Édition du
24 March 2017

Le sud d’Alger totalement paralysé

CIRCULATION BLOQUÉE À OUED SMAR, MEFTAH ET BARAKI
Le sud d’Alger totalement paralysé
L’Expression, 09 Novembre 2010

Entre les récalcitrants décidés à tout bloquer et les habitants des régions limitrophes pressés de rejoindre leur lieu de travail, il est difficile de trouver le juste milieu.

Aucun chemin ne mène à la «cité Renault» sise entre Oued Smar et Meftah. Plusieurs dizaines d’habitants, des jeunes en majorité, ont tout bloqué. Pneus, troncs d’arbres de plusieurs mètres, pierres et autres objets hétéroclites ont servi pour fermer la route. Cette révolte se veut un message, un cri du coeur d’une population vivant dans une cité devenue un marécage, un étang boueux suite aux pluies diluviennes qui se sont abattues dans la nuit de dimanche et la matinée d’hier. L’accès est extrêmement difficile.
Des quantités importantes d’eau ont pénétré plusieurs immeubles. Matelas, téléviseurs, vêtements, médicaments et articles scolaires sont inondés. Nous invitant à constater les dégâts de visu, Salah-Eddine Achouri, enseignant du primaire, dénonce de prime abord: «Nos édiles sont hypnotisés. Leur éveil n’est pas pour aujourd’hui, eux qui habitent des villas luxueuses et n’entendent ni pluie, ni les rafales de vent ni les coups de tonnerre qui nous font craindre le pire.»
De la fenêtre d’une bâtisse qui risque de s’effondrer à tout moment comme un château de cartes, les deux jumeaux Wahid et Ali s’amusent en ironisant: «Il nous faut un yacht tout un chacun pour rejoindre notre lycée». De la pluie encore. Il pleut des cordes. Des stations de bus submergées d’eau et de voyageurs. Les aiguilles de la montre indiquent 10 heures précises. A Meftah, l’agence de transport est pleine comme un oeuf. Que de la boue. Sarah, habitant à quelques encablures et secrétaire dans une entreprise privée de l’automobile à la zone industrielle de Oued Smar, est contrainte de changer deux fois sa tenue vestimentaire. Urgence oblige, elle est déterminée à rejoindre, vaille que vaille, son travail. En vain. Parapluie à la main, elle tient la même place. Pas de bus qui démarrent. Concise, la fille originaire de Blida souligne: «Et le beau temps ne fera son apparition que jeudi ou vendredi…» Phrase inachevée. Une voix s’élève. Celle de Aâmi Moh, chauffeur de bus qui décide finalement de se rendre El Harrach. Et de faire face à tous les périls. «On doit, cependant, faire le tour. On passe par les Eucalyptus mais les bouchons qui se sont formés ce matin rendent la circulation impossible.»
Par cet aveu, Sarah et d’autres voyageurs ont bien reçu le message du quinquagénaire. La solution n’est pas la bonne. Ils ont tous préféré attendre. Mais l’attente a trop duré. Les premières heures de travail sont complètement ratées.
Etudiants, fonctionnaires, lycéens…et commerçants ont regagné leur domicile. D’autres ont pris d’assaut les trois cafétérias jouxtant l’agence de transport. Des plaintes et des explications. Aucune alternative n’est trouvée. «Le boulot, ça sera, peut- être, pour demain (aujourd’hui, Ndlr)», souligne, attentif, Salim, étudiant en première année à l’Ecole nationale d’informatique (ex-INI). Il est presque 11 heures. On se rend une seconde fois à la cité Renault, limite des déplacements pour les habitants de Meftah et alentours. Du grabuge, cette fois-ci.
La tension monte. Des individus s’échangent des «amabilités». Tous les qualificatifs y passent. Ce sont les rebelles qui, statiques, ne veulent céder le passage à quiconque et même à des membres d’une famille ayant un enfant gravement blessé. Rejoindre l’hôpital de Belfort était impossible. Les altercations verbales prennent fin et une partie de la route fermée se transforme en pugilat. Panique générale.
Des femmes de tout âge, des jeunes, des vieillards et des bambins n’ont pu rien faire. C’était un bain de sang, des pleurs et des «menaces» de revanche. Il aura fallu plusieurs minutes pour libérer le passage. Le malade est évacué à l’hôpital de Meftah, nous apprend l’un de ses proches. Une fois les deux camps séparés, une accalmie relative regagne les lieux. Approchés, ces récalcitrants, tout furieux, nous souhaitent la bienvenue en déclinant notre identité. «On a un coeur comme tout un chacun. On sent la frustration des gens mais la nôtre, semble-t-il, n’intéresse personne. Que ces voyageurs sachent dans quelles conditions nous avons passé la nuit de dimanche. Quelques gouttes de pluie automnales ont suffi pour transformer nos immeubles et quartiers en piscines», dit Ahmed s’exprimant au nom de l’ensemble des protestataires.
Et de s’interroger: «Nos domiciles peuvent-t-ils tenir en hiver qui aproche à grands pas?» Il ne le croit guère. Partie prenante dans la rixe ensanglantée, il explique: «On est poussés à bout de nerfs par des gens qui ont voulu être une exception». Mohamed, jeune, et sculpté, dénonce: «Il est presque midi. Aucun responsable n’est venu s’enquérir de notre situation, nous qui vivotons». Dame nature ne cesse de nous réserver des surprises.

Fouad IRNATENE




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4 Commentaires sur cet article

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  • amdjad
    9 novembre 2010 at 23 h 25 min - Reply

    PACIFIQUEMENT, PACIFIQUEMENT !!!!!!!
    Aux moindres dégât matériel sur les bien des services public, les victimes deviendront automatiquement les accusées.
    si ce n’est pas tout le monde, cela va être des jeunes enfants qui vont payer ses casses…DONC PAS DE CASSE, ET ATTENTION AUX CASSEURS, AUX VOYOUS, AUX OPPORTUNISTES…QUI VEUILLE SALIR LA RÉACTION LÉGITIMES DE LA POPULATION .
    LA SOLUTION : S’ORGANISER PACIFIQUEMENT, PARLER, COMMUNIQUER, DISCUTER DES SOLUTIONS POSSIBLES ET MOYENS DE FAIRE, RESPONSABILISER LES MAIRES, LES DÉPUTÉS, LES WALI, SE RÉUNIR
    (((*****voire le belle exemple de la Kabylie, lors des enlèvements terroristes, les villageois se réunissent, s’organise et réagissent intelligemment…finalement a chaque fois ils ont eu gain de cause…l’être humain pense, réfléchie…doit réfléchir , penser avant d’agir calmement et intelligemment…il gagnera a coup sure..inchallah ****)))




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  • Sami
    10 novembre 2010 at 2 h 33 min - Reply

    @Amdjad
    La violence et le sang est une source de vie pour le pouvoir,
    Le sang des algeriens est la source de sa survie
    Ne donnez pas a ce pouvoir criminel le motif qu’il cherche déjà et qu’il a tjrs cherché!
    Il faut manifester certes, c est notre droit, Il faut sortir dans les rues mais ne jamais donner le motif que les criminels essaient fabriquer
    Cher Algeriens et Algeriennes
    Il faut soyez attentifs, le pouvoir assassin veut impliquer le peuple dans la violence pour engendrer des faux problèmes pour contrôler le peuple de nouveau et le maintenir sous contrôle!




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  • samir64
    10 novembre 2010 at 10 h 09 min - Reply

    malheureusement c’est le seul langange que comprend ce régime.de toutes les façons c’est vers ce genre de situations que nous allons être confrontés.une révolution commence toujours par des émeutes éparpillées ici et là et l’algérie n’y echappera pas.il n’y a pas d’alternative à ce pouvoir sinon la rue.malheureusement,alors que certains continuent à poser des conditions pour une union nationale,le peuple lui se prépare à se prendre en mains seul.le risque est de voir surgir des forces occultes profité de ces évenements et de se les approprier.




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  • Ammisaid
    10 novembre 2010 at 10 h 15 min - Reply

    Le sang et la chair du peuple sont la boisson et la nourriture préférés des hommes qui sont au pouvoir. Régulièrement, ils doivent inventer une guerre (globale ou partielle, nationale ou régionale…) pour boire goulument et se nourrir Jusqu’à sa satiété.
    Au peuple tout est imposé !
    Au syteme tout est autorisé !
    Ils ne connaissent ni deuil, ni sacrifice, ni blessure, ni faim, ni misère
    Ils ne connaissent ni douleur morale, ni regrets, ni remords
    Comme des des prédateurs insomniaques, ils surveillent tout ce qui bouge et tout ce qui respire
    Les mains, toujours, propres, ils ne tuent, ni ils enterrent
    Ils ne bâtissent pas et ils ne détruisent pas. C’est toujours les mains de frères qu’ils utilisent pour semer au sein de notre peuple la mort, la barbarie et la terreur.
    Ils sont plus malins que Lucifer et ils veulent notre malheur sur terre et que notre demeure finale soit l’enfer et son terrible feu et sa terrible chaleur.
    Évitons de recommencer les erreurs du passé
    Évitons de leur offrir une autre occasion pour détruire ce qui nous reste de force pour l’avenir.
    Évitons de toucher la bouche de la vipère, laissons-là mourir dans son trou toute seule
    Leur vie n’est pas intéressante, elle sent l’odeur fétide de l’oubli de la honte, de l’hypocrisie et de l’horreur.
    La misère blanche et pure est meilleur que l’abandonne ténébreuse et amère.
    La pauvreté sincère et un foyer qui respire l’amour sont meilleurs que la richesse avide, cupide et avare et qu’un château où on entend les cris et les hurlements de la veuve et de l’orphelin, de ceux qui demandent justice de chaque coin des cimetières, de ceux qui sont enterrés sans prière et de ceux qui portent, encore, sur leurs chairs et dans leurs cœurs les blessures de leurs tortures.
    Il faut les ignorer, ils n’ont rien d’interressant à offrir à nous, ni à la terre entière.
    Ils ne sont que des âmes, des esprits, des cœurs et des corps de la mort, de la fitna et de la misère.
    Que Dieu soit avec ceux qui désirent la justice, la prospérité, la liberté et la dignité à ce peuple de sacrifices et de martyres. Amine
    Fraternellement




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