Édition du
23 July 2017

La société algérienne et ses élites

Par Adel H.

Cette semaine, il a été beaucoup question des élites, sur LQA. N’étant pas armé intellectuellement pour aborder un sujet aussi complexe sous un angle scientifique, j’aimerais quand même donner mon point de vue sur la question, le point de vue d’un Algérien ordinaire qui essaie de théoriser son expérience personnelle et ses observations.

En 2010, une société capitaliste (forcément moderne) est une machine à produire des marchandises compétitives sur le marché mondial où la concurrence devient de jour en jour beaucoup plus rude. Cette tâche mobilise toute la population du pays. Il y a, bien sûr, la masse des producteurs de base – le fameux prolétariat de Marx –, mais il y a aussi une armée de techniciens, ingénieurs, savants, inventeurs, économistes, managers, etc. Il y a aussi la classe politique et les intellectuels (philosophes, sociologues, etc.), qui veillent au bon fonctionnement de l’ensemble et essaient de prévenir les crises, d’opérer les correctifs nécessaires en cas de dysfonctionnement et éventuellement de faire passer la pilule, lorsque celle-ci est particulièrement amère. Il y a les médias et les artistes qui veillent à maintenir un bon moral et à divertir la population après une dure journée de travail. Une belle machinerie, en somme, malgré les dégâts «collatéraux». Il est clair, et il n’est pas besoin d’être grand clerc pour le comprendre, que cette société ne peut fonctionner et rester compétitive qu’en faisant la promotion – j’allais dire l’élevage – du talent et du génie créatif dans tous les domaines. Les grandes écoles ont pour rôle principal de former l’élite qui prendra les commandes du pays afin de le maintenir toujours dans le peloton de tête. Dans une telle société, l’armée ne peut avoir qu’un rôle purement militaire : défendre le territoire ou agir à l’extérieur afin de sécuriser des sources d’approvisionnement ou des marchés. C’est un instrument parmi d’autres entre les mains des élites civiles qui dirigent le pays.

L’Algérie a commencé à exister en tant que nation, dans ses frontières actuelles, après l’occupation turque. A cette époque, c’était une société agraire traditionnelle. Dans ce type de sociétés – qui s’opposent aux sociétés industrielles modernes –, la production agricole est la principale source de richesses. La Régence d’Alger pratiquait aussi la course en Méditerranée, dont elle tirait des profits substantiels, mais les janissaires turcs faisaient régulièrement la tournée des campagnes afin de prélever l’impôt sur les paysans et éleveurs autochtones. Dans cette société traditionnelle, les élites étaient de deux sortes : guerrières ou religieuses. Autrement dit, pour compter dans la société et espérer avoir un rôle dirigeant, c’est-à-dire conduire la masse des producteurs, il fallait être un chef militaire courageux qui manie l’épée avec brio ou un homme de religion qui connaît le Coran, le Hadith et la Chariàa, et qui sert de guide spirituel et de juge. Les familles maraboutiques et autres grandes tentes servaient donc de relais entre le pouvoir central turc et la population autochtone pourvoyeuse de richesses.

La colonisation française ayant amené avec elle les structures de production capitalistes n’avait d’autre rôle pour les Algériens – les indigènes s’entend – que celui de «génocidés» par le fusil, la faim, la maladie et la misère ou celui de main d’œuvre taillable et corvéable à merci. Le plus chanceux d’entre nos ancêtres avait un emploi stable en tant qu’ouvrier agricole dans la ferme du colon local, emploi qui lui permettait de ne pas mourir de faim. Le dernier souci de cette colonisation était de promouvoir les élites indigènes. Les élites traditionnelles, quant à elles, seront utilisées au début par l’administration coloniale, mais une fois la colonisation bien implantée, leur rôle deviendra secondaire, les structures tribales ayant été cassées par la machine de production capitaliste. Les vraies élites qui dirigeaient le pays se recrutaient parmi la population européenne. Bien sûr, il y eut quelques pharmaciens, instituteurs et autres médecins indigènes, formés plus pour avoir bonne conscience et répondre aux détracteurs du système colonial en métropole que pour permettre aux fils des ouvriers agricoles saisonniers d’entrer en compétition avec les enfants de leurs maitres.

Les maigres élites indigènes formées au compte-goutte eurent quand même le courage de monter â l’assaut de la citadelle coloniale. Les plus résolus d’entre ces diplômés, pas forcément les plus instruits, finirent par prendre la tête du mouvement nationaliste et déclenchèrent l’insurrection qui devait mener à l’indépendance du pays et marquer la fin du système colonial en Algérie.

En 1962, comme chacun le sait, la devise fut : «tag 3la men tag». Les Ferhat Abbas, Benkhedda et leurs alliés – la crème de la crème de l’époque – utilisés un temps par les chefs militaires de la révolution pour diriger le Gouvernement Provisoire, ne pesèrent pas lourd, une fois l’indépendance acquise, face à ces derniers, autrement plus redoutables, tout comme leurs ancêtres de l’époque turque. Ce qu’il advint de l’Algérie, dans les décennies qui suivirent, est connu. Le point qui mérite d’être souligné, cependant, est la nouveauté du système mis en place, qui n’était ni le système traditionnel turc, ni le système capitaliste colonial. C’était un système dictatorial rentier : un colonel mégalomane, disposant d’un trésor inépuisable (le pétrole et le gaz) et d’une armée docile secondée par une police politique féroce et un appareil de propagande bien rôdé, s’amusa jusqu’à sa mort à remodeler la société algérienne selon ses fantasmes, détruisant systématiquement tout ce qui fonctionnait, pour le remplacer par des créations monstrueuses dont le peuple algérien découvrit progressivement la nocivité.

Ce système rentier n’avait besoin que de larbins et autres porte-voix du chef incontesté et génial. Des ingénieurs et des techniciens, il en fut formé certes et de très bonne qualité entre 1962 et 1978 – date de la disparition prématurée du raïs – , la majorité des enseignants de l’époque étant constituée de coopérants français venus de l’ancienne métropole, dont beaucoup se dévouaient à leur tâche. Mais que devinrent-ils, une fois leur diplôme en poche – et je parle en connaissance de cause, étant moi-même ingénieur de la promotion 76? Ils furent systématiquement stockés dans des bureaux par des ministres et autres PDG formés à l’école de la révolution (celle du FLN), c’est-à-dire quasi analphabètes. Quelques intellectuels talentueux résistèrent à la main mise progressive de l’appareil du FLN et de la SM sur tous les secteurs, mais ils furent rapidement réduits au silence. Le système dictatorial rentier de Boumédiène n’avait pas besoin d’élites pour fonctionner, ou du moins ses seules élites étaient celles de l’armée et de la police politique. Tous les autres n’étaient que des diplômés qui devaient se plier à ses lubies ou disparaître.

Après la mort de Boumédiène, la perversion du système s’aggrava. C’était toujours une dictature militaire rentière, mais cette fois livrée à tous les parvenus sans scrupules que la logique de fonctionnement du pouvoir avait promus aux postes de commande. Les élites, c’était chadli, belkheir, toufiq, lamari et autres militaires du même acabit. Même un Kasdi Merbah, pourtant pur produit du système boumédièniste, s’avéra trop qualifié pour les nouveaux dirigeants. Car c’est cela la vérité de ces années-là (et d’aujourd’hui) : il faut être un hchicha talba m3icha, un khobziste, pour survivre, car le système dictatorial rentier n’a pas besoin de mkhakh – il n’en a que faire.

Voilà donc ce qu’était devenue l’Algérie après moins de vingt ans de règne sans partage des colonels : un système qui tourne à vide, si l’on excepte le secteur des hydrocarbures, poule aux œufs d’or du pouvoir en place. Le chadlisme, médiocratie prédatrice institutionnalisée, fit encore plus de ravages puisqu’il largua les couches les plus démunies à partir de 1985, laminant la fragile classe moyenne qui avait survécu difficilement jusque là, ne se faisant aucune illusion, mais essayant quand même d’arracher quelques avantages acquis au prix de maintes compromissions : un petit logement dans une cité dortoir, un bon Sonacome qui donne droit à une Rytmo ou une Passat neuve…

Et c’est là que, resurgi du fin fond de l’histoire, l’imam, que le chef militaire avait réduit au silence – la SM étant plus efficace que la mosquée pour maintenir la paix sociale – reprit du service, mobilisant cette fois tout le lumpen prolétariat des villes et les nouveaux diplômés bloqués par un système qui n’en avait que faire. Ce même système, surtout du temps de Boumédiène dans sa folie mégalomaniaque, les avait formés par dizaines de milliers, et pour certains bernés par une arabisation hâtive, pour devenir des chômeurs de luxe professionnels. L’imam et le guerrier, jadis alliés dans la conquête du pouvoir et sa conservation, devinrent dans le système dictatorial rentier algérien, véritable monstruosité du 20ème siècle, des ennemis acharnés. Un combat à mort s’engagea entre eux, dont on connaît le prix payé par notre pays. Je ne parle pas ici de la religion en tant que spiritualité, que ce soit l’islam ou le christianisme, instaurés par des prophètes dont le souci n’était pas la conquête du pouvoir, mais la réforme de la société. Je parle de la religion en tant qu’elle est utilisée par ceux qui veulent conquérir le pouvoir et gouverner dans la paix sociale. La religion a été à ce titre un instrument très efficace, donnant des résultats magnifiques lorsqu’elle était utilisée par des leaders éclairés, mais menant à la catastrophe lorsque le but poursuivi faisait oublier l’aspect spirituel pour ne montrer que le pouvoir de régenter et de modeler les masses selon son bon vouloir.

Voilà donc la société algérienne et ses élites. Mais peut-on parler d’élites dans un pareil système? Bien sûr, tout n’est pas noir dans ce tableau, car il y a fort heureusement des exceptions. Les Addi , Sidhoum, Benchenouf, Azzouz, Si Mozrag ou Samraoui, pour n’en citer que quelques uns parmi ceux qui font LQA ou y interviennent régulièrement, nous font honneur et nous donnent de l’espoir. Mais à quel prix ont-ils conservé leur indépendance vis-à-vis du pouvoir? L’exil ou le harcèlement permanent par la police politique et la stagnation dans la carrière professionnelle. Car ce pouvoir ne tolère que les larbins. Toute Algérienne, tout Algérien honnête qui veut jouer un rôle dans la société – faire partie de l’élite en somme – se doit de rester loin de ce pouvoir. Dès qu’il s’en rapproche, il est irrémédiablement aspiré et contaminé par la médiocrité et la pourriture qui y règnent. Se plier ou disparaitre, telle est la règle du jeu dans ce système monstrueux. Quelle élite peut survivre dans un environnement aussi hostile?

Ce système est un broyeur. Il ne peut que broyer sans pitié tous les esprits talentueux car ils constituent une menace pour lui. Il redoute par-dessus tout ceux qui sont compétents, car ils dévoilent toutes ses insuffisances et ses tares. Il ne veut pas produire à moindre coût. Il ne veut pas d’une production nationale. Tout ce dont il a besoin – nourrir la population et mettre en place les infrastructures de base minimales, routes, écoles, logements, hôpitaux, etc. – il peut l’acheter à l’étranger ou le faire réaliser clés en mains par des entreprises chinoises. Il va sans dire que les généraux algériens ne font pas cela dans le but de faire le bonheur du peuple algérien, mais pour maintenir la paix sociale et continuer à profiter de la rente et à se prélasser dans le luxe tout en surveillant leurs comptes en banque bien garnis en Suisse.

Ce système monstrueux a ruiné l’Algérie sur le plan culturel et moral encore plus que sur le plan économique. La masse souffre en silence sans pouvoir compter sur qui que ce soit pour la libérer car, à la différence du système colonial, le pouvoir des généraux algériens n’obéit même pas à la logique économique capitaliste. Il ne sait créer que la médiocrité et ne fait la promotion que des larbins, dans tous les domaines.

Où se trouve l’espoir, donc? Aussi ténues soient-elles, quelques petites lumières commencent à poindre. Elles s’appellent LQA ou Rashad. Des Algériennes et des Algériens, de plus en plus nombreux, viennent quotidiennement s’y désintoxiquer en lisant les contributions de leurs compatriotes et en dialoguant sincèrement entre eux. C’est là que se trouve l’élite qui libèrera le pays, pas ailleurs. Il faut continuer dans cette voie, jusqu’à ce que les petites lumières deviennent un grand feu, un immense brasier qui brûlera toute la pourriture.


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19 Commentaires sur cet article

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  • wahid
    8 septembre 2010 at 3 h 14 min - Reply

    Je me permets de vous poser ces questions.

    1- Quel est le secret des leaders et l’élite du Fis, pour réussir à mobilisé des millions d’algériens entre membres et sympathisants, pour obtenir 68% au premier tour des élections en un temps relativement court, pour parvenir à réunir des milliers de jeunes, incroyablement motive au combat armé, pour pouvoir contrôler les maquis de l’ensemble du territoire plus de dix ans ?

    2- Es ce que ces hommes motivés et de bonne volonté, ceux qui étaient internées dans les camps de Regagne, les prisonnier de Serkaji, les exilés de Putsch des généraux, font ils partie de cette exceptions qui a échappée ou broyeur du système ?

    Quel serait était le scenario si cette force de résistance avait le soutient……………je vous laisse de continuer la question et je vous cède la réflexion.

    Merci

    Cordialement

    Wahid




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  • A.By
    8 septembre 2010 at 8 h 52 min - Reply

    « Kama toudin toudan »
    Salam à tous,
    Effectivement, grosso-modo, l’Algérie est entrain de payer ses trois siècles de suprématie méditerranéenne avec jadis son « Djihad El-Bahr », la course des corsaires. Imaginez le magot amassé par le diwan de l’époque durant toute cette épopée unique que vécut Alger la « mahroussa » jusqu’à l’arrivée des français en 1832. Charles X et sa cour avait mis la main, avec l’équivalence d’aujourd’hui, sur environ 4.5 milliards d’Euro en or. C’était le vrai but de l’expédition d’Alger. De toutes les façons, si ça va mal chez nous, c’est parce qu’il y avait eu toujours quelque chose à « razzier » dans notre beau pays riche…même de son « soleil » …comme ça a toujours été le cas tel qu’ aujourd’hui, ça n’a jamais changé. Hier, c’était la course des corsaires, aujourd’hui celle des conteneurs et pipelines.
    En ce qui concerne l’élite algérienne, on dirait qu’elle a été mise dans une situation « trisomique ». Parce qu’avant qu’elle naisse, elle était déjà malade, envoutée, infiltrée, éparpillée et conditionnée. Il faut la guérir et lui montrer le chemin, même si c’est une élite. En réalité, ce qui manque cruellement, ce sont les ressources intermédiaires entre les élites et les couches sociales d’un pays, chose qui n’a jamais existé chez nous.
    On n’aurait jamais le choix, il faut commencer par le début, mais une fois en route, de longues étapes pourront être escamotées par rapport aux parcours de certains pays émergents, du fait de l’avancée technologique qui avance à grands pas avec plus d’imposition en « mode de transparence ». Ce n’est pas pour rien que le DRS a dit non au gouvernement pour l’introduction de la 3G dans la téléphonie cellulaire parce qu’on risque de trouver le point «G» du pouvoir. Mais non jusqu’à quand ? Le changement interviendra de gré ou de force, la « cybernétique » fera son devoir si les algériens demeureront inertes comme ils l’ont été depuis toujours.




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  • Mokrane
    8 septembre 2010 at 14 h 07 min - Reply

    @Adel
    Merci cher ami pour cette contribution.
    Oh, mon Dieu que le chemin est long !




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  • azzedine
    8 septembre 2010 at 21 h 39 min - Reply

    J’espère relire autant de fois ce genre de contribution car franchement on se perd .On est des Algériens ,on se sent exclus de notre Algerie.




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  • iker
    9 septembre 2010 at 2 h 57 min - Reply

    @wahid,l’arbitraire( hogra)et la corruption ont permis au FIS de jouer la carte de l’integrité,cet attrait pour l’intégrité à pousser beaucoup d’algeriens dans les bras des islamistes, les algériens sont des affamés de justice.




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  • Hamma
    9 septembre 2010 at 3 h 22 min - Reply

    Salam à tous.

    C’est une excellente contribution du frère Adel que je remercie par l’occasion qu’il me donne d’exposer en quelques mots le problème suivant:

    Nous parlons d’élite et pas de « tireurs » bien entendu. Cela suppose une classe d’hommes et de femmes voués à la destinée et à la bonne gouvernance d’une nation, dotés de facultés intellectuelles, morales et civiques irréprochables. Cette élite est supposée être dotée d’une large connaissance de l’histoire même de cette nation et de son peuple. Elle est à même capable de maîtriser les instruments de la politique, de l’économie, de la justice, de l’éducation et de la culture. Cette élite issue du peuple et venant de classes différentes est majoritairement formée pour servir la nation et pas pour se servir.

    Alors, peut-on encore parler d’élite en Algérie? Si l’on excepte cette minorité locale, expatriée ou en exile, je pense que non. C’est un avis personnel.

    Nous savons tous que ce qui est à la base de l’émergence d’une élite est la formation issue de l’enseignement. Alors deuxième interrogation: Peut-on de nos jours enseigner et former en Algérie ou ailleurs des femmes et des hommes d’où émergera une élite? Je ne le pense pas. Et si cela venait à se faire, il y aura toujours ceux qui seront des expatriés ou des exilés et ceux qui n’auront d’autres choix que d’être gouvernés par l’ignorance et l’incompétence d’arrivistes qui pullulent dans ce pays.

    Les générations se succédent mais ne se ressemblent pas. Quand toute cette génération Algériennes de femmes et d’hommes qui constituent encore aujourd’hui l’élite disparaîtera ou sera trop vieille, qui prendra la relève?

    Fraternellement.

    Salam.




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  • Adel
    9 septembre 2010 at 18 h 39 min - Reply

    @wahid

    Bonjour,

    Je ne peux pas donner des réponses définitives aux questions que vous posez. Pour y répondre, il faudrait un livre écrit par un sociologue (je vous conseille d’ailleurs le livre de Lahouari Addi, L’Algérie et la démocratie, que je suis en train de lire).

    Le problème de la faiblesse des élites dans notre pays, qui est un obstacle objectif de taille sur la route du peuple algérien dans sa quête de justice et de liberté, a été la cause de l’échec de la génération qui a libéré le pays dans son projet de construction d’une Algérie prospère où les mots justice, dignité et liberté auraient un sens. C’est pour la même raison que le mouvement initié par le FIS a échoué, malgré le soutien d’une grande partie de la population.

    Car il ne suffit pas de mobiliser la population pour réussir une révolution. Il faut aussi une analyse lucide de la situation et une appréciation correcte des forces en présence et des contraintes internes et externes. Il faut de la générosité et du courage, mais il faut également des connaissances et beaucoup de pragmatisme. Il me semble que le FIS de 1992 voulait chasser le FLN pour prendre sa place et gouverner de la même manière que lui, c’est-à-dire en imposant à la société la vision d’un groupe et non en gérant les conflits de manière consensuelle. Le FLN avait lui aussi chassé les colons, mais il s’avéra incapable de réussir la bataille du développement, car il avait refusé à la société le droit de se prendre en charge. Il avait empêché la constitution d’une élite représentative indépendante du pouvoir. Car une véritable élite sert la nation et non un parti politique. Le FIS, tout comme le FLN du temps de Boumédiène, se voyait lui aussi comme l’incarnation de la volonté de tout le peuple. Dans sa vision de la société, il n’y avait pas de place pour un autre courant. Il niait les contradictions et les conflits de tout ordre inhérents à toute société humaine. L’histoire du monde musulman nous montre pourtant que les conflits d’intérêt ont toujours existé entre musulmans et se sont souvent exprimés par des révoltes de toutes sortes et même des guerres. Au 10ème siècle, il y avait trois khalifats rivaux : celui des Abbassides de Baghdad, celui des Omeyyades d’Andalousie et celui des Fatimides du Caire. Être musulmans ne signifie pas devenir des individus identiques, copies conformes d’un modèle parfait façonné par la chari’aa. Un patron musulman et son ouvrier, également musulman, n’ont pas les mêmes intérêts économiques. Lorsque l’État empêche d’une manière ou d’une autre les contradictions et les conflits de s’exprimer, alors la régression est inévitable.

    Les œuvres des intellectuels (philosophes, sociologues, anthropologues, historiens, etc.), les partis politiques, les syndicats et les médias sont autant de canaux qui permettent aux contradictions et aux conflits qui traversent la société de s’exprimer de manière pacifique. Pour que la société se porte bien et respire, ces canaux ne doivent pas être handicapés, manipulés ou parasités par les tenants du pouvoir. Si c’est le cas, alors, les frustrations s’accumulent jusqu’au jour de l’inévitable explosion. Le rôle de l’élite, ce n’est pas seulement de diriger le pays, c’est aussi d’exprimer les mécontentements, les rêves, les désirs et les frustrations de la masse. Vouloir figer la société et lui imposer un corset n’est jamais payant sur le long terme.

    Dans le monde d’aujourd’hui, seule la démocratie permet de gérer les conflits de manière optimale et sans violence.

    Cordialement




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  • Mohand Tahar MOHAMMEDI
    9 septembre 2010 at 20 h 39 min - Reply

    Je préfère parler des acteurs libres de la société civile que de l’intellectuel ou d’élite pour la simple raison que cette notion est dévoyée par la pensée officiel car son rôle premier dans la société est d’être le relais entre le passé et l’avenir et qui met son intelligence au service de la société pour qu’il éclaire les populations sur leurs droits et obligations pour qu’elles vivent en paix.




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  • wahid
    10 septembre 2010 at 2 h 23 min - Reply

    Je me permets de faire quelques commentaires généraux sur LQA

    J’INTERPELLE LES REDACTEURS DE LQA

    Je me considère un nouveau lecteur de LQA , longtemps loin de la réalité de la vie sociale, et politique en Algérie, je n’ai pas vécu adulte, ni l’ère coloniale ni j’étais proche géographiquement de l’Algérie après l’indépendance.

    J’aime avec passion la politique, et évidement, profondément l’Algérie.

    J’ai connu à travers les écrits l’Algérie coloniale, post coloniale et pris connaissance aussi des événements de 1988 à 1999 et j’ai opté de revenir vivre en Algérie au moment ou les jeunes de mon âge chercher à la quitter.

    Je pense naïvement et spontanément, que le salut que rechercher les plus sensibles aux souffrances et misères que vivent quotidiennement la majorité des algériens, les plus inquiets sur le sort de l’Algérie, réside dans le bons sens et la raison.

    Ce que j’ai constaté loin des discours politiques, idéologiques et philosophiques, une population qui vie du jour en jour, ou chacun gérer le quotidiens de ces occupations, des problèmes de toute nature qui ne finissent jamais, certes les citoyens vivent l’absence de son élite qui la guide, et les conséquences des lacunes du pouvoir autoritaire, militaire et policier, mais sont volontairement résignés à les subir.

    Peu de conscience vives, et âmes sensibles aux malheurs qui rangent la société, le reste s’adaptent aux exigences de la mal vie, les uns amassant les bien sans ce soucier de la manière, les autres se bornent à se radicaliser d’avantage et maladroitement dans l’islamisation du mode de vie et des mœurs, des forces fantômes qui décident, qui régulent, qui rythme la « chose de la cité ».

    Débat qui dure encore et encore cette transition qui à la fois mal comprise, parfois voulue et souvent mal acceptée par les uns ou par les autres, ce statuquo qui se fige et perdure alors que les richesses s’épuisent, les hommes et les femmes se déciment, le temps qui passe et les générations qui s’effacent et au bout du compte tous le monde est perdant, le Nationaliste, le Régionaliste, l’Islamiste, le Militaire, le Démocrates, l’Opportuniste, la Victime, l’Agresseur, el Harague, le Voleur, l’Exilé, Beznassie, le kidnpeur , corrompu, corrupteur, Tout le monde est perdant et dans la même galère.

    Le bon sens et la raisin sont des vertus et qui peut en avoir ?

    Pragmatique, faisant le deuil, faisant la paix, faisant les sacrifices et acceptant les compromis, sereinement mais efficacement restaurant la confiance comme préalable à la construction du citoyen et de la nation.

    Ni moi, ni mes accommodements, ni mes croyances, ni mon l’Algérie, ne sera salutaire avant le salut des générations héritières de l’Algérie.

    Quant à moi pour le salut des générations héritières de l’Algérie, j’opterai pour la solution iranienne si c’est le choix me permettant de restituer la dignité des martyres et les richesses du pays car quoi bon vivre les vertus de la démocratie ou ma dignité est brimée, mes richesses squattées.
    “Nhar serdouk oula aam djadja”.

    Cela ne m’empêche pas d’un courage de pragmatique car mon Algérie elle n’est uniquement la mienne.




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  • Adel
    10 septembre 2010 at 15 h 50 min - Reply

    Eid moubârak à tous nos amis sur LQA.

    @wahid

    Bonjour,

    «Quant à moi pour le salut des générations héritières de l’Algérie, j’opterai pour la solution iranienne si c’est le choix me permettant de restituer la dignité des martyres et les richesses du pays car quoi bon vivre les vertus de la démocratie ou ma dignité est brimée, mes richesses squattées.»

    D’abord, je ne comprends pas comment la démocratie (la vraie, pas celle que nous proposent les généraux algériens) peut brimer la dignité et squatter les richesses. C’est même le contraire qui est vrai.

    Ensuite, j’aimerais bien, si vous le permettez, que vous nous expliquiez ce que vous entendez par solution iranienne. On la discutera après.

    Vous n’avez pas connu l’Algérie de Boumédiène. J’avais 11 ans quand il a pris le pouvoir par la force en 1965, jetant en prison son allié d’hier, sans jugement, et 24 quand il est mort (quelques mois avant sa mort, en juillet 78, je faisais partie d’un groupe d’officiers du service national qui avaient dirigé les chantiers de la route transaharienne et que le colonel avait invités en compagnie de son gouvernement à un dîner précédé d’un dialogue entre le raîs et les «intellectuels» que nous étions). Il tenait le même langage nationaliste et révolutionnaire que vous. Les jeunes attachés à leur pays ne pouvaient qu’adhérer à ce langage. Les vieux routiers de la politique qu’étaient Ferhat Abbas, Benkhedda, Aît-Ahmed et Boudiaf ne s’y étaient pas laissés prendre. Ils voyaient clairement où nous mènerait sa politique. L’avenir leur a donné raison, malheureusement.

    Aujourd’hui, je suis convaincu que la démocratie est le seul remède efficace à tous les maux que connaît notre pays.

    Cordialement




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  • Tarik ben Ziad
    11 septembre 2010 at 5 h 22 min - Reply

    Ouvrez les yeux
    Comme tout le monde verse dans le Blabla et que le RABRAB créer des usines de renommé mondiale en Algérie et en créant des emplois loin des wilayas dites kabyles, encourageons le !! C’est un grand pas pour une Algérie prospère. C’est du concret loin de tout incertain blabla. Ouvrez les yeux!




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  • salim
    11 septembre 2010 at 16 h 45 min - Reply

    ne rèver pas trop..rabrab c’est toufik il y a des algèriens qui pèse plus que rebrab ..d’ailleurs el mahri a demmander le port de jijel avant rebrab mais el mahri n’est pas un joker de l’etat.




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  • oeil de lynx
    12 septembre 2010 at 8 h 54 min - Reply

    El-mehri ou plutot MEHRIA son vrai nom, est un cajoulé du pouvoir ayant amassé sa fortune en faisant de la contrebande notament de la drogue au frontières du sud et sud est notament,
    c’est grâce à des services rendus à Kadafi et à la france dans la région subsaharienne (Tchad surtout, le niger, le mali et ailleurs en terre africaine)
    sa fortune est illicite (haram) c’est du blanchiment d’argent qui fait………




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  • ca21dz
    12 septembre 2010 at 9 h 30 min - Reply

    Connaissez bien Rebrab puis evoquez le? desolé le regionalisme et le tribalisme ne vaincar jamais, je l ai vu une fois dans un meeting a Paris et croiyez moi j ai meme pas supporté de le regarder ce monsieur pue et degage une mauvaise chose et je ne me trompe pas si je vous dis c est une malediction pour le pays qu une autre chose comme disait salim il y a d autres algerien qui pese plus que Rebrab mais ne sont pas joker de qui que se soit. Une algerie forte par les homes libres pas les homes enchainés.




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  • salim
    12 septembre 2010 at 14 h 07 min - Reply

    je sais très bien ce que je disais..rebrab va construire une usine a la zone franche de jijel par la bènèdiction de qui ? le clan de l’èst du pouvoir est faible il à ètè diviser par boutèf .ça rèste uniquemment clan boutèf et clan toufik DRS kabyles ècouter bien on est pas dupe…beaucoup de surprise en 1011…ceux qui ont fait la fortune sur les dos des morts et qui viennent nous donner des leçons de la vèrtu hummaine..etc je leur dit : ne crièer pas victoire rien n’est assurè dans un pays pareil.les 3000 comptes suisses qui sont assurè par les èlèmments de la dcce..et les chipas pour les banquiers suisses…etc ça va tourner mal..286 milliards us un prèsident qui joue le role d’un marchand d’èspèrences pour un peuple shizophrène de nature qui croient à tous il ne faut pas trop rèver…une fausse note va changer tout les calculs je ne blague pas.




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  • Adel
    12 septembre 2010 at 18 h 14 min - Reply

    Dans son livre, Une éducation algérienne, Wassyla Tamzali décrit comment, au lendemain de l’indépendance, Ben Bella avait nationalisé l’usine de conditionnement d’huile qui appartenait à sa famille.

    Je suis issu d’une famille modeste (mon père était ouvrier du bâtiment et il gagnait le SMIG au moment de partir en retraite) et, à ce titre, je n’ai jamais eu de sympathie pour les bourgeois. Je trouve quand même choquant que le même pouvoir FLN-ANP ait tout fait pour casser les vrais entrepreneurs privés qui participaient à la production de richesses et exportaient des produits du terroir, pour les remplacer progressivement par des importateurs d’huile, de lait, de sucre et de bananes qui travaillent sous la protection des généraux qui se sont partagés le marché d’import-import.

    Tout le monde sait qu’en Algérie nul ne peut bâtir un empire industriel s’il ne bénéficie pas de la protection d’un des barons du régime. Les dés sont pipés.




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  • Faiza
    13 septembre 2010 at 11 h 15 min - Reply

    Eid Moubarek à tous les lecteurs de LQA
    Bonjour,

    Peut-on encore parler d’élites lorsque l’intellectuel et en particulier l’enseignant-chercheur est réduit à un « tube digestif ambulant » ne pensant qu’à la façon d’arrondir ses fins de mois. Auncun effort n’est fourni par les pouvoirs publics pour permettre à l’enseignant d’oeuvrer pour une formation de qualité. Les millions de futurs cadres (d’état et d’autres) sortant annuellement de l’université algérienne ne pensent qu’à la façon la plus rapide de gagner de l’argent en se fatiguant le moins. Ils ne sont pas à blâmer car en voyant les conditions socio-professionnelles de ceux qui les ont formés, ils en déduisent qu’en Algérie, le niveau de vie d’une personne est inversement proportionnel au nombre d’années d’études effectuées. Alors, comment motiver ces jeunes et leur donner envie de faire des études supérieures?. Comment convaincre un jeune diplômé qu’il faut aller « step by step » avant d’atteindre les hautes fonctions de l’état. Comment prétendre à un état démocratique offrant une vie de qualité à ces citoyens, avec des intellectuels harcelés, emprisonnés, forcés à l’exil, réduits à ne penser qu’à leur ventre.




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  • Hadj-Hammou
    16 septembre 2010 at 2 h 52 min - Reply

    Salam

    Une horrible population née à partir des débuts de l’horrible décennie,qui à l’heure actuelle fait la loi dans les maquis et les cités.
    Cette population est âgée de 20 ans au maximum,livrée à elle-même(car lle ne connut pas l’école,les parents terrés sous le matelas craignant le couteau maudit),qui restera encore livrée à elle même pendant au minimum une trentaine d’années. Les élites pour les encadrer manquent terriblement au bled et de ce point de vue la veille est loin d’être pour demain.
    Alors faites vous mêmes le compte,trente d’ans de déperdition et de chaos à moins que des Algériens perspicaces commencent à penser à ce fléau, qui ne cessera de grandir, par la transmission et le formation au niveau des jeunes générations car c’est la seule perspective !
    Salam




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  • Meghrass19
    22 septembre 2010 at 19 h 17 min - Reply

    Quelqu’un aurait-il lu le livre de Tassadit Yacine « Chacal ou la ruse des domines » ? Il repondrait beaucoup aux questions que l’on se pose sur les intellectuels algerians.




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  • Congrès du Changement Démocratique