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24 July 2017

Mutinerie et chavirage mortel au large de Mostaganem

Drame de l’émigration clandestine
Mutinerie et chavirage mortel au large de Mostaganem
El Watan, 3 octobre 2010

L’émigration clandestine vers l’Espagne vient de connaître un nouveau et terrible drame, à moins de 2 miles marins des côtes mostaganémoises.

Bilan de cette terrible nuit de vendredi à samedi : le naufrage a coûté la vie à 5 jeunes clandestins. C’est vendredi dernier, peu avant minuit, qu’une première embarcation, avec à son bord 21 passagers, quitte la plage Sonaghter, sur le rive gauche du Cheliff, non loin de l’unité de dessalement, à 15 km à l’est de Mostaganem. Selon le recoupement de plusieurs témoignages, il semblerait que des intrus à l’opération se seraient embarqués de force sur cette barque d’à peine 4,90 m. Ces passagers de dernière minute ne s’étant pas acquittés de leurs droits auraient forcé le groupe de 16 migrants à les prendre à bord, portant la charge à un niveau insupportable pour une si petite barque en polyester qui manifestement ne pouvait aller bien loin.

C’est pourquoi à moins de 2 miles marins, avec une légère houle de nord-est, la barque s’est mise à tanguer dangereusement. Nos témoins ajoutent qu’à ce moment-là, ayant pris conscience du danger, une partie de l’équipée se serait tout simplement mutinée, ce qui aurait incité l’un des passagers à recourir à l’usage d’une arme blanche, probablement une épée artisanale, afin de délester la barque de son surpoids. Un témoin nous dira qu’à bord d’une des embarcations, il aurait été fait usage d’une épée pour forcer les jeunes clandestins à quitter le bord au risque d’y laisser leur vie.

La bagarre qui éclate alors en mer entraîne le chavirage de l’embarcation. La suite, on la connaît : sur les 21 passagers, seuls 16 parviendront à se maintenir en vie jusqu’à l’arrivée de deux sardiniers qui pêchaient dans les parages. Sur les lieux du drame, ils parviendront à sauver les rescapés qui savaient nager ou qui portaient des gilets de sauvetage.
Les 5 autres clandestins ont été avalés par la mer. Une fois sur place, les patrons des deux sardiniers ont alerté les gardes-côtes qui croisaient dans le coin depuis 48 heures. C’est le navire des garde-côtes qui, en se rendant sur le lieu du drame, parviendra à intercepter une seconde embarcation avec à son bord 14 clandestins qui venait à son tour de quitter la plage de Sonaghter vers les côtes espagnoles.

Portant le nombre de clandestins ayant embarqué cette nuit-là à 35, dont 5 portés disparus. Alertées bien avant le lever du jour, les familles se sont ruées vers l’entrée du port afin d’avoir des nouvelles de leurs enfants. C’est là qu’elles ont été informées du drame survenu à 5 jeunes Mostaganémois qui tentaient une aventure qui leur a été fatale. Ont-ils été blessés dans la bagarre ou bien sont-ils morts par noyade ? Seule l’enquête judiciaire et l’autopsie des cadavres, lorsque la mer les rejettera, sont susceptibles de déterminer les circonstances dramatiques ayant entraîné le naufrage.

19 autres harraga interceptés

Dans le quartier du plateau de la Marine, c’est le soulagement qui l’emporte : les 16 migrants qui en sont originaires, embarqués sur la même barque, sont sains et saufs. Ce qui n’est pas le cas des quartiers de Chemmouma, Tigditt et El Arsa, dont les enfants ont été emportés par les flots. Deuil et consternation sont visibles partout à travers la ville, où personne ne comprend plus rien à ce drame qui perdure. Alors que la ville est encore sous le choc des disparitions de la veille, l’on apprend, de sources sécuritaires, que 19 autres candidats à l’émigration ont été capturés dans la nuit de vendredi à samedi dans trois endroits différents : la police de Mostaganem a intercepté une camionnette suspecte avec à son bord un groupe de 5 migrants qui se dirigeait vers une plage avec un moteur hors-bord ; un autre groupe parfaitement équipé pour la traversée, composé de 7 personnes, a été neutralisé vers 22h au niveau de l’embouchure de l’oued Cheliff par les éléments de la garde communale ; enfin, un dernier groupe de 7 personnes a été interpellé à bord d’une camionnette, au village Kheireddine. Ces interpellations portent le nombre total de harraga à 54 en une seule nuit.

Yacine Alim



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4 Commentaires sur cet article

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  • brahmi16
    4 octobre 2010 at 15 h 31 min - Reply

    Mais n’ y a t il personne au sein de ce pouvoir capable d’ ouvrir les yeux, de reagir ou capable d’ une remise en cause?Ou de se poser la question: comment un pays riche disposant de centaines de milliards de dollards de revenus chaque année, est incapable de trouver une solution à ces centaines de jeunes desesperes qui mettent en peril leur vie pour atteindre l’ autre rive,en quète d’ une existence decente.N ‘est ce pas un aveux d’ echec de ce systeme.Quelle honte de voir ces jeunes par centaines fuire leur pays la recherche d’un avenir, leur pays et ce dans l’ indifference totale des autorites.une autre veritable tragedie ces beat peoples qui nous rabaissent au niveau de ces pauvres sub sahariens qui fuient la misère de leur pays.Mais nous algeriens qui nous nous portons au secours des causes justes de par le monde ,sahraoui,palestinien, etc ,ou aider les affamés du niger ou de la mauritanie.Comment n a t on pas les moyens de resoudre ce problèmes des harraga? Quelle honte un pays riche , pretendumment populaire et democratique n’ a pas la capacité d ‘offir des perspectives à ses jeunes , hchouma.Quel deshonneur, Pour l’ algerie.Au dela des discours ,il n y a que les faits qui sont retenus, piètre image que l’ on donne de l’ algerie.




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  • adel133
    5 octobre 2010 at 5 h 47 min - Reply

    réponse à Brahim 16,
    cher Brahim si votre message est destiné à éveiller la conscience de ceux qui détruisent notre pays depuis 1962,vous n’avez aucune chance d’ëtre entendu.une canaille aujourdh’ui disparue déclarait en 1992 qu’elle est prète à assassiner 3 millions d’Algériens pour ne pas perdre le pouvoir.

    une autre,l’actuel représentant du monarque à vie d’el mouradia et ex premier sinistre par accident,en l’occurence Abdelaziz belkhadem,déclarait que le phénomème des harragas est un épiphénomène qui ne concerne que des marginaux en quête de plaisirs charnels en Europe(une insulte pour nos jeunes et nos filles).

    le roi malgré nous,de son nom Abdelaziz 1er a exigé des ses larbins de ne jamais prononcer le mot harragas devant lui,de le proscrire du langage Algérien au risque d’etre soumis à sa furie.

    l’Algérie n’est pas déshonorée.c’est ce pouvoir croupion composé de la lie de l’humanité qui porte l’opprobre.c’est leur gestion.ils en sont responsables devant Dieu et devant l’histoire.ils finiront par payer leurs nombreux crimes un jour.




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  • adel133
    5 octobre 2010 at 6 h 15 min - Reply

    encore une vérité qui contredit les idiots qui nous gouvernent de force.il ne s’agit pas uniquement de désespérados,mais des universitaires et toutes les forces vives de cette malheureuses nation.

    article paru dans le soir d’Algérie le 5 octobre 2010.

    20 harraga, dont l’âge varie entre 20 et 40 ans, ont été sauvés d’une mort certaine, dans l’après-midi de samedi, à la plage de Tamanart, commune de Chrea, région de Collo grâce aux gardes-côtes, après que leur embarcation de fortune est tombée en panne.
    Selon des sources concordantes, les harraga, partis de la plage de Chetaïbi, wilaya d’Annaba, vers les côtes italiennes, comptaient accoster sur la plage de Tamanart, à 7 km de la commune dont elle dépend. Ils sont dans leur majorité des universitaires et des sortants d’instituts de formation professionnelle. Leur présentation devant le magistrat instructeur du tribunal de Collo suivra l’enquête que mène actuellement le groupement de la Gendarmerie nationale.
    Zaid Zoheir




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  • Grim
    6 octobre 2010 at 20 h 55 min - Reply

    Harragas, les gens de la génération de vos parents ou de vos grands-parents, dont je fais partie, sont la cause de votre désespoir. On peut incriminer les pouvoirs successifs, mais nous, citoyens ordinaires, vieux et vieillards aujourd’hui, avons également une grosse part de responsabilité. Que les soit disant
     »h’chicha talba maicha » reconnaissent leur passivité complice devant l’intolérable, l’inadmissible – je dis  »passivité » tout en sachant que c’est un autre mot qui est le plus approprié.




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