Édition du
25 July 2017

La naissance du GPRA

Par Ait Benali Boubekeur

La proclamation du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), le 19 septembre 1958, fut incontestablement l’acte fondateur de la naissance de l’Etat algérien. Toutefois, la guerre d’Algérie fut dés le déclenchement encadrée par des textes fondateurs (Déclaration du 1er novembre 1954 et les résolutions du congrès de la Soummam du 20 août 1956) et des dirigeants de valeur. Mais dans le contexte de l’époque, les difficultés furent multiformes et allaient crescendo. A la répression féroce de l’armée française, les dirigeants algériens avaient un autre souci : la désignation des chefs aux postes clés. Car on le sait désormais que l’idée de la création du gouvernement fut émise début 1957. En effet, dans un rapport au comité de coordination et d’exécution (CCE), Hocine Ait Ahmed avait prôné, de la prison de la santé où il se trouva, la création d’un gouvernement en guise de réponse au rapt aérien du 22 octobre 1956. Surtout,  s’il y avait cette proclamation, cela aurait probablement atténué le conflit issu de la Soummam entre Abane Ramdane et Ahmed Ben Bella. Celui-ci fut partisan du contrat moral entre les neufs chefs historiques, alors que celui-là essaya d’intégrer toutes les forces politiques nationales au sein du FLN. En tout cas, sa création aurait mis les nationalistes dans une position de force vis-à-vis du colonisateur et les aurait incités à plus de solidarité gouvernementale. En effet, selon le professeur André Mandouze, l’acception du gouvernement renvoie à celle de l’Etat. Il écrit dans « La révolution algérienne par les textes » : « il faut bien comprendre que, si un organisme révolutionnaire comme l’était le CCE pouvait, à bon droit, exiger une reconnaissance de l’indépendance algérienne avant d’entamer les négociations, il n’en est plus de même pour un gouvernement qui, par son existence même, consacre juridiquement celle de l’Etat qu’il représente. »

Cependant, le rapport de Hocine Ait Ahmed cerna les contours du débat sur les avantages à tirer de la naissance du gouvernement provisoire. Quelques mois plus tard, le colonel Ouamrane, aidé par son conseiller Mebrouk Belhocine, soumit un rapport détaillé à ces collègues du CCE. Il s’agissait, pour lui, d’en finir avec les tergiversations. Le succès de la révolution devait passer, de façon inéluctable, par la création d’un gouvernement, le rejet de toute exclusive contre les pays de l’est et étendre l’action armée en France. Selon Mohamed Harbi, trois autres rapports furent soumis au CCE. Ils furent l’œuvre de Ferhat Abbas, Lakhdar Ben Tobbal et Krim Belkacem. Et leurs opinions  se rejoignirent quant à la nécessité de créer un gouvernement provisoire. Toutefois, entre ces suggestions et la proclamation du gouvernement algérien, le 19 septembre 1958, plusieurs événements les séparèrent. Il y eut d’abord l’affaire Abane Ramdane qui entrava pour quelques mois les activités du CCE. Et à  peine les membres du CCE reprirent leurs activités, il y avait l’explosion du 13 mai 1958. Bien qu’il soit porté à la tète de l’Etat français grâce  un coup de force militaire, plusieurs observateurs, et non des moindres, voyaient en de Gaulle quelqu’un qui allait trouver une solution négociée au problème algérien et ce, à court terme. L’histoire a montré que le général n’était pas disposé, dans les deux premières années de son retour aux responsabilités, ni à trouver une solution politique, ni à lésiner sur les moyens militaires en vue d’étouffer la révolution algérienne. A la demande des Algériens de vivre sans carcans dans leur propre pays, le général de Gaulle répondit par des mesures inadéquates. La première fut la paix des braves. Elle préconisa ni plus ni moins la reddition pure et simple des maquisards. La seconde eut trait à l’amélioration des conditions de vie des Algériens. Ce fut le fameux plan de Constantine du 3 octobre 1958. Il promit aux Algériens que « Le plan prévoyait d’atteindre en l’espace de cinq ans le niveau d’industrialisation visé par les perspectives décennales en dix ans ».

Cependant,  les dirigeants algériens, réunis en commission, ont rendu, le 6 septembre 1958, une réponse positive à la création d’un gouvernement provisoire. Pour ces derniers, cette naissance du gouvernement allait avoir au moins deux impacts. L’un sur le plan algérien : «  A l’approche du référendum (sur la constitution de la cinquième république française), c’est un encouragement utile qui convaincra le peuple à faire échec à la politique d’intégration prônée par de Gaulle. », et l’autre sur le plan international : « nous nous trouverons dans une meilleure position qui acculerait peut-être l’ennemi à des actes d’humeur profitables internationalement à notre cause et le potentiel matériel et financier de la révolution se renforcerait. » Ainsi, la veille de la proclamation officielle de la naissance du GPRA, soit le 18 septembre 1958, plusieurs délégations du FLN sont allées rencontrer les chefs de gouvernements de tous les pays arabes. Selon Yves Courrière : « A Tunis, c’est Krim Belkacem et Mahmoud Chérif qui rencontrèrent le président Bourguiba dans sa villa d’été. » En Egypte, la mission d’annoncer la création du GPRA a été confiée  à Toufik El Madani. Le lendemain, vendredi 19 septembre 1958, le GPRA a pris officiellement ses fonctions. L’annonce de sa création a été faite simultanément à Tunis et au Caire. Quatre pays ont reconnu ipso facto le GPRA. Il s’agissait de la Tunisie, du Maroc, de la Syrie et du Liban. Vingt quatre heures plus tard, c’était autour de l’Egypte de reconnaitre le GPRA. Dans la foulée, l’Irak a suivi l’exemple égyptien. Désormais, chaque reconnaissance qui s’ajoutait à la liste était une victoire pour la diplomatie algérienne. Le GPRA sut mener le pays à la victoire finale. Mais la question qui demeure ouverte est sa mise à mort après la signature des accords d’Evian ? Car il aurait pu gérer la période de transition –3juillet 1962- 2 septembre 1962 –sans ambages et assurer la réelle représentation du peuple algérien à l’assemblée constituante.


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4 Commentaires sur cet article

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  • benbrahim
    19 septembre 2010 at 22 h 47 min - Reply

    desole mais mais la periode de transition va du 19 Mars 1962..




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  • Rédaction
    20 septembre 2010 at 12 h 37 min - Reply

    52e anniversaire de la création du GPRA
    Mehri plaide pour de nouveaux repères

    El Watan
    le 20.09.10

    Pour Abdelhamid Mehri, Ferhat Abbas, Benyoucef Benkhedda et Messali ont leur place dans l’histoire.

    Dix-neuf septembre 1958. Pour beaucoup d’Algériens, cette date ne veut rien dire. Et pourtant ! Il y a 52 ans, jour pour jour, a été proclamée, dans trois capitales, Le Caire, Tunis et Rabat, la naissance, tel que cela a été recommandé par le Congrès de la Soummam, tenu à Ifri le 20 août 1956 – la nécessité de créer des institutions politiques -, la naissance du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Cette date, ô combien importante dans l’histoire de la guerre de Libération, a été reléguée à la rubrique des faits divers, voire bannie, comme l’a été d’ailleurs le premier président du GPRA, Ferhat Abbas, qui a connu le «bagne» juste après l’indépendance.

    Drôle de manière de remercier un militant de la cause nationale, parce que, il faut bien le dire avec les mots qu’il faut, Ferhat Abbas a été humilié, dessaisi de son passeport, a vu sa pharmacie fermée et a été emprisonné, en 1963 à Adrar avec ses camarades, entre autres, Ahmed Francis et Abderrahmane Farès. Il sera libéré à la veille du renversement du régime de Ben Bella. En 1976, il rédige avec Benyoucef Benkhedda, Hocine Lahouel et Mohamed Kheireddine, un appel au peuple algérien réclamant la démocratisation du pays et dénonçant le pouvoir personnel et la charte de Houari Boumediène. Il sera assigné une nouvelle fois à résidence surveillée en 1978.

    En 1980, Ferhat Abbas publiera ses mémoires, Autopsie d’une guerre, et L’indépendance confisquée. Le ministère des Moudjahidine, dirigé par Chérif Abbas, a organisé hier un colloque, au cercle militaire de Beni Messous, pour se rappeler à la bonne mémoire de l’homme et marquer la naissance du GPRA. Mais sur le tard. La mémoire semble sclérosée et bien plombée.

    Chérif Abbas ne s’en démarquera pas pour autant, plus d’un demi-siècle après.

    Pour parler des raisons qui ont mené à la mise à l’écart après l’indépendance de l’enfant de Taher (Jijel) (Ferhat Abbas), il évoquera dans son allocution d’ouverture des divergences de vues sur la construction du pays. En appelant de tous ses vœux à l’écriture objective de l’histoire, mais se gardant de nommer le coup d’Etat contre le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), Chérif Abbas ne montre pas la voie. La crise de l’été 1962 a été un tournant décisif pour l’avenir du pays. Et ce qui allait suivre, rien qu’en termes de l’écriture de l’histoire, trompera bien quelques générations pour instaurer une version d’une histoire qui arrangera les tenants du pouvoir et desservira l’Algérie.

    Abdelhamid Mehri qui a été invité, hier, à intervenir lors de la manifestation organisée par le ministère des Moudjahidine et à laquelle Ali Kafi, ancien membre du Haut Comité d’Etat, Youcef Khatib et Lamine Khan qui fut l’un des ministres du GPRA, appellera à la nécessité de corriger l’histoire pour n’en transmettre aux générations futures que des faits historiques dénués du superflu. Ainsi, soutiendra l’ancien ministre des Affaires africaines dans le premier gouvernement provisoire, la naissance de l’Etat algérien a eu lieu le 19 septembre 1958 avec la proclamation du GPRA et non après le référendum sur l’autodétermination.

    La proclamation de la création de l’instance exécutive a été suivie d’une reconnaissance en masse de dizaines de pays. Abdelhamid Mehri a appelé aussi à consacrer le 19 mars 1962, date de l’indépendance de l’Algérie, et le 5 juillet, date de la célébration de l’indépendance. C’est le 19 mars, affirmera-t-il, qu’a eu lieu la proclamation de l’indépendance du pays. L’ancien secrétaire général du FLN, qui a focalisé son témoignage sur le parcours de Ferhat Abbas, passera sur sa mise à l’écart, se dit scandalisé par la décision prise de supprimer le nom de Benkhedda du fronton de l’université d’Alger.
    Pour lui, Ferhat Abbas, Benyoucef Benkhedda et Messali ont leur place dans l’histoire.
    Said Rabia




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  • Arezki Nait Amar
    20 septembre 2010 at 20 h 33 min - Reply

    En ce 52 ème anniversaire de la création du GPRA , je pense aux difficultés et au temps qu’il nous faudra pour construire un Etat rééllement démocratique.
    Construire demande beaucoup de temps,de sacrifices,de la ténacité et de la patience.Mais sans fraternité on ne peut pas construire un Etat démocratique solide.




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  • Boubekeur
    20 septembre 2010 at 22 h 05 min - Reply

    Bonsoir Monsieur Benbrahim !
    Je suis tout à fait d’accord avec vous sur votre remarque. Cela, à vrai dire, ne m’a pas échappé. Mais il faut dire que cette période peut être scindée en deux phases. La première est celle allant du 19 mars au 3 juillet 1962. La seconde est la période s’étalant du 3 juillet jusqu’à l’élection à la constituante. Je m’explique. La première période fut celle de l’exécutif provisoire. Mohammed Harbi décrit sans ambages cette désignation en notant à juste titre : «Imposé à la tête d’un Exécutif provisoire, composé de 12 membres (3 Européens et 9 Algériens, dont 5 militants du FLN), Abderrahmane Farès est boudé par le GPRA, qui décide de ne pas l’intégrer au groupe FLN à l’exécutif provisoire. », texte que j’ai publié sur « LQA » du 4 juillet 2010.
    Mais une fois le résultat du referendum fut entériné, l’exécutif provisoire a été, par la même occasion, dissout. Du coup, le GPRA, selon mon humble avis, pouvait conduire cette deuxième phase de transition sans ambages. Or, cette instance suprême fut neutralisée par l’armée des frontières. Est c’est là que le bât blesse.
    J’espère que cette explication vous convaincra. Amicalement Boubekeur




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