Édition du
22 July 2017

Le pouvoir totalitaire d’Alger face à ses intrigues et ses rumeurs.

Radjef Saïd

Tandis que l’absence de Bouteflika, chef suprême des armées et ministre de la défense, de la scène politique nationale se fait de plus en plus remarquer, des dossiers tout aussi compromettants les uns que les autres, accompagnés d’une vague de violences terroristes, ressurgissent à nouveau pour susciter des débats houleux et surtout réactiver le sentiment d’angoisse et d’incertitude parmi les populations du pays. Désormais, à l’affaire   de l’opposant André Ali Mecili dont l’assassinat a été selon toute vraisemblance commandité par les autorités algériennes, succèdent celles des moines de Tibherine et des milliers de disparus qui attendent  à ce jour leur dénouement. A cela s’ajoutent  également les affaires de corruption qui ont fortement terni l’image  de l’Algérie.

Toutefois, ce qui retient l’attention des observateurs de la scène politique nationale, est sans aucun doute l’arrestation récente dans des circonstances pour le moins obscures du Dr D Hadjadj, militant actif  de Transparency international. Son incarcération n’est pas  sans soulever une multitude d’interrogations parmi ces observateurs. On se demande à juste titre si cette arrestation n’est pas un prélude à une nouvelle guerre des clans au sein du pouvoir algérien. De même certains n’hésitent pas à faire le lien entre cette arrestation, le dossier des moines de Tebhirine,des disparus et les éclipses prolongées de Bouteflika. Bouteflika est-il véritablement malade et souffrant ou bien s’agit-il d’un retrait stratégique de sa part pour éviter les coups de ses adversaires ? D’abord qui sont les adversaires de Bouteflika ?  Bouteflika est-il le vrai chef des armées ? Y a-t-il véritablement une guerre au plus haut sommet de l’Etat à la succession de Bouteflika ?

Alors que toutes ces affaires ressurgissent étrangement  au même moment, le pays connaît une nouvelle vague de violences terroristes particulièrement meurtrières. Des correspondants locaux et régionaux de la presse nationale, ont rapporté dans leurs écrits, au cours de ces deux derniers mois, plusieurs attentats terroristes aux quatre coins du pays. Plusieurs militaires et civils ont trouvé la mort lors de ces violences. Malgré les nombreux témoignages et comptes rendus de la presse algérienne sur l’activité terroriste à travers le pays, la majorité des citoyens récuse la thèse  de l’AQMI ainsi que celle du GSPC. Cependant la façon plus que superficielle avec laquelle les medias ont traité toutes ces affaires, a commencer par celle de Ali Tounsi assassiné dans son bureau, a amené la population a pratiquer une information horizontale basée essentiellement sur la rumeur et de conclure de manière irréversible que la vérité et la réalité ne sont pas pour demain dans ce pays. D’autant plus, à la gène de la presse a traiter convenablement de la situation dans le pays, s’ajoute le silence incompréhensible de la classe politique, qu’elle soit au pouvoir ou dans l’opposition. On est en face d’une véritable entreprise d’aliénation et de corruption de l’imaginaire collectif. Aucun parti politique n’a jugé utile de donner une conférence de presse, alors que chacune de ces affaires évoquées plus haut, porte l’odeur d’un règlement de compte et constitue de ce fait une véritable menace pour la stabilité, la cohésion et la survie de l’Algérie en tant qu’Etat et nation. C’est au plus fort moment de l’incertitude et de la suspicion que les partis ont décidé d’être plus muets que jamais.

Le silence des autorités qui préfèrent se laisser aller  dans des manipulations hautement élaborées et la démission de la classe politique qui fait dans un populisme archaïque et dégradant, ont fait naître chez les populations, en plus de cette perte de confiance en soi et de ce sentiment d’incertitude, ce besoin urgent de se soustraire d’une situation illisible socialement et politiquement. Alors la rumeur et le mensonge apparaissent comme  une lanterne en mesure de mener vers des horizons lumineux. Le complot de la main de l’étranger avancé par les autorités pour justifier leur incapacité, la démission des élites, la rumeur, le mensonge ont fait perdre à la société algérienne toute sa rationalité. Mais une societé dépourvue de toute rationalité, qui ne vit  que par la violence, le mensonge et la rumeur, peut-elle aspirer à des lendemains radieux?


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6 Commentaires sur cet article

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  • Adel
    13 septembre 2010 at 16 h 48 min - Reply

    Le mensonge, la manipulation et la tricherie sont la marque de fabrique du pouvoir militaire d’Alger. Aussi loin que je me souvienne, il en a été ainsi. La vérité, comme la lumière du jour, les aveugle. Dans leurs bureaux capitonnés, entourés de larbins prêts à cirer leurs bottes pour bénéficier de quelques miettes, ils passent leur temps à comploter. Ils ne savent pas faire autre chose.




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  • rachaid
    13 septembre 2010 at 19 h 56 min - Reply

    Le pouvoir en place ne se soucie que de sa survie et du bien etre de ses membres, avec un article pareil on continue à faire parler de ce pouvoir, cessons de considérer ces gens là comme des gouverneur, et cesser de traiter avec eux et avec les institutions qui dirigent, vive désobéissance civile, le seul moyen de se débarrasser de ses barbares.




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  • Mohamed Jabara
    14 septembre 2010 at 12 h 57 min - Reply

    J’ai retenu trois axes de la lecture de cet article, il faut dire que ma mémoire n’est plus ce qu’elle était et que le sujet englobe beaucoup de variables.

    Les trois axes en fait ont trait au pouvoir puisqu’il s’agit de la manière de l’exercer, de l’opposition qui en résulte nécessairement et de ses formes de manifestation et enfin de l’information à l’origine des décisions du pouvoir, des causes d’opposition de l’opposition et de la formation d’une opinion publique nationale.

    Parler d’opposition c’est aussi parler d’opinion nationale. Existe t ‘il une opinion nationale en ALgérie ? Même si elle existait à travers quoi serait elle canalisée ? Par le biais des partis ? Ces derniers sont ils crédibles ?

    L’information à toujours et de tous temps étéé le corrolaire du pouvoir. Pas d’information sans pouvoir, pas de pouvoir sans information. Les cercles du pouvoir et de l’information ont en tout lieu et de tout temps eu les mêmes interets, pourquoi voulons nous qu’en ALgérie il en soit autrement ? Certes ailleurs il existe toujours des spécimens, par exemple meyssan qui mettent leur grain de sel et qui ont la capacité de le faire, alors que chez nous les voix dissonnantes sont éliminées d’une façon ou d’une autre. Les journalistes qui ont cru à la démocratie ont tous été tués par…des terroristes et jusqu’a Boudiaf qui voulait être bien informé pour bien décider. L’information réelle coûte cher elle n’est pas à la portée du premier venu.

    D’autant que la presse privée chez nous ne fait que suivre ceux qui lui tiennent sa main malade. Les presses sont aux mains des puissants les premiers lecteurs de la presse sont les organismes de l’Etat qui achètent « certains titres » pour leurs cadres et puis surtout, il y a la manne publicitaire dont on dit qu’elle est distribuée selon des critères pas tout à fait commerciaux, pas tout a fait démocratiques, pas tout a fait transparents. Qui cracherait sur le pactole engrangé par cette publicité ?




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  • Zineb Azouz
    15 septembre 2010 at 2 h 15 min - Reply

    Merci cher compatriote @radjef Said pour tes efforts,
    nous éclairer devient de plus en plus difficile dans ce cloaque du monde qu’est devenu notre pays.

    A chaque fois que des événements « flash » liés aux tenanciers du pouvoir coïncident et font éruption dans notre sinistre quotidien, on a tous envie de dire que le hasard n’existe pas même si nous sommes incapables d’en estimer les lois.

    On est tous tentés de trouver une explication ou ne serait ce qu’une suite un tant soit peu logique, et pourtant…..

    Pourtant et malheureusement, ce que nous sommes tentés d’expliquer par des querelles et des clivages sérieux entre les chefs, n’est souvent que de la poudre aux yeux, du gazouillis tapageur et tape à l’œil sans incidence sur des loups qui ne se mangeront jamais entre eux.

    Certes, de temps, dans des élans sadiques ils se plaisent à offrir à l’agora une épave qui ne sert plus personne et qui a déjà été remplacée, troquée et détrônée, c’est l’une de leurs méthodes pour faire planer l’intrigue.

    La rumeur tient une place trop importante dans la philosophie des faussaires pour qu’ils s’en séparent maintenant cédant la place à l’information crédible et surtout cohérente.

    Il faut que le doute plane et que personne jusqu’au dernier acte ne sache qui se cache derrière cette voix sépulcrales et ces mains tachées de sang.

    le clair-obscur, le doute, la suspicion, l’ambiguïté, l’inexpliqué, l’imprévisible et la terreur sont autant d’ingrédients que tous les vassaux et les serviteurs du pouvoir, quelque soit leur grade ou leur importance doivent subir et faire subir, sinon, tout s’écroule comme un château de cartes.

    Cordialement,

    ZA




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  • Mohamed Jabara
    15 septembre 2010 at 13 h 02 min - Reply

    @Cela fait longtemps que @Ammisaid n’a pas posté. J’espère qu’il va bien.

    Il y a quelques instants j’ai croisé un jeune voisin, la vingtaine, qui lisait un journal, ce qui m’a intrigué, je vois rarement les jeunes lire des journaux dans mon quartier.

    Pour le taquiner je lui pose la question : »y a t il du nouveau ?  » et il me répond en me laissant songeur : »Ce n’est pas avec 10 dinars qu’on achète LA vérité ».

    Que peut on attendre comme changements de cette jeunesse qui n’a plus de repères ou dont les repères sont multiples et s’excluent au lieu de faire synergie ?

    Pourtant à discuter avec eux, on sent un foisonnement d’idées, une force de l’intellect et une volonté de changer qui est évidente. Mais vers quoi ? Ils ne savent pas car pour choisir un cap il faut avoir des repères, savoir d’ou on vient, tracer son itinéraire.

    Or notre Histoire, tronquée, truquée, notre présent malmené dans des tempêtes sans fin entrecoupées de brouillards épais nous empêchent de voir où aller.Nous savons pourtant bien qu’il y a beaucoup de récifs qui nous barrent le chemin, mais nous en sommes insouciants.

    Trouverons nous rapidement les ressources nécessaires à un changement de cap sans de trop grands dommages, ou faudra t il qu’on atteigne les récif et que le bateau commence à couler pour qu’on pense alors à sauver quelques meubles ?

    Je ne pense pas qu’un seul ALgérien quel qu’il soit puisse dire que tout va pour le mieux et que cela ira en s’améliorant, mais je suis sur de trouver une multitude qui dira que rien ne va et qu’il faut que cela change le plus tot possible.

    La patience et la placidité de notre peuple lui vient de ses ancrages ancestraux mais sa passivité apparente qui fait que certains le traitent de « ghachi » n’est pas un signe d’abdication, la France coloniale qui l’a cru a été éjectée.

    Cette patience et cette placidité font que notre peuple supporte ce que d’autres peuples sont prompt à rejeter et c’est l’une des caractéristiques de notre nation qui procède d’une générosité sans pareille.

    Ce n’est pas l’agitation partisane qui fera bouger les masses en Algérie, mais plutôt le travail de cohésion, d’union, de rassemblement des ressources et de leur mise en commun, afin d’élargir le champ de l’opposition véritable et lui permettre d’être convaincant, crédible et rassembleur.

    Le temps des clivages et des intêrêts partisans ou personnels est dépassé, l’Algérie doit se situer au dessus des querelles et des visées des groupes et des individus, sinon elle sombrera dans le chaos, je pense que tout le monde en est conscient quand bien même l’espoir persiste chez certains.

    Il n’ y a rien d’autre à faire qu’a unifier toutes les forces vives de la nation, que que soit leur bord à la condition d’agir pacifiquement pour changer la manière de gouverner ce pays et ce peuple et de rendre ce dernier maitre de ses destinées.




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  • Mahieddine Lachref
    16 septembre 2010 at 17 h 51 min - Reply

    Bonjour chers camarades. Saïd, mon ami, comme d’habitude j’aime lire ce que tu écris. Mais, à chaque fois, permets moi de te le dire, tu me ramènes à la case du départ. Tu as écrit ceci: « Le complot de la main de l’étranger avancé par les autorités pour justifier leur incapacité, la démission des élites, la rumeur, le mensonge ont fait perdre à la société algérienne toute sa rationalité. »
    A ce sujet, en vérité, tout est clair et on ne doit nullement se tromper. Les autorités algériennes ne font absolument rien pour justifier leur incapacité, car ne rien justifier relève de leur nature même. De plus, la main de l’étranger dont tu parles, ce sont les autorités qui l’incarnent. Tout récemment, j’ai discuté avec un haut responsable au niveau des Services et tout ce que nous avons pu échanger porte sur ceci: l’Algérie n’a plus un grain de souveraineté. C’est ma conviction et je sais qu’elle est fondée même si c’est un peu trop affligeant comme réalité.
    Amicalement
    Mahieddine Lachref




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