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24 March 2017

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Adel H.

De 62 à 89, ceux qui gouvernaient l’Algérie, par opposition au peuple, qui était gouverné, se répartissaient en trois groupes distincts : l’armée, les technocrates et les militants du FLN avec ses «organisations de masse» (UGTA, JFLN, UNFA, etc). Ces trois groupes travaillaient ensemble, chacun d’eux ayant cependant pour objectif non déclaré d’étendre son pouvoir au détriment des autres.

Après la période de cafouillage de Ben Bella, Boumédiène imposa définitivement la suprématie de l’armée. C’était le Conseil de la Révolution, composé en majorité d’officiers de l’ANP, qui décidait de tout. Boumédiène était l’homme fort et le cerveau de cette instance dirigeante. Les technocrates (le prototype en étant Sid-Ahmed Ghozali) étaient sollicités et choyés pour leurs compétences techniques. Ils ne se mêlaient pas de politique. Entre le sommet occupé par l’armée (avec les technocrates) et le peuple, il y avait l’appareil du FLN et ses organisations de masse – bouclier, courroie de transmission, appareil de propagande, etc. Le FLN était une sorte d’interface, de couche isolante qui ne décidait de rien. Son action ne pouvait s’exercer que dans un sens : du haut vers le bas. Il ne pouvait pas discuter ou remettre en question les décisions de Boumédiène (qarrarna!). Il ne pouvait que les expliquer aux militants et au peuple et justifier la politique du Raïs (révolution agraire, etc.). Les kasma FLN étudiaient les discours du président, dans la plus pure tradition stalinienne.

Entre les technocrates et les militants du FLN, il y a toujours eu une sourde rivalité, les premiers méprisant les seconds mais bien obligés de les supporter, car le pouvoir avait besoin d’eux pour embrigader la société et la maintenir en état de sujétion. Le chef suprême, quant à lui, méprisait tout le monde. Célibataire endurci, il avait épousé l’Algérie (3qad 3liha) et il en disposait à sa guise.

Le socialisme de Boumédiène donnant des résultats de plus en plus mauvais et la vie quotidienne de la population devenant de plus en plus difficile, le FLN devint progressivement un mekteb echchikayate pour la population et un tremplin pour tous les opportunistes désireux de faire une carrière d’apparatchik. Il était bon d’avoir un parent bien placé dans la hiérarchie du parti.

Le trio Boumédiène-ANP, technocrates, FLN-organisations de masse cohabita tant bien que mal, l’Algérie étant profondément transformée (dans le mauvais sens, hélas) par les projets grandioses sortis de la tête du dictateur. Les trois révolutions tournaient à plein régime.

Après la mort de Boumédiène, le pacte fut rompu. Chadli n’ayant ni la personnalité névrotique, ni la poigne de Boumédiène, ne pouvait plus fédérer les trois groupes. D’un autre côté, la nouvelle bourgeoisie affairiste, enrichie par le marché noir, s’affirma comme un élément montant dont les appétits se satisfaisaient difficilement de la portion que lui donnait le système. L’échec du socialisme boumédièniste ne pouvait que favoriser la libéralisation du système. Tous ceux qui étaient au sommet y avaient intérêt : les officiers supérieurs de l’ANP tout autant que les technocrates, qui voulaient s’enrichir comme tout le monde. Il fallait toutefois se débarrasser de l’héritage de Boumédiène (domaines agricoles et entreprises nationales largement déficitaires). Les militants du FLN sentirent que dans cette affaire, ils seraient les «moutons de l’Aïd». La guerre qui éclata entre le sommet favorable à la libéralisation et le FLN qui ne voulait pas du changement (dont il serait la victime) se termina par les émeutes d’Octobre 88 (manipulation?) qui désignèrent clairement le parti comme l’ennemi à abattre.

Ainsi finit donc, de manière peu glorieuse, la carrière du parti unique mis en place par Ben Bella et Boumédiène, courroie de transmission, caisse de résonance et appareil d’embrigadement et de contrôle de la société algérienne post-indépendance.

La suite vit l’entrée en scène d’un nouveau joueur, le FIS. La belle mécanique mise en place par Boumédiène se brisa définitivement.

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6 Commentaires sur cet article

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  • AMOKRANE NOURDINE
    8 octobre 2010 at 18 h 53 min - Reply

    excuse moi mon cher ADEL mais c’est trop simpliste ce que tu avances. Merci tout de même. Je ne cesse pas de repeter ce que j’ai lu chez de grands intellectuels : » Le tournant liberal de 1980 avait été dicté par la finance internationale: 110 pays avaient été en 1979 designé à l’ajustement structurel » voir le fameux livre noir du capitalisme entreprise de grands intellectuels de gauche
    @rédaction j’aurai bien voulu que vs proposez le dernier texte de yacine teguia ds le soir d’algerie REPONSE A LAHOUARI ADDI ET SAID SADI
    BIEN A VOUS




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  • Adel
    8 octobre 2010 at 20 h 24 min - Reply

    @AMOKRANE NOURDINE

    Bonsoir,

    Je crois qu’avant d’être la victime du capitalisme international, l’Algérie a d’abord été la victime des erreurs de ses dirigeants. Les choses se sont précipitées après la chute des prix du pétrole en 86 et le montant du service de la dette qui avait mené à l’asphyxie de l’économie, ce qui permit au FMI de dicter ses conditions.

    Mon texte vise surtout à faire ressortir la distribution des rôles dans le régime algérien jusqu’en 1989.

    J’ai lu le texte de Yacine Teguia. Je ne le trouve pas très encourageant. Aucune tentative de sortir des anciens schémas. La pensée «éradicatrice» à l’état pur. Ce n’est pas avec des idées pareilles que les Algériens dépasseront les divisions et s’engageront dans la voie de la démocratie.

    Cordialement




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  • Arezki Nait Amar
    8 octobre 2010 at 20 h 57 min - Reply

    Notre société n’est régie ni par les lois divines ni par les lois humaines mais plutôt par la loi de la jungle.Quand une société perd ses valeurs et ses repères,on dit alors « Tag Ala Mantag »,au fort plus fort que lui.Au lieu de bâtir une société juste et équitable le régime d’Alger a cumulé tares sur tares pour en faire de notre société une jungle :Les rapports entre les hommes dans notre pays sont identhiques ou parfois pires que ceux entre les animaux vu les monstruosités qui se produisent quotidiennement dans notre pays et rapportées par voie de presse.




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  • abdelkader wahrani el-arabi
    8 octobre 2010 at 22 h 01 min - Reply

    @ amar areski nait. ya akhi vous-avez raison. (rana fi-wakt-el-jahilia. el-kaoui yakoul ed-daiif wa el-ghani yakoul el-fakir. oui tag-ala-men-tag. merci




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  • ALI
    9 octobre 2010 at 0 h 31 min - Reply

    @ ADEL
    J’ajouterais seulement que les 3 piliers du régime sont traversés inégalement par des courants idéologiques inconciliables voir antagoniques.
    Si les technocrates francophones méprisaient les apparatchiks du FLN et leur appareil de propagande , ces derniers le leur rendaient bien en leur disputant pied à pied les postes qui ne demandaient pas de technicité. Bien plus ils ont manoeuvré habillement en faisant main basse sur deux institutions essentielles pour controler l’avenir d’une nation à savoir l’école et la justice qui sont les plus mal loties du mondes.
    Ce faisant le FLN s’est trouvé pris à son propre piege.
    Les islamistes qu’il a encouragé pour faire pression sur l’ANP l’ ont tout simplement depassé sur sa droite en utilisant les memes outils que lui ARABISATION ET ISLAM ainsi que la probité une arme redoutable qui ne figurait pas dans le dictionnaire du FLN.
    Pour ne pas perdre leur previleges se sont ceux la memes qui sont à l’origine de la creation du fis qui ont appelés les militaires pour lui barrer la route et mettre une chape de plomb sur le pays depuis maintenant 20ans.




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  • Sami
    10 octobre 2010 at 5 h 54 min - Reply

    Ya si Ali, qu est qu tu dit !!!!!! Le FlN n »a pas supporte le coup d etat en 1992 , allah yahdik ,
    Le FLN n a pas demande a l arme de intervenir, ..
    Le FLN a ondamne les massacres contre le peuple a Ssint Egidio, et a assis cote a cote avec Ait Ahmed, Allah yehdik
    L’ arabe c est notre langue et L Islam c est notre religion , jusqu’a quand cette haine .. Allah yehdik we yehdina




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