Édition du
23 July 2017

Décédé hier à Alger à l’âge de 84 ans Ahmed Akkache ou l’homme de fer

La Tribune 09-10-2010

Par Mohamed Rebah *

L’Algérie des humbles, l’Algérie des gens simples perd en la personne d’Ahmed Akkache un de ses glorieux enfants. Né il y a 84 ans à la Casbah, la vieille ville surpeuplée qui ressentait le plus l’oppression coloniale, Ahmed Akkache commença à militer avec les étudiants musulmans de l’université d’Alger, au sein de l’AEMAN. Malgré d’énormes difficultés matérielles, il réussit à passer tous les caps et entrer à la faculté des lettres d’Alger. Pour financer ses études, il occupa un poste d’instituteur. «C’est à l’université, dit-il, que j’ai fait connaissance avec les écrits de Marx.»  Après un passage dans les rangs du PPA (Parti du peuple algérien), il est membre des Jeunesses communistes, puis, en 1946, du Parti communiste algérien (PCA) dont il devient vite un des principaux dirigeants. Devenu, en 1950, rédacteur en chef de Liberté, organe central du PCA, il développe inlassablement l’idée d’indépendance et l’idée de la nécessaire lutte de masse, défendues par son parti. Tribun né, il trouvait toujours, dans les meetings, les mots simples et clairs pour expliquer aux ouvriers et aux paysans, auxquels il s’adressait au cours de ses tournées dans l’Algérie profonde, les formes de lutte à mener contre l’oppresseur.Les multiples articles d’Ahmed Akkache, disponibles dans les bibliothèques d’Alger, constituent des repères pour les générations futures qui veulent écrire l’histoire de l’Algérie, particulièrement sur la période 1950-1955 – qui n’est pas très connue. Ils peuvent trouver des éléments qui les aident à comprendre la situation économique et sociale de l’Algérie coloniale à la veille du déclenchement de la lutte armée. Ses articles aident également à comprendre les relations entre les formations politiques qui formaient le Mouvement national et à saisir les raisons de l’échec du Front algérien constitué par le MTLD, l’UDMA, l’Association des Oulémas et le PCA, au mois d’août 1951. Relire ses articles aide aussi à comprendre les immenses efforts tendus pour éliminer tous les obstacles à la réalisation d’un solide front de lutte contre la citadelle coloniale arrogante.Au mois d’avril 1955, dans un meeting tenu au marché à bestiaux de Maison-Carrée (El Harrach), il appela les jeunes venus nombreux l’écouter à rejoindre les rangs de l’ALN naissante.La presse coloniale, telle que l’Echo d’Alger du vicomte de Sérigni, le surnommait «l’homme de fer». Le tribunal, devant lequel les autorités coloniales le traînaient, constituait pour lui une tribune pour  tenir un discours hautement politique où il développait les aspirations nationales légitimes du peuple algérien.Au quartier de la Redoute (Mouradia), où il vécut dans les années 1940-1950, il tenait de longues discussions avec son voisin Didouche Mourad. Devenus très vite amis, les deux hommes se rencontraient chaque année à la fête du journal Liberté. De cet ami de jeunesse, Ahmed Akkache a gardé le souvenir d’un homme ouvert aux idées de progrès.Ahmed Akkache est considéré par ses amis comme le «témoin» de cette période foisonnante (1940-1950) qui a préparé l’assaut final du 1er novembre et conduit à la capitulation du colonialisme français séculaire, arrogant, méprisant responsable de tant
de misères.

M. R.

* Auteur Des Chemins et des Hommes (préface d’Ahmed Akkache. Alger 2009)

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La Tribune 09 octobre 2010

Droit, humble et austère

Akkache, un homme de conviction et d’engagement

09-10-2010

Par Mohamed Bouhamidi

Il ne lui restait plus beaucoup de forces.  Même s’il restait droit dans son maintien. Avec cette impression d’avoir encore une réserve d’énergie. En s’attardant sur son visage, on comprenait  qu’elle ne venait pas seulement de ressources physiques diminuées mais encore quelque peu disponibles. En s’attardant sur son visage….un visage  qui s’illumine à la rencontre d’un ami  ou d’une idée, un front haut qu’on imagine dédié aux méditations, un concentré de regard, une montante union entre solidité et finesse. Une tête d’ascète et une tête de lutteur. A une autre époque, je ne l’aurais imaginé  dans un  ribat ; homme de combat et homme de pensée. Homme de combat parce que homme de pensée. Parce que homme conséquent. A ses pensées, il a conformé  sa vie, sa lutte, ses actes et ses paroles. Cela s’appelle avoir une éthique. Quelque chose comme un rapport intime avec la morale mais avoir avec la morale une relation réfléchie. C’est penser la morale comme un absolu. La penser dans un absolu.  Je crois qu’il est devenu communiste  sur la base de cette foi d’un absolu. C’est l’absolu de la misère algérienne qui le poussera à l’exigence d’un absolu de justice pour les Algériens. Et de là à un absolu de justice pour tous les hommes. Radicalement. Arracher à la racine les causes de la condition coloniale. Détruire le colonialisme et avec lui sa source le capitalisme. Libérer le colonisé algérien et dans le même coup libérer tous les colonisés du Vietnam au Congo. Et ne pas s’arrêter en chemin. Rendre impossible le retour de la domination des hommes. On pourra dire qu’alors cet engagement n’est pas que politique. Mais Ahmed Akkache  est l’exemple même du militant qui a compris que pour libératrice la politique doit être éthique. La politique ne peut être celle de la libération sans être celle de la justice et de la vérité et en toute circonstance ne pas être celle de ses intérêts immédiats et personnels. Il n’aurait pas été cet homme exemplaire. Ni le souvenir incarné de nos ancêtres et de leurs combats. Il a été un homme exemplaire face à ses tortionnaires en 1957, exemplaire face à ses juges. Il l’a été dans la construction d’un front pour l’indépendance de l’Algérie  avec les autres segments du mouvement national. Il l’a été dans ses choix les plus difficiles et les plus intimes même à propos de son parti, le Parti communiste. Quand il a senti une faille  ouverte entre ses camarades et lui quant à la compréhension de l’histoire et la politique du parti, il les quittera.   Il leur rendra  quelques éminents services sans jamais mettre sur la place publique leurs différends.  A contrario, vers la fin de sa vie, il a senti avec une force décuplée le besoin puis le devoir de transmettre tout de son expérience. Il livrera à quelques amis des pans passionnants sur l’histoire des idées et des courants de ce parti. Passionnants pour comprendre et pour  stimuler l’intelligence, pas pour dresser des réquisitoires ou allumer des bûchers. Pourquoi allumer des bûchers alors que vieillard,  il se préoccupait des incendies qui embrasaient le monde. De l’Irak à  l’Afghanistan et que son cœur battait avec le réveil des indios d’Amérique. Mais c’était quoi, cette lutte des indigènes pour la terre dans les républiques blanches d’Amérique latine ? Cela le passionnait. Le monde le passionnait. C’était pour comprendre les forces qui agitent le présent qu’il revenait sur le passé.  Pas pour régler des comptes. C’est pour cela qu’à quatre-vingt ans, il reprend des notes et publie un livre : L’Algérie face à la mondialisation. A quatre-vingt ans passés. Sous les traits, la peau et le teint devenus diaphanes comme les portes des  anges, passait  encore la passion du monde et de la justice. La passion de la terre Algérie. Jusqu’au dernier souffle la passion de  cette Algérie qui a rêvé d’une indépendance sans plus jamais de mendiants ni cireurs. Il ne lui restait plus beaucoup de forces pour ce rêve. Même s’il restait….

M. B.


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  • SAID
    10 octobre 2010 at 22 h 42 min - Reply

    Allah irahmou ou iwessaa aalih. ouydjib sber elwaldih.

    Malheureusement, il y’a encore des gens qui renient l’apport des communistes algeriens à la révolution !




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