quand on évoque la possibilité de changement, que répondent les hommes au pouvoir ? Qu’il n’y a personne pour les remplacer. C’est là encore un des succès de ce régime machiavélique, puisqu’il a réussi à amener une part importante de la population à en être convaincue.

Et de fait, dans le système de cooptation actuel, il n’y a vraiment personne pour prendre la relève. Parce que cette cooptation se limite à puiser les candidats aux postes de très hautes responsabilités dans le même vivier, dont ils ont épuisé toutes les disponibilités, un vivier mis en place voici plus de cinquante ans. Pratiquement à la même date que la découverte du pétrole. Il n’y a personne, parce que pour les hommes du système, un demi-siècle plus tard, eux seuls peuvent accéder au pouvoir.

Abdelaziz Bouteflika en est le symbole frappant. Il était là au début de l’histoire, il y est encore aujourd’hui. Il avait tout juste 25 ans quand il a occupé le poste de ministre de la Jeunesse et des Sports dans le premier gouvernement de l’Algérie indépendante, il en a 73 en 2010. Son cas n’est pas unique, il en est ainsi de tous ceux qui détiennent les vraies rênes du pouvoir. Il faudra pourtant bien que cette « génération de novembre », qui prétend détenir une certaine « légitimité » en raison de sa participation à la guerre de libération, cède la place aux générations montantes. D’autant que cette « légitimité » dite révolutionnaire, elle l’a en vérité confisquée dès les premiers instants qui ont suivi l’indépendance et qu’elle l’a ensuite transformée en tutelle, qu’elle voudrait ad vitam aeternam, sur un peuple qu’elle juge mineur.

C’est pourquoi l’Algérie, où plus de la moitié de la population a moins de 25 ans, est dirigée en 2010 par des septuagénaires. À titre de comparaison, depuis 1962, année de l’indépendance de l’Algérie, les États-Unis ont changé dix fois de président, des présidents qui étaient tous jeunes lors de leur accession à la magistrature suprême. De même, l’URSS avec ses dirigeants grabataires a cessé d’exister ; les nouveaux dirigeants russes, les Poutine, Medvedev et autres sont des hommes jeunes. L’Allemagne ou l’Argentine sont dirigées par des femmes qui n’étaient que des fillettes en 1962.

Il est grand temps que les septuagénaires au sommet de la pyramide du pouvoir en Algérie rentrent à la maison, comme n’a cessé de le proclamer Abdelaziz Bouteflika lui-même au début de son premier mandat. Ils se rendront compte alors que, contrairement à ce qu’ils affirment, il existe en Algérie des hommes jeunes et compétents, en mesure de prendre en mains les destinées de leur pays. Mais ce n’est qu’à partir du moment où la parole sera redonnée au peuple, où il lui sera permis de choisir librement ses dirigeants lors d’élections sans fraude, réellement propres et honnêtes – car la véritable légitimité s’acquiert par les urnes -, que le pétrole redeviendra ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, un bienfait. Seule la démocratie pourra guérir l’Algérie de son Dutch Disease.


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4 Commentaires sur cet article

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  • samir
    2 septembre 2010 at 12 h 18 min - Reply

    si le peuple aspire à se gouverner librement alors il faudra qu’il s’apprete à concretiser seul cet ambition.je reste étonné de lire qu’une transition pacifique soit possible en algérie.certains sont ils si crédules de croire que l’oligarchie établie depuis 62 prendra fin par le simple bon vouloir des detenants du pouvoir?comprendre la nature du régime permettra aux credules de voir plus clair.ce régime s’est étable par la force et ne quittera la scéne politique que par la force.toute autre tentative est vouée à l’echec.toute autre tentative ne fera que prolonger cet état de fait.l’histoire universelle nous enseigne que les tyrans ont perdu tout respect pour le genre humain et par consequent n’ecoutent que leurs mauvaises consciences.on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre:si on veut réellement établir un état de droit ou le citoyen se sentirait proteger alors il faut pousser le peuple à se revolter.la nature humaine est ainsi faite que plus l’acquis aura été arraché,plus les hommes feront en sorte de le proteger avec acharnement.




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  • Rédaction
    3 septembre 2010 at 9 h 55 min - Reply

    L’histoire secrète du pétrole algérien,vue par Hocine Malti
    Saïd Mekki , Maghreb Emergent, 02 Septembre 2010

    L’ingénieur des pétroles Hocine Malti, l’un des fondateurs de la compagne nationale d’hydrocarbures Sonatrach vient de publier une « Histoire Secrète du Pétrole Algérien « , une première histoire « intérieure  » consacrée à ce secteur fondamental de l’économie nationale. Une plongée dans la variante algérienne du « syndrome hollandais ».

    Dans ce livre passionnant, entre mémoires et actualité, l’auteur livre des mines d’informations sur la saga pétrolière de l’Algérie indépendante et porte un regard critique et argumenté sur les développements pétroliers qu’il suit avec la précision d’un témoin et d’un acteur au plus près des événements. Au plan historique, l’éclairage sur la création de Sonatrach est tout simplement essentiel pour la compréhension des enjeux de décolonisation et de la réappropriation d’une ressource qui s’avérera au fil du temps bien plus handicapante que favorable pour le développement général du pays. Les portraits des acteurs, que ce soient ceux de la genèse de Sonatrach ou d’autres qui ont à un moment ou un autre joué un rôle important dans l’évolution souvent convulsive de la société nationale, sont nuancés mais révélateurs. Le souci d’objectivité et de distanciation analytique caractérise un ouvrage fouillé de près de 350 pages, agréable à lire et jamais empreint du moindre jargon. L’homme sait de quoi il parle, il a été « présent, dès 1964 et pendant près d’une vingtaine d’années, au cœur même de l’outil pétrolier de l’Algérie, la Sonatrach, ou en détachement auprès de certaines de ses ramifications à l’étranger, et que j’ai continué ensuite à baigner jusqu’à ce jour dans un environnement pétrolier « .

    Hocine Malti a donc intensément vécu les périodes qu’il relate ; nombre d’anecdotes viennent illustrer les différents périodes traversées depuis les balbutiements de l’industrie pétrolière nationale. La dimension internationale est omniprésente avec l’effacement progressif des français et la présence de plus en plus marquée des américains en dépit de relations diplomatiques erratiques.

    L’auteur narre par le menu les tensions algéro-françaises des années soixante qui toucheront un point de crise en 1971 qui se dénouera l’année suivante à l’issue d’âpres négociations. Au plan interne, la mort de Boumediene, personnage contrasté, donnera lieu à des révisions déchirantes ou l’intérêt du pays a été sacrifié, selon lui, sur l’autel des contradictions du régime et des animosités personnelles.

    Chavez vs Khelil

    La période récente, et les tentatives de « dénationalisation  » au profit des américains par Chakib Khelil, ministre du pétrole récemment limogé, est implacablement mise à nu et reliée au contexte international. Selon Malti, la loi sur les hydrocarbures qui a été imposée après l’élection présidentielle de 2004 n’a pas été appliquée en raison d’une levée de bouclier au sein de l’Opep. « L’Algérie et les pays de l’OPEP devaient une fière chandelle au président vénézuélien Hugo Chavez, dont l’intervention fut sans doute décisive dans cette affaire. Il avait réussi, lors d’une visite à Alger spécialement programmée à cet effet en mai 2006, à convaincre son homologue algérien de changer d’avis, compte tenu de l’immense dommage que son initiative causerait à tous les pays producteurs de pétrole  » écrit Malti.

    L’auteur met en perspective les stratégies de puissances autour du pétrole et les manœuvres des néoconservateurs américains autour de Dick Cheney avec les changements de cap que connait l’Algérie. Les luttes de pouvoir, les règlements de compte et les jeux d’influence qui caractérisent la gestion de la rente depuis 1962 sont passés au crible du regard expert dont la rigueur n’exclut pas, au contraire, l’expression d’opinions et de sentiments.

    Un constat implacable

    Mais malgré une tonalité critique sévère – et très charpentée – Hocine Malti s’attaque essentiellement à un mode de gestion qui s’est révélé aussi peu transparent que globalement inefficace. « …car ce que l’on sait des hydrocarbures algériens, ce que l’on en a vu ou ce que l’on en voit ne constituent que la partie visible de l’iceberg. On ne peut que constater, plus d’un demi-siècle plus tard, que le bonheur de ce peuple lui a été volé par ses dirigeants, que le pays est devenu un enfer, tandis que le sort de millions d’Algériens n’est que malvie et souffrances, voire sang et larmes. Pourquoi ce don du ciel qui aurait dû causer joie et bonheur est-il devenu source de tels malheurs ? L’argument souvent invoqué est qu’il existerait une « malédiction pétrolière « . Auquel cas il n’y aurait rien d’autre à faire, pour y mettre fin, que d’attendre le tarissement de tous les gisements pétroliers ou que l’on cesse de les exploiter. Mais à vrai dire, l’Algérie est malade de ses dirigeants, pas de son pétrole.  »

    La variante algérienne de la « maladie hollandaise  »

    Bien plus qu’une chronique du désenchantement et des espoirs déçus, cette contribution est un bilan et un état des lieux. Le constat est sans appel : la rente pétrolière n’a pas été un facteur de progrès et de croissance. Au contraire, la manne souterraine a stérilisé la créativité et l’initiative en portant à un degré dangereux la dépendance totale de l’Algérie vis-à-vis des importations, variante algérienne de la célèbre « maladie hollandaise  » selon Hocine Malti. Les conclusions de l’auteur sont sans appel : la rente a stimulé la médiocrité et nourri la bureaucratie et ses perversions ; la corruption est le mode de fonctionnement habituel d’un système autoritaire centré sur la rente. Les sombres affaires de malversations qui ont récemment impliqués la sphère dirigeante de Sonatrach ponctuent un impressionnant tableau de mœurs. Divisé en dix neuf chapitres et une conclusion générale, « L’Histoire Secrète du Pétrole Algérien  » est une chronologie vivante et haute en couleurs des événements qui ont marqué l’évolution du secteur pétrolier et déterminé pour une très large part l’histoire toute entière du pays depuis l’indépendance. Tant pour les historiens que pour les spécialistes où le public général, cette « Histoire Secrète du Pétrole Algérien  » est une lecture nécessaire. L’ouvrage que signe Hocine Malti, première histoire intérieure des hydrocarbures, constitue déjà une référence.

    Hocine Malti « Histoire Secrète du Pétrole Algérien  »

    Editions La Découverte, Septembre 2010




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  • Rédaction
    6 septembre 2010 at 17 h 39 min - Reply

    « Histoire secrète du pétrole algérien », d’Hocine Malti : ô pétrole ennemi !

    LEMONDE | 06.09.10

    Très jeune, l’Algérie a contracté le virus de la « maladie hollandaise ». Cette affection, diagnostiquée dans les années 1960 aux Pays-Bas – d’où son nom -, est provoquée par l’irruption d’une richesse unique et subite.

    Ici, c’est la découverte de pétrole, en 1956, dans le Sahara algérien, qui est en cause. L’Algérie, malade de son or noir : ce constat clinique, Hocine Malti le dresse avec un regard de praticien aguerri. Ingénieur pétrolier, il a participé aux premiers pas de cette nouvelle industrie avant de devenir un des dirigeants du secteur, puis un consultant international.

    Il raconte comment, d’abord, il y a la découverte du premier gisement, en janvier 1956, six ans à peine avant l’indépendance de l’Algérie. Puis viennent les manoeuvres françaises, qui, sentant que le pays va leur échapper, tentent de séparer le Sahara du reste de l’Algérie – manoeuvres auxquelles mettra fin le général de Gaulle en septembre 1961. Il y a, enfin, la naissance, en 1963, de la Sonatrach, la compagnie nationale d’hydrocarbures, qui deviendra un Etat dans l’Etat. Encore aujourd’hui, la Sonatrach, douzième groupe mondial, premier d’Afrique avec ses quelque 50 000 salariés, domine la vie politique et économique de l’Algérie.

    « 98 % des importations du pays sont couverts par les recettes procurées par le pétrole et le gaz », assure M. Malti. Il relate alors en détail, sans verser dans le pamphlet, comment, au fil des années, le groupe est devenu la proie d’une corruption grandissante (en janvier , il s’est trouvé à nouveau au coeur d’un scandale, son PDG a été placé sous contrôle judiciaire, sa direction décimée…), et comment il n’a cessé d’être l’enjeu de relations internationales perverties.

    « Cette politique, qui consistait à attirer les compagnies pétrolières américaines (…) afin de sortir du face-à-face avec la France, évoluera, en raison de la soif de pouvoir et du désir d’enrichissement personnel de la classe dirigeante, vers une mainmise croissante des firmes américaines sur le pétrole, dénonce l’auteur, qui fut vice-président de la Sonatrach de 1972 à 1975. Puis viendra le temps de la compromission totale de la collaboration avec les officines de renseignement américaines et le lobby militaro-industriel des Etats-Unis, qui entraîneront le pays vers le gouffre au fond duquel il se trouve aujourd’hui. »

    A côté, le pas de deux avec les Soviétiques des années 1970 paraît bien pâle ! Et c’est sur un sidérant chapitre consacré à la société algéro-américaine Brown & Root-Condor (BRC) que le livre s’achève. On y apprend que cette société, créée en 1994, était détenue pour partie par Kellog Brown & Root, elle-même filiale du géant américain Halliburton – présidé par Dick Cheney avant qu’il ne devienne vice-président des Etats-Unis en 2001.

    « Un filon formidable de collecte de renseignements pour la CIA », écrit M. Malti, doublé d’une entreprise juteuse avec un chiffre d’affaires « multiplié par vingt » en douze ans d’existence… Et, surtout, BRC aurait permis l’installation, dans le Sahara, d’une base américaine secrète. La révélation de son existence en 2006 aboutit, l’année suivante, à sa dissolution, à la demande du président algérien lui-même, Abdelaziz Bouteflika.
    HISTOIRE SECRÈTE DU PÉTROLE ALGÉRIEN d’Hocine Malti. La Découverte, 358 p., 21 euros.

    Isabelle Mandraud




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  • Wall street
    7 septembre 2010 at 4 h 11 min - Reply

    Les USA vont investir 50 Milliards de Dollars dans les infrastructures pour relancer leur économie sur un période de 6 ans. L’annone a été faite en grandes pompes par le président Obama ce lundi 7 septembre lors de la fête américaine du travail (labour day).
    La première puissance mondiale investirait donc 8 milliards par année !
    Que dire de l’Algérie avec ses 268 Milliards sur 5 ans, soit 54 milliards par année ! L’Algérie injectent plus par année que la 1ere puissance mondiale en 6 ans !!!
    Cette première puissance avec ses 300 millions d’habitants et son PIB de plusieurs trillions de dollars.
    Je ne suis pas spécialiste en économie mais je pense que nous aussi on peut faire un bond spectaculaire en avant si cet argent n’allait pas dans les égouts…
    Je suis triste et j’ai mal au coeur.




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  • Congrès du Changement Démocratique