Édition du
30 March 2017

Abane Ramdane : Un homme simple et courageux

Abane Ramdane vu par Yaha Abdelhafidh dit Si L’hafidh
Un homme simple et courageux

Par : Kocila Tighilt
Liberté le 31 octobre 2010

A travers son témoignage, Yaha Abdelhafidh dit Si L’hafidh, ancien moudjahid et officier bien connu de l’ALN, a eu l’honneur de connaître et de côtoyer le chahid Abane Ramdane, grand héros et monument historique de la Révolution algérienne, et ce, pour l’avoir rencontré notamment lors de son passage dans le Djurdjura et dans la Wilaya III historique alors qu’il regagnait la région d’Ifri-Ouzellaguène pour la tenue du fameux Congrès de la Soummam.
C’est avec beaucoup d’émotion et d’admiration pour celui que de nombreux moudjahidine de la première heure et plusieurs politiciens considèrent comme le “père de la Révolution algérienne” que le brave Si L’hafidh nous parle du chahid Abane Ramdane. “J’ai rencontré effectivement Abane Ramdane, lors de son passage en Kabylie alors qu’il se dirigeait vers la localité d’Ifri-Ouzellaguène, dans la région d’Akbou où devait avoir lieu le Congrès historique de la Soummam. Quelques maquisards et moi-même avons escorté Abane et Ben M’hidi, depuis les monts d’Aït Ouabane, jusqu’à la demeure indiquée d’Ifri où devait donc avoir lieu la réunion historique du 20 Août 1955. Notre mission était d’assurer leur sécurité.”
Pour Si L’hafidh, la plupart des djounoud qui composaient le cortège ne savaient pas que les deux personnages qu’ils escortaient étaient des chefs révolutionnaires, car tout devait avoir lieu dans la clandestinité la plus absolue. “L’on ne devait pas prendre le moindre risque car en cas d’accrochage, on ne voulait pas qu’un éventuel prisonnier divulgue l’identité de ces deux grandes figures de la Révolution algérienne”, précisera Si L’hafidh, qui poursuivra ainsi son témoignage fort émouvant. “En cours de route, nous rencontrions des villageois en toute simplicité et le plus normalement du monde. Les deux chefs historiques ne manquaient pas de discuter avec beaucoup d’intérêt et d’amabilité avec les gens pour connaître leurs points de vue respectifs sur le déclenchement de la lutte armée et le cours de la Révolution. Ils étaient modestes, attentifs et surtout très communicatifs.” Et pour étayer ses propos, Si L’hafidh dira encore que “tout au long du trajet, Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi avaient tenu et insisté pour être traités de la même manière que les moudjahidine qui les accompagnaient”. Notre interlocuteur se rappelle encore le chemin du retour d’Ifri-Ouzellaguène comme si cela datait d’hier. “Nous avons aussi pris en charge la sécurité de Abane à son retour de la Soummam vers Alger. C’est au niveau du village Mzeuguen, dans la région d’Illoula, que nous avons appris la nouvelle d’un ratissage imminent de l’armée française, massée au niveau du lieu-dit Lakhmis n’Bouhmou.” C’était sans doute une opération de grande envergure pour tenter d’intercepter Abane Ramdane considéré comme le “penseur” du Congrès de la Soummam et “l’architecte de la Révolution”. “Nous lui avions proposé alors d’être évacué vers un lieu plus sûr, au lieu-dit El-Kiria, situé entre le village Aït Aziza et Tizit, dans le douar d’Illiltène. Abane Ramdane avait refusé de fuir et d’abandonner le groupe de moudjahidine accompagnateurs que nous étions. Il nous dit clairement qu’“il devait combattre à nos côtés s’il le fallait et que c’était là un devoir sacré.” “Mon âme ne vaut pas plus que la vôtre”, nous a lancé vaillamment Abane, se souvient Si L’hafidh qui se rappellera avec une mémoire infaillible que “Abane avait dormi côte à côte avec les djounoud sur une natte de fortune tout en leur faisant une confiance totale”. Pour l’anecdote, Si L’hafidh nous révélera encore que “n’ayant pas pris conscience que Abane était un chef historique, un moudjahid a même osé le réveiller pour faire la garde à son tour. II a fallu intervenir aussitôt pour lui signifier que notre illustre compagnon revenait de mission et qu’il devait donc se reposer d’où l’intérêt à confier la tâche à un autre moudjahid”. Selon Si L’hafid, Abane a paru alors comme quelqu’un de très courageux. Un homme juste et plein de convictions car il était imbu d’un engagement sans commune mesure. “Il était prêt à mourir avec nous plutôt que de continuer sa route par un autre chemin. Combien de responsables de la Révolution auraient agi de la même manière ? Ce comportement nous avait alors confortés dans nos convictions légitimes, notre foi et dans la justesse de notre combat héroïque pour la libération de la patrie.”
Tout cela pour affirmer en fait que des chefs et des meneurs d’hommes de la trempe d’Abane Ramdane, il ne devait pas y en avoir légion durant la guerre de Libération nationale. “On disait qu’il était nerveux et qu’il se mettait souvent en colère car c’était un homme de caractère et de principes. Et pourtant dans les moments difficiles et face au danger d’où qu’il venait, Abane Ramdane parvenait toujours à garder son sang-froid, sa lucidité et son sens du devoir. Il était pour nous, un modèle qui nous a inspirés tout au long de nos années de lutte contre l’armée française”, renchérit notre interlocuteur. C’est dire qu’avec des hommes de la valeur de Abane, l’Algérie ne pouvait qu’arracher son indépendance face à l’une des plus grandes puissances dans le monde même si sa liquidation tragique par ses propres compagnons d’armes au Maroc constitue l’une des pages noires et encore énigmatiques de la Révolution algérienne. L’histoire nous révélera-t-elle, un jour, le mystère d’un tel crime ?


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2 Commentaires sur cet article

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  • khaled
    31 octobre 2010 at 17 h 06 min - Reply

    Il faut signer une pétition pour que la sépulture de M. Abane soit rapatriée du Maroc et enterrée au Carré de Martyrs en Algérie.

    Allah Yerham Echouhadas.




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  • ali nemchi
    4 novembre 2010 at 0 h 44 min - Reply

    CE GRAND HOMME ,tete pensante de notre révolution, nous sommes tous ses créditaires,nous lui devons beaucoup.




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