Édition du
23 July 2017

Moines de Tibéhirine : trois rapports soulignent le rôle ambigu d'Alger

NouvelObs, 23 septembre 2010

Mediapart publie trois notes signées du général Philippe Rondot, alors qu’il était en mission à Alger en 1996, après l’enlèvement des moines, qui jettent le doute sur le rôle joué par les services secrets algériens dans cette affaire.

Des documents du contre-espionnage français récemment déclassifiés par le juge Marc Trévidic mettent l’accent sur « le rôle ambigu » joué par les services secrets algériens dans l’affaire des moines de Tibehirine, affirme Mediapart, jeudi 23 septembre.

Le site d’information publie notamment trois notes que le général Philippe Rondot, envoyé en mission à Alger après l’enlèvement en avril 1996 des sept moines dans leur monastère, avait adressées au préfet Philippe Parant, alors patron de la DST.

Dans sa première note, qui date du 8 avril 1996, le général Rondot fait remarquer « la lenteur perceptible dans le recueil et l’exploitation des renseignements » de la part des services secrets algériens dans l’enquête sur l’enlèvement des moines.

Dans sa deuxième note, du 10 mai 1996, le général fait part de ses doutes : les services secrets algériens « peuvent être tentés de régler brutalement ce qu’ils considèrent comme un simple ‘fait divers’ (selon une formule entendue), lequel fait obstacle à la normalisation des relations franco-algériennes (élément que n’ignore pas le GIA). »
Sous-entendant qu’Alger ne dise pas tout dans cette affaire, le général propose même de « prendre le risque » d’établir un contact direct avec le GIA pour « connaître l’enjeu réel de cette prise d’otages ».

Lorsqu’il écrit son troisième et dernier rapport, le 27 mai 1996, on sait que les moines sont morts.
« Très (trop) longtemps – et pour des raisons d’ordre tactique – Djamel Zitouni [l’un des principaux leaders des Groupes islamiques armés (GIA), qui a revendiqué le rapt et l’assassinat des moines, ndlr] et ses groupes ont bénéficié d’une relative tolérance de la part des services algérien », écrit le général Rondot.
« Il aidait (sans doute de manière involontaire) à l’éclatement du GIA et favorisait des luttes entre les groupes armés », avance-t-il.
Avant de conclure qu’il est du « devoir » de la France d' »encourager » les services algériens, voire de le leur « imposer », à « éliminer, par tous les moyens, Djamel Zitouni et ses comparses ». Djamel Zitouni est mort en juillet 1996, rappelle Mediapart, dans des circonstances peu claires.

Audition attendue de Rondot

Ces éléments, souligne le site d’information, laissent penser que Djamel Zitouni ainsi que son adjoint, Abderrazak El-Para, « ont, au mieux, bénéficié d’une certaine complaisance du pouvoir algérien de l’époque, ou, au pire, été des agents à la solde de l’appareil militaire, infiltrés au sein des GIA afin de les manipuler. »

L’audition du général Philippe Rondot, prévue le 27 septembre, pourrait donc apporter des éclaircissements sur le rôle des services secrets algériens dans cette affaire.

D’autant que l’enquête avait été relancée en juin 2009 par le témoignage d’un ancien attaché de Défense à Alger, le général François Buchwalter, selon lequel les moines avaient été tués peu après leur enlèvement par des tirs depuis des hélicoptères militaires alors qu’ils se trouvaient dans ce qui semblait être un bivouac de djihadistes.

(Nouvelobs.com)





Nombre de lectures : 1267
2 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • AS
    24 septembre 2010 at 10 h 40 min - Reply

    Tres interessant, dans les deux premieres on trouve des excuses au DRS-DST, c’est un fait divers pour eux, dans la derniere note on lui ordonne de liquider Zitouni, il a fait son job, il faut maintenant effacer toute trace de liens entre la France, le DRS et les GIAs…. Smain Lamari execute Zitouni en juillet 1996…

    les francias n’;assument toujours pas leurs roles de criminels de guerre dans les genocides des peuples au maghreb et en afrique, cette maladie doit bien avoir un remede




    0
  • Rédaction
    28 septembre 2010 at 19 h 42 min - Reply

    Le général Rondot accuse le GIA de l’assassinat des moines de Tibéhirine

    NOUVELOBS.com
    28 septembre 2010

    Le général affirme que le Groupe islamique armé, toléré par l’armée algérienne, est responsable du rapt et de l’assassinat des sept moines trappistes au printemps 1996.

    L’enlèvement et l’assassinat des moines de Tibéhirine en 1996 est l’oeuvre du Groupe islamique armé (GIA) de Djamel Zitouni qui bénéficiait d’une certaine marge de manoeuvre de la part des services algériens, a affirmé le général Philippe Rondot lors de son audition par un juge anti-terroriste, lundi 27 septembre. Le général Rondot, qui a été entendu par les juges antiterroristes Marc Trévidic et Nathalie Poux, était chargé de mission à la DST (contre-espionnage) à l’époque de l’enlèvement des moines.

    Pour le général, « c’est un groupe affilié à Zitouni, sinon Zitouni lui-même » qui est responsable de l’enlèvement et de l’assassinat des sept moines trappistes au printemps 1996, selon le procès-verbal de l’audition qu’a pu consulter l’AFP mardi. En revanche, « les services algériens ont probablement laissé fonctionner Zitouni car celui-ci a éliminé beaucoup de groupes concurrents. Autrement dit, il a éclairci le terrain », a-t-il précisé.

    La thèse d’une manipulation de Djamel Zitouni, voire d’une bavure de l’armée algérienne, figurent parmi les pistes explorées par les enquêteurs français.

    « Aucun élément qui irait dans le sens d’une ‘manipulation' »

    Déjà entendu par le juge Jean-Louis Bruguière, alors chargé de l’enquête, en décembre 2006, le général Rondot avait livré une version similaire, affirmant parallèlement n’avoir « aucun élément qui irait dans le sens d’une ‘manipulation’ des services algériens ». « Je n’ai aucun élément crédible que j’aurais pu recueillir qui permettrait d’affirmer que les services algériens (…) auraient été complices » de l’enlèvement, a-t-il répété lundi.

    Peu après le rapt des sept moines dans leur monastère de Notre-Dame de l’Atlas, au sud d’Alger, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, le général s’était rendu à Alger pour le compte de la DST pour s’informer auprès du général Smaïn Lamari, patron de la DCE algérienne (Direction du contre-espionnage) en lutte contre les maquis islamistes. Le GIA avait revendiqué l’enlèvement et l’assassinat des sept moines de l’Orde de Citeaux de stricte observance.

    (Nouvelobs.com)




    0
  • Congrès du Changement Démocratique