Édition du
23 March 2017

Crise de liquidités – Les aléas d’une économie algérienne tout en cash

Oussama Nadjib, Maghreb Emergent, 08 Novembre 2010

Une crise de liquidités provoque la colère des détenteurs des comptes CCP. Devant des agences postales des scènes ordinaires d’énervement et d’incompréhension. Les titulaires des comptes CCP seraient les victimes collatérales d’un drainage des liquidités vers l’informel où tout se règle en cash

A sept heures du matin, le bureau de poste n’est pas ouvert et la file d’attente est déjà longue. Retraités, fonctionnaires en avaient l’habitude mais depuis ces derniers jours, cela tourne à l’exaspération. Pas d’argent, dans les postes. « Pas de cartes de retrait, pas de chèques et maintenant plus de billets…  C’est le dernier stade avant le retour au troc » plaisante un jeune étudiant en… économie. C’est lui qui a posé la question : « Pourquoi les fonctionnaires, enseignants, médecins… n’ont-ils pas des comptes dans une banque, ça se passe mieux là-bas et elles ouvrent des comptes contre une attestation de travail… ». La réponse lui a été donnée par plusieurs « chaineurs » : dans la fonction publique, le compte CCP est obligatoire. La réponse est manifestement fausse. On a cherché et trouvé des fonctionnaires dans des administrations centrales qui ont des comptes bancaires – et ils en sont contents ces derniers temps- et ne disposent pas de Comptes CCP.

La combinaison d’une idée reçue et d’une routine

A priori, aucun texte règlementaire ne contraint un fonctionnaire à avoir un compte courant postal. « Il prendra le risque très mineur de ne recevoir son salaire que dix jours plus tard que ces collègues CCP… Mais il peut s’habituer vite à prendre sa paye le 10 du mois au lieu du 1er » explique un fonctionnaire, cadre moyen, qui dispose d’un compte bancaire. Il existe douze millions de comptes courants postaux, selon les dernières données disponibles. L’écrasante majorité des fonctionnaires en activité ou à la  retraite dispose d’un CCP. La plupart sont convaincus qu’ils n’ont pas d’autres choix. Le nombre des titulaires a en effet grossi car durant les décennies précédentes, les banques n’ouvraient pas facilement des comptes. Mais ce sont surtout les administrations, par commodité, qui l’ont imposé comme un passage obligé à leurs employés. Le gonflement des comptes CCP est donc le résultat de la combinaison réussie entre une idée reçue et une routine. La tradition ou le conservatisme veut en effet que les administrations et organismes publics versent les salaires dans les CCP, comptes dépendant du Trésor, financier de l’Etat et donc en général détenteur des comptes de ces administrations et organismes publics. A cette donnée lourde, s’ajoute l’effet des flux tendus durant les conjonctures saisonnières (fêtes, ramadhan…) qui rendent la crise de liquidité récurrente au niveau de la Poste. Un spécialiste estime qu’il est possible de « désengorger » la Poste si les administrations cessent de fonctionner à « l’habitude » et indiquent à leurs employés qu’ils sont libres d’avoir des comptes CCP ou des comptes bancaires. Sur le « court terme », c’est le seul moyen, estime-t-il en relevant cependant que les banques ne disposent pas d’un réseau aussi dense de guichets que le CCP.  Sur le fond, on estime, que le problème réside dans l’expansion faramineuse en une décennie de la masse monétaire nécessaire aux transactions dans l’économie. La pression est aggravée par la part importante de l’économie informelle où les transactions en cash sont la règle. « Les salariés qui connaissent actuellement les mêmes exaspérations du temps du socialisme où il allait « faire la chaine » sont les victimes collatérales de ce drainage des liquidités vers le secteur informel ». C’est une « singularité algérienne », note-t-il.


Nombre de lectures : 1543
3 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • thirga
    9 novembre 2010 at 21 h 12 min - Reply

    Le problème n’est pas du à l’ouverture de CCP. Un vrai fait faux problème surtout avec l’informatisation des PTT devenu MPTIC à juste titre. A mon avis les MPTIC sont inondés de vrais faux billets injectés par des étrangers à lire la presse nationale et les déclarations des services de sécurités…




    0
  • ali
    9 novembre 2010 at 22 h 25 min - Reply

    vous parlez de compte bancaire, les gens leur est egale mais les banques ne se trouvent pas dans toutes les aglomerations et quant meme elles se trouvent c’est de petites succursales , une ou deux dans toute une wilaya quand c’est en dehors des grandes villes.
    Le probleme qui se pose c’est ni plus ni moins que de la mauvaise gestion et du laisser aller qui gagne de plus en plus un grand nombre de secteurs de l’administration et de l’économie algerienne sans qu aucune autorité ne soit inquiétéé et dont le seul interet est de tirerle maximum de profit sans aucune inpunité au vue et su de tout le monde.
    Les gens ont marre ne s’attendent pas a grand chose de cette administration et s’aperçoivent que ce sont des profiteurs qui s’enrichissent sur leur dos, qu’ils soient habillés en noir, en bleu ou en vert ils sont tous les memes.




    0
  • balak
    10 novembre 2010 at 16 h 49 min - Reply

    Bled miki……..on devrait tous les mettre en cage dans un zoo, au fin fonds du desert ,meme la Somalie n ‘a pas nos problèmes….c ‘est vous dire dans quelle situation lamentable nous a embrigader ce pouvoir, ils sont incapables de gerer ce pays, pourquoi ne laissent ils la place pas à d’ autres plus compétents…..qu’ attendent les maitres du pays pour les mettre à la porte pour resultat catastrophique ! ! !car ici on a atteint le fond du gouffre, si nous ne pouvons plus retirer nos salaires pour acheter le pain à nos enfants…oui ! on aura tout vu en algerie,et cela dans l ‘indifference totale de nos decideurs.Oui ,là, nous avons atteint le fond du gouffre………




    0
  • Congrès du Changement Démocratique