Édition du
26 March 2017

Procès de l’affaire de l’Institut Pasteur d’Algérie La face cachée des lobbys du médicament

La Tribune

30-09-2010

Par Faouzia Ababsa

Le procès lié au scandale des vaccins périmés de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA) s’est finalement ouvert hier au tribunal Abane
Ramdane après 4 reports consécutifs. La décision du dernier renvoi a été prise à la demande des avocats qui exigeaient la présence d’un témoin important, en l’occurrence Mohamed Mansouri, directeur du laboratoire de contrôle des médicaments, qui n’a pas daigné répondre à la convocation de la justice hier encore.   Toutefois, les robes noires n’ont pas réitéré la demande d’ajournement du procès, ce d’autant que parmi les prévenus inculpés dans cette affaire figure un accusé en détention depuis neuf mois. M. Omani, c’est de lui qu’il s’agit, a été le premier à ouvrir le bal des auditions. La magistrate lui demandera de lui expliquer son rôle dans l’affaire liée, selon les termes de l’arrêt de renvoi, à la passation et à la complicité dans la passation de marchés publics de gré à gré contraires à la règlementation, à la dilapidation des deniers publics, à l’octroi d’avantages indus. M. Omani réfutera toutes les accusations portées contre lui en précisant qu’il n’a aucun pouvoir ou aucune procuration pour négocier ou contracter des marchés : «Je suis employé des laboratoires. Mon rôle se limite à remettre les soumissions, à suivre les marchandises et les paiements.» L’insistance de la présidente de l’audience ne le fera pas revenir sur ses déclarations, dès lors qu’il n’a absolument rien signé. A propos des 7 micro-ordinateurs (dont l’enquête n’a pas permis de trouver trace) et des téléphones portables, il dira que ce sont là des mesures d’accompagnement contenues dans l’avenant du contrat. «Ce ne sont pas les seules. L’institut Pasteur a bénéficié de 60 micros de bureau, d’un minibus, de 7 véhicules de marque Chevrolet.» Le prévenu clamera son innocence. Il faut rappeler que M. Omani n’est pas l’accusé principal. Son accusation porte sur la complicité et non sur la signature des contrats. Sa mise en détention provisoire a été motivée par le fait qu’il ait une double résidence, en France et en Algérie. Le magistrat a donc estimé qu’il ne présentait pas de garanties suffisantes pour être remis en liberté.Le procès a été riche en révélations et «découvertes». Ainsi, on apprendra que le conseiller de l’ex-directeur général, qui est en fuite, est le gestionnaire réel de l’IPA. Lors de son audition, il révèlera qu’il lui arrivait de signer des factures et de contresigner avec le financier des chèques bancaires. Abdelmadjid Boudia dira également au tribunal qui l’interrogeait sur le sujet que la commission des marchés n’examinait pas les contrats ni cherchait à connaître la nature des fournisseurs, mais entérinait des contrats déjà conclus. «Nous n’avions pas le choix, dira-t-il. Les laboratoires nous donnaient l’exclusivité.» Ce fut ensuite le tour de l’ex-directrice commerciale, par qui l’affaire a éclaté, de se présenter à la barre. Il faut dire qu’elle n’a pas tari de révélations. Elle racontera que Belkaïd (directeur général) a nommé un directeur général adjoint pour la seconder (ce qu’il reconnaîtra devant le tribunal) alors «qu’il n’a aucune qualification ou diplôme pour ce faire.» Et ce, au moment où elle réorganisait le service. Une réorganisation qui lui valut, selon elle, les foudres de sa hiérarchie. Elle se voit donc interdite d’accès à la chambre froide par sa subordonnée qui invoquait une instruction de la direction générale. Et c’est là qu’elle flaire le roussi dans la gestion. Survient alors, et comme par hasard, l’arrêt des chambres froides 48 heures durant. Les conséquences sur les vaccins ne sont pas fait attendre. Ce sont 2 000 000 de doses de DTcoq importées de Cuba dans le cadre d’un accord intergouvernemental pour l’acquisition par l’Algérie de vaccins contre du pétrole qui seront transférées de Kouba vers un dépôt à la place du 1er mai, alors que la chaîne du froid était rompue. Le DG est saisi. En vain. C’est autour de Amar Tou, alors en charge du département de la santé, d’être alerté par Mme Touabti. Il enverra immédiatement une inspection générale qui confirmera les assertions de la directrice commerciale. C’était en 2005. Ce n’est pas tout. Elle découvrira également que les vaccins H1N1 importés par l’Algérie au moment où cette grippe faisait des dégâts dans le monde étaient non conformes. Elle refuse de signer leur conformité malgré les pressions, selon elle, qu’elle a subies et ce, après le départ de Amar Tou. C’est donc le directeur général du laboratoire de contrôle des médicaments qui le fera à sa place. «Il n’a pas qualité pour le faire», nous dira Me Chorfi, son défenseur. Elle fut congédiée par son DG «sur instruction du secrétaire général du ministère de la Santé du temps de Saïd Barkat parce que j’ai refusé de signer». Mme Touabti ne tarira pas d’éloges à l’égard de M. Omani dont elle confirmera l’irresponsabilité dans cette affaire. Le procès, toujours en cours au moment où nous mettons sous presse, a eu le mérité de dépasser la simple affaire de conclusion de marchés contraires à la législation. Il révèle que les lobbys dans ce secteur sont prêts y compris à tuer des personnes pour s’en mettre plein les poches. Nous y reviendrons.

F. A


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5 Commentaires sur cet article

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  • Rédaction
    30 septembre 2010 at 21 h 17 min - Reply

    Le Jeune Indépendant 30 septembre 2010

    Procès des cadres de l’Institut Pasteur

    10 ans de prison ferme requis contre tous les accusés

    Le représentant du parquet de Sidi M’hamed a requis, hier, dix ans de prison ferme assortis d’un million de dinars d’amende à l’encontre des 9 cadres de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA). Dans la même affaire, deux ans de prison ferme sont requis contre un accusé qui a bénéficié d’un micro portable puis l’a remis à l’administration. Le procureur a, en outre, confirmé l’ordonnance du juge d’instruction, relative au mandat d’arrêt lancé contre le P-DG de l’Institut Pasteur qui demeure en fuite. Le procès des cadres de l’Institut Pasteur, qui s’est ouvert hier au tribunal correctionnel, était, en effet, riche en révélations.
    L’une parmi les accusés, en l’occurrence Mme Touabti Nadia, qui occupait le poste de directrice commerciale au niveau de cette institution, a d’emblée affirmé qu’elle a été relevée de ses fonctions sur ordre du secrétaire général du ministère de la Santé. La mise en cause a précisé que le secrétaire général en question a exercé des pressions sur elle, car elle a refusé de reconnaître la conformité des vaccins H1N1 acquis en 2009. Dans le même contexte, la prévenue poursuivie pour «complicité dans le détournement de deniers publics et d’avoir bénéficié davantages» a déclaré qu’elle a fait l’objet d’un licenciement arbitraire et abusif « sur ordre de l’ancien ministre de la Santé, Saïd Barkat ».
    Cette spécialiste en chimie et en pharmacie a, en outre, indiqué qu’«heureusement, les vaccins importés n’ont pas été utilisés, sinon l’Algérie aurait vécu une tragédie».
    Elle a pointé un doigt accusateur sur son adjoint, estimant qu’il est à l’origine de toutes les anomalies et carences enregistrées dans les transactions relatives notamment à l’importation de ces vaccins.
    A la question de savoir son avis concernant la gestion administrative du représentant des laboratoires étrangers, l’accusée a tenu à souligner que M. Amani Amar répondait favorablement à ses demandes, notamment lorsqu’il s’agit de l’intérêt public.
    Elle a, par ailleurs, précisé qu’elle ignorait la manière avec laquelle il procédait à la conclusion des marchés. Mme Touabti a déclaré que la faute incombe aussi aux proches collaborateurs du DG.
    Interrogés, le directeur des finances ainsi que son fils, également poursuivis dans cette affaire pour utilisation des biens de l’Etat à des fins personnelles, ont nié tout en bloc, estimant qu’ils font l’objet d’un coup monté de toutes pièces. Le directeur en question a, par ailleurs, indiqué qu’il ne faisait qu’appliquer les directives du conseiller du directeur général, en l’occurrence Abdelmadjid Boudiaf. Auditionné, ce dernier a déclaré qu’il n’est pas concerné dans cette affaire, notamment, en ce qui concerne la passation des marchés. Il a tenu à préciser qu’il n’avait aucun pouvoir pour prendre les décisions, et qu’il n’a, à aucun moment, bénéficié des avantages, entre autres, l’utilisation des véhicules de service à des fins personnelles. Il a, par ailleurs, indiqué que les six véhicules de marque Chevrolet et soixante micro-portables appartenant à l’Institut n’ont jamais été utilisés.
    Il a fait savoir à la présidente que son fils occupait un poste de responsabilité au sein de l’institut et qu’il jouissait d’une bonne réputation ; il n’avait aucun problème d’ordre professionnel. S’agissant de l’accusé principal dans cette affaire qui est d’ailleurs le seul emprisonné, M. Amani Amar, représentant des laboratoires étrangers, il a déclaré qu’il n’a participé à aucune passation de marché douteux car il n’avait aucune procuration pour signer soit des conventions, soit des contrats de partenariat. Il a déclaré que son rôle était limité aux livraisons de la marchandise, et ce, en sa qualité de représentant de deux sociétés étrangères. Le mis en cause a nié avoir bénéficié des avantages à des fins personnelles, notamment, en ce qui concerne les véhicules et les micros portables acquis au profit des cadres de l’institut. Ce dernier a indiqué que les opérations de consultation se faisaient par fax. Les autres accusés ont rejeté toutes les accusations portées à leur encontre que ce soit au niveau de l’enquête préliminaire ou de l’instruction judiciaire.
    Prenant la parole, le représentant de la partie civile a estimé que le préjudice matériel causé à l’Institut Pasteur est de l’ordre de 28 milliards de centimes.
    Les avocats de la défense ont sollicité la relaxe pure et simple de leurs clients, estimant que ces derniers font l’objet d’une poursuite judiciaire «maquillée». Ces derniers ont clamé haut et fort que l’instruction a été bâclée. Il convient de signaler que les avocats de la défense ont demandé la prescription avant même d’entrer dans le vif du sujet.
    A noter que l’un des experts a déclaré à l’audience qu’entre 2002 et 2006 l’Institut Pasteur d’Alger a procédé à la passation de 65 et 70 transactions avec des laboratoires étrangers spécialisés dans la fabrication des vaccins.
    L’affaire est mise en examen pour la semaine prochaine.
    Redouane Hannachi




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  • adel133
    1 octobre 2010 at 6 h 23 min - Reply

    c’est du n’importe quoi.une justice d’analphabètes qui n’ont aucune formation en gestion,finance ou économie prononcent des sentences sur la base de rapports faits par d’autres analphabètes de la police,la gendarmerie et maintenant les rambos des services secrets,contre des cadres dont le seul tord est de continuer à être des fusibles,alors que les véritables corrompus situés en haut s’enrichissent et sont toujours au gouvernement dans la boutefland.
    condamner un cadre à un an pour un micro ordinateur et utilisation d’un véhicule de service,relève de l’inimaginable.
    dans le cadre de mes voyages en Afrique,je réalise que mon ex pays est à 20 siècles de retard.
    en pleine brousse des écoliers du primaire pianotent sur des micros à 40 dollars.en algerie on condamne un cadre à 1 an de prison pour 40$ alors que des criminels qui ont détourné des milliards de dollars sont toujours entrain de bomber le torse.qui osera toucher khelil,saidani,barkat et tous les autres corrompus?
    je ne me porte pas au secours de ces cadres de l’institut pasteur,car je ne vis pas en algerie et je ne les connais pas.mais tout me semble vaseux,pourri et farfelu .c’est pourquoi instinctivement je ne donne aucun crédit à ce genre de procès préfabriqué. par une justice aux ordres.




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  • Votre nom SAIDI ahmed
    1 octobre 2010 at 19 h 15 min - Reply

    moi se que je peus vous dire sur cette mascarade (cacher le soleil avec un tamis)et que ces cadre de l’ipa ne sont que des fusibles .




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  • Rédaction
    2 octobre 2010 at 11 h 40 min - Reply

    Le Soir d’Algérie 02 septembre 2010

    RÉVÉLATIONS DE CADRES DE L’INSTITUT PASTEUR JUGÉS À ALGER
    Vaccins, magouilles et gros sous

    Le tribunal correctionnel de Sidi-M’hamed innocenrat- il les cadres de l’Institut Pasteur ? De l’avis de tous les présents, les 10 ans de prison ferme requis par l’avocat général ne sont nullement justifiés. La responsabilité, dit-on, se trouve à un autre niveau. «La responsabilité incombe entièrement à ceux qui ont admis le vaccin H1N1, alors que ce dernier était en grande partie non conforme, voire périmé», soutient la défense.
    Abder Bettache – Alger (Le Soir) – Me Chorfi Chérif, avocat de Mme Touabi, a levé quelque peu le voile sur ce scandale. Il s’est demandé sur quelle base «on poursuit quelqu’un qui a eu le courage et le mérite de dénoncer une situation qui a failli coûter la vie à des millions d’Algériens». Il s’agit de sa cliente, Mme Touabi. Cette dernière ne comprend pas comment du statut de dénonciatrice, elle se retrouve parmi les prévenus, poursuivis pour, entre autres, «dilapidation de deniers publics, violation de la législation des marchés publics et perception illicite d’avantages ». «J’étais membre de la commission qui était en contact avec les laboratoires devant approvisionner l’Algérie en vaccin contre la grippe porcine. A notre grande surprise, nous avons découvert que ces vaccins n’étaient pas valables, d’où le rapport que nous avons transmis à notre tutelle. Suite à cela, on m’a informée que j’étais suspendue de mes fonctions. Pourquoi ? Tout simplement parce que j’ai refusé de porter mon visa sur le rapport stipulant que les vaccins sont conformes. Notre ministère de tutelle était au courant de cette situation. Mais aucune réaction de sa part n’a été enregistrée », témoigne Mme Touabi, à la grande stupéfaction de l’assistance. Le courage d’une femme Mme Touabi mesure ses propos et avance des arguments qui ont laissé perplexe la présidente du tribunal. «Heureusement que les vaccins importés n’ont pas été utilisés, sinon l’Algérie aurait vécu une tragédie.» Cependant, elle n’a pas hésité à pointer un doigt accusateur à l’encontre du directeur adjoint, considérant que ses agissements sont à l’origine de toutes les anomalies et carences enregistrées dans les transactions relatives notamment à l’importation de ces vaccins. Chimiste de formation, la mise en cause dans cette affaire est également docteur en chimie. Elle avait exercé comme directrice commerciale au sein de l’Institut Pasteur de 2002 à 2006. Son audition a permis aux présents de découvrir «la manière avec laquelle était géré un des plus importants centres de santé du pays à l’époque de l’ex-directeur général». Ce dernier, faut-il le noter, est en fuite. Mme Touabi a saisi son passage à la barre pour dire d’autres vérités : «M. Amani Amar n’est pas concerné par les vaccins périmés acquis au gré à gré». L’audition des autres mis en cause dans cette affaire n’a rien apporté de nouveau. Tous les prévenus ont rejeté les chefs d’inculpation retenus contre eux par la chambre d’accusation. Le représentant de la partie civile a indiqué pour sa part que l’institut a subi un préjudice de près de 28 milliards de centimes. La vérité est ailleurs Le réquisitoire du procureur de la République a soulevé l’étonnement de la défense. Cette dernière, composée de près d’une quinzaine d’avocats, s’est interrogée sur quelle base s’est appuyée l’accusation pour faire ses demandes. «C’est une véritable fiction à laquelle nous assistons aujourd’hui. La vérité est ailleurs. Les personnes ici présentes et poursuivies dans cette affaire ne sont que les boucs émissaires de ce scandale, dont les auteurs sont à chercher ailleurs», a lâché un avocat. Les avocats qui se sont succédé à la barre ont tous plaidé l’acquittement de leurs clients. Pour rappel, le représentant du ministère public avait requis tard avant-hier des peines de dix ans de prison ferme assortis d’un million de dinars d’amende à l’encontre des 9 cadres de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA). Le procureur a confirmé l’ordonnance du juge d’instruction relative au mandat d’arrêt lancé contre le P-dg de l’Institut Pasteur qui demeure en fuite. Il est à noter que le verdict de cette affaire a été mis sous huitaine. Les délibérations seront connues mercredi prochain.
    A. B.




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  • IPA
    1 novembre 2010 at 5 h 29 min - Reply
  • Congrès du Changement Démocratique