Édition du
24 July 2017

INTERDICTION DU LIVRE ÉGYPTIEN AU SILA. Mensonge et déraison


Par Abdellali Merdaci*

Le Soir d’Algérie
05 septembre 2010

Les derniers développements dans la presse de l’interdiction du livre égyptien au prochain Sila indiquent clairement l’intention de ses organisateurs de se défausser sur des fantomatiques trublions du milieu littéraire algérois qui s’en prendraient personnellement au travail du commissaire Ameziane et de la ministre de la Culture Toumi (Cf. L’Expression, 1er septembre 2010). Il s’agit d’une affligeante fiction paranoïde, cousue de mensonge et de déraison : ceux qui contestent l’interdiction du livre égyptien au Sila, et plus généralement la censure exercée sur le livre dans cette manifestation internationale, ne sont familiers ni de la double casquette de M. Ameziane, commisaire du Sila et patron des éditions Casbah, ni de celle de la ministre Toumi, ni de la fétide mare littéraire algéroise où on veut les faire barboter et plonger. Ils le font au nom d’un principe : la liberté d’expression, de pensée, de création et de circulation des œuvres intellectuelles et littéraires en Algérie. Et cette liberté constitutionnelle a été suffisamment lardée de mauvais coups sous leur magistère.
Un épouvantail égyptien
L’interdiction par le commissaire Smaïl Ameziane du livre égyptien au prochain Sila a sans doute suscité dans la population algérienne et dans le champ culturel des positions contradictoires pour y revenir en toute responsabilité. M. Ameziane a d’emblée justifié cette mesure par une lecture populiste de la scène culturelle majeure du Sila, en liant la contribution de l’Égypte à cet événement littéraire international au refoulé d’une lointaine et persistante guerre du football (Cf. L’Expression, 9 août 2010). Tentera-t-il, en réponse à de nombreuses et unanimes condamnations et réprobations de sa décision, dans une reculade biaisée — chef-d’œuvre de cuistrerie — de recentrer cette interdiction en se prévalant, vers la fin du mois d’août, de l’expertise sécuritaire dans une déclaration au journal électronique Les Dernières nouvelles d’Algérie ? En vérité, M. Ameziane, même s’il a été expressément missionné par quelque cabinet officiel ou officieux sur la participation égyptienne au Sila, aura outrepassé ses fonctions de commissaire, en interdisant un pays étranger, car cette décision — qui excède le cadre de ses attributions — ne peut être formellement prise et communiquée que par le gouvernement, maître d’œuvre de la manifestation, à travers ses canaux diplomatiques. Ce qui ressort dans cette agitation estivale autour du livre égyptien, c’est cette évidente incohérence de la machine gouvernementale, malmenée par les humeurs d’un commis de l’État. Cependant, dans les espaces qu’elle s’assigne, l’interdiction du livre égyptien au Sila est plus une affaire algéroalgérienne qu’un contentieux algéro-égyptien qui n’existe pas. L’Algérie de la politique, des affaires et même du ballon n’a jamais cessé ses relations avec son partenaire égyptien dans les institutions de la Ligue arabe, de l’Union africaine, de l’Union pour la Méditerranée et surtout de la Confédération africaine de football où ses représentants mandatés — la Fédération algérienne de football et la Jeunesse sportive de Kabylie — ont fait valoir face à leurs homologues égyptiens – notamment les clubs d’El Ismaïly et d’Al Ahly — la juste appréciation des engagements internationaux du pays. Pourquoi M. Ameziane réchauffe-t-il l’épouvantail égyptien au Sila et pour quel dessein inavouable ?
Une perspective démagogique
M. le commissaire Ameziane épouse complaisamment sur l’Égypte le sentiment hostile de la majorité des Algériens. Oui, il n’est pas souhaitable que les Algériens oublient leur drapeau lacéré et brûlé dans les rues du Caire, leurs martyrs déterrés et leurs sépultures symboliquement profanées, le sens de leur combat anticolonial et leur honneur national injuriés. L’Algérie a gagné dans ces échauffourées immondes du football de novembre 2009 une sorte d’ennemi immémorial, qui jalonnera longtemps encore la marche de son histoire et l’affirmation de sa présence originale dans le monde. Il est curieux que cet ennemi devant lequel les Algériens restent unanimes dans leur indignation n’ait été suscité ni par les querelles humiliantes de la politique, les accrocs de l’économie et les prévarications de la culture, mais par le football. Ce roi-football qui, surmontant l’indigence et la faillite de la politique et de la culture nationales et de leurs hérauts délégitimés, révèle à la jeunesse algérienne la vertu de son nom et de son identité. En interdisant le livre égyptien, le commissaire du Sila apparaît — sans coup férir — comme le champion de cette furie guerrière contre l’Égypte, qui s’empare désormais des blogs et des sites sociaux algériens sur la toile. À lire ces ordres du jour de bloggeurs autant déterminés qu’inconscients, on se demande si l’Algérie n’est pas à la veille d’armer des divisions aériennes et terrestres et de cuirasser une flotte navale contre l’Égypte. Ces fanfaronnades absurdes d’internautes, sur le pied de guerre dans leur fauteuil, dont le seul risque connu est d’encourir une panne de courant ou une baisse de débit de connexion, est proprement donquichottesque. Imprévisible concession à cette vindicte populaire d’opérette, surnageant dans un Ramadan où les Algériens sont plus préoccupés par la cherté de la vie, M. Ameziane, sacrément boutefeu pour un agent gouvernemental, déplace ce champ de bataille algéro-égyptien virtuel au Sila. L’idée aurait été exceptionnellement payante s’il avait songé à accueillir sur le thème des événements de novembre 2009 une vraie confrontation d’idées entre intellectuels algériens et égyptiens. Plus précisément dans le cadre d’un salon littéraire international qui aurait prouvé au monde entier la disponibilité de l’intelligentsia algérienne à réinsérer et à expliquer la violence reçue et récurrente de l’Égypte dans l’histoire récente des deux pays. Dialogue cathartique et pédagogique. Après le mythique Oum Dourman qui résonne comme un terrain de combat et une victoire d’école, Algériens et Égyptiens ont continué et continuent à s’échanger des ballons dans des stades de football. Pourquoi ne seraientils pas à la hauteur d’un débat d’idées nécessaire dans une tribune culturelle ? Mais la perspective démagogique défendue par le commissaire Ameziane, confortant le rejet par les Algériens de l’Égypte, prolongeant une guerre imaginaire contre ce pays lointain, reste sans lendemain. C’est cette présence d’éditeurs, d’auteurs et d’opérateurs du livre égyptien et le non-dit de la violence entre l’Algérie et l’Égypte que le commissaire du Sila va détourner, interdire et censurer. L’interdiction et la censure ? Il en a déjà exercé l’usage césarien. Comment ne pas y tremper encore et encore ?
Seuls l’interdit et la censure
Le 8 août 2010, le commissaire Ameziane a décrété que la présence du livre égyptien, de ses auteurs et de ses opérateurs n’était pas souhaitée au Sila. La ministre de la Culture a acquiescé à cette décision en lui renouvelant publiquement sa confiance. Cependant l’Égypte, victime expiatoire, cache une intention coupable. Car, ce qui ne change pas cette année encore au Sila, comme les années précédentes, c’est le semblable enchaînement de la bêtise, inlassablement répétée : l’interdit et la censure. Ce sont les seuls aspects qui méritent d’être discutés dans leurs effets immédiats et lointains et dans les limites mêmes des champs intellectuel et littéraire algériens et des rapports de force qui s’y construisent. Au-delà de l’Égypte, de son interdiction dans un rendez-vous international qui figure dans l’agenda officiel du gouvernement, s’ébauche cette faculté d’agents institutionnels d’agir par la contrainte sur le champ des idées et de la production intellectuelle. La volonté politique de contraindre la pensée qui s’est exprimée, au printemps dernier, dans une note du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique sur le contrôle préventif des communications des enseignants-chercheurs universitaires aux colloques à l’étranger en constitue un indicateur. Cette emprise sur la production intellectuelle et littéraire projetée par les pouvoirs publics, fagotant d’oripeaux inquisitoriaux le Sila, cette censure des idées qu’elle présuppose, amenuise le champ des idées. Et hypothèque la création. Dans un pays de lois, cette liberté de s’exprimer par le livre, encore une fois brimée au Sila, ne doit pourtant être discutée qu’aux auteurs de manuels de guerre et autres manifestes tonnants et tonitruants qui menacent ouvertement la paix sociale et relèvent plus de la douane et de la police que de la littérature. Au moment où le pays est armé de codes qui donnent aux acteurs du pouvoir la possibilité de pourvoi — s’il y a lieu — à charge contre les démesures du livre, l’interdiction et la censure sont improductives. Il est encore préférable de voir l’histoire de la littérature algérienne s’écrire dans les prétoires des tribunaux que dans les bas-fonds glauques de l’interdit et de la censure.
Le choix résolu du Sila
Personne ne peut nier que la contrainte — souvent musclée — sur le livre s’est imposée comme un mode de fonctionnement du Sila de Mme la ministre Toumi et du commissaire Ameziane. Peuvent-ils seulement récuser cette vérité ? Les contre-feux allumés ces jours-ci par le commissaire et ses proches pour discréditer auprès de l’opinion publique ceux qui ont contesté l’interdiction du livre égyptien et dénoncé la censure de la littérature algérienne au Sila s’embrouillent dans la vacuité et dans la maladresse. Cette contestation de la décision du commissaire du Sila ne se réclame que de la défense en Algérie d’un principe universel : la liberté d’expression, de création, de circulation du livre et des idées. Cette grande cause, qui a pu agréger les efforts de personnalités de la culture, des médias, de la recherche et des mouvements associatifs, au-delà de leurs divergences morales et politiques, qui n’a pas laissé indifférent l’honorable Haut Conseil islamique de l’émérite professeur Cheikh Bouamrane, il faudrait un surcroît de mauvaise foi pour en faire un épisode des sordides tripatouillages du milieu littéraire algérois. Depuis les décisions administratives et politiques iniques qui ont frappé les œuvres de Boualem Sansal, Mohamed Benchicou, Mehdi El Djazaïri et maintenant le livre égyptien, le Sila toupille la rude cognée de la censure et de l’interdit. C’est le seul choix qui l’engage résolument.
A. M.
* Écrivain-universitaire.


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4 Commentaires sur cet article

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  • solo
    5 septembre 2010 at 21 h 27 min - Reply

    c’est une diversion,les vraies causes ce n’est pas le boycot mais la censures.




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  • Abdelkader DEHBI
    6 septembre 2010 at 11 h 41 min - Reply

    Le débat en cours sur l’interdiction arbitraire du livre égyptien au Salon International du Livre, a au moins le mérite de révéler que l’élite intellectuelle algérienne est assommée certes, mais encore bien vivante, dont d’aucuns ont depuis longtemps prononcé l’oraison funèbre…. Et dire qu’il s’agit quasiment des mêmes croque-morts qui n’en finissent pas d’enterrer aussi, toute opposition politique crédible au pouvoir illégitime et criminel en place.
    Faire un tel constat, ne peut que réconforter, dans notre Algérie douloureuse et méconnaissable d’aujourd’hui, saignée coup sur coup, par une décennie de guerre civile à laquelle vient de s’ensuivre, une décennie de pillages des biens et des ressources de la nation, par les barons civils et militaires, d’un pouvoir criminel, d’un Etat délinquant.
    Car, c’est uniquement à travers le prisme de cette vérité amère, celle de tout un pays qui va à-vau-l’eau, qu’il nous faudra appréhender cette décision inique et quasi régalienne, de mise à l’index du livre égyptien à l’occasion du Salon International du Livre d’Alger, par une espèce de vaguemestre du système, relevant de ce que l’on appelle abusivement chez nous, « ministère de la culture ». En effet, si cette interdiction peut sembler dérisoire à première vue, comparée à tant d’autres décisions tout aussi scélérates, mais autrement plus importantes quant à l’avenir de notre pays, elle n’en constitue pas moins, en tant que telle, un symptôme révélateur du niveau de déliquescence atteint par un Etat algérien malade ; un Etat tombé dans une déshérence politique et morale, tellement avancée qu’un banal Commissaire de foire, s’est cru autorisé à déclarer publiquement, tel un Deus ex machina, subrogeant les choix légitimes de toute une population d’étudiants, d’enseignants, d’hommes de culture, de libraires et autres professionnels, voire des milliers de simples citoyens qui ont le tort d’être avides de lecture connaissance. Ecoutons donc le genre de propos :
    « « Ma conscience [quel gros mot, grands Dieux !…] ne me permet pas d’inviter les Egyptiens, aujourd’hui, bien que parmi eux, il y a des amis. C’est par respect au peuple algérien et aux gens qui ont été maltraités au Caire lors de la rencontre entre l’Equipe nationale de football et son homologue égyptienne que cette décision a été prise, le contraire aurait été de la pure provocation……En tant que Commissaire, je n’investirai pas un centime pour leur sécurité, ni à la sécurité de leurs biens. » » (sic et re-sic) – cf : L’Expression daté du 9 Août 2010.
    Et admirez l’art, si tant est que c’en soit un, de cette démagogie ringarde, jouant sur le registre du patriotard de « superette », résumé ici dans ce genre de phrases creuses où, l’enflure du verbe le dispute à l’insignifiance du signifié, c’est-à-dire de l’argumentaire.
    Et dire que ce sont ces espèces de vaguemestres du système qui sévissent dans les couloirs de certains Ministères, tels que ceux de l’Education Nationale, l’Enseignement Supérieur ou la Culture ; des ministères trustés et gérés depuis tant d’années, comme des Institutions privées par des personnages dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont, ni techniquement, ni moralement habilités à diriger des départements ministériels vitaux pour la formation des hommes dans ce pays. A moins que ce ne soient-là précisément, les raisons-mêmes de leur cooptation, par ceux qui les ont cooptés….
    Et c’est ce constat qui m’amène à souhaiter pour notre pays, la fin de l’atomisation des forces de l’opposition et le rassemblement de toutes les volontés citoyennes qui rejettent catégoriquement le pouvoir criminel et corrompu en place, afin que nous réservions nos énergies, nos indignations, nos dénonciations, nos colères, non pas à des actes de forfaiture donnés ici ou là, mais globalement contre l’illégitimité-même de ce pouvoir, en agissant par toutes les voies légitimes, pour son abolition et sa mise en accusation publique pour crimes imprescriptibles contre le Peuple et la nation algérienne.




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  • Abdel Madjid AIT SAADI
    6 septembre 2010 at 20 h 02 min - Reply

    De mal en pis, merci Professeur Merdaci, d’avoir dénoncé ces décisions iniques de gens, que le hasard politique à placés à des postes sensibles, qui confondent culture et folklore.
    Hier, ce furent les livres et les éditeurs libanais et Iraniens, qu’on a empêché de dédouaner leurs containers jusqu’à la veille de fin de la foire, au motif puéril « non dit » que leurs littératures religieuse pouvait « porter préjudice » à la sécurité du pays.
    Aujourd’hui, toujours et dans la même verve, le « vaguemestre » de service, pour emprunter l’expression si judicieuse d’Abdel Kader Dehbi, car elle sous-entend un « ordre » occulte venu d’ailleurs, nous sort l’argument sécuritaire, comme si l’Egyptien était devenu aujourd’hui « persona non grata » en Algérie.
    Que des incidents aient eu lieu en Egypte contre ce que nous avons de plus cher, oui certes,il fallait les dénoncer en leur temps, mais de là à vivre avec le sentiment de revanche, et pire à l’accompagner, cela relève purement et simplement de la négation des principes de la Culture, qui se veut au contraire un lien indissoluble entre les peuples.
    Mais, ce qui me surprend dans l’intervention du Professeur Merdaci, c’est de lire que  » Les contre-feux allumés ces jours-ci par le commissaire et ses proches pour discréditer auprès de l’opinion publique ceux qui ont contesté l’interdiction du livre égyptien et dénoncé la censure de la littérature algérienne au Sila s’embrouillent dans la vacuité et dans la maladresse ».
    En effet, cette remarque pointe précisément la tendance des mêmes éradicateurs hier, des hommes, de leurs opinions et des idées ou solutions de sortie de la crise algérienne de la décennie noire et sang, et révèle le caractère totalitaire de ces mêmes censeurs qui confondent culture et idées avec la culture de betteraves.




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  • Rédaction
    8 septembre 2010 at 16 h 33 min - Reply

    الحياة

    الكتاب في ملعب الكرة
    الإثنين, 06 سبتمبر 2010

    عبده وازن

    الكتاب المصري سيغيب هذه السنة عن معرض الجزائر العالمي للكتاب الذي يقام الشهر المقبل، والجمهور الجزائري الذي يهوى القراءة بالعربية لن يتمكن من مواكبة حركة النشر المصرية، وهي غزيرة بالطبع بل والأغزر عربياً. غياب الكتاب المصري أو بالأحرى تغييبه عن معرض الجزائر ارتأته مفوضية المعرض نزولاً عند رغبة «الطبقة» السياسية العليا، ظناً منها أنه سيكون عقاباً للجمهور المصري الذي ناصب الجزائر العداء خلال مباراة كرة القدم الشهيرة التي جرت في الخرطوم قبل أشهر، وفاز فيها الفريق الجزائري على المصري ومنعه من التأهل لمباراة «المونديال». وكانت حصلت عشية المباراة وغداتها أحداث شغب معيبة في القاهرة والجزائر عبّرت عن حال العداء الذي نشب بين المواطنين، هنا وهناك. ولم يتمالك هؤلاء المواطنون المشاغبون عن رمي «خصومهم» بالحجارة وعن اقتحام منازل ومحالّ والقيام بأعمال عنف… كانت هذه الأحداث بمثابة وصمة عار حلّت على الجمهورين الشقيقين – مبدئياً – وأظهرت أنّ الحقد العربي يمكنه أن يهبّ فجأة ويمحو تاريخاً من المؤاخاة في العروبة والقومية وسواهما.

    كان ممكناً حصر هذا «الغضب» في ملاعب الكرة لو لم يُستغلّ سياسياً في مصر كما في الجزائر، لمصلحة السلطتين ولو لم يُمنح طابعاً «عصبياً» هو براء منه. وسرعان ما اتسع هذا الغضب وشاع حتى بدا كأنّه قضية وطنية «داخلية» لا بدّ من الانخراط الشعبي فيها. لكنّ المفاجئ – والأليم – هو دخول بعض المثقفين، من صحافيين وكتّاب وفنانين، خضم هذا السجال، انتصاراً لجمهورهم أو لشعبهم كما خُيّل اليهم. وقرأنا حينذاك مقالات معيبة كتبتها أقلام مصرية وجزائرية محترمة، كان ينبغي لها أصلاً أن تساهم في تهدئة موجة الغضب وفي الدعوة الى التآخي والتعقّل.

    إلا أنّ الخروج المبكّر للفريق الجزائري من مباراة «المونديال»، وهو بدا أشبه بـ «الهزيمة» الرياضية، لم يشف غليل الجمهور المصري الذي راح يهزأ من الفريق الجزائري «متشفياً» منه. ولم يكن على هذا الهزء الشعبي إلا أن يصبّ الزيت على نار «الهزيمة» الجزائرية فاحتدمت أحوال الكراهية والعداء، عوض أن تتلاشى بُعيد انتهاء «المونديال». وقد يمثل رفض السلطة الجزائرية مشاركة الناشرين المصريين في معرض الجزائر للكتاب ذروة هذه الكراهية أو العداء. وهذه بادرة لم يكن سهلاً التغاضي عنها لا سيّما في الجزائر التي كانت من أفضل العواصم التي احتفلت قبل ثلاثة أعوام بـ «الثقافة» العربية بصفتها عاصمة لها. وكان على المثقفين الجزائريين المقيمين والمهاجرين أن يتحرّكوا ضد هذا القرار وأن يصدروا بيانات استنكار شاجبين هذه البادرة التي تسيء الى الجزائر والى القراء الجزائريين والى الثقافة الجزائرية. لكنّ بياناتهم ودعواتهم الاحتجاجية لم تلق آذاناً صاغية ولم تؤت ثماراً. لقد صدر القرار ولا تراجع عنه: مصر ممنوعة فعلاً من المشاركة في المعرض عقاباً لها. ولعلّ المفوّضية – ومن وراءها أو فوقها – على يقين من أنّ هذا العقاب لن يحل إلا على جمهور المعرض وعلى القراء الجزائريين الذين سيُحرمون من مواكبة الكتب المصرية الجديدة التي ينتظرونها عاماً تلو عام، لا سيما وسط تردّي حال التوزيع التي يشهدها العالم العربي. وقد باتت المعارض هي الفرصة السانحة للاطلاع عن كثب على حركة النشر العربية. الكتاب المصري ليس هو الذي سيُعاقب كما حاولوا أن يُشيعوا، حتى وإن كان معرض الجزائر سوقاً جيداً للكتب. الكتاب لا يُعاقب، القارئ هو الذي يُعاقب. وحرمان القراء من متابعة الكتب يسيء إليهم هم وبالتالي الى ثقافتهم التي تقوم عليها عادة ثقافة بلادهم.

    هذه طريقة جديدة لمعاقبة الكتاب وقارئه في آن واحد، ولا أظنّ أن «محكمة» أصدرت سابقاً حكماً بهذه القسوة والسذاجة. نقرأ عن مصادرة كتب أو منعها أو حرقها لأسباب وأسباب، لكننا نادراً ما قرأنا عن قرار يمنع دولة بكاملها، دولة شقيقة بكاملها، من المشاركة في معرض للكتاب انتقاماً لحماسة هوجاء أصابت جمهور فريق كرة. حتى اسرائيل المعروفة بمعاداتها للكتاب العربي تفتح أبواب معارضها أمام الناشرين العرب. وعندما احتفل معرض الكتاب في باريس قبل بضعة أعوام بالأدب الاسرائيلي اختارت اسرائيل كاتباً عربياً ليكون في عداد وفد الكتّاب الاسرائيليين الذين شاركوا في التظاهرة.

    إلا أنّ الهيئة المصرية العامة للكتاب التي تنظّم معرض القاهرة للكتاب كانت أذكى من مفوضية معرض الجزائر، وكان ردّها على القرار حكيماً وهادئاً، وأعلنت فتح أبواب المعرض أمام الناشرين الجزائريين، مع أنها تعلم أن المشاركة الجزائرية في المعرض ضئيلة أصلاً وغالباً ما تتم عبر بعض المكتبات. هذه هي القاهرة التي لا يمكنها أن تغلق أبوابها أمام أي بادرة عربية، مهما بلغت «شوفينيتها» المصرية لا سيما في لعبة كرة القدم.

    إنها كرة القدم إذاً، انتقلت الى معارض الكتب جاعلة من القراء العرب جمهوراً مقسوماً على نفسه، جمهوراً يصفّق ويتحمس، وجمهوراً يغضب ويشتم ويخرّب… وكان ينقص عالم الكتاب العربي، الحافل بالأزمات والشجون أن تتسلل إليه كرة القدم، حاملة معها أحقاداً وكراهيات وعداوات.




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  • Congrès du Changement Démocratique