Édition du
30 March 2017

CRIS ET CHATIMENTS : DU CAS A. ROUADJIA ET AUTRES NOUVELLES

Zineb Azouz

Ce recours systématique aux suspensions administratives et à la justice pour criminaliser nos syndicalistes, bloquer des grèves légales, faire taire nos voix et nos cris, censurer nos travaux et nous interdire de réfléchir sur nos métiers et nos droits, cette stratégie de le terreur orchestrée contre tout un peuple et dont nous ne voyons qu’un petit signe à travers les condamnations du prof. Ahmed Rouajia, ce silence de nos élites qui se sentent à peine interpellées par la condamnation à six mois de prison ferme d’un sociologue qui n’a fait que publier ses conclusions sur ses conditions de travail à l’université, ces châtiments qui marquent et par lesquels ils veulent définitivement nous enchaîner et nous domestiquer, n’est ce pas là la nouvelle bataille du pouvoir, sa lutte prioritaire contre la quête de dignité, l’intelligence et les velléités résidentielles ?

Ce que dit Ahmed Rouajia n’est qu’une partie de la réalité d’une université dont les responsables nommés à vie ne sont que les fidèles serviteurs de notre voyoucratie.
Ce que décrit  Rouajia est la conclusion d’un stratagème qui vise à amputer la société de tout mode d’évolution  par la pensée libre.
Un pays qui ne veut s’encombrer ni d’une élite libre ni d’une jeunesse formée ne peut se permettre de laisser le peuple accéder aux mécanismes d’analyse et d’abstraction.
Il est permis de dire « tout va mal » mais  jamais d’investir les détails et de désigner les sources et les exécutants du mal.

Ce qu’a filmé Yacine Zaidi dans les taudis réservés par les multinationales à nos travailleurs bon marché et qui lui a valu renvoi et harcèlement judiciaire n’est que l’expression d’un pays brocanté et troqué et d’un pouvoir qui a livré ses travailleurs au plus offrant. C’est aussi la face d’une même pièce de monnaie.

Les pseudo concessions pécuniaires qu’ils consentent à lâcher aux enseignants de leur université ne sont que le prix de la liberté et de la dignité.

La réforme LMD est passée comme une lettre à la poste et tout ce qui va suivre s’inscrit dans la même logique et ne s’appuie que sur le silence de la corporation des enseignants du supérieur, un silence qui mérite rétribution !

Pour rappel, cette réforme LMD au mode  « copié-collé », imposée à la suite de la visite de Bouteflika à Paris,  dénoncée par tous les syndicats d’étudiants et de chercheurs en Europe comme l’un des corollaires les plus dangereux du processus de Bologne est appliquée chez nous dans le flou et le cafouillage les plus absolus.

Tous les termes s’y rattachant ont été fidèlement singés et décalqués : pôle d’excellence, écoles préparatoires, tutorat,…..

Et toujours comme en Europe (UPM, version Sarko oblige), une version vulgairement imitée et  tarabiscotée d’une autre loi dite, la LRU  (loi sur la liberté et le responsabilité des universités)  est en train de nous passer sous le nez, avec en option l’autonomie de gestion, notion édulcorée qui à long terme, prépare le projet sans doute déjà ficelé de la privatisation des universités.

L’éducation, comme l’eau ou la santé rejoint le lot, devient  un service et donc une marchandise.

Ainsi pour mieux diluer, absorber et contrôler le corps enseignant, les responsabilités administratives sont décuplées et rémunérées au prix fort et presque en cati mine, la vassalité et la prosternation sont définitivement instaurées dans tous les domaines qui touchent à ce métier de l’enseignement et de la recherche.

Notre enseignant-chercheur sans voix espère toujours breveter ses découvertes dans une université où souvent il n’a même pas accès aux wc, encore moins à la parole.

A M’sila, à Constantine ou ailleurs les mécanismes sont les mêmes, peu importe que les personnes soient différentes en apparence; on parle de responsables désignés (jamais élus) par décret présidentiel et ayant donc montré  pâte blanche au pouvoir et à ses services de sécurité, seuls garants de l’innocuité et de l’efficacité des produits promus.
Forts du silence complice de la majorité des enseignants qui se complaisent dans  ces miettes d’augmentations et de ce sous statut particulier du chercheur malgré LUI, les imperturbables responsables de l’université sont plus que convaincus de leur puissance et de leur invincibilité.
Les enseignants en majorité  ont définitivement tourné le dos aux luttes, à la représentativité syndicale,  aux débats et à la compétence, abandonnant leur université aux services, aux fournisseurs, aux entrepreneurs et aux « bluf esseurs » en réserve de la ripoublique.
Ce qui arrive à Ahmed Rouajia est normal de tous les points de vue de notre réalité Algérienne.
Pourtant, et il n’est jamais inutile de le redire, la source du mal est ailleurs.
Dans ce décor macabre, l’université n’est en fait qu’un petit terrain de jeu, tout comme le plus zélé de ses responsables n’est qu’un caporal et au mieux un camérier.
Le pouvoir a criminalisé les émeutiers, nous avons laissé faire, ensuite ce fût le tour de nos étudiants, des non logés, des chômeurs et biens sûr des grévistes et de leurs représentants syndicaux.
Même les  » harraga » m’y ont pas échappé, souvenons nous il a même été proposé de pénaliser également les parents de « Harrag », une idée qui rappelle étrangement le châtiment infligé par l’armée israélienne à la famille de tout « terroriste » palestinien (on détruit la maison familiale).
A quoi s’attendre dans un pays où les faussaires et les tortionnaires sont gratifiés et promus ?
Une phase qualitative qui accompagne la censure et la main mise sur tous les espaces d’expression et de réflexion, est à l’évidence, clochardiser l’enseignement et réprimer la libre pensée qui n’existe d’ailleurs plus que sous forme de cris ou de bavardage !
Avis aux chercheurs et à tous ceux qui ont une plume et un cerveau fonctionnel, les axes de recherche viennent d’être clairement définis et balisés.
Ceux qui veulent travailler sur d’autres thèmes sont invités à le faire en PRISON, la nouvelle annexe de nos laboratoires !
Désolée de vous décevoir, mais ne vous faites surtout pas trop d’illusions sur nos professeurs, ils sont  trop pris en ce moment à plaire, période électorale oblige et/ou à se plier aux nouveaux canevas de la recherche, si bien rémunérés paraît il !
Les chômeurs suicidaires de Ouargla, par la voix de leur digne porte parole, Tahar Belabess  ont  exprimé en une phrase ce que des milliers d’enseignants chercheurs sont incapables d’écrire et de concevoir, par peur, par habitude, par accommodation,  par compromission et surtout pour ne pas perdre, non pas certains privilèges, mais des privilèges certains :
« On veut que je sois un animal violent marchant pieds nus dans ma propre région ! » T.Belabess. Chômeur à Ouargla.
Pendant que nos « élites » applaudissent, nos chômeurs analysent !
A bon entendeur salut !

Zineb Azouz
Constantine, le 31 Octobre 2010


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5 Commentaires sur cet article

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  • Larbi Anti-DRS
    31 octobre 2010 at 19 h 42 min - Reply

    Je n’ai autres meilleurs mots que dire : Baraka Allah sur votre personne et sur vos parents.




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  • Liès
    1 novembre 2010 at 4 h 50 min - Reply

    Salutations à toutes et à tous.

    Il y a de ces articles pleins et entiers ou tout est dit,……. ou presque.
    On ne peut ni y ajouter, sans courir le risque d’être copieux ou redondant, ni rien y retrancher de peur de tronquer une implacable vérité.

    L’article en zoom de madame @ Zineb Azouz est ce ceux-là.

    La seule chose que je peux ajouter cependant, c’est témoigner ma sympathie et exprimer mon soutien citoyen au professeur Ahmed Rouadjia, victime d’un abus de pouvoir politico-administratif, en lui disant que la Vérité et la Justice finiront toujours par triompher.

    Puisque je suis arrivé à évoquer la vérité et la justice, je me vois dans la foulé, obligé et ravi de dédier aux lecteurs de LQA et au professeur Rouadjia, un petit extrait du livre de la sagesse, dont les paroles doivent interpeller à un haut point nos dirigeants et responsables et qui dit ceci :

     »Seigneur, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent.

    Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres, car tu n’aurais pas créé un être en ayant de la haine envers lui.

    Et comment aurait-il subsisté si tu ne l’avais pas voulu? Comment aurait-il conservé l’existence, si tu ne l’avais pas appelé?

    Mais tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aime la vie, toi dont le souffle impérissable anime tous les êtres.

    Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelle en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal, et qu’ils puissent croire en toi, Seigneur.’’

    ‘’Le Seigneur est vrai en tout ce qu’Il dit, fidèle en tout ce qu’Il fait.
    Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, Il redresse tous les accablés.’’

    Fraternellement à toutes et à tous.

    Liès Asfour.




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  • menaa
    2 novembre 2010 at 12 h 00 min - Reply

    pour une université consciente et résponsable




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  • Saïghi Djaballah
    5 novembre 2010 at 5 h 23 min - Reply

    Je ne peux faire qu’afficher mon soutien au professeur Rouadjia et dénoncer ouvertement ces manières mafieuses de ceux qui gouvernent notre, malheureuse, Algérie.
    Et je rappelle notre professeur de ne pas oublier de marquer ça dans son curriculum vitae pour que nos petits et nos jeunes le sachent, parce que, finalement, c’est ça qui compte et tout le reste c’est de l’élimentaire.
    TOUS AVEC TOI.




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  • djamel
    8 novembre 2010 at 20 h 43 min - Reply

    Ce que je suggère à mon collègue Rouadjia est de chercher le nègre syrien qui a rédigé à 100% et fait les travaux de labo de chimie de la thèse de Doctorat du Ministre actuel Rachid Haroubia…ce sera une arme pour lui afin que beaucoup de faux aux diplomés commencent a trembler…il faut une fin à tout… Le syrien de l’université d’Alger (département de chimie) tous les chimistes de sa promotion le connaissent et tous les thésard sont au courant du faux usage… qui ale courage d’attaquer un faux thésard qui pilote un ministère trop grand pour lui.. et nos collègues souffrent le martyr…




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