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22 July 2017

Tibéhirine et Karachi: le général Rondot et ses carnets chez le juge

PARIS, 25 sept 2010 (AFP) –  Le général Philippe Rondot, sorti de l’ombre lors de l’affaire Clearstream, doit être entendu lundi comme témoin par un juge antiterroriste dans les enquêtes sur l’enlèvement des moines de Tibéhirine en 1996 et sur l’attentat contre des salariés de la DCN en 2002 à Karachi.

L’officier de renseignement, qui conservait dans de petits carnets trace de ses activités, a notamment oeuvré pour la DST (contre-espionnage) et comme conseiller du ministre de la Défense pour le renseignement et les opérations spéciales (Cros) de 1997 à 2005.

Dans le cadre de ses missions, il a suivi de près les affaires de Tibéhirine et de Karachi, sur lesquelles le juge antiterroriste Marc Trévidic enquête et souhaite l’entendre, selon des sources proches du dossier.

Peu après l’enlèvement des sept moines dans leur monastère de Notre-Dame de l’Atlas, au sud d’Alger, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, le général s’était rendu à Alger pour le compte de la DST. Il voulait s’informer auprès du général Smaïn Lamari, patron de la DCE algérienne (Direction du contre-espionnage) en lutte contre les maquis islamistes, selon ses rapports à la DST déclassifiés fin 2009 et que l’AFP a consultés.

Dans d’autres rapports, il fait part de ses « considérations (amères) sur la gestion de l’affaire » et déplore – après l’assassinat des moines revendiqué par le GIA de Djamel Zitouni – que « très (trop) longtemps – et pour des raisons d’ordre tactique – Djamel Zitouni et ses groupes ont bénéficié d’une relative tolérance de la part des services algériens ».

La thèse d’une manipulation de Djamel Zitouni, voire d’une bavure de l’armée algérienne, figurent parmi les pistes explorées par les enquêteurs français.

Entendu en octobre 2006 par le juge Jean-Louis Bruguière, alors chargé de l’enquête, le général Rondot avait affirmé n’avoir « aucun élément qui irait dans le sens d’une +manipulation+ des services algériens ».

Ses fameux carnets, versés au dossier d’instruction, intéressent également les enquêteurs. Dans l’un, il mentionne à la date du 22 janvier 2004 à propos de Tibéhirine un déjeuner « à la popote » avec le juge Bruguière et note qu’il faut « encadrer le juge », a dit une source proche du dossier.

Le général Rondot s’est également intéressé à l’attentat qui fit 15 morts, dont 11 Français de la Direction des constructions navales (DCN) le 8 mai 2002 à Karachi, au Pakistan, où il s’est rendu « en mission » le mois suivant.

Il fait état dans ses carnets d’un entretien avec le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Dominique de Villepin, le 23 mai 2002 à l’issue duquel il note « interrogation sur le rôle de l’ISI », les puissants services de renseignement pakistanais.

Après avoir privilégié la piste Al-Qaïda, l’enquête française s’est orientée vers l’hypothèse de représailles pakistanaises après l’arrêt de versements de commissions sur la vente de sous-marins à Islamabad. Dans cette optique, les enquêteurs s’interrogent sur d’éventuelles manipulations d’islamistes par l’ISI.

Les enquêteurs soupçonnent par ailleurs que l’arrêt du versement des commissions aurait été décidé, par Jacques Chirac, en raison de soupçons de rétrocommissions en faveur de la campagne électorale d’Edouard Balladur en 1995.

Dans ses carnets, le général écrit d’ailleurs une mystérieuse note selon une source proche du dossier: « Karachi. 20 avril 2004. Trésor de guerre. Filière Sarkozy-Hortefeux ».

Sollicité par l’AFP, l’avocat du général Rondot, Me Eric Morain, n’a pas souhaité faire de commentaire.


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3 Commentaires sur cet article

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  • Larbi Anti-DRS
    25 septembre 2010 at 18 h 50 min - Reply

    Si il y a pas eu Tiberine ou sept religieux Chrétiens Français ont été égorgé, est-ce que le monde saura qu’il y a plus de 250 000 Musulman Algériens assassine’, plus de 1000 égorges en une nuit par des escadrons de la mort qui rodent toujours ? Est qui a assassine’ par bombe télécommandé le chef de l’église d’Oran juste après qu’il est revenu de Tiberine ? Pourquoi personne n’evoque cette assassinat?
    7/250 000 est la valeur d’un Algerien face a un Europeen.




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  • samir
    26 septembre 2010 at 12 h 28 min - Reply

    si la france recherche vraiment la vérité,elle devrait recuperer ce qui reste des corps des 7 moines et proceder à une autopsie approfondie.je pense que pour des raisons politiques l’affaire sera de nouveau etouffée.




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  • Grim
    1 octobre 2010 at 21 h 44 min - Reply

    Le général Rondot marche sur des oeufs ou – et c’est tout comme – sur un champ de mines. Quelqu’un ne le lache pas d’une semelle; il se nomme Armand Veilleux. Un mot de trop et le brave général perd sa Légion d’honneur et c’est important la Légion d’honneur dans la bonne société.
    Le général Rondot n’est pas le général Aussaresses qu’on a cloué au pilori pour avoir révélé la nature sanglante de ses occupations dans les années 1950. Après un premier livre qui a semé l’indignation dans la bonne société – comme si les gens ignoraient que la vocation première d’un militaire est de tuer un maximum d’ennemis du moment – le général borgne en fait un deuxième dans lequel il raconte ses méfaits en Amérique du Sud notamment. Il raconte surtout qu’il a agi sur instruction du gouvernement émanation de la volonté populaire.

    Aussaresses du temps de sa puissance semait la terreur là où il passait. Mon père l’a croisé sans le savoir – j’ai fait des recoupements entre son récit et celui du  »commandant O » – dans le célèbre immeuble en chantier d’El Biar où a été assassiné Maître Ali Boumendjel. Mon père se trouvait dans un compartiment spécial où étaient regroupés les gens à torturer sans ménagements puisque promis à la mort. L’équipe d’Aussaresses visitait la nuit ces  »crevards » pour décider qui emporter – les plus affaiblis – pour les faire disparître après d’ultimes raffinements de cruauté. Mon père et ce qui restait de ses compagnons d’infortune furent évacués dans la précipitation au camp de Beni Messous suite à l’arrivée d’une commission parlementaire d’enquête consécutivement à l’assassinat de Maurice Audin. Même les comptes rendus d’interrogatoire avaient été détruits par les parachutistes sommés de gagner sans tarder les Djebels pour, cette fois, affronter des gens en armes.

    Le rôle du général Rondot est celui de militaires comme il y en a beaucoup par les temps présents: des opportunistes qui s’occupent de stratégie autant que d’affairisme. L’affaire qui le ramène périodiquement sur le devant de l’actualité est probablement connue dans ses moindres détails par la haute hiérarchie politique; elle est sûrement connue également de sans-grades comme Armand Veilleux. Le problème est que dans les pays dits démocratiques la justice doit, pour trancher, disposer de preuves irréfutables;or ces preuves se trouvent au niveau des exécutifs qu’il faut amener d’une manière ou d’une autre à composer, à coopérer. Et c’est là interviennent des considérations floues, à géométrie variable comme le  »secret défense » ou bien comme dans certains pays à l’institution judiciaire branlante  »l’intérêt supérieur de la nation ».

    Les moines de Tibehirine faisaient partie du dernier carré des religieux dont les comportements étaient dictés essentiellement par leur conscience c’est à dire qu’ils agissaient à la marge de l’organisation ecclésiastique officielle; c’étaient, pour faire court, des marginaux de l’Église. Parfaitement immergés dans la campagne de la région de Médéa, ils entretenaient des relations de fraternité avec la population qui les considéraient faisant partie de leur communauté.Une des chaînes de télévision de France a dernièrement laissé s’exprimer un Algérien qui les avaient bien connus; il les désignait par leurs prénoms comme s’il parlait par exemple de ses cousins ou de ses beaux parents. Des caractères aussi trempés, des personnes animées d’un sens du sacrifice aussi élevé n’arrangent aucun pouvoir surtout en période de conflit. Ils ont donc eu une fin en un sens prévisible et le signe de l’opprobre marquera pour l’éternité leurs assassins, leurs complices et les commanditaires du crime. Un film relate déjà l’histoire de ces martyrs; des livres et d’autres films suivront; ils dérangeront les cénacles institutionnels beaucoup plus morts que vivants. Le général Rondot sait tout; il ne ferait que ternir plus son honneur en s’enlisant dans ses tergiversations.




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