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23 March 2017

Décès de la comédienne Keltoum: Une grande dame s’en va

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El Watan.com le 12.11.10 | 16h44

L’illustre et irremplaçable, comédienne Keltoum du film culte Le Vent des Aurès, a tiré sa révérence ce vendredi 12 novembre, à l’âge de 94 ans. Elle a été  enterrée, cet après-midi, après la prière d’El Asser, au cimetière d’El Kettar, à Alger. Et ce, après un ultime recueillement au Théâtre National d’Alger.

Ses amis la savait malade depuis quelques mois déjà. Plusieurs d’entre eux voulaient aller la voir pour s’enquérir de ses  nouvelles mais cette dame au caractère de fer refusait les visites. Elle ne voulait pas qu’on l’approche. Elle voulait qu’on garde d’elle les souvenirs où elle avait crevé le grand et petit écrans à jamais.

Ne désespérant pas pour autant, beaucoup ont espéré l’a rencontrer à l’occasion de l’hommage qui  lui a été consacré en mars dernier, à la salle de cinéma Sierra Maestra, à Alger, et ce, par l’association artistique de cinéma Lumières. Ses problèmes de santé ne lui permirent pas d’assister à son propre hommage. Elle se fera représenter par son fils.

Née  le 4 avril 1916 à Blida, Keltoum, très jeune, a été attirée  par la danse et le théâtre. Maintes fois, elle trouve le moyen de se sauver de chez ses parents pour aller voir et suivre des acteurs et danseurs ambulants. C’est Mahieddine Bachtarzi, qui la découvrit à Blida, en 1935. Ce dernier lui offrit sa chance et, en dépit des préjugés de sa famille.

Elle débute véritablement sa carrière artistique à la fin des années 1930. Son professionnalisme est tel qu’elle se fait remarquer par des cinéastes européens qui lui proposèrent des rôles importants. Elle joua tout à fait par hasard dans un film allemand, en 1945, mais sa carrière cinématographique ne commencera que vingt ans plus tard, en 1965, avec Le vent des Aurès de Mohammed Lakhdar-Hamina dans lequel elle tient magistralement le rôle d’une mère qui cherche désespérément son fils emprisonné  par l’armée française pendant la guerre.

Au déclenchement de la guerre de libération nationale en novembre  1954, elle répond comme tous les artistes algériens à l’appel du Front de Libération  National (FLN), pour cesser toutes activités. Après l’indépendance du pays, elle rejoint en 1963, la troupe nationale du  théâtre algérien, où elle travaille avec d’illustres comédiens dont entre autres Mustapha  Kateb, Rouiched, Allal Mouhib, Hadj Omar, Nouria, Sid Ahmed Agoumi, Abdelkader Alloula. La comédienne prend sa  retraite forcée en 1989 alors qu’elle avait encore tant de choses à donner à la culture algérienne.

Le regretté Rouiched a  réussi à la convaincre en 1991 à remonter sur les planches, pour la dernière fois, dans « Les Concierges ». Keltoum était une femme humble ayant formé au sein de son giron deux générations de comédiens. Elle était à la fois exigeante et perfectionniste.   Le comédien Madani Namoun  a côtoyé la  défunte dans les années 60. « «C’était, dit-il, avec une voix étranglée par la douleur, l’une des plus grandes comédiennes, si ce n’est pas la première qui nous a appris, nous autres les comédiens  beaucoup de choses. Elle nous a  prodigué des conseils  un par un.  Elle voulait que l’on soit au même niveau qu’elle. A l’époque, nous étions ses chérubins…»

De son côté, le réalisateur Ghouti Bendedouche a connu la regrettée Keltoum dans les années 50. Il a eu le grand privilège de lui donner un rôle  phare dans un de ses films« Hassen Niya». Comme il le dit si bien, elle était un compagnon de route avec entre autre Mohamed Touri,  Rouiched, Mahièddine Bachetarzi. «Nous nous sommes accompagnés dans cette voie qui n’était pas évidente à cette époque. C’est un jour très triste pour nous  autres qui l’avons approchée…C’était une grande comédienne. C’était un bonheur de travailler avec elle. Elle était d’une correction exemplaire. C’était une professionnelle née. Elle était toujours prête une heure avant toute répétition. Elle n’était  pas avare en conseils. Elle ne se plaignait jamais.  Quand nous étions en retard, elle  ne nous réprimandait pas…Quelle relève pourra remplacer une dame de la trempe de Keltoum» témoigne-t-il avec un pincement au coeur.

Nacima Chabani

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5 Commentaires sur cet article

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  • Arezki Nait Amar
    12 novembre 2010 at 20 h 19 min - Reply

    Allah Yarhamha ! C’ est une comédienne dotée d’un immense talent qui disparait ! Que Dieu lui pardonne ses fautes et l’accueille en son vaste paradis !
    Mes sincères condoléances à sa famille, ses proches et ses ami(es).




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  • D B
    12 novembre 2010 at 21 h 58 min - Reply

    Je viens de lire un commentaire de quelqu’un, au sujet de la mort de notr soeur, j’espère que Salah Eddine ne va pas le jeter à la poubelle, où cet individu s’en prend à cette grande dame, au prétexte de n’importe quoi.
    J’ai compris que le problème qui ronge notre société est beaucoup plus grave qu’on veuille le reconnaître. « Il y a quelque chose de pourri, dans le royaume du Danemark… »




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  • jila
    12 novembre 2010 at 22 h 22 min - Reply
  • l.leila
    13 novembre 2010 at 16 h 15 min - Reply

    Qu’elle repose en paix. ALLAH yarhamha. Elle était fatiguée et très déçue par le bouleversement de nos valeurs. Elle souhaitait partir, nous disait-elle, il y a de cela environ trois ans ou un peu plus.




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  • Adel
    13 novembre 2010 at 17 h 29 min - Reply

    Allah yarhemha.

    Il me semble que c’était seulement hier que sa frêle silhouette traversait l’écran, un panier à la main, contenant une poule, je crois… Ce ne sont plus que de lointains souvenirs qui n’intéressent personne en ces temps de grisaille et de délabrement du peu de culture que des esprits naïfs aux cœurs d’enfants ont réussi à mettre à l’abri en prévision des années de disette.




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