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29 March 2017

Les Algériens, les Russes et le dossier Djezzy : Retour sur «une affaire politique»

par Ghania Oukazi,

Le Quotidien d’Oran, 10 octobre 2010

«Rien ne peut se faire sans les télécommunications, nous espérons trouver une entente auprès de nos collègues algériens», a déclaré en substance le représentant du milieu de l’entreprenariat russe, mercredi dernier, à l’hôtel Hilton, à l’occasion de la tenue d’un forum d’affaires.

La visite du président russe, Dmitri Medvedev, à Alger, mercredi dernier, a été très courte. Elle a duré de 10 h 30 à 18 h avec un long déjeuner au milieu. A peine 8 heures de temps certes, mais elle a servi à reconfirmer des enjeux stratégiques entre les deux pays. Les observateurs estiment en effet, qu’elle a été programmée pour «(re)confirmer des enjeux énergétiques et d’armement». Il est connu que les Russes veulent depuis quelque temps développer et approfondir les questions énergétiques avec l’Algérie, un pays qu’ils qualifient de «pivot» dans la région du sud de la Méditerranée. «Ceci pour des raisons claires de géopolitique et de géostratégie». L’on rappelle aussi que Moscou est un fournisseur historique de l’Algérie en matière d’armement. «Les gros contrats d’armement (7 milliards de dollars) ont été signés au temps où Poutine était président de la fédération», tiennent aussi à rappeler des sources fiables. «Pour cette fois, avec le président Medvedev, il était question de faire le point», ajoute-t-on.

Les regards étaient pourtant braqués ailleurs que sur ces questions stratégiques d’énergie et d’armement. Les observateurs n’avaient en effet d’oreilles que pour le dossier Djezzy. Mais contrairement à ce que beaucoup prétendent, les télécoms n’avaient pas trop leur place dans les discussions qui ont été menées entre les représentants algériens et russes, que ce soit au plus haut niveau de l’Etat, au niveau ministériel ou alors à celui des représentants des milieux d’affaires. Du moins du côté algérien. En effet, les responsables algériens ont préféré taire les ardeurs des Russes qui espéraient tirer profit de la visite de leur président pour ouvrir le dossier Djezzy. D’autant qu’il semble qu’à Alger, l’on s’est rendu compte de la présence du représentant de Vimpelcom dans la délégation russe qu’à la dernière minute. «Il est venu se greffer sur cette mission à la dernière minute, il pensait qu’il était possible de discuter du dossier mais il n’en a rien été», nous disent les mêmes sources. Nos interlocuteurs rappellent que «la visite du président russe à Alger était, elle, programmée depuis très longtemps alors que la cession des actifs d’Orascom Telecom Holding (OTH) à Vimpelcom n’a eu lieu que ces derniers jours».

«Il y a des problèmes sérieux»

Les Russes ont quitté l’Algérie en ayant à cœur ce dossier avec l’espoir qu’il sera rouvert «dès que possible». Au «il est temps aujourd’hui, vu les opportunités d’affaires qui existent, de développer ensemble des partenariats» du ministre de l’Industrie, de la PME et de la Promotion des investissements, Mohamed Benmeradi, le responsable russe soulignera ainsi que «rien ne peut se faire sans les télécommunications, nous espérons trouver une entente auprès de nos collègues algériens». Le propos n’a donc rien d’anodin. Bien au contraire, son auteur a tenté, entre autres, de décrire quelque peu l’état d’esprit de ses «collègues algériens» dès lors que ses compatriotes russes ont tenté de profiter de la présence de leur président pour soulever le problème de la cession de Djezzy, filiale d’Orascom Telecom Holding (OTA). «Nous n’avons pas abordé la question», a répondu mercredi dernier Benmeradi à la presse présente au forum d’hommes d’affaires algéro-russes.

«Les Algériens n’ont pas voulu parler des télécoms, ils ne les avaient pas inscrits dans la feuille de route des discussions avec leurs homologues russes», nous ont affirmé des sources proches de la présidence de la République. «Il y a des problèmes sérieux dans Djezzy, on ne peut en parler aujourd’hui», est la phrase clef que les responsables algériens ont lâchée pour faire reculer l’empressement des Russes à ouvrir ce dossier. L’on n’hésite pas un seul instant à préciser que «les autorités algériennes ont compris que Sawaris veut absolument vendre Djezzy, il y a essayé avec les Emiratis puis avec les Sud-Africains pour faire pression sur elles, mais ça n’a pas marché», nous disent les mêmes sources. L’opérateur égyptien pensait ainsi «(s’) arracher une sortie honorable de la crise qui secoue son entité, comme il l’a fait en vendant la cimenterie à Lafarge». Djezzy est, explique-t-on, «une affaire que les autorités ont inscrite dans la liste des affaires qui ont engendré des problèmes de fond, de fisc, de transferts illicites même en passant par la place Port Saïd, vu l’impossibilité de transférer par la banque…». Autre grief retenu contre l’opérateur, «il n’a jamais voulu fabriquer un seul produit, il faisait tout à l’étranger, particulièrement au Liban, de la conception des messages publicitaires aux cartes de visites !». Aux yeux de nos sources, «c’est pour lui une sous-traitance très rentable du point de vue sonnant et trébuchant». Pis, «l’opérateur n’a jamais déclaré des options qu’il a mis en vente comme flexy par exemple», fait-on remarquer. Les explications de «cet empressement de vouloir à tout prix en finir avec Djezzy» vont plus loin. «Les Russes savent que ce qu’ils ont acheté comme actions d’OTA dans le monde sont des centres de perte pour lesquels ils doivent effectuer un redressement et seul Djezzy Algérie s’inscrit dans un travail de profit».

Ces responsables qui parlent gratuitement…

Nos sources proches de la présidence de la République remontent encore à plus loin. «L’installation de Djezzy en Algérie s’est faite sur une décision politique. On a bien voulu qu’il rentre et il s’est développé parce qu’on l’a aidé», nous dit-on avec cette précision: «un peu comme l’affaire Khalifa…» «L’Algérie est le seul pays au monde qui a accordé une préférence et des facilités d’expansion à un opérateur étranger par rapport à l’opérateur historique public qui est classé au 2e rang, non pas parce que le marché l’a sanctionné mais c’est le politique qui l’a bloqué et en a décidé ainsi !», rappelle-t-on avec une grande amertume. «Un grand nombre de responsables algériens – qu’ils soient dans le public ou dans le privé – parlent gratuitement, eux et leurs familles. L’entrepreneur étranger avait compris tout au début», continuent nos interlocuteurs de dire.

Le dossier Djezzy revient entre les mains des politiques pour être encore une fois traité, cette fois non pour son ouverture mais pour sa fermeture qu’on qualifie d’emblée «de délicate et de sensible». «Un traitement politique, technique, financier ?», interrogent nos sources pour répondre «il y a des rapports de force, des pressions, il y a ce droit de préemption que le gouvernement tente de faire valoir… On attend de voir». Le dossier Djezzy revient aussi à la surface avec toutes les difficultés et «la prise de conscience» qu’il a provoquées au niveau des plus hautes instances du pays. N’est-ce pas le chef de l’Etat lui-même qui en a parlé le 26 juillet 2008 à la Coupole d’Alger, lorsqu’il a reçu les P/APC de l’ensemble du pays. Il semblait subitement se rendre compte qu’un homme d’affaires étranger avait réussi à renflouer les caisses de son entreprise «qui était au bord de la faillite», note-on, et engranger des milliards de dividendes grâce à l’argent du Trésor public. «Il a ramené 700 millions de dollars pour engranger chaque année 2 milliards de dividendes. C’est un piège, c’est notre nez qui est cassé», s’est lamenté Bouteflika. «Si je prends la moitié (ndrl: de ce qu’il gagne), il restera toujours gagnant !», avait-il conclu. En dehors de ces questions de «souveraineté», ce qui en ressort de la visite du président russe à Alger ne semble pas important. «Tout le reste de ce qui a été discuté entre les Algériens et les Russes», disent nos sources, «ce n’est rien du tout !». L’on note que le président Medvedev n’a ramené avec lui que les responsables des entreprises publiques. «Disqualifiées quelque peu par les effets de la mondialisation, les entreprises publiques russes veulent – comme les nôtres d’ailleurs – faire peau neuve en tentant d’arracher des marchés pour bénéficier de nouveaux plans de charge», nous disent des sources du ministère de l’Industrie. «Ce sont les 21.000 milliards de dinars du plan quinquennal lancé en Algérie qui les poussent aujourd’hui à se déplacer en force à Alger, ceci pour tenter de s’inscrire dans la réalisation de projets qui leur permettront de se remettre à niveau, financièrement bien sûr !», indique-t-on.


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7 Commentaires sur cet article

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  • khaled
    10 octobre 2010 at 23 h 14 min - Reply

    Je remercie LQA pour rapporter de fait que je considère comme anodin devant la dérive totale du pays.

    Il est vrai de cela fait mal au cœur de voir dilapider des sommes énormes comme cela en plus de la souveraineté bradée du pays .

    Mais cela est dans la logique de l’état actuel des choses…Pouvoir illégitime…transaction économique illégitime.

    Que Dieu nous aide…




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  • Abdelkader DEHBI
    10 octobre 2010 at 23 h 47 min - Reply

    Je ne sais pas pourquoi, mais en finissant de lire cet article, je me suis souvenu d’une des célèbres frasques de Toscanini. — Au cours du mémorable enregistrement public de « Fantasia » de Disney en 1940, Arturo Toscanini, le grand et mythique maestro, appelé à diriger le prestigieux Orchestre Philharmonique de New-York, eut toutes les peines du monde à maîtriser le premier violon, un peu trop imbu de sa réputation… Juste à la dernière note de l’Orchestre, noyée par le tonnerre des ovations, les deux éléphants présents sur scène se soulagèrent sans retenue, à la grande joie des spectateurs. Alors, saisissant l’occasion, le grand maestro ne put se retenir de lancer à l’adresse du public : Quelle mauvaise éducation n’est-ce pas ! Puis, après un court silence : Mais quel merveilleux jugement ! conclut-il, en se tournant vers le premier violon.
    — Eh bien, pour juger de cet article, j’ai envie de dire exactement l’inverse. Quelle bonne éducation, frôlant presque la servilité, à l’égard du clan des Bouteflika, dont l’intermédiaire en chef, dans cette affaire de grosse corruption n’est même pas cité…. Mais quel grossier jugement ! Sur une affaire foncièrement mafieuse, c’est à dire pénale, qu’on veut nous vendre dans cet article comme étant une affaire « politique » en insultant qui plus est, à la capacité de discernement du citoyen algérien ordinaire.




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  • mohamed
    11 octobre 2010 at 1 h 28 min - Reply

    Bonsoir,

    cela prouve que jouer dans la cour des grands n’est pas une mince affaire. L’incompetence de nos chefs a depassee toutes limites. Cette bande d’incapble est absolument depassee par les evenements. Il faut se rendre a l’evidence; comment ces chefs sans diplome ni experience reelle peuvent-ils se defendre sur la scene internationale ou joue l’elite des ecoles de par le monde. Ces ignards vont reduire le pays a une misere africaine sans precedent. Quand est ce que ce beau monde comprendra qu’il faut laisser la place aux gens diplomes de vraies ecoles. ca ne rigole plus dans un marche internationale ouvert a tout le monde. Tout le monde bouffe en algerie, les egyptiens, les libanais, les emiraties, les correens, les chinois, les europeens et les americains, sauf les algeriens. Tous le monde cherhce son interet economique, et nos chefs continuent a nous souler la tete avec les relations d’amities entre pays freres; mais bon sang que ce qu’ils fument ces idiots. Si on parle de « NIF » et s’ils en ont un, ils devraient se rendre a l’evidence et jetter l’eponge et sauver les meubles. Les mega contrats que signent l’algerie n’ont rien a avoir avec ce qui se fait dans le monde du business. Ces marchants de tapis utilisent des methodes archaiques de l’epoque des kalifs.
    Mais non de dieu que se passera-t-il le jour ou il n’y aura plus de petrole…

    Absolument incroyable ces individus irresponsables!!




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  • hadji
    11 octobre 2010 at 3 h 29 min - Reply

    Les dirigeants de notre pays sont-ils devenus a ce point faibles et vulnerables???
    pour permettre au premier venu de venir se servir en milliards de dollars,dans la caisse du pays des 1,5 millions de chouhadas…




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  • fateh
    11 octobre 2010 at 9 h 31 min - Reply

    C’EST UNE AFFAIRE OU IL FAUT ABSOLUMENT QUE LES ALGERIENS SACHENT DE BOUT EN BOUT LES TENANTS ET LES ABOUTISANTS DE CE HOLD UP ECONOMIQUE…CE QUI EST CERTAIN QUE CE SOIT OUYAHYA OU L’ENTOURAGE DE CELUI D’EL-MOURADIA, IL FAUT ABSOLUMENT SAISIR CETTE OPPORTUNITE ET INFORMER TOUT LE MONDE QUE C’EST L’INCOMPETENCE ET LA MENTALITE DE KMARDJIA QUI GERENT CE PAYS…
    JE SOUHAITE QUE LQA AILLE JUSQU’AU FOND DANS CETTE AFFAIRE AFIN D’ECLAIRER CEUX QUI CROIENT QUE L’ALGERIE EST GEREE PAR DES ALGERIENS.
    MERCI




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  • Mourad
    11 octobre 2010 at 15 h 15 min - Reply

    En Algérie, la compétence ni le savoir, la maîtrise des enjeux économiques n’ont jamais été un problème en réalité, on est trop futé pour tomber dans le panneaux ! Dire que « nos » dirigent sont des ignorants est vraiment la pire erreur de jugement qu’on puisse faire et je dirais même « Nos voleurs(dirigeants) veulent bien êtres pris pour des ignorants, ça les arrange car c’est moins grave que les dilapidation qu’ils ont planifié avec haute voltige ». Le problème de DIZZY est très simple : Selon une certaine presse, de 3 à 7% du capital est détenu par des Algériens ( qui sont-ils ??? un seul est connu, c’est Issaad Rebrab -encore lui- car il est en jugement à Génève). Qui sont donc ces baron cachés qui prenaient de 3 à 7 % des 500 Millions de dollars annuels de benef de DIZY. Derrière la pseudo-décision politique de laisser la licence à un inconnu du métier des Télécom -évoqué dans l’article- se cache en réalité de gros vautours qui sont bien engraissé derrière le rideau.

    Voila, modestement.




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  • Brahim
    11 octobre 2010 at 17 h 30 min - Reply

    Juste par curiosite,quel etait le montant initial de la vente de la License de telephony par l’Algerie a Djezzy?




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  • Congrès du Changement Démocratique