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24 July 2017

Le 17 Octobre 1961 : le dernier massacre colonial

Par Ait Benali Boubekeur

La marche du 17 octobre 1961, dans les rues parisiennes, fut une occasion saisie par le FLN pour prouver leur représentativité tous azimuts. Mais le but assigné à cette manifestation fut la protestation contre le couvre-feu discriminatoire qui frappait les Algériens. Toutefois, cette période correspondit au retour à Paris de Maurice Papon, réactionnaire né, comme préfet de police. Il décida du coup d’agir avec une répression sans vergogne à l’encontre de paisibles immigrés. Que fut le nombre de personnes ayant laissé leur vie ce jour-là ? En partie, ce fut la question qui  tarauda l’esprit de beaucoup d’historiens.  Ainsi, si on se fie aux travaux de l’historien Jean-Luc Einaudi, dans son livre « La bataille de Paris », celui-ci estime que 200 personnes était le nombre minimum de ceux qui ont laissé leur vie ce jour-là à Paris. Quant à Jean Geronimi, avocat à la Cour de cassation, dans un rapport remis au gouvernement socialiste en 1999, a estimé que ce soir-là 48 personnes ont été noyées dans la Seine.

Cependant, le hic est que cet événement est survenu seulement trois mois après la rencontre de Lugrin regroupant les plénipotentiaires, mandatés par de Gaulle, et ceux du FLN afin qu’une solution soit trouvée à la crise algérienne. Bien que les deux délégations aient décidé de suspendre les pourparlers officiels, le contact secret fut  tout de même maintenu, donnant naissance cinq mois plus tard aux accords d’Evian. D’ailleurs, un journaliste de France Soir, journal qui n’avait jamais caché jusque-là sa sympathie pour le système colonial, a démontré que la répression des manifestations était inopportune. Ainsi, Jean Ferniot, dans son article du 20 octobre 1961, a noté ceci : « On a dû constater que les musulmans respectaient des consignes très strictes de calme et que leur cri, qui ne peut être considéré comme séditieux depuis qu’il fut lancé par le général de Gaulle, était celui d’Algérie algérienne ».

Toutefois, pour certains observateurs, la répression de la manifestation organisée par le FLN n’était qu’une manière de contester la représentativité du FLN en essayant de créer pêle-mêle la fameuse troisième force. Selon Ali Haroun, l’un des responsables de la fédération de France du FLN, les services de Roger Frey, ministre de l’Intérieur, et M. Papon, ont mené une campagne auprès de leurs subalternes leur expliquant que les militants du Front n’étaient que des terroristes et des inconscients. D’ailleurs, le préfet de police ne déclarait-il pas que : « plus l’idée que seules des négociations pourront mettre fin à la guerre gagnera les masses, plus vite et plus fort il faudra frapper le FLN, de façon à lui ôter toute prétention à la représentativité exclusive au moment des discussions à venir ». En prétextant l’assassinat de quelques policiers à Paris, le préfet de police a décidé de frapper fort l’organisation du FLN: interdire le contact entre les militants se réunissant dans des bistrots qui appartenaient aux Algériens.

Pour les militants du Front, interdire aux Algériens de sortir le soir était synonyme d’arrêt de toute activité militante. Il faut rappeler que la plupart des militants étaient d’abord des travailleurs ne pouvant militer qu’après la fin de la journée de travail. C’est dans cette atmosphère que la fédération du FLN s’était réunie le 10 octobre pour analyser la situation et proposer une batterie d’actions afin de pousser les autorités à abroger l’arrêté discriminatoire. Le comité fédéral, histoire d’impliquer tous les émigrés, a entériné les actions suivantes : « Durant deux soirs consécutifs : manifestation de masse de tous les émigrés qui, pour boycotter le couvre-feu, défileront après 20 heures, pacifiquement et en ordre, avec femmes et enfants, dans les principales artères de Paris ».

De leur côté, les Algériens ont répondu favorablement et en masse à l’appel du FLN. En effet, à peine 20 heures pétantes, des milliers de manifestants ont envahi les rues de Paris. Mais la police, commandée par Papon, a attendu ce moment propice pour étaler son arsenal répressif. C’était au débouché du métro notamment que celle-ci a attendu les groupes de personnes se dirigeant vers le lieu de la manifestation, dont des femmes et des enfants. En quelques minutes, la police a arrêté plusieurs milliers d’Algériens sous la menace des mitraillettes. La main sur la tête, écrit Ali Haroun, les Algériens ont été alignés le long des fourgons cellulaires. Quand la chasse à l’homme s’est terminée aux environs de 22 heures 30, le nombre d’arrestations était exorbitant. Le bilan officiel – en réduisant au maximum les bavures policières – publié par la préfecture de police, quarante-huit heures plus tard, a fait état de 11.638 arrestations.

Néanmoins, il faut également signaler que malgré la répression à grande échelle, tous les policiers n’étaient pas d’accord sur le traitement réservé aux Algériens. S’ils ne pouvaient pas empêcher ce forfait, ils n’ont pas néanmoins couvert la bévue en signant une déclaration, le 31 octobre 1961 au nom du groupe des policiers républicains, dans laquelle ils ont expliqué comment de simples travailleurs algériens ont été massacrés. Il a été noté à juste titre dans leur déclaration que : « Parmi les milliers d’Algériens emmenés au Parc des Expositions de la porte de Versailles, des dizaines ont été tués à coup de crosse et de manche de pioche par enfoncement du crâne, éclatement de la rate ou du foie, brisures des membres ».

Finalement, à la veille du cessez-le-feu, l’indépendance étant inéluctable, de Gaulle tenait absolument à créer une troisième force favorable aux intérêts français en Algérie, bien qu’il ait reconnu dès 1959 le principe de l’Algérie algérienne. Mais en confiant cette mission au plus réactionnaire des Français, en l’occurrence Maurice Papon, le général n’a-t-il pas autorisé par ricochet la répression des travailleurs algériens ?


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9 Commentaires sur cet article

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  • khaled
    16 octobre 2010 at 11 h 16 min - Reply

    Que Dieu accorde sa piété et miséricorde a nos chouhadas.
    A Dieu nous appartenons et a Dieu nous retournerons.




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  • Nourredine BELMOUHOUB
    16 octobre 2010 at 14 h 24 min - Reply

    Et avec ca, la france laudatrice des droits de l’homme à osée oute honte bue qualifier ses crimes contre l’humanité (enfumades-08 mai 1945 etc) de mission civilisatrice. A Beau mentir qui vient de loin




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  • Nourredine BELMOUHOUB
    17 octobre 2010 at 12 h 17 min - Reply

    Tout compte fait, je pense que le 17 Octobre, n’est pas le dernier crime colonial, il y a eut les assassinats sauvages de l’OAS, suivis du crime commis par les enfants de Fafa (les néo colonialistes) à partir de Février 1992 à ce jour. Les internements dans le désert, les disparitions forcées, le bradage du pays par tranche et au moins offrant, et l’escroquerie du Consulat géneral de France qui empoche un million de centime par demandeur de visa, pourquoi? malhonnetement pour refuser le dit visa.




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  • Abdelkader DEHBI
    17 octobre 2010 at 14 h 51 min - Reply

    « Le dernier massacre colonial » ? – Je veux bien, si l’on exclut les massacres commis durant la décennie noire – 1992 / 1998 – par les généraux criminels issus des rangs des d.a.f. à travers leurs milices noyées sous diverses appellations…




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  • AS
    17 octobre 2010 at 22 h 14 min - Reply

    pas mieux si Abdelqader… et les massdacres continuent a part ca, tres bonne synthese




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  • Rédaction LQA
    18 octobre 2010 at 13 h 26 min - Reply

    RIEN N’EST PLUS CONTAGIEUX QUE LA LIBERTé.

    A la mémoire des Martyrs du 17 Octobre 1961

    Il fallait comme les colonialistes, jouir d’une vie de luxe pour s’étonner que les gens se révoltent pour un peu plus de Dignité et de Liberté,

    Par : Nourredine BELMOUHOUB*

    Les gens que la « colonie » à longtemps maintenu à ses portes, ont fini par entrer dans son cœur, et en réponse à son despotisme et à sa hogra(1), ils y ont mis le feu.

    Un potentiel de confiance découlant du devoir de sincérité m’oblige a préciser que l’écriture n’est pas ma vocation, pour la simple raison que l’école coloniale n’avait pas pour mission de m’apprendre beaucoup de chose, comme ceci fut le cas pour la plus grande majorité des Algériens aux racines profondément patriotiques, ayant eut à fréquenter l’école du deuxième collège de l’ère coloniale de triste mémoire, de la France civilisée et « civilisatrice »,réservée aux indigènes présumés que nous fûmes pour la France coloniale, venue nous civiliser avec ses chars, ses canons, sa guillotine et bien sur, ses classes de Fin d’études dont je garde un souvenir. Une voie de garage qui nous était calculée.

    Cependant si j’use de la langue de Molière, il ne faut surtout pas conclure hâtivement que c’est par un quelconque amour pour cette langue, car en vérité, je ne fais usage de ce butin de guerre que par mépris à la France coloniale qui m’a bel et bien privé d’un Droit fondamental au savoir, en violation flagrante et délibérée de l’Article 26 de la D.U.D.H, (qu’elle a pondu un dix Décembre 1948, et qu’elle a tout le temps bafoué), ce dont j’ai tout de même réussi a voler à ceux qui continuent à prétendre être venus nous civiliser. Un butin de guerre ou il ne manque ni la litote, ni la prosopopée, ni la métaphore, ni l’hyperbole, ni la synecdoque, ni la catachrèse, ni l’asyndète, ni la péroraison, ni l’interrogation, ni l’exclamation et si nécessaire, ni l’explosion. Et si a l’occasion des fautes s’y glissent, assurément je n’en rougirais guère, car cette langue n’est pas ma langue en plus qu’a Montparnasse même aujourd’hui elle est tombée en désuétude, après avoir perdu de son éloquence par la faute de l’esprit colonial, ayant fini par la reléguer au dernier rang, bref…

    N’appartenant pas a la classe a qui l’on dicte les Idées, j’ai résolument décide de m’accorder la liberté d’écrire librement sans me servi de béquilles, pour souligner qu’étymologiquement le mot Hogra ne trouve sa traduction dans aucune langue ou dialecte. Née chez nous durant la nuit coloniale par césarienne, cette expression s’apparente au mieux à néo-colonialisme, annotation et connotation dans le sens horrible le plus large de ce que colporte et signifie la Hogra, que je défini comme suit :

    (1) -HOGRA : féminin, terme étymologiquement algérien, hérité de l’ère coloniale et cultivé par le néo colonialisme. Signifiant : despotisme violent, brutal, cruel et inhumain, unissant arbitraire et dénis extrêmes du Droit des gens, refusant toute signification humaine, renfermant l’aussaressisme, le nezzaressisme, en bref, tous les qualificatifs et tous les synonymes de fascisme avec en plus, une particularité gutturale détestable.

    -HAGAR = Masculin singulier, vil commanditaire et bas exécutant de la Hogra.

    Pluriel : Hagarines

    · Défenseur « libre et indépendant » des Droits de l’Homme.




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  • iris
    19 octobre 2010 at 9 h 18 min - Reply

    l’apolitique a des idées plus fiables quand il s’agit de commenter la politique…pour une raison simple:il juge les faits sans parti pris. la gauche et la droite sont exclus du centre du débat.l’apolitique lit tout ,sans porter un choix et adhérer aux seules idées de son parti….c’est pour cela qu’il serait plus juste de souligner le lien étroit qui lie Madame Merkel à son ami Sarkozy (les amoureux du dimanche).le plagiat dans la politique est fréquent.et celui de Merkel répond à la demande expresse de Sarkozy concernant la chasse aux étrangers et aux religions…il suffit de ne pas s’enliser dans les chimères, pour devenir perspicace .je n’ai rien à ajouter sur ce dossier




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  • iris
    19 octobre 2010 at 9 h 22 min - Reply

    17 octobre 2010 Massacre d’algériens du 17 octobre 1961: Un crime d’Etat à ne pas oublier pour ne pas recommencer…
    1961 : Le peuple Algérien lutte pour l’indépendance depuis novembre 1954. L’immigration algérienne en France soutient la libération nationale. Un couvre feu est imposé aux seuls algériens. Les travailleurs algériens à l’appel de la Fédération du FLN manifestent en famille pacifiquement. Une répression brutale sanglante s’abat sur les manifestants causant des centaines de mort : «La Seine était rouge de sang». Le Préfet de Paris auteur au nom de l’Etat du massacre s’appelait M. PAPON, celui là même qui dans le cadre de la collaboration avec l’occupant Nazi entre 1940 et 45 s’était livré à la chasse aux résistants et aux juifs.

    2010 : Une rafle préfectorale contre les occupants de la Chambre de Commerce Internationale de Lille déclenche la grève de la faim d’une soixantaine de sans papiers. Durant 75 jours les grévistes de la faim sont baladés des Commissariats aux hôpitaux et jetés à la rue, la brigade canine dans les hôpitaux, des perfusions arrachées, des personnels hospitaliers exécutants le diktat préfectoral, des insultes adressées aux sans papiers par certains policiers du genre «vous bramez comme des ânes tous les mercredis», «vous êtes des singes tombés de vos arbres», à ‘Elysée et au Quai d’Orsay un ambassadeur subit le chantage à la mort de grévistes de la faim dont 13 sont expulsés, des conférences de presse du préfet lui même qui jette en pâture des grévistes de la faim présentés faussement comme des «délinquants dangereux», le CSP59 calomnié, diffamé, des associations «humanitaires» bafouant tous les principes et mises au pas, etc. Le Préfet D. CANEPA, ci-devant ex-Secrétaire Général de l’actuel Président SARKOZY à l’époque Ministre de l’Intérieur a décidé par de telles exactions disproportionnées de vaincre les grévistes de la faim, d’écraser le CSP59 et de se débarrasser de l’accord DELARUE qui a permis durant 3 ans une relative paix sociale dans le département du Nord. Au plan national un Ministre HORTEFEUX annonce les quotas de 125.000 arrestations et décisions d’expulsion pour en exécuter 25.000. Résultats : 5 chutes de sans papiers cherchant à échapper aux rafles policières et le décès d’une sans papiers chinoise.
    1927 : Des lettres de protestations signalent au Préfet de Fréjus un traitement discriminatoire insupportable de la part de la hiérarchie militaire entre les soldats français et les «tirailleurs» africains. Les soldats ne reçoivent pas le même manger, ni les mêmes vêtements, etc. Le Préfet décide une visite surprise à la caserne des «tirailleurs» africains au moment du repas et constate la véracité des plaintes. Le Préfet décide par décret préfectoral l’égalité de traitement. Ce Préfet s’appelait Jean MOULIN, celui là même qui sera à partir de 1941/42 l’un des fédérateurs de la Résistance au nom du Général DE GAULLE l’homme de l’appel du 18 juin 1940.

    Trois Préfets, trois attitudes différentes vis à vis des étrangers, de l’immigration à méditer pour combattre le racisme d’Etat et faire vivre le principe fondateur de la République : «les humains naissent libres et égaux en droit et en dignité». Le vivre ensemble dans l’égalité en dépend, c’est le sens du combat du CSP59.

    Rassemblement mercredi 17 octobre à 18 heures, Parvis des Droits de l’Homme, place de la République à Lille!




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  • Karim
    7 novembre 2010 at 2 h 02 min - Reply

    J’ai trente-sept ans, je suis fils de résistants algériens et je ne vois pas l’intérêt de présenter des excuses a l’Algérie à moins que le gouvernement algérien lui-même ne présente des excuses à son peuple pour 250 000 mille morts sans la présence d’un seul colon, pour une démocratie ratée parce que trop militaire, pour avoir laissé et laisser les richesses de tout un pays aux mains d’une minorité d’apparatchiks sanguinaires, pour avoir utilisé les islamistes comme un contre-feu à la démocratie réclamée par la rue.

    Alors peut-être l’Algérie aura un intérêt à se retourner sur son passé français aussi cruel qu’il a put être. L’ennemi français n’a pas vu cette guerre comme fratricide, celle qui a suivi et qui laisse le peuple exsangue et les dirigeants gras et grossiers, aura fait bien plus de mal. Enterrons les excuses et les amertumes nous avons tous mieux à faire que d’entretenir des feux inutiles qui couvent encore malgré le temps et l’eau coulée entre les deux rives. Je pense aussi à ceux qui malgré tout le mal éprouvé se sentent encore algériens : Les harkis, les pieds noirs, sans oublier les juifs algériens antérieurs à la colonisation. Que doit-on a ces gens là ? Ils sont plus algériens et plus français que moi, je leur donne ce qu’ils réclament sans même connaître leurs exigences tellement leur sort m’afflige. A l’heure des concordes avec les islamistes, quand le sang du peuple a peine sec, ce ministre de la honte voudrait orchestrer les mémoires pour faire passer la pilule. Ne croyez pas que je vole maladroitement au secours de NS, non ces difficultés me font jubiler. Marianne elle n’est plus comptable de ces dettes là, il ne fallait pas boire l’eau d’Évian, il ne fallait pas livrer la blanche dame a l’oued de sang. Je ne prends pas de souffrance en héritage avec tout le respect dû à ceux qui sont mort en libérant l’Algérie ou en défendant la France. Il est seulement triste que vous n’ayez pas partagé leur sort puisque vos projets morbides montrent le fantôme que vous êtes monsieur le ministre. L’Algérie doit couper le cordon avec la France, cesser d’y puiser des excuses pour expliquer ces maux qui sont de l’entière responsabilité du pouvoir en place. C’est pour toutes ces raisons que je signe l’appel du contentieux historique.

    Karim –




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