Édition du
28 July 2017

"Les perdants (du vote) sont ceux qui soutiennent les putschs et ceux qui résistent aux changements"

Une leçon à méditer par nos « démocrates » autoproclamés.

AFP 12.09.10

Les Turcs ont donné dimanche une nette victoire au gouvernement islamo-conservateur, en votant largement « oui » à une révision constitutionnelle qui limite le pouvoir de la hiérarchie judiciaire et de l’armée, deux bastions de la laïcité opposés au régime.

Les Turcs ont donné dimanche une nette victoire au gouvernement islamo-conservateur, en votant largement « oui » à une révision constitutionnelle qui limite le pouvoir de la hiérarchie judiciaire et de l’armée, deux bastions de la laïcité opposés au régime.

« Environ 58% des électeurs » ont approuvé la révision soumise à référendum, a annoncé à Istanbul le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan.

« Le 12 septembre sera un tournant dans l’histoire démocratique de la Turquie », a déclaré M. Erdogan, dont le Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste) avait fait adopter au Parlement en mai dernier ces amendements à la loi fondamentale, rédigée par les militaires après le putsch de 1980.

« Notre peuple a franchi une étape historique sur la voie de la démocratie et de la suprématie de l’Etat de droit », a-t-il lancé.

La participation au scrutin a été « de l’ordre de 77-78% », a-t-il ajouté. Les résultats officiels devaient être publiés lundi. Ce vote constitue un succès important pour M. Erdogan et son parti, avant les élections législatives prévues pendant l’été 2011. Cette consultation, qui s’est déroulée 30 ans jour pour jour après le putsch de 1980, portait sur un ensemble de 26 points divers, parmi lesquels une réorganisation des hautes instances judiciaires, hostiles à l’AKP, au pouvoir depuis 2002.

Depuis cette date, l’AKP dirigé par M. Erdogan n’a perdu aucun scrutin. Aux dernières législatives de 2007, il avait obtenu 47% des suffrages. « Ce scrutin avait des allures de vote de confiance pour l’AKP, et il l’a obtenu », a commenté l’analyste politique Tarhan Erdem sur la chaîne de télévision NTV.

Mais pour Riza Türmen, ancien juge à la Cour européenne des droits de l’homme, le fait que plus de 40% des électeurs ont rejeté une nouvelle Constitution est un « gros problème ». « Une Constitution doit être le fruit d’un contrat social et il est évident que le nouveau texte n’en est pas un », a-t-il estimé sur CNN-Türk.
M. Erdogan a réaffirmé dimanche que cette réforme renforçait les institutions démocratiques de la Turquie, constituant ainsi un atout dans sa candidature à l’Union européenne.

La révision limite les prérogatives de la justice militaire et modifie, au profit du pouvoir, la structure de la Cour constitutionnelle et du Conseil supérieur de la magistrature (HSYK) qui nomme juges et procureurs.
L’opposition laïque et nationaliste affirme que cette réforme menace l’indépendance de la justice et remet en cause la séparation des pouvoirs.

Pendant le vote, des incidents ont éclaté dans le Sud-Est anatolien, majoritairement kurde, où des militants ont empêché certaines personnes de se rendre aux urnes. La police a arrêté environ 90 personnes.
Le principal parti pro-kurde de Turquie avait appelé au boycottage, estimant que cette réforme ne renforce pas les droits des 15 millions de Kurdes.

Au total 49,5 millions d’électeurs, sur une population de 73 millions d’habitants, étaient appelés aux urnes.
Au cours de la campagne, l’AKP a évoqué à plusieurs reprises la période noire du putsch de 1980, affirmant vouloir briser « la tutelle des militaires », déjà sur la sellette en Turquie, où des dizaines d’officiers sont poursuivis pour des complots contre le régime.

« Les perdants (du vote) sont ceux qui soutiennent les putschs et ceux qui résistent aux changements », a affirmé M. Erdogan.

Cette révision constitutionnelle pourrait notamment permettre de juger les auteurs du coup d’Etat de 1980. L’armée, qui se veut un pilier de la laïcité, a renversé quatre gouvernements, depuis 1960.

AFP


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13 Commentaires sur cet article

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  • tacili
    13 septembre 2010 at 11 h 29 min - Reply

    Salam,

    J’espere que les ultras de l’armée turque ne commettrons pas irréparable malgre que je suis persuade qu’ils ne se laisseront faire. Ce vote est tellement crucial pour leur avenir.

    J’espere egalement que nos islamistes etudient et analysent serieusement le modele turc et evoluent un peu et dans le discours et dans la pratique.

    Merci




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  • Abderrahmane Al Djazaïri
    13 septembre 2010 at 11 h 50 min - Reply

    @Tacili
    Le haut commandement de l’armée turque n’a jamais été antinational. Il a certes toujours défendu ses privilèges mais sans toucher à l’unité nationale ni basculer dans des guerres civiles. Il a provoqué par le passé des coups d’Etat mais il a vu que ces entreprises putschistes ne réglaient nullement la question de la stabilité politique. La sagesse des officiers supérieurs (malgré l’extrémisme d’une poignée) a permis au pays d’évoluer sereinement sur la voie de la démocratie. Il faut aussi reconnaitre que la classe politique turque, toutes tendances confondues, est d’une maturité remarquable. Les laïques ont su reconnaitre leur défaite politique et s’incliner devant la volonté populaire exprimée à travers les urnes, sans faire appel aux blindés. Tout comme il faut reconnaitre que les islamistes turques ont su donner une leçon de démocratie à la fois à ceux qui pensaient détenir le monopole de la démocratie mais aussi à ceux qui la considèrent comme Kofr.
    Le régime actuel est le plus stable depuis l’avénement de la Turquie moderne avec une économie florissante.
    Oui, Tacili, espérons que nos « islamistes » étudient sérieusement le modèle turque, comme nos « démocrates ».Et que nos putschistes des Tagarins réfléchissent à se retirer de la vie politique et d’être des antinationaux.Mieux vaut tard que jamais. Gare au tsunami qui risque d’emporter tout le monde.




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  • tacili
    13 septembre 2010 at 12 h 09 min - Reply

    @ Abderrahmane Al Djazaïri

    Je suis tout a fait d’accord avec vous sauf sur le point suivant lorsque vous disiez  » Les laïques ont su reconnaitre leur défaite politique et s’incliner devant la volonté populaire exprimée à travers les urnes, sans faire appel aux blindés »
    Les Laiques turcs n’ont jamais accepte leur defaite et continuent encore a faire des appels au pied a l’armee pour intervenir et dissoudre le AKP.

    Il faut reconnaitre egalement que les islamistes turcs ont culturellement infiltre l’armee malgre les vagues successives de purges d’officiers sympathisants et il me semble que les Generaux turcs ont compris qu’une epreuve de force sera contre-productive surtout avec le soutien americain a Erdogan.

    Curieuse situation, curieux temps en Turquie.

    Merci.




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  • Alilou
    13 septembre 2010 at 12 h 29 min - Reply

    On compare une fois de plus des pistaches aux avocats.

    La turquie et les turques ne sont ni l’algerie ni des algeriens,

    Nous sommes uniques, toutes ces lois universelles qui s’appliquent au reste du monde sont obsolètes chez nous.

    Nous n’avons pas les generaux turques, les nôtres sont des traitres a la nations, des DAFistes, les rebus de la france…

    Pour celle du peuple, notre peuple est un ghachi pas un peuple, il préfère vivre dans la médiocrité et l’indignité que de se révolter contre les maitres esclaves.

    Je fume et je reste éveillé le cauchemar continu…




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  • balak89
    13 septembre 2010 at 12 h 42 min - Reply

    Un exemple dont nos militaires devrait s’ inspirer s ils ont la volonté sincère de sauver le pays et le peuple des griffes des charognards nationaux et de la finance internationale.




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  • Mohamed Jabara
    13 septembre 2010 at 14 h 26 min - Reply

    @ Alilou .

    Une pyramide se construit par le bas vers le haut selon des règles qui obeissent normalement à la logique, tandis que son poids se répartit de haut vers le bas selon des règles qui aussi obeissent a la logique.

    C’est cette logique qui est faussée et qu’il faut rétablir, pour le reste le peuple Algérien n’est ni unique, ni ghachi et ses généraux sont comme le reste de l’humanité, égoistes quand aucune règle ne les retient.




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  • abdelkader wahrani el-arabi
    13 septembre 2010 at 19 h 42 min - Reply

    salam aleikoum. certains partis politique. fascistes. racistes.et assoiffé de pouvoir. qui crient aujourd´hui le plus fort democracie.sont ceux la meme qui soutiennent les criminels assassins. les putschs et qui resistent aux changement.ceux qu´ils veulent leur part du petro-dollar euro ect… mais le train (kala3) c´est fini (klahoum black) merci




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  • Abdelkader DEHBI
    13 septembre 2010 at 19 h 46 min - Reply

    L’Histoire nous enseigne qu’il n’y a jamais eu ni des peuples de héros ni des peuples serviles, intrinsèquement. Ce sont les élites – élites morales ou religieuses, élites intellectuelles ou politiques – qui, par leurs attitudes de rejet ou d’acceptation de l’arbitraire, de l’injustice, voire de la trahison, prennent valeur d’exemples – positifs ou négatifs – aux yeux des peuples. — Et c’est exactement ce que vient d’illustrer le bel exemple de réussite de l’élite politique et intellectuelle formant l’ossature de l’AKP, qui a fait du double crédo du parti : « Justice et Développement », non pas un slogan creux, mais une réalité qui se concrétise chaque jour sur le terrain, en termes de croissance économique, de justice sociale et de justice tout court. Sans oublier une politique étrangère totalement affranchie des tutelles d’antan, servie par une diplomatie de haute facture qui, en l’espace de quelques années, a fait de la Turquie un acteur régional incontournable. — Avec l’aide de Dieu, il suffira d’une décennie tout au plus, dès que la dictature criminelle en place sera abolie, pour qu’un pouvoir politique authentiquement représentatif du grand peuple algérien, puisse mettre le pays sur les rails de la Démocratie et de la Justice, du Développement et de la Justice Sociale.




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  • Brahim Younessi
    14 septembre 2010 at 0 h 21 min - Reply

    Bonjour,

    Dans la situation politique que vit la Turquie, la victoire du gouvernement qui proposait une révision de la constitution pour limiter le pouvoir de l’institution judiciaire et de l’armée qu’elle leur donne, est un véritable plébiscite pour l’AKP. L’abrogation de l’article 15 de cette constitution qui garantissait l’impunité aux généraux putschistes est un événement considérable pour le peuple turc mais aussi pour d’autres peuples comme le peuple algérien qui nourrit l’espoir d’abroger, à son tour, les dispositions de la loi amnistiant les auteurs du coup d’Etat du 11 janvier 1992 et surtout les auteurs des crimes et des massacres. Près de 60% des électeurs turcs ont approuvé le texte du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Il y a peu de temps encore, on pronostiquait son essoufflement après les élections municipales de l’année dernière. L’AKP avait, quand même, obtenu près de 40% des suffrages, ce qui fait pâlir de jalousie les plus grands partis européens. Au pouvoir depuis 2002, le parti de M. Erdogan va, en principe, affronter dans d’excellentes conditions les élections législatives qui doivent avoir lieu, en principe, avant le mois de juillet 2011. L’histoire de ce Parti de la justice et du développement (islamiste) né en 2001 d’une scission avec le Refah est, de ce point de vue, assez singulière dans l’espace musulman. Cette expérience turque apporte la preuve que les partis d’obédience musulmane savent non seulement gouverner dans le respect des différences politiques, idéologiques et religieuses de leurs sociétés mais aussi développer leurs pays et créer des richesses dans leurs espaces économiques. L’économie turque est, sans doute, l’une des plus performantes et des plus dynamiques en Europe. Les indicateurs macroéconomiques sont globalement bons et la croissance est de 4% en moyenne depuis que l’AKP est aux commandes du pays. L’inflation qui reste élevée, autour de 9% actuellement, a été considérablement réduite ces dernières années, elle atteignait les 70%. Des efforts méritoires sont également fournis pour atténuer les inégalités sociales qui ont reculé sous l’effet de la politique de redistribution des fruits de la croissance à toutes les classes de la société. La Turquie a, depuis de nombreux siècles, subi les coups de force de son armée que la plupart des sultans dont certains avaient connu des périodes d’incapacité ont tenté de réformer, le corps des Janissaires étant devenu obsolète. Même des intellectuels comme Azmi Effendi, par exemple, ont évoqué dans leurs ouvrages de la situation de l’armée et de son rôle.
    Les tentatives des réformes qu’entreprend notamment Sélim III pour limiter le poids de son armée constituée à la fin du XVIIIème siècle essentiellement par les Janissaires qui se révoltent aboutissent à son abdication en faveur de son cousin Mustapha IV qui sera mis à mort en même temps que lui. S’il n’a pas connu l’exécution, le Sultan Mehemet VI est destitué en 1922 par le généralissime Mustafa Kemal dont personne ne soupçonnait jusque là son hostilité pour l’institution sultanienne et son opposition à l’islam.
    Jusqu’à maintenant, le gouvernement de l’AKP a toujours réussi à faire reculer l’armée dans ses tentatives de contrôler l’ensemble des institutions, il vient avec ce vote historique de renforcer le pouvoir des civils alors que l’opposition kémaliste, porte voix du pouvoir militaire, dénonce cette réforme. Les chefs de l’armée sont encore dans l’expectative et gardent le mutisme après ce référendum que l’Union européenne a salué, ce qui, logiquement, limiterait leur marge de manoeuvre.

    Salutations
    BY




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  • karim2380
    14 septembre 2010 at 8 h 59 min - Reply

    Je continue avec mes critiques indispensables pour le débat.
    La réussite de l’AKP réside dans un premier ministre décomplexé qui a rompue avec le système brouillon de ses prédécesseurs islamistes, qui n’a aucun problème à faire compagne avec sa femme à ses côté, qui tient un discours de réalisme et de raison dénudé de toute démagogie du genre « natrod rais el jamhouria », les femmes doivent rester à la maison pour résorber le chômage, la démocratie kofr….
    En somme non Messieurs les intervenants l’AKP n’a rien à voir avec le FIS et non Monsieur Dehbi l’élite de l’AKP n’a rien à voir avec l’élite algérienne.




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  • Abdelkader DEHBI
    14 septembre 2010 at 18 h 39 min - Reply

    Bonjour Si Brahim Younessi :

    C’est un vrai plaisir de lire vos commentaires, toujours référencés et constructifs. Je pense comme vous, que la haute hiérarchie de l’armée turque ne bougera pas – même si çà doit la démanger terriblement – parce qu’elle a suffisamment de discernement et de sens patriotique, pour prendre le risque de fouler aux pieds la volonté de tout un Peuple, qui s’est librement et souverainement exprimé en faveur des réformes engagées par l’AKP. L’argument de la proximité géographique avec l’Europe tout comme celui du soutien US, me semblent complètement fallacieux, quand on a en mémoire les putschs en cascade du siècle dernier, perpétrés par cette même armée qui semble avoir pris conscience aujourd’hui, des enjeux géostratégiques et civilisationnels majeurs qui se dessinent dans la région.
    Et je ne donnerais même pas cher – personnellement – du dogme kémaliste d’une laïcité promue au rang de divinité sacrée, qui prend de l’eau de partout, en particulier depuis qu’il devient clair aux yeux de ceux qui ne sont pas aveugles, que le monde Musulman est clairement ciblé par une Croisade planétaire qui n’ose pas dire son nom.




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  • Afif
    14 septembre 2010 at 21 h 39 min - Reply

    Dans notre communauté musulmane, nous avons et nous sommes fiers d’avoir deux guides-phares : l’AKP en Turquie et le Hizbollah libanais.

    Le Hamas palestinien devrait prendre exemple sur le Hizbollah voisin et tisser des liens solides avec le Fatah et les autres forces représentatives palestiniennes, je ne parle pas des groupuscules manipulés par Israël.

    Et nous, en Algérie, nos partis islamistes devraient prendre exemple sur l’AKP de Turquie.

    Au sujet des dernières élections turques, j’espère que l’AKP va sérieusement tenir compte des 40% qui ont voté contre la nouvelle constitution et ne pas les mésestimer : c’est ce genre d’erreur à ne pas faire, le FIS l’a payé très chèrement après sa victoire aux élections de 1992.

    A Alilou : si le peuple algérien te semble si médiocre, c’est à cause de ses élites et de l’absence d’alternative crédible. Il préfère le statu-quo à la somalie. Il n’est pas idiot.




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  • OrO
    16 septembre 2010 at 12 h 59 min - Reply

    @Afif
    Le FIS a surtout commis la bêtise de croire qu’il suffit de gagner les élections pour accéder au pouvoir…




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  • Congrès du Changement Démocratique